Canicule : bilan, solutions, santé mentale... Le "8h30 franceinfo" d'Anne Sénéquier
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France Info.
Bonjour Anne Senequier. Bonjour. Bonjour Paul. Bonjour à tous. Merci d'être avec nous sur France Info. Vous êtes co-directrice de l'Observatoire de la Santé Mondiale de l'IRIS. Vous êtes médecin psychiatre aussi. On va d'ailleurs parler des effets de la canicule sur notre santé mentale, mise à rude épreuve. Mais d'abord, la classe politique se déchire sur la gestion de cette canicule et sur son bilan encore incertain. En début de semaine, certains écologistes ont évoqué le nombre de 10 000 morts et mis en cause le gouvernement. Ce qui donne cet échange houleux. On écoute d'abord la présidente du groupe écologiste à l'Assemblée, Cyrielle Châtelain.
La canicule est politique, vous devrez en répondre. Il y aura une commission d'enquête et il y aura une censure.
Et la réponse de Sébastien Lecornu.
D'où sortez-vous ce bilan de 10 000 morts ? C'est scandaleux, c'est indigne. Si votre formation politique ne fait pas confiance à Santé publique France, comment voulez-vous qu'on s'en sorte un peu de dignité et de responsabilité ?
Pour l'instant, il y a un bilan provisoire de plus de 1 000 morts. Mais c'est provisoire. Est-ce que, Anne Senequier, vous redoutez un bilan beaucoup plus lourd ? Et est-ce que parler de 10 000 morts, ça vous paraît excessif ?
Lorsqu'on regarde ce qui s'est passé par le passé, que ce soit 2003, 2019 ou même dans d'autres pays sur les canicules, on voit effectivement qu'il y a un excédent de mortalité. C'est provisoire, bien sûr que c'est provisoire pour deux raisons. Un, parce qu'il va falloir combiner les données. Souvent, ce qui se passe, on va noter un motif de décès, infarctus par exemple. Mais il va falloir le comprendre comme une cause secondaire liée à la canicule et à une décompensation, par exemple.
Sur le papier, il n'y a pas écrit mort pour la chaleur, donc il n'est pas décompté comme mort de la canicule. Alors que l'AVC a été causé, par exemple, potentiellement par la chaleur.
Oui, la décompensation des maladies cardiovasculaires. Et deuxièmement, ça ne fait pas si longtemps que la canicule s'est arrêtée. Et on sait que les décompensations, ce n'est pas forcément pendant le temps aigu où, justement, le corps a cette capacité de tenir le coup jusqu'à une semaine. Et après, épuisé, finalement, c'est là où potentiellement les choses se compliquent. Donc, il est possible d'avoir encore des problématiques aujourd'hui. C'est quoi la décompensation ? Expliquez-nous. Ça veut dire que dans les jours qui viennent, qu'est-ce qui pourrait se passer ?
La décompensation, c'est un terme au niveau médical, c'est-à-dire qu'on a des maladies chroniques qu'on essaye de stabiliser, que ce soit mentale ou somatique, maladie du corps, par exemple, maladie cardiovasculaire, qui demande une énergie supplémentaire au corps. Et c'est vrai que pendant ces temps de canicule, il y a des systèmes d'adaptation pour que, justement, on puisse faire face à cette chaleur, la transpiration, l'adaptation, justement, du système cardiovasculaire. Si celui-ci est déjà impacté, est déjà fragilisé, eh bien, à un moment donné, il s'épuise et il n'est plus en capacité de compenser, justement, la pathologie.
Et cette décompensation, ça veut dire que, du coup, on ne peut plus compenser. C'est le crash test.
Est-ce qu'il y a un problème, puisque les vagues de canicule s'enchaînent et vont continuer, malheureusement, à s'enchaîner ?
C'est un double problème. On a une augmentation des vagues de chaleur, puisque, justement, les modélisations du GIEC nous apportent cinq fois plus de vagues de chaleur à l'horizon 2050. Donc, on voit bien que c'est quelque chose qu'on va faire face. Et d'autre part, on a une population française de plus à plus âgée et de plus en plus touchée par les maladies non transmissibles, donc les maladies chroniques.
Restons sur le bilan. Nicolas Revelle, le patron de la PHP, dit que le bilan ne devrait pas atteindre celui de la terrible canicule de 2003, mais qu'il sera probablement supérieur à celle de 2025, qui, je le rappelle, a fait plus de 5700 morts. Est-ce que ça veut dire qu'on a progressé, quand même, depuis 2003, mais vraiment pas assez vite ?
Alors, on a progressé. On a progressé par rapport à la canicule de 2003, en fait. On a essayé de s'adapter. Et c'est souvent ce qu'on fait en santé publique, au niveau international ou même au niveau national. C'est-à-dire qu'on va essayer de s'ajuster par rapport à ce qu'on vient de vivre. La problématique, c'est que là, cette référence de 2003 n'est pas la référence d'aujourd'hui ni de demain, parce qu'elles vont être plus fréquentes et parfois plus intenses. Donc, on s'est adapté, mais on voit bien qu'on n'est pas assez adapté. Et ce qui a pêché, la semaine dernière, ce n'est pas tant notre adaptation physiologique. Ça a été difficile pour tout le monde.
Et vous avez entendu beaucoup de conseils de responsabilité individuelle. Buvez plus, mettez-vous au frais, trouvez des refuges. Mais trouver des refuges, c'est bien sympa, mais les logements ne sont quasiment pas adaptés. En venant ici à vélo, j'ai croisé au moins cinq bâtiments en cours de construction. Aucun n'avait de volet. Donc, on ne peut pas demander à la population de s'adapter à...
Dans une société qui n'est pas adaptée. Et on va parler de ce que vous conseillez, de ce qu'il faudrait faire pour s'adapter, pour mieux supporter ces chaleurs. Mais pour rester sur le bilan, vous dites qu'on est tous vulnérables. Ça signifie que, notamment dans cette dernière canicule, ce ne sont pas forcément les plus âgés ou les plus fragiles qui sont morts ou qui ont été atteints. Ça peut arriver à tout le monde ou pas ?
Ça peut clairement arriver à tout le monde. Et pour une simple et bonne raison, c'est qu'on joue un petit peu avec les limites de notre physiologie. On peut s'adapter à des températures chaudes, mais pendant un petit temps. Là, le problème, et c'est dans la définition même de la canicule, c'est une succession de jours et de nuits qui s'enchaînent à température haute. Ça veut dire que le corps n'a aucun moment pour redescendre un petit peu et se retaper et gérer la journée d'après. Donc, cette particularité fait que nous sommes tous vulnérables à cela. Et quelque chose dont on n'a quasiment jamais parlé, c'est la température, la wet bulb température. Qu'est-ce que c'est ?
La wet bulb température, en français c'est la température du thermomètre mouillé, enfin ça dépend de la traduction. C'est un indicateur qui prend en considération et la température et l'humidité ambiante. Et en fait, ça fait référence à cette capacité de transpiration que j'évoquais tout à l'heure, qui est un mécanisme d'adaptation à la chaleur. Et pour transpirer, c'est une passation d'eau du corps vers l'extérieur. Mais si à l'extérieur, il fait chaud et humide, en fait, ce gradient ne peut pas se faire. Et du coup, ce mécanisme de transpiration n'est plus efficace.
Et là, on a un problème. Anne Sénéquier, ça veut dire qu'on peut être jeune et mourir d'un coup de chaud. Absolument. Quel conseil vous donnez aujourd'hui, sachant que Météo France prévoit une nouvelle vague de chaleur, peut-être dès ce week-end, qu'est-ce que vous dites ?
Alors, vague de chaleur, tout est relatif. Il va falloir voir un petit peu les températures. Mais véritablement, le sport, on oublie. On oublie clairement. Et on l'a vu en 2019, lors des mondiaux d'athlétisme à Doha, il y avait un marathon qui était couru à minuit pour justement limiter les températures chaudes de la journée. Et sur les 69 en lice, en fait, il y en a 28 qui ont abandonné pour raison médicale. Ce sont des sportifs de haut niveau.
Vous dites aux joggeurs de ne pas courir, pas seulement le midi, mais même le matin ou le soir, il ne faut juste pas courir.
On ne court pas, on ne fait pas du vélo non plus en plein soleil, toutes les activités physiques, terrain de tennis, tout ça. Enfin, à un moment donné, il faut aussi respecter sa physiologie. On peut être entraîné, ce n'est pas tant le problème. On peut être un grand sportif et quand même être touché. Ah bah oui, les mondiaux d'athlétisme, je pense que ce n'est que des grands sportifs. Et pour autant, en courant la nuit à minuit, je vous dis, il y a la moitié qui n'ont pas fini le marathon. Donc, c'est aussi se respecter. Parce que la problématique, c'est que votre corps, lui, doit lutter contre ces 30 degrés, parfois en continu. Et du coup, c'est l'épuiser de manière supplémentaire.
D'autant plus qu'on ne sait pas ce que sera demain. On ne sait pas si la vague de chaleur va continuer, s'il faut encore tenir 10 jours ou quoi. Certains vont nous dire, ah bah moi, je peux dormir au frais, j'ai la clim ou quoi. Mais votre centre interne, il fait quoi ? Il fait parfois, parce qu'en plus, certains mettent la clim très très basse, ce qui est une hérésie. Parce que du coup... Les changements de température, c'est mauvais aussi pour le corps ? Oui, parce qu'en fait, il n'arrive pas à savoir quelle est la température de référence. Et en fait, le corps humain, ce n'est pas un switch que l'on tourne. Et c'est bon, je peux gérer 17, c'est bon, je peux gérer 35.
C'est un mécanisme qui se met en place. Et c'est pour ça que ça a été aussi difficile, d'ailleurs, la semaine dernière. C'est qu'on est en début de saison estivale. Et que le corps, malgré ce qu'on a vécu début mai, on a eu des températures fraîches début juin qui nous ont remis sur ce mode printemps. Et on n'était pas prêts pour une température aussi haute.
Vous êtes psychiatre. Votre expertise, c'est aussi la santé mentale. Vous lancez une alerte. Pourquoi, au-delà de nos corps, la canicule agit aussi, aussi fortement sur nos esprits ?
Eh bien, parce que c'est le cerveau qui gère tout ça. Le corps, lui, il a un chef d'orchestre et c'est le cerveau. Et le cerveau, c'est celui qui gère aussi la psyché. Donc, tous ces mécanismes d'adaptation vont nécessiter une énergie supplémentaire. Et cette énergie qui l'on a pour réfléchir, pour penser, pour être sociable, pour absorber toutes les contraintes du quotidien, eh bien, ça fait partie de cette énergie qui est prise à côté pour, justement, maintenir cette température correcte de 37, 37, 7.
Et on s'énerve beaucoup plus vite.
On s'énerve beaucoup plus vite. En fait, c'est simple. En fait, le corps, face à une situation critique, quand il fait trop chaud, quand il fait trop froid, quand il n'y a plus assez de nourriture, il va mettre en pause certains systèmes. Les systèmes sont différents en fonction de la problématique. Mais en gros, quand il fait chaud, les systèmes psychiques qui sont mis de côté, en priorité, c'est la mémoire immédiate. Donc, on va oublier les petites choses qu'on a faites juste avant. Donc, on n'est plus très, très efficace non plus. Et notre sociabilité n'est pas considérée non plus comme étant un truc que l'on doit absolument préserver dans ces situations-là. Donc, c'est mis en pause.
Et au fur et à mesure, finalement, les mécanismes sont mis en shutdown. Donc, en fait, on est super irritable. Notre sociabilité aura des pâquerettes. On prend tout mal.
Vous dites, quand il y a une chaussure qui traîne dans le salon et qui fait 25 degrés, ce n'est pas grave. Quand il fait 40, ça peut devenir un vrai drame.
Alors, on ne devient pas tous hurlant de colère à 38 degrés. Par contre, ça va souffler. S'il y a déjà des braises, en fait, vraiment, ça souffle dessus. Et c'est vrai que ce n'est pas la semaine où il faut revoir tout son programme de travail, faire la discussion philosophique avec les adeux. parce qu'eux aussi, ils sont en tension et ainsi de suite.
Ça, c'est pour nous tous. On est tous plus énergés que d'habitude. Mais quand une personne bipolaire, schizophrène, dépressive ou sous traitement psychiatrique vit plusieurs nuits sans sommeil, sous plus de 35 degrés, qu'est-ce qui se déclenche médicalement chez elle ?
Eh bien, la problématique de ça, c'est ce qu'on évoquait tout à l'heure, la décompensation, parce que la chaleur, ça génère aussi de l'anxiété. Ça va aggraver potentiellement la dépression. Et ça, l'anxiété, j'ai envie de dire, c'est un petit peu le moteur des problématiques de la santé mentale. Donc, on risque une décompensation, d'autant plus qu'il y a un peu double peine là aussi. Souvent, les patients de pathologie psychiatrique ne sont pas vraiment compris par l'entourage, donc demandent des adaptations qui ne sont pas toujours faites.
Et en plus, certains traitements peuvent accentuer des effets secondaires, tels que la sueur ou la fatigue, qui vont se surajouter à la transpiration et la fatigue. Mais il faut absolument continuer à prendre ses traitements, néanmoins ? Il faut absolument continuer à prendre son traitement. C'est très important pour diminuer le risque, justement, de décompensation. Et la stabilité dans le trouble psychiatrique, c'est vraiment le fil d'Ariane qu'il ne faut pas lâcher.
Anne Senequier, vous pointez aussi le fait que, non seulement les bâtiments, enfin, les canicules sont plus nombreuses aujourd'hui que dans les années 70, mais le fait aussi qu'il y a plus de maladies chroniques. Pourquoi ?
Pourquoi ? Pourquoi ? Parce qu'on mange mal, parce que toutes les publicités que l'on voit dans les abribus ou à la télé sont pour des aliments ultra-transformés. On a la Coupe du Monde en ce moment et les sponsors qui s'affichent devant, c'est McDo et Coca. Donc, en fait, on a vraiment toute une agro-industrie et un marketing qui nous vend des produits qui, aujourd'hui, nous rendent malades. On est très sédentaire, on ne fait plus assez d'activité physique, on est dans la voiture, on est sur des trottinettes électriques, on prend l'ascenseur. Donc, en fait, on n'a pas assez d'activité physique. Au niveau génétique et biologique, on est toujours des chasseurs-cueilleurs.
On a besoin d'une activité physique au quotidien avec une alimentation pas trop grasse et pas trop sucrée. Et en fait, on fait exactement l'inverse. Donc, fondamentalement, ça ne peut pas fonctionner.
Dans le monde, des psychiatres demandent que la santé mentale soit mieux intégrée au plan canicule avec, par exemple, le rappel du 31-14, qui est le numéro national de prévention du suicide. Vous êtes d'accord avec ce message ?
Oui, c'est important parce que la santé mentale, ça a toujours été un petit peu la dernière roue du carrosse dans les politiques de santé publique de tout temps, finalement. Donc là, on s'est rendu compte qu'on avait un petit peu oublié ça, d'autant plus que les chiffres sur la santé mentale, aujourd'hui, sont vraiment catastrophiques. On a eu un sondage en début d'année qui nous disait que 65% des Français avaient eu des troubles de santé mentale au cours de leur vie et 45% au cours des quelques dernières années. Et on parle de quoi ? Alors, on a la dépression, l'anxiété, les troubles du sommeil. Et c'est ça aussi qui nous complexifie aussi la problématique de dormir en canicule.
On dort déjà moins bien qu'avant. On dort 1h30 de moins que dans les années 70. Et c'est vrai que les écrans et la facilité à regarder l'écran lorsqu'on ne dort pas et qui, du coup, va faire un cercle vicieux parce que l'écran va nous empêcher de nous endormir. En fait, on a véritablement toute cette nécessité de sensibiliser les gens et l'exécutif sur ce texte-là.
Dans un instant, Anne Senecki, on va parler de ce qu'on peut faire pour adapter notre société de la situation dans les hôpitaux aussi. Mais pour l'instant, il est 8h47 et c'est l'info en une minute avec Maureen Suneard.
Deux violents incendies sont en cours dans le sud de la France. Il fait chaud, sec et il y a du vent. Le premier gros incendie de la saison s'est déclaré dans l'Hérault. Hier après-midi, il a parcouru 900 hectares au moins. Il s'est propagé dans l'autre département voisin. L'autre feu important se situe dans les Bouches-du-Rhône à Lançon-de-Provence, au nord de Marseille. Ces feux arrivent après une période de canicule dans quasiment toute la France. La ministre des Sports annonce ce matin qu'il y a eu plus de 90 décès par noyade depuis le 19 juin dernier. On apprend ce matin que l'agression d'un oligarque ukrainien à Monaco il y a deux jours a été minutieusement préparée.
Cet oligarque, sa compagne et un adolescent ont été blessés dans l'explosion d'un colis. Le principal suspect, toujours en cavale, a effectué plusieurs repérages dont un le matin même de l'explosion. Et puis, il rejoigne la France en huitième de finale de la Coupe du monde de football. Les Etats-Unis ont battu la Bosnie-Herzégovine cette nuit et se qualifient. Qualification aussi de la Belgique qui s'est imposée sur le fil. 3-2 face au Sénégal et l'Angleterre a battu la République démocratique du Congo.
France Info
Le 830 France Info Agathe Lambret Paul Larouturou
Avec Anne Senequier, médecin psychiatre et co-directrice de l'Observatoire de la Santé Mondiale de l'IRIS. Vous êtes spécialiste des questions de santé, d'environnement et de climat. Et on va parler maintenant de la façon dont nos sociétés peuvent s'adapter à ces chaleurs de plus en plus fréquentes.
Docteur, vous dites que pour s'adapter en période de canicule, il faut accepter de fonctionner en mode dégradé. Concrètement, ça veut dire quoi ? S'il faut changer notre rapport au travail, à l'école, aux horaires, même aux objectifs même de vie, il faut être en mode dégradé ?
On est en mode dégradé parce qu'aujourd'hui, on n'a pas de véritable politique d'adaptation qui nous permet de vivre ces vagues de chaleur sans laisser de côté notre humanité. Donc on a besoin effectivement de faire simple parce qu'on n'a pas toute l'énergie et le temps de gérer tout ce que l'on gère d'habitude. Donc on va mettre des priorités. Et puis on va s'y tenir. Et le reste, on a juste besoin que tout le monde déjeune, que tout le monde dorme et éventuellement fait les devoirs quand c'était encore l'école. Et boivent, bien sûr. Le reste, on avisera la semaine prochaine. Par contre, il faut mettre un peu de trucs sympas au milieu de là-dedans.
C'est d'aller faire les pique-niques avec les enfants ou la famille, que ce soit dans le parc de la résidence ou sur le bord de mer ou dans un parc en ville, tout simplement. On peut essayer de changer un petit peu le quotidien pour, un, aller chercher de la fraîcheur quand elle n'est pas à la maison et, deux, mettre un peu de joie dans ces moments difficiles.
Qu'est-ce qu'il faut faire en priorité, selon vous, pour s'adapter ? Est-ce que le problème, c'est principalement les logements ? Est-ce que c'est la ville ? Est-ce qu'il faut plus végétaliser ? Est-ce qu'il faut éradiquer le béton, tout repeindre en blanc ?
Il y a un petit peu de tout ça, en fait. Et c'est ça qui est intéressant parce qu'il y a un océan de solutions face à tout ça, face aux vagues de chaleur, mais face à tous les événements météorologiques extrêmes qui viennent avec la problématique du changement climatique, que ce soit les inondations, que ce soit les feux de forêt que l'on vient de voir.
Un océan de solutions réalistes avec les finances publiques françaises, vu l'état dans lequel elles sont ?
En fait, il y en a plusieurs. Et si vous me permettez quelques minutes, j'aimerais bien quand même les rappeler parce que c'est ce sur quoi je suis en train de travailler. Il y a la solution du savoir, c'est-à-dire qu'avant de prendre des décisions, il faut se mettre au courant et lutter contre justement la désinformation et véritablement mettre les choses au clair. La solution du local, c'est-à-dire que ce qui est vrai, quelque part, ne va pas forcément l'être à un autre endroit. Donc on essaye d'adapter, on fait du sur-mesure par rapport à ces événements. Et là, on a beaucoup tapé sur le gouvernement.
Mais il faut se rendre compte aussi que la construction des écoles, la construction de certaines infrastructures sont aussi à la responsabilité des mairies. De la commune, des conseils départementaux. Voilà. Donc on ne peut pas aussi demander à un ministre d'être carré sur toutes les écoles de France. Il va falloir justement impliquer tout le monde. Et c'est ça qui est important.
Et le musée éducation était à votre place il y a quelques jours justement pour ça. Mais vous dénoncez quand même une impréparation du gouvernement.
Oui. Encore une fois, on s'était basé sur ce qui s'est passé en 2023. En 2003, pardon, excusez-moi, il y a des plans. Les plans hors-sane, les plans blancs dans les hôpitaux. Et malgré tout, en fait, le problème, c'est qu'il y a toutes ces choses-là. Et je vais vous dire, j'ai amené la littérature.
On a la radio, donc il y a trois rapports.
Trois rapports. Ici, le rapport, le guide Isadora, démarche accompagnant l'intégration de la santé dans les options d'aménagement urbain. Donc c'est-à-dire faire une ville qui ne nous rend pas pathogène. Faire le rapport sur comment faire une ville à la taille des enfants. Parce qu'au milieu de tout ça, on a aussi besoin de travailler justement vis-à-vis de ce qu'on évoquait tout à l'heure sur les maladies non transmissibles. Que les enfants puissent sortir justement et bouger dehors. Et les trucs, quand même, en petit résumé, si nos élus ne veulent pas trop travailler, guide de l'aménagement durable et les élus climatiques face au changement climatique. Il y a huit trucs.
C'est super simple.
C'est super simple. Mais concrètement, par exemple, demain, pour rendre la ville plus vivable, qu'est-ce que vous faites en priorité ? Est-ce que vous mettez des arbres partout ? Est-ce que vous repeignez en blanc ? Alors, voilà.
Ça, c'est intéressant. Peindre en blanc, ça dépend où. C'est pertinent au niveau des toits quand ça le permet. Les routes qui sont peintes en blanc, en fait, ça a été fait beaucoup à Los Angeles. Et en fait, ils se sont rendus compte que ça pouvait renvoyer la réverbération sur les façades et au niveau des piétons. Et que, d'autre part, si on prenait en considération le cycle de vie, justement, des matériaux nécessaires pour faire des chaussées blanches, eh bien, en fait, c'était plus carboné. Le bilan carbone était plus néfaste que ce que l'a pouvait donner. Ah, c'est intéressant ce que vous dites.
Donc, peindre en blanc, comme le proposent certains responsables politiques, finalement, c'est une fausse bonne idée, selon vous ?
Ça dépend, justement, des matériaux. Mais ce qui a été, effectivement, testé, pour l'instant, si on prend en compte le bilan et le cycle de vie sur 50 ans, eh bien, malgré ça, ça n'est pas positif. Et il y a un réseau de villes à travers le monde qui s'appelle le réseau C40, qui est la grande majorité des grandes villes capitales, qui s'associe, justement, pour partager les infos et les expériences autour de l'adaptation au changement climatique.
Donc, il y a Los Angeles qui avait testé ça, qui ont, justement, dit qu'il était plus pertinent, avec des études, de faire les toits en blanc, puisque, là, la réflexion allait vers le ciel et, du coup, permettait aussi de rafraîchir les bâtiments dessous. On a Medellin, en Amérique du Sud, qui, elle, a fait des corridors de fraîcheur. Et ça, c'est très pertinent. Et, justement, ce qu'on évoquait, la trame verte et la trame bleue, qui sont des choses très importantes.
C'est la trame verte, c'est la végétalisation. Et la trame bleue, c'est l'eau, c'est ça ?
Exactement. Globalement, toutes les villes du monde sont construites autour d'un fleuve. Donc, cette trame bleue, elle est présente. Et, en fait, le fleuve est très intéressant. Pourquoi ? Parce que l'eau a cette capacité d'absorber la chaleur qui est dans l'atmosphère. Donc, au-dessus et autour de la Seine, on a, véritablement, une fragmentation de ce dom de chaleur. Donc, c'est pour ça que c'est intéressant, justement, ce qui a été fait à Paris, d'enlever la circulation des quais de Seine pour ne pas qu'il y ait de remontée de la chaleur. Et il y a besoin, justement, d'étirer cette fraîcheur sur les côtés. Et Medellin, c'est ce qu'ils ont fait, justement. Ils ont tracé à travers la ville.
Donc, ça, c'est des choses positives. Et quand on parle, pardon, à Paris, d'îlots de fraîcheur, l'îlot de fraîcheur, c'est très bien, mais c'est un oasis au milieu du désert, en fait. On a vraiment besoin de cette trame verte. On entend ce que vous dites, juste, pardon, parce qu'il faut qu'on avance.
Il y a des pays où il fait bien plus chaud qu'en France, et bien plus souvent dans l'année. Qu'est-ce que ça signifie ? Est-ce que ça veut dire que le corps humain peut s'adapter et peut supporter ces chaleurs écrasantes beaucoup plus souvent, ou pas ?
Alors, on peut s'adapter un petit peu, mais ce n'est pas vraiment ça la différence entre ces villes et nous, aujourd'hui. C'est plutôt notre ville et son architecture et son urbanisme. Ces villes qui sont dans la bande tropicale sont, de manière, on va dire, culturelle, ont des matériaux qui, la terre crue, une architecture autour de patios, avec les tours de rafraîchissement, les rues étroites, finalement, qui permettent d'éviter d'avoir les rayons du soleil en plein été, à midi, au fond de la rue. Donc, garder une certaine fraîcheur. Et ça, c'est quelque chose qu'on n'a pas.
Il est l'heure de la question qui, ce matin, sait prendre des nouvelles. Docteur, vous dites qu'il faut, évidemment, veiller sur les personnes isolées, notamment les personnes âgées. Je rappelle qu'il y a 700 000 personnes âgées qui sont en situation de mort sociale, sans compter les personnes dans les EHPAD. Dans une période où tout le monde est, comme vous le disiez, irritable, fatigué, saturé, c'est quoi la bonne présence, docteur Sénéquier, pour la prochaine canicule ? Appeler, passer, écrire un petit message WhatsApp, ou simplement rester disponible. Qu'est-ce que vous conseillez ?
Ce que j'ai constaté la semaine dernière, c'est malgré tout un petit rebond de la communauté, en fait. On va prendre des nouvelles des voisins, on va prendre des nouvelles en bas de l'immeuble ou dans la rue. Et c'est ça qu'il va falloir travailler aussi, en attendant que, justement, notre société se mette au pas. On a besoin, effectivement, de travailler, de prendre des nouvelles de sa famille, bien sûr, mais de ses voisins. Même si on ne supporte pas le voisin de gauche, eh bien, il y a probablement quelqu'un dans l'immeuble qui l'aime bien. Et on va travailler là-dessus. Et si jamais personne ne le fait, eh bien, on va quand même se prendre en main et y aller.
Parce qu'effectivement, c'est important et ça peut changer la donne. Vous savez qu'à Paris, 51% des foyers sont des foyers seuls. Et c'est vrai dans toutes les grandes villes. Donc, on a besoin de recréer du lien. Et ça rejoint aussi cette histoire de ville humaine.
C'est l'heure, Paul, d'une question qui est un peu particulière aujourd'hui.
Bah oui, c'est la question qui part, la question qui dit merci. Merci Agathe. Découvrir avec vous l'interview politique à deux, à vos côtés, a été une expérience formatrice. Merci à notre programmateur Matisse, à Cora et Elisa qui nous ont aidés à préparer ces entretiens pour lesquels on a, collectivement, tous ensemble, joliment travaillé. Et merci à chacun des membres de cette formidable rédaction de reporters. Et puis, comme on ne fait jamais ce métier seul, merci à chacun des membres de Régie, en la Régie, que ce soit ici, à la Maison de la Radio ou du côté de France Télévisions. A tous les techniciens, à nos maquilleuses, Alexandra et Laura, qui ont donné du travail.
Merci à Agnès Varamian et à Richard Place de m'avoir ouvert la porte. Et pour votre confiance, ce fut un sacré défi. Le 8h30 continue désormais sans moi. Dès demain, je souhaite le meilleur à Simon le Baron, excellent camarade de terrain que j'écouterai, comme vous, tous les matins à la rentrée. Et puis, évidemment, je voulais surtout vous remercier, vous, nos auditeurs, notre boussole. Merci d'avoir été là chaque matin pour ces 164 interviews. Vous accompagner fut un véritable honneur. Et puis, le service public aura un rôle absolument immense à jouer dans les mois qui arrivent pour la présidentielle. Alors, prenons en soin. Merci à tous. L'information continue. Moi aussi. A bientôt.
Merci Paul. Et merci pour cette saison passée ensemble. Merci à tous d'avoir été fidèles aussi à France Info. Et de rester fidèles parce que le 8h30 ne prend pas de vacances. Il continue tout l'été pour vous informer. Merci beaucoup, Anne Senequier. Je rappelle que vous êtes médecin, psychiatre et co-directrice de l'Observatoire de la Santé mondiale de l'IRIS.
Cyrielle Chatelain