Le modèle économique de Versailles anéanti ? "Nous avons perdu l'essentiel de nos ressources", es…
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Europe 1, il est 7h41, les acteurs de l'actualité en direct avec votre invité Mathieu Béliard, Catherine Pégard, présidente de l'établissement public du château, du musée et du domaine national de Versailles. Bonjour Catherine Pégard. Bonjour Mathieu Béliard.
Bonne nouvelle. Sourire, c'est vous ce matin, je l'entends à distance. La réouverture de Versailles demain, je suis sûr que ça fait du bien.
On va en parler Catherine Pégard, ça c'est votre actualité. Quelques questions cela dit à vous poser sur la période que nous venons de traverser. Versailles ferme ses portes, ses grilles plutôt, à la mi-mars, sans trop savoir quand vous pourrez rouvrir. 1000 salariés, 68 entreprises sous-traitantes qui travaillent avec vous.
C'est tout un écosystème qui s'est trouvé il y a quelques mois, stoppé, mis à l'arrêt. Absolument, absolument. Et comme vous venez de le dire, ça se passe d'une heure à l'autre.
Et je crois que c'est totalement inédit dans l'histoire du château de Versailles. On a repéré pendant toute cette période, on a eu le temps de lire les archives. Et on a repéré une seule ressemblance.
C'est le moment où le château avait fermé lors de la déclaration de la Deuxième Guerre mondiale. 1939. On se retrouve comparé à 1939.
Vous avez dit au journal Le Point, le modèle économique de Versailles a été anéanti. Anéanti, c'est fort anéanti. Pourquoi ?
Anéanti parce qu'à l'instant T, nous avons perdu l'essentiel de nos ressources. Nous avions, comme vous l'avez dit, 8 millions de visiteurs. 80% étaient des étrangers.
Et la billetterie représente autour de 75% de nos ressources propres, lesquelles constituent 85% de notre budget. Alors ce sont trois chiffres pour dire que, effectivement, nous devons rentrer dans un autre monde. Et nous parlions justement des frontières, de la discussion sur l'ouverture des frontières.
Et d'Augustin Dromanel, PDG d'Aéroport de Paris, qui sera à 8h15 sur Europe 1, Catherine Pégard. J'espère qu'il va nous annoncer de bonnes nouvelles. C'est le mal que je vous souhaite, Catherine Pégard.
Je comprends que sans les Asiatiques et sans les Américains, Versailles ne tient pas. Ne tient pas. En tous les cas, il faut recréer un autre modèle économique.
Et ça, c'est difficile. Ça prend du temps. Mais vous comprendrez qu'aujourd'hui, je n'ai pas trop envie de parler d'économie.
Alors allons-y. Vous savez quoi, Catherine Pégard ? Réjouissons-nous.
Je voudrais aussi rendre hommage aux personnels qui ont travaillé chez vous pendant cette période de confinement. Parce qu'il ne faut pas croire, l'activité a été stoppée. Mais cet écosystème, ce microcosme, vous n'avez pas chômé pendant le confinement.
En fait, l'activité ne s'est jamais arrêtée. Et je crois que du jour de la fermeture, à ce matin, nous n'avons cessé de penser au jour où les grilles du château de Versailles pourraient se réouvrir. Et il y a d'ailleurs quelque chose d'émouvant à penser que les mêmes qui les ont fermées vont les réouvrir.
Je le dois à tous les agents du château de Versailles qui se sont parlé pendant toute cette période, qui, pour certains d'entre eux, étaient loin de Paris, confinés, et qui pourtant appelaient tous les jours pour vérifier l'état du château de Versailles. Et nous avons fait vivre ce château, bien sûr, au ralenti. Nous avons continué à entretenir les jardins.
J'entendais tout à l'heure que les herbes folles poussaient dans les jardins de Paris. C'était la même chose au château de Versailles. Nos jardiniers ont entretenu les jardins pour qu'ils montrent leur meilleur visage demain.
Et puis, nous avons fait des choses qui paraissent parfois anecdotiques, mais qui sont importantes. L'horloger est venu chaque semaine remonter les pendules pour que le château ne soit pas plongé dans un horrible silence, parce qu'on dit que les mécanismes des pendules anciennes peuvent s'enrayer très vite. Un de nos conservateurs a joué chaque jour l'orgue de la Chapelle Royale pour le pas qu'il se désaccorde.
On a dépoussiéré la Galerie des Glaces, qui ne l'avait pas été depuis 2007, lors de la restauration de cette galerie. Et tout ça, ce sont des petits boulots, si j'ose dire, mais des petits boulots qui nous prennent beaucoup de temps. Et donc, on a mis à profit cette période sinistre, par ailleurs, pour faire ces travaux.
C'est intéressant, l'horloger, il faut qu'il y ait les horloges anciennes. Elles vont s'enrayer, l'orgue qui se serait désaccordée. Évidemment, merci d'avoir donné ces détails, Catherine Pégard.
La réouverture ce week-end, demain, un lieu emblématique comme Versailles, ça n'est pas anodin. Il faut que nos auditeurs comprennent que c'est presque un exploit que d'avoir réussi à rouvrir Versailles si tôt. Oui, je crois que c'est un petit exploit, bien sûr.
Mais ça montre une chose, c'est que Versailles a toujours été le symbole de la France, l'un des symboles de la France aux yeux du monde. Et il a accompagné toute l'histoire de la France, dans les bons moments, dans les moments les plus tragiques. Par exemple, on s'aperçoit que les grandes eaux ont toujours rejoué quand la vie revenait en France.
Après la Première Guerre mondiale, ce sont les grandes eaux qui jouent dans les jardins de Versailles pour animer la vie qui reprend. Et je crois que cette force symbolique de Versailles, il ne faut pas l'oublier aujourd'hui. C'est Versailles qui nous donne cette chance de pouvoir continuer à vivre dans le monde d'aujourd'hui.
Et c'est du rayonnement de la France aussi dont il est question. Alors on l'entendait dans le journal de 7h, les portes du château s'ouvrent, 400 personnes par heure, 7 fois moins que d'habitude, c'est bien ça ? Oui, à peu près.
Parce que vous savez que la jauge, elle change beaucoup au château de Versailles. Si vous venez au mois de février, habituellement, vous avez environ 7 000, 8 000 personnes par jour. Et puis quelquefois, le 15 août, vous en avez plus de 30 000.
Et bien là, aujourd'hui, on va faire des visites privées élargies pour les Français, essentiellement. Et je crois qu'ils vont découvrir un Versailles qu'ils ne connaissent peut-être pas. C'est une chance.
Si on y va ce week-end, c'est presque une chance. C'est presque une chance. Il ne faut pas abuser non plus de dire que c'est une chance.
Parce qu'évidemment, nous, notre mission, c'est d'ouvrir ce château sur le monde, comme vous l'avez dit. Il a toujours été le lieu de visite touristique. Louis XIV ouvrait son château aux touristes.
Je crois qu'il a écrit le premier guide touristique en France, avec sa manière de montrer les jardins de Versailles. Et donc, nous poursuivons cette même idée que le château de Versailles ne peut pas vivre sans le monde. Donc, il faut venir au château de Versailles.
Ce n'est pas seulement un lieu de pouvoir. Ce n'est pas seulement un musée. C'est aussi un musée de plein air, avec ses 400 statues, ses 800 hectares.
Et donc, ce sont aussi des promenades. C'est du plaisir de venir à Versailles. Et ça le sera ce week-end, j'en suis sûre.
Catherine Péga, avec des masques à l'intérieur, la sécurité, le protocole sanitaire, évidemment, respecté. Et la réussite de la réouverture des grilles du château du domaine de Versailles. Merci Catherine Péga d'avoir pris quelques minutes pour les auditeurs d'Europe 1 ce matin.
Présidente de l'établissement public du château, du musée et du domaine national de Versailles. Je vous souhaite un très bon week-end de réouverture. Les acteurs de l'actualité, en direct sur Europe 1.
Catherine Pégard