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interviewPRISE d'R· 14 décembre 2025 24 min

Violette Spillebout - Épisode 7 : Comment vraiment aider le commerce à Lille ?

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Invité

Le commerce illinois en termes d'attractivité, ça reste quand même une ville un peu centrale. Il y a quand même beaucoup de magasins, il y a beaucoup de choix. Maintenant, je pense que le commerce perd un petit peu de sa vitalité à certains égards, rien qu'à voir la proportion de magasins qui ouvrent ou ferment dans le centre-ville. Le commerce, c'est compliqué aujourd'hui sur l'île. Les commerces ferment tous les jours et on le remarque aujourd'hui quand on passe dans le centre-ville. On voit des panneaux à louer et en fait, la vacance est très très très longue. Pour moi, l'île, faire du shopping, c'est épuisant parce qu'en vrai, il y a pas mal de magasins, ça c'est cool.

Mais en fait, on perd beaucoup trop de temps à côté à se prendre la tête pour d'autres sujets où on n'a pas trop à se prendre la tête pour aller faire du shopping. Dans mon entourage, il y a beaucoup de personnes qui me disent qu'ils ne viennent plus à l'île parce que tout simplement, c'est un enfer pour les voitures en fait. Mon père, pour venir faire les Black Friday ce week-end, c'était un peu compliqué parce que le stationnement à l'île était saturé. Je pense qu'il existe des solutions qu'on peut mettre en place pour faire de l'île une ville plus attractive et plus attrayante.

1:03
Présentateur

Bienvenue dans Prise d'Air, le podcast de Violette Spilbout. On vient d'entendre les témoignages de plusieurs Lilloises sur les problèmes de stationnement, d'accessibilité en centre-ville, mais aussi sur un sentiment d'une ville où le commerce semble moins attractif. Bonjour Violette. Bonjour Yann. Première question, en tant que Lilloise, quel est votre ressenti sur ce sujet ?

1:22
Invité

En tant que Lilloise, Lille, oui, c'est une vie commerçante et on aime les commerces lillois. On se souvient de l'histoire de Lille. D'abord, Lille est une ville flamande qui a le commerce vraiment dans ses veines. Et rien que dans le quartier de Fives où j'habite, la rue Pierre-le-Grand a été une des plus grandes rues commerçantes de Lille où tout le monde faisait ses emplettes dans des boutiques très diversifiées. Aujourd'hui, ça reste commerçant, mais il y a peut-être un peu d'amélioration à faire.

Et puis, bien sûr, on pense au cœur de ville, notre grand place, la place Riour, qui de génération en génération est un lieu où on se retrouve pour faire des emplettes, mais aussi passer un bon moment. Et puis, on va au Furet du Nord, on va dans ce vieux Lille que Pierre-Moroy a complètement transformé et qui aujourd'hui est un moteur d'attractivité de notre ville pour des touristes, des visiteurs, belges, anglais, allemands et de plein d'autres nationalités. Après, c'est vrai qu'en ce moment, on le sait, le commerce lillois souffre beaucoup. C'est le cas partout en France, mais en particulier à Lille.

Moi, je rencontre beaucoup de commerçants qui sont très inquiets, certains qui sont en redressement judiciaire. Et je pense à des rues qui sont en grande difficulté. La rue du Faubourg des Postes à Lille-Sud, même la rue du Faubourg de Roubaix à Saint-Maurice-Pelvoisin. On voit des commerces qui ferment avec un taux de vacances qui est important. Et puis, on a la rue Gambetta, le marché d'Oasem, les Halles, notre marché de plein air, qui voudraient pouvoir plus se développer, avoir plus de stabilité et qui ont beaucoup de difficultés. Donc, je crois qu'on va en parler aujourd'hui.

2:51
Présentateur

Absolument, puisque pour illustrer ce que vous venez de dire, illustrer ces problématiques, nous avons le plaisir d'accueillir notre premier invité, Hervé Bailly. Bonjour et bienvenue, Hervé. Bonjour, Yann. Hervé, vous êtes directeur de la marque Cirilus. Vous avez un magasin dans le Vieux-Lille, mais vous avez également 60 magasins un peu partout en France. Donc, ce qui est bien, c'est que vous connaissez le territoire local, mais aussi à l'échelle nationale, ce qui se passe au niveau du commerce. Alors, justement, à Lille, il se passe quoi ?

3:21
Violette Spillebout

Alors, c'est vrai qu'à Lille, comme le disait Violette, c'est un peu compliqué en ce moment. On voit, donc, ce fameux taux de vacances augmente à Lille. Elle augmente significativement. Je crois qu'on est à 12%, c'est ça ? Oui, c'est ça. Alors, partout en France, malheureusement, ce taux, il est en augmentation depuis plusieurs années. Et ce taux, il est quand même particulièrement élevé à Lille. Donc, au-delà de 10%, c'est un problème, parce que finalement, ça veut dire qu'une fois sur 10, vous voyez, un magasin, une boutique fermée, et ce n'est jamais très agréable. Pourquoi ? Un commerçant qui ferme, c'est un commerçant qui n'arrive pas à gagner de l'argent.

Et un commerçant qui n'arrive pas à gagner de l'argent, c'est ou parce que son chiffre d'affaires est insuffisant, ou parce que ses charges sont trop élevées. Et à Lille, on rencontre le cumul des deux problèmes. Alors, ce qu'on appelle le trafic, le nombre de personnes qui passent ou dans la rue, qui vont dans la boutique. Il y a toujours du monde, Aline. Il y a toujours du monde. Alors, il y a toujours du monde, mais quand on fait moins 7, moins 10% de trafic, c'est un problème, parce que potentiellement, c'est moins 7, moins 10% de chiffre d'affaires en moins.

Et c'est vrai que depuis l'époque des travaux un peu structurants dans la ville, on a vu une baisse de trafic très importante, parce que c'était plus compliqué d'accéder à la ville. Ça faisait peur aussi à certaines personnes. Et on a vu le trafic baisser. Et là, pour répondre à votre question, c'est vrai que depuis septembre, depuis la rentrée, on assiste à un phénomène un peu aggravé d'un trafic encore plus en baisse. Et bien, le trafic encore plus en baisse, ça veut dire des commerçants qui, là, aujourd'hui, donc moi, j'en connais beaucoup, qui souffrent.

5:12
Présentateur

Et ça, vous qui avez donc cette vue d'ensemble national, c'est typique à l'île ou c'est partout comme ça en France ?

5:19
Violette Spillebout

Alors, elle se voit partout en France. Elle est particulièrement aiguë à l'île. Il y a des phénomènes aussi macroéconomiques qui n'ont rien à voir avec l'île. On sait qu'il y a des tensions sur les dépenses. On sait qu'actuellement, les Français ont plutôt tendance à thésauriser qu'à dépenser. Mais il y a quand même un sujet spécifique, vraiment spécifique à l'île.

5:41
Présentateur

Et par rapport à ces difficultés pour nos commerçants, vous venez d'aborder la baisse de trafic, mais vous parliez également de charges élevées, et notamment, je crois, des loyers qui sont particulièrement élevés à l'île.

5:53
Violette Spillebout

Oui, c'est ça, voilà. Un commerçant, il a, comme je disais, un chiffre d'affaires des charges. Le trafic baisse, le chiffre d'affaires baisse. Et par contre, ce sujet des loyers, il est particulièrement aigu. L'île est une des toutes premières villes de province les plus chères en termes de loyers. Ça rejaillit sur tous les commerçants, puisque finalement, il y a comme ça des normes, des barèmes de loyers, mais qui sont à des niveaux qui sont aujourd'hui plus vraiment soutenables par une grande partie des commerçants. Les commerçants ne pouvant plus payer leur loyer, ils arrêtent, ou alors ils payent une fois sur deux.

Et donc, il y a cette notion aussi de taux d'impayé qui est extrêmement élevé à l'île. On parle de 30%. Et c'est un problème, parce que ça veut bien dire que le business model ne fonctionne plus.

6:46
Présentateur

Alors, Violette, sur cette problématique des loyers qui, comme vient de nous le dire Hervé, semble être typiquement lilloise, comment pourrait agir une municipalité à ce niveau-là pour aider les commerçants ?

6:59
Invité

De toute façon, un maire doit se préoccuper de la situation de ces commerçants, que ce soit dans le Vieux-Lille, au cœur de ville ou partout dans les quartiers. Et cette crise du commerce encore plus importante à l'île, forcément, elle m'a interpellée. J'ai en souvenir cette pétition des commerçants qui a commencé au mois d'août sur le sujet des loyers trop élevés, qui, aujourd'hui, a plus de 3000 signataires, ça crée un vrai mouvement, parce que les Lillois, ils ont envie de sauver leur commerce aussi.

Ils n'ont pas envie d'avoir que des grandes enseignes de chaîne, que commander sur ces fameuses plateformes dont on sait qu'elles ne respectent aucune règle, ni commerciale, ni écologique, pour la consommation en France. Et donc, sur les loyers, moi, j'ai travaillé à l'Assemblée nationale, et en écoutant les commerçants, notamment Lillois, qui ont beaucoup approfondi le sujet, il n'y a pas de solution miracle pour réguler le marché à l'île, mais il y a quand même des choses qu'on peut faire au niveau national, et qui auront des impacts à l'île.

Je pense au plafonnement de l'indice d'augmentation des loyers, c'est-à-dire que par la loi, on peut faire en sorte que pendant un an, deux ans de cette crise, ça soit limité. Il faut aussi, je crois, empêcher que des grandes foncières commerciales aient plus d'intérêt, finalement, à garder un local commercial vide qu'à prendre un commerçant en baissant son loyer. Et c'est ça aussi qui favorise la vacance commerciale. Donc, taxer la vacance commerciale. Et puis enfin, j'ai entendu parler d'un autre souci de charge qui est très lié au loyer, c'est la refacturation des hausses de taxes foncières.

Et on sait que ça aussi, ça doit être limité, parce que les commerçants ne peuvent pas, finalement, à la place des propriétaires, de ceux qui ont les murs, assumer toutes ces augmentations. Et puis, derrière ces sujets de loyer, qui sont encore plus lourds pour les Lillois, il y a tous les sujets d'attractivité du cœur de ville. Vous en avez parlé, la sécurité, la propreté, notamment. Moi, je trouve qu'à Lille, quand on arrive à la gare, en métro, en train, le parcours pour arriver jusqu'à la zone commerciale n'est pas le plus beau parcours qu'on puisse offrir à nos visiteurs.

à la fois la propreté, le manque de corbeilles, la qualité des sols aussi, et des trottoirs qui sont mal entretenus, le manque d'éclairage, parfois, en fin de journée, et puis l'absence de vidéoprotection et de police municipale qui passent suffisamment souvent. Et je le sais, pour avoir rencontré, par exemple, Zach Lunette, il n'y a pas longtemps, qui est dans le Violite, qui est une jeune entrepreneuse qui est là depuis six ans, elle voit les sujets de sécurité être très importants au cœur de ville et faire peur, parfois, à des gens de venir au cœur de ville s'il y a des agressions ou des cambriolages dans ces commerces.

9:33
Présentateur

Alors, Hervé, au-delà de la problématique des loyers, qu'est-ce qui manque aujourd'hui aux commerçants à Lille ?

9:38
Violette Spillebout

Je pense qu'il faut, effectivement, un accompagnement de la ville. Ça, c'est vraiment important. Et aujourd'hui, c'est quand même assez difficile pour un commerçant d'être face à une administration compliquée. Il y a une autre chose qui est vraiment fondamentale, c'est que quand on ouvre un commerce, on est toujours un peu pris par le temps. C'est-à-dire qu'on a trouvé un local, on est très content, on signe un contrat avec un bailleur et les loyers commencent très, très vite, en fait. Normalement, les loyers commencent dès le premier mois. Alors, si on est un peu habile, on arrive à négocier un mois, deux mois, ça va très, très, très rarement au-delà en termes de gratuité de loyer.

Et donc, en fait, c'est une course contre la montre. Et aujourd'hui, pour les commerçants qui s'installent à Lille, les délais sont beaucoup trop longs. Aujourd'hui, on peut attendre 4-5 mois pour avoir une validation d'enseigne, par exemple. Mais ce n'est pas possible. Donc, en fait, qu'est-ce qui se passe ? C'est que dès le début, les commerçants se retrouvent en difficulté parce qu'ils se retrouvent avec des loyers à payer et pas de chiffre d'affaires puisqu'on n'a pas pu ouvrir la boutique. Là, il faut beaucoup de réactivité. Et puis, peut-être que les mairies peuvent aussi aider dans les négociations de loyers puisqu'on dit que c'est le sujet majeur de la rentabilité.

Mais c'est compliqué de négocier un loyer. C'est presque un métier, je dirais. Et peut-être que là aussi, la ville a un rôle à jouer pour accompagner dans ces démarches complexes.

11:05
Présentateur

Justement, Laure Violette, qu'est-ce qu'on pourrait mettre en place pour mieux accompagner nos commerçants ?

11:10
Invité

En tout cas, toutes ces expériences de terrain, finalement, elles doivent inspirer le maire de demain pour l'île. C'est-à-dire accompagnés sur les négociations de loyers. C'est aussi un travail qui doit être fait avec la Chambre de commerce, le MEDEF, la Chambre des métiers et de l'artisanat. Toutes ces institutions qui ont de nombreux techniciens, juristes, doivent être mises à disposition d'un commerçant qui se sent seul au moment de son installation, surtout quand c'est une première installation. Et il faut encourager les talents, les jeunes qui veulent aujourd'hui ouvrir un commerce à l'île, quel que soit le quartier.

Donc, je crois que c'est une première chose et que le maire peut tout à fait faire ce rôle. Derrière ça, il y a aussi, dans mon projet, l'objectif de mettre en place dans chacun des quartiers de la ville, comme à LM et à l'homme, un manager du commerce. Quelqu'un qui est là, sur le terrain, pas dans son bureau, qui passe son temps à faire le tour des commerces, à voir quelles sont les difficultés, à faciliter le lien avec la police municipale. Ça n'existe pas aujourd'hui. Ah non, non, non, ça n'existe pas.

Et il faut surtout des gens qui aiment le commerce, les commerçants, qui comprennent ce que c'est que d'avoir un business plan qui fonctionne pour rester ouvert et ne pas mettre la clé sous la porte au bout de quelques mois. Et puis, dernière proposition, vous l'avez soulevée, c'est le sujet des relations aux services administratifs. Là, c'est clair, il faut un guichet unique, joignable n'importe quand, où on puisse se déplacer et pas demander aux commerçants de venir et de quitter sa boutique, surtout quand il est seul. On sait que c'est difficile parfois d'avoir des salariés à tout moment.

Et que ce guichet unique soit la porte vers le service qui va donner l'autorisation de terrasse, l'autorisation d'enseigne, l'autorisation de travaux ou le lien avec les architectes des bâtiments de France, qui va aussi faire ce lien avec les structures dédiées aux commerçants, comme la Chambre des métiers et de l'artisanat. Donc voilà ce lien simple, rapide, dans des délais qui soient garantis à moins d'un mois pour avoir toutes les réponses administratives. Je crois que c'est du bon sens et c'est du devoir du maire de demain.

13:04
Présentateur

Merci Harvey en tout cas pour votre témoignage. Merci à vous. Après ce constat global, nous accueillons maintenant notre deuxième invitée, Catherine Platel. Bonjour et bienvenue Catherine.

13:14
Invité

Bonjour.

13:15
Présentateur

Catherine, vous êtes commerçante dans le Violid, créatrice également. Je crois que vous vous êtes rencontrée avec Violette d'une manière un peu singulière. Vous l'avez taguée sur les réseaux sociaux, c'est ça ? Oui, je l'ai taguée.

13:29
Invité

En fait, j'étais avant à Roubaix, au Vestiaire des modes. J'ai été accompagnée par Maison de mode, une association, hébergée dans une cellule au Vestiaire des modes, à côté du musée de la piscine, par la Melle. Et malheureusement, notre association a été liquidée. Donc j'étais un petit peu en panique et j'ai fait un post sur Instagram. J'ai tagué plusieurs élus et la seule qui soit revenue vers moi, c'est Violette.

13:56
Présentateur

La seule qui a répondu, c'est Violette. Eh oui ! Incroyable !

13:59
Invité

Je m'en souviens, je m'en souviens parce que c'est vrai que j'ai découvert à ce moment-là la détresse des 60 créateurs qui étaient hébergés par Maison de mode. Maison de mode, c'était une association créée par la Melle, la métropole européenne de Lille, à Roubaix, mais aussi à Lille, à Lille-Sud. Ça a été un grand projet de la municipalité. Je me souviens, il y a 20 ans, inaugurée par Agnès B. C'était le renouveau à la fois d'un quartier, Lille-Sud et Roubaix, mais aussi l'installation de créateurs et le soutien à des talents. Donc il y avait une grande ambition dans ce projet.

Et quand j'ai vu que ce projet était liquidé pour des difficultés financières, mais qui n'ont pas été anticipées par la mairie de Lille, la mairie de Roubaix et la métropole, je me suis dit mais quel gâchis ! Parce que finalement, on met un centre commercial Lillénium à Lille-Sud, à côté d'une rue qui est aujourd'hui une friche commerciale, et qui en plus, finalement, laisse des créateurs complètement seuls face à la difficulté pour pouvoir rebondir. Et donc oui, c'est là qu'on s'est contacté du coup, et qu'on s'est rencontré avec Catherine, et qu'on a pu discuter de nos talents lillois et métropolitains.

15:04
Présentateur

Et après cette malheureuse première expérience, vous décidez de vous installer dans le Vieux-Lille, plus précisément rue Mazurel. Comment ça se passe aujourd'hui ?

15:14
Invité

Écoutez, je suis un petit peu surprise du manque d'attractivité et de passage client. C'est quand même hallucinant, on a des journées. Par exemple, cette semaine, une galerie artistique dans la rue me disait cinq clients qui sont rentrés dans la galerie sur une semaine, y compris le 11 novembre. Donc j'avoue, je m'attendais vraiment à avoir constamment des clients qui rentrent, qui achètent. Alors heureusement, on a les touristes qui nous soutiennent bien, notamment les Belges, les Anglais, Luxembourgeois, beaucoup de Parisiens aussi qui viennent, mais c'est quand même pas la panacée.

15:56
Présentateur

La bonne nouvelle, c'est que l'île reste attractive pour les touristes. Ça, c'est une bonne chose.

16:00
Invité

Alors, l'île a une très belle image auprès des touristes, mais il y a un gros problème, je pense, pour y être depuis un an à l'avoir observé, c'est les problèmes de stationnement, d'accessibilité. Ça, c'est vraiment un gros souci. Et mes clients de Roubaix, certains ne me suivent pas parce qu'ils me disent moi, jamais, j'irais à l'île, c'est impossible, on ne peut pas se garer. Il y a plein de bouchons. Quand on arrive à l'île, on ne sait pas se garer. Quand on trouve une place, c'est extrêmement cher, 35 euros pour 5 heures. Et quand on rajoute à l'heure supplémentaire, on arrive facilement à 50 euros sur une journée de travail.

16:40
Présentateur

Alors, est-ce que ça veut dire que la piétonisation, ce n'est pas bien ?

16:43
Invité

Alors, moi, je ne vais pas vous dire que ce n'est pas bien puisque j'ai une marque éco-responsable aussi. Donc, pour moi, c'est très important, le levier écologique. Mais il ne faut pas que ça s'anticipe aussi et que ça s'organise. Bloquer les accès en voiture, même pour nous, commerçants. Moi, le lundi, je n'ouvre pas la boutique. J'ai besoin d'accéder à l'île pour pouvoir livrer. Moi, j'accueille d'autres créatrices et c'est aussi un souci. Il y a des créatrices qui me disent « Non, Catherine, on ne vient pas exposer chez toi parce qu'on ne peut pas se garer. Comment on va faire ? » Donc, la piétonisation, je trouve ça super. On peut faire du shopping plus tranquillement.

C'est mieux respirer aussi. Mais il faut qu'on puisse organiser. C'est le tout. Tout voiture ou zéro voiture, à un moment donné, il faut trouver un juste milieu, je pense.

17:36
Présentateur

Violette, on est sur un sujet brûlant qui met beaucoup de monde à cran. Comment cette problématique de stationnement, d'accessibilité ? Il y aurait des remèdes ?

17:45
Invité

Bien sûr qu'il y a des solutions. Et c'est surtout urgent de résoudre ce problème de l'accès à l'île. Parce que maintenant, tout le monde dit « On ne peut plus venir à l'île. » Pourquoi ? Parce qu'on a l'impression que l'île est devenue l'ennemi de la voiture. Et moi, je le dis, non. Il faut des solutions. Bien sûr, les parkings souterrains, mais aussi un stationnement payant dont il faut revoir complètement la tarification, c'est trop cher partout. Trop cher au cœur de ville, comme ça vient d'être dit. Trop cher dans les quartiers, pour les résidents. Il faut aussi une gratuité entre midi et deux du stationnement payant pour que nos restaurateurs puissent un peu souffler.

Je pense à ceux de la rue Saint-André, par exemple, qui me disent qu'à chaque fois qu'il y a un grand événement dans le cœur de ville, ils n'ont plus du tout de passants rue Saint-André dans le Vieux-Lille et encore moins de chiffre d'affaires. Et le chiffre d'affaires des restaurateurs, il a diminué de plus que par deux les trois dernières années. Donc, il faut vraiment des mesures urgentes. Des mesures aussi qui sont un peu plus structurelles comme les parkings relais. Vous savez, ces parkings qui montent en hauteur comme à Bruges ou à Gans, où nous sommes allés il n'y a pas longtemps, où le cœur de ville vit très, très bien. Et ces parkings relais, ça doit être tout simple.

On arrive de l'extérieur, on se garde dans le parking relais et avec son prix de stationnement, on a des navettes gratuites toutes les 10 minutes vers le centre-ville. Ce sont des solutions simples qu'il faut absolument mettre en place. Et je trouve qu'aujourd'hui, sous couvert d'écologie avec des transports en commun, qu'on refuse l'entrée de la voiture dans la ville, c'est un mauvais choix pour l'attractivité du cœur de ville, pour cette piétonisation qu'on veut réussir.

19:15
Présentateur

Catherine, vous êtes créatrice et surtout indépendante. On connaît les difficultés quand on n'est pas adossé à un grand groupe qui peut avoir des facilités financières. En termes d'accompagnement, est-ce qu'il y aurait des choses à améliorer ? Et là, je pense que Violette peut intervenir également sur ce sujet. Mais quelle est votre vision à vous ?

19:33
Invité

Je pense qu'il faudrait pouvoir être accompagnée aussi par la mairie. Ils ont sûrement un service commerce qui pourrait nous rendre visite. Déjà, ils nous demandaient si on est bien installés. Est-ce que ce n'est pas le cas aujourd'hui ? Non, ça fait un an que je me suis installée.

19:55
Présentateur

Et aucun contact avec la mairie ?

19:56
Invité

Non.

19:57
Présentateur

C'est dommage, ça.

19:58
Invité

Ça, je l'entends très souvent. Je parlais de magasins de lunettes, de lunettes recyclées, des lunettes qui est vraiment fait sur un concept extrêmement innovant pour toute la France. C'est vrai qu'il n'y a pas de relation régulière sur le projet entrepreneurial, les difficultés. Il y a le moment de l'installation où je crois qu'il faut mettre en place à nouveau des incubateurs pour ceux qui veulent se lancer, que ce soit dans le domaine de la mode comme ça a été le cas à Roubaix et à l'Île-Sud, mais aussi dans d'autres domaines. On doit retrouver dans nos quartiers des boulangeries, des boucheries, des commerces de proximité, merceries, cordonneries.

Tout ça, il faut que ce soit aidé par la mairie, donc au démarrage, mais aussi dans les premières années et dans les moments de difficulté. Et puis la deuxième chose, je crois, on parlait des loyers tout à l'heure avec nos deux commerçants, c'est qu'en établissant une foncière commerciale municipale, ce qui se fait dans de nombreuses villes en France.

20:51
Présentateur

Alors, ce serait quoi, ça, le concept ?

20:52
Invité

C'est en fait un fonds qui permet d'avoir des locaux commerciaux vacants et que la mairie, avec sa foncière, puisse les gérer et proposer des loyers modérés pour le démarrage sur un an, deux ans, trois ans dans différentes rues commerçantes de l'île. Je pense à celles que j'ai citées à l'Île-Sud, à Moulins, à Bois-Blanc, dans tous nos quartiers, à Fives, il faut pouvoir retrouver une diversité commerciale et accompagner ces commerçants. Et cette foncière, c'est un capital que met la mairie dans l'acquisition de beaux ou de locaux commerciaux. C'est aidé par l'État parce qu'il y a eu des fonds spécifiques pour cela. Donc, c'est vraiment aidé par l'État.

Et ça permet, sur une sélection de commerce, en plus, d'aider de l'artisanat local, des commerçants locaux, des jeunes Lillois qui ont envie de se lancer. Et je crois qu'il y a beaucoup d'outils aujourd'hui à Lille, mais qu'ils ne sont pas coordonnés pour permettre cet accompagnement de celui qui a le courage, je tiens à le dire aussi, de prendre des risques financiers, personnels, très souvent, avec sa famille, pour s'engager dans un nouveau commerce à Lille.

21:55
Présentateur

Merci Catherine. Et puis, je tenais à me dire que vous aviez prêté l'une de vos créations à Violette. Il faut quand même le souligner. Franchement, merci. C'est magnifique. Bravo.

22:03
Invité

Donc, très haut de gamme, pièce unique. Absolument. J'ai été voir la boutique, bien sûr, de Catherine. Éco-responsable. Et le prêt aujourd'hui me plaît beaucoup parce que c'est très bien choisi et ce sont de magnifiques pièces. Et très bien portées. Merci.

22:17
Présentateur

Merci Catherine. Violette, nous venons d'entendre les témoignages d'Hervé et Catherine. Le 22 mars prochain, élue maire de Lille, pour le commerce, que faites-vous ?

22:27
Invité

C'est simple. Un plan d'urgence pour le commerce dans le cœur de ville, dans nos dix quartiers lillois, à LM et à Lhomme, qui ont aussi des difficultés pour les commerçants qui se sentent mal accompagnés. Et je n'oublie pas nos halles et marchés. La belle halle de la rue Gambetta qui mérite d'être encore plus belle et plus attractive. Et puis, nos marchés de plein air parce que des marchés dans les quartiers avec des produits locaux, des produits frais, c'est aussi la vie, le lien social comme sont les commerces de proximité. Un plan d'urgence, ça veut dire des moyens nouveaux, une foncière communale. Et puis, tous les outils que j'ai évoqués, ce n'est pas très compliqué.

Il y a beaucoup d'exemples autour de nous dans d'autres villes en France et à l'étranger qui font de belles choses pour le commerçant. Il faut le vouloir et il faut aimer le commerce à Lille.

23:13
Présentateur

Et on l'aime notre commerce à Lille. Merci Violette. Merci à toutes et à tous. C'était le dernier épisode de Prise d'air. Vous pouvez évidemment commenter, partager tous les épisodes et rejoindre Violette sur les réseaux sociaux. Un mot de la fin pour ce dernier épisode, Violette ?

23:29
Invité

Soutien aux commerçants lillois. Allez tous faire vos courses de Noël chez nos commerçants à Lille, à Lille et L'Homme. Il faut les soutenir, parler avec eux, les encourager parce que les temps sont vraiment difficiles et puis surtout, évitez d'acheter sur les grandes plateformes sur Internet. C'est mauvais pour le commerce de proximité, c'est mauvais pour vous, pour vos enfants. On le sait, il y a plein de dangers sur ces plateformes. Donc, achetons local.

23:52
Présentateur

Merci Violette. Merci Violette. Sous-titrage Société Radio-Canada