Retraites : la guerre des gauches a bien eu lieu | Bourbon hebdo, les coulisses de l'Assemblée
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 3:30OuverteRéponse directe
Est-ce que ça va avoir un impact, cette annonce, sur le calendrier budgétaire ?
- 4:26OuverteRéponse directe
Est-ce qu'on sait quelle serait l'option privilégiée par le gouvernement ?
- 5:35ComplaisanteRéponse partielle
Il a eu lieu mercredi, dans les tout derniers instants que les députés ont consacrés au budget de la sécurité sociale.
- 6:05OuverteRéponse directe
Finalement, ce vote, il a été moins serré que prévu ?
- 7:06OuverteRéponse directe
Est-ce qu'il y a d'autres enseignements à tirer des positions des autres groupes macronistes ?
- 7:52OuverteRéponse directe
Donc là, on vient de voir beaucoup d'abstentions, beaucoup de votes contre cette suspension. Finalement, ce sont les voix du RN qui ont permis de faire passer cette mesure ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:20InvitéFait
« Le gouvernement n'ouvrira pas samedi et dimanche les travaux à l'Assemblée nationale. »
- 2:29InvitéChiffre
« Jean-René Cazeneuve, par exemple, qui est commissaire aux finances pour le groupe, hier me disait que sur cinq semaines, les commissaires des finances en sont à 292 heures. »
- 4:02InvitéFait
« Exactement, pour le projet de loi de finances ? »
- 4:08InvitéFait
« et qu'au final, ça pourrait très bien arranger le gouvernement de le faire passer par ordonnance parce que les délais constitutionnels seraient dépassés »
- 5:45InvitéChiffre
« Votant 505, exprimé 401, majorité 201 pour, 255 contre 146, l'Assemblée nationale a adopté. »
- 6:48InvitéChiffre
« 255, voilà, il y avait quand même une large majorité à l'Assemblée pour adopter justement cette suspension »
- 7:27InvitéChiffre
« La consigne du groupe, c'était de voter contre la suspension. 25 députés ont suivi, 8 ont voté pour la suspension, 9 se sont abstenus. »
- 7:44InvitéFait
« Yann Boucard, Julien Dive, qui m'expliquaient pendant la séance qu'ils avaient été contre la réforme Borne à l'époque et que par cohérence, ils n'allaient pas suivre leur groupe qui leur disait d'être contre. »
- 8:51InvitéFait
« ce sont les assurés sociaux et les retraités qui vont payer. »
- 9:20InvitéFait
« les insoumis ne valideront jamais par leur vote les deux années volées aux Français. »
- 10:02InvitéFait
« Les écologistes, finalement, ont décidé de voter pour la suspension, avec plein de critiques, plein de vigilance. »
- 10:11InvitéFait
« les communistes ont décidé de voter contre »
- 12:05InvitéFait
« Vous nous cassez les oreilles ? »
- 12:20InvitéFait
« Je ne tolérerai aucune attaque sexiste dans cet hémicycle. »
- 15:50InvitéFait
« il y a des réflexions. Il y a un docteur dans la salle, elle est complètement siphonnée, arrêtez-la enfin, elle a le syndrome Gilles de la Tourette, manger des graines ça rend dingue. »
- 18:32InvitéFait
« le bloc central avait décidé de soutenir Erwann Balanant, qui est un député du groupe Les Démocrates. »
- 18:37InvitéChiffre
« Jérémy Patrier-Lettus, qui est un député Horizon, qui s'est présenté et qui a été élu président à 14 voix contre 7. »
- 19:16InvitéFait
« il disait un journaliste ne devrait pas dire ça, un journaliste ne devrait pas faire de politique, le service public de l'audiovisuel doit être neutre. »
- 20:38InvitéFait
« « Être ancien ministre, c'est s'asseoir à l'arrière d'une voiture et s'apercevoir qu'elle ne démarre pas. » »
- 20:59InvitéFait
« il y a un délai d'un mois. C'est le code électoral qui le prévoit. »
Temps de parole
- Invité35 %
- Présentateur25 %
- Invité 215 %
- Invité 313 %
- Invité 43 %
- Invité 53 %
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Je suis Clément Méric et vous écoutez Bourbon et Bdo, le podcast de la rédaction d'LCP qui vous fait revivre l'actualité de la semaine et vous dévoile les coulisses de l'Assemblée.
La séance est ouverte.
Bonjour à tous et bienvenue dans notre podcast hebdomadaire Bourbon et Bdo. Au sommaire cette semaine, la suspension de la réforme des retraites sur fond de guerre des gauches. Un incident de séance qui a mis Yael Brunpivet dans une colère noire. Une commission d'enquête qui s'annonce tendue pour l'audiovisuel public. Enfin, vis ma vie de suppléant. Et oui, les anciens ministres sont de retour comme députés à l'Assemblée. Les suppléants ont donc plié bagage. Et avec moi pour nous raconter les coulisses de l'Assemblée cette semaine, Elsa Mondingava, Anne-Charlotte Dussault et Marco Pommier. Bonjour à tous les trois.
Bonjour.
Alors Elsa, tu es la présentatrice de l'émission qui accompagne les questions au gouvernement tous les mardis, tous les mercredis sur LCP. Marco, tu es un des journalistes qui intervient dans cette émission et tu interviens aussi régulièrement dans l'émission. Chaque voix compte. Voilà, d'Adeline François. Chaque voix compte, ça c'est le soir, toujours sur l'antenne de LCP. Enfin, Anne-Charlotte, tu fais partie du service web. On peut donc lire tes articles sur le site lcp.fr. On commence avec cette annonce qui a surpris tout le monde jeudi soir.
Il n'y a pas que des députés, il y a aussi des collaborateurs qui travaillent autour des députés, des administrateurs. Et ils sont tous légitimement fatigués pour tenir compte de cette réalité, de l'impossibilité d'aller lundi au vote. Pour tenir compte de cette réalité du travail immense qui est fait dans cet hémicycle depuis des jours, depuis des semaines, pas seulement par les députés, mais par toutes celles et ceux qui travaillent autour des députés. Le gouvernement n'ouvrira pas samedi et dimanche les travaux à l'Assemblée nationale.
C'était donc Laurent Panifou, le ministre des Relations avec le Parlement. On voit qu'il est très chahuté quand il annonce que finalement les députés ne vont pas siéger ce week-end. Ça met en colère notamment la gauche. Pourquoi ?
Alors surtout la gauche, puisque les autres groupes politiques, dès le début de la séance de jeudi soir, avaient dit que ce n'est pas très raisonnable de siéger samedi et dimanche. On a déjà siégé le week-end dernier. Jean-René Cazeneuve, par exemple, qui est commissaire aux finances pour le groupe, hier me disait que sur cinq semaines, les commissaires des finances en sont à 292 heures. Donc il y avait une demande à la fois du Rassemblement national, de la droite et du groupe Ensemble pour la République de dire, allez, on doit au moins ne pas travailler dimanche. Donc le ministre des Relations avec le Parlement a dit finalement qu'on ne siège ni samedi ni dimanche.
Et les insoumis notamment, les écolos, envoient là une manœuvre pour le gouvernement pour dire, en fait, si on ne siège pas samedi et dimanche, on ne pourra pas venir à bout de tous les amendements dans les délais impartis. Donc c'est la crainte que certains ont. Le ministre a voulu rassurer en disant que normalement la semaine prochaine, il y avait 80 heures qui restaient justement pour l'examen du texte et qu'a priori, ça pourrait finir. Ce qui voulait aussi provoquer, je pense, c'est un peu un électrochoc dans le sens où c'est les députés aussi qui peuvent permettre d'accélérer les débats ou non.
Philippe Brun pour les socialistes dit, on va regarder ce week-end, on va faire vraiment des retraits massifs d'amendements. Il reste 2000 amendements. 2000 amendements, c'est énorme. Sur une semaine, ce n'est pas sûr du tout que ça peut passer. Donc c'est sûr que s'il n'y a pas des choix d'amendements qui sont faits, une volonté collective d'accélérer, combien même ils avaient siégé ce week-end, ce n'était pas assuré qu'ils puissent finir dans le délai imparti, c'est-à-dire le 23 à minuit.
C'est ma question suivante. Est-ce que ça va avoir un impact, cette annonce, sur le calendrier budgétaire ? Parce que ça retire quand même deux jours où ils devaient siéger. Est-ce qu'il est encore possible d'adopter à la fois le budget de l'État et le budget de la sécurité sociale dans les temps ?
Marco ? Ça peut être un peu compliqué, ça c'est certain. Ce que dit aussi la gauche, c'est que le gouvernement, il essaye de jouer la montre et que ça pourrait très bien l'arranger finalement que l'on arrive au 23 parce que... Donc le 23, c'est la date limite pour le projet de loi de finances ? Exactement, pour le projet de loi de finances et avec l'idée aussi qu'il faut qu'il y ait un budget d'ici le 31 décembre et qu'au final, ça pourrait très bien arranger le gouvernement de le faire passer par ordonnance parce que les délais constitutionnels seraient dépassés et que, d'une certaine manière, ça arrange le gouvernement effectivement de jouer la montre.
Donc il y a deux options. Le Parlement ne se prononce pas dans les temps, soit des ordonnances, soit une loi spéciale. Est-ce qu'on sait quelle serait l'option privilégiée par le gouvernement ?
Alors je crois qu'il y a des options différentes en fonction du budget de la sécurité sociale et le budget de l'État puisque le budget de la sécurité sociale et le délai constitutionnel, c'est mi-décembre, le 12, alors que le budget de l'État, c'est le 23 décembre. Ce qu'on commence à réfléchir, notamment au sein du groupe Ensemble pour la République, c'est de dire deux budgets par ordonnance, c'est peut-être compliqué.
Donc peut-être qu'on peut réussir à faire passer celui de la sécurité sociale par ordonnance pour peut-être se donner du temps sur le budget de l'État, mais le budget de l'État sera adopté peut-être plutôt par une loi spéciale puisqu'en l'État, il n'y a pas de majorité pour le côté de l'État.
Loi spéciale, on rappelle, c'est reconduire le budget de l'année précédente.
Voilà, et se donner un peu de temps en janvier, février pour essayer d'aboutir à un budget. Il y a vraiment un énorme flou sur l'atterrissage possible sur ces budgets. Sachant que la loi spéciale, ça s'adapte, ça vaut pour le PLF, le projet de loi de finances, donc le budget de l'État, mais pas forcément pour le budget de la sécurité sociale. L'année dernière, puisqu'on avait été confrontés à ça, la loi spéciale sur le budget de l'État a été passée avec des modalités concernant le budget de la Sécu dans cette loi spéciale. Mais donc, il y a plusieurs petites possibilités, mais pas une loi spéciale sur le PLFSS en lui-même.
On en vient au moment que tout le monde attendait dans ce débat budgétaire. Il a eu lieu mercredi, dans les tout derniers instants que les députés ont consacrés au budget de la sécurité sociale.
Votant 505, exprimé 401, majorité 201 pour, 255 contre 146, l'Assemblée nationale a adopté.
La réforme des retraites suspendue, donc, ou plus précisément décalée dans le temps, c'était la principale exigence du PS pour ne pas censurer le gouvernement de Sébastien Lecornu. Finalement, ce vote, il a été moins serré que prévu ?
Oui, et je reviens juste sur les mots. Alors, si vous dites suspension, c'est que vous êtes soit socialiste, soit du gouvernement. Vraiment, si vous dites décalage, c'est que vous êtes... Vous faites plaisir à l'EFI. Voilà.
Ça, c'est vous qui le dites.
Il y a vraiment eu un débat. C'est-à-dire qu'à chaque fois que les socialistes disaient suspension dans l'hémicycle, les Insoumis hurlaient décalage. Voilà, il y a vraiment un débat sémantique sur cette question. Oui, c'était un vote plus large, je pense, qu'annoncé. Le matin, certains se sont un peu fait peur en disant que ça peut se jouer vraiment à pas grand-chose. Puis, en fait, au fil de la journée, il y a eu les consignes des différents groupes qui sont tombés.
255, voilà, il y avait quand même une large majorité à l'Assemblée pour adopter justement cette suspension, sachant que le groupe Ensemble pour la République a eu une position d'abstention assez largement respectée dans le groupe, même si certains s'en sont affranchis. Justement, Gabriel Attal expliquait qu'ils sont défavorables à cette suspension, mais favorables au compromis. Et donc l'abstention, c'était une manière de trouver un chemin.
Est-ce qu'il y a d'autres enseignements à tirer des positions des autres groupes macronistes, ceux du bloc central Horizon, le Modem ?
Alors Horizon, affranchissement total, puisque eux ont voté contre et ils ne sont pas allés de main morte pour dénoncer une ineptie budgétaire. Et ce qui est intéressant, c'est de regarder aussi ce qu'a fait la droite, donc qui ne fait pas partie du bloc central et pas vraiment partie non plus du socle commun. La consigne du groupe, c'était de voter contre la suspension. 25 députés ont suivi, 8 ont voté pour la suspension, 9 se sont abstenus. Donc on voit que la consigne n'a pas été respectée parmi les députés qui ont voté pour cette suspension.
Yann Boucard, Julien Dive, qui m'expliquaient pendant la séance qu'ils avaient été contre la réforme Borne à l'époque et que par cohérence, ils n'allaient pas suivre leur groupe qui leur disait d'être contre.
Donc là, on vient de voir beaucoup d'abstentions, beaucoup de votes contre cette suspension. Finalement, ce sont les voix du RN qui ont permis de faire passer cette mesure parce que la gauche, elle, elle s'est divisée sur le sujet. Illustration.
Je suis abasourdi devant les circonvolutions de certains à gauche qui cherchent toutes les bonnes raisons pour ne pas voter ce qui va se constituer une avancée pour des centaines de milliers de nos concitoyens. Jamais je n'aurais pensé voir quelqu'un à gauche pouvoir invoquer des arguments sur le financement ou sur tel détail technique pour justifier un vote contre une avancée sociale.
C'était le socialiste, donc Jérôme Gage, très en colère, contre la France insoumise qui a voté contre ce décalage ou cette suspension de la réforme des retraites. Quels sont les arguments de la France insoumise auxquels Jérôme Gage fait référence ?
La France insoumise, en fait, dit très clairement que le PS a capitulé sur le combat contre la réforme des retraites en disant, en fait, ce sont les assurés sociaux et les retraités qui vont payer. Et résultat, en fait, voter pour la suspension ou le décalage, encore une fois, c'est reconnaître d'une certaine manière que les 64 ans sont utiles et qu'en fait, il s'agit juste de débattre de quand est-ce que ça va véritablement s'appliquer. Et donc, la France insoumise estime que pour cela, il ne fallait pas voter la suspension ou le décalage. C'est ce que Mathilde Panot, la présidente du groupe, dit très clairement.
En fait, elle dit, les insoumis ne valideront jamais par leur vote les deux années volées aux Français. Donc, on est vraiment sur le fait de valider, pour eux, ça valide la réforme borne, quand même.
Qu'est-ce qui s'est joué dans ce vote pour la gauche ? Est-ce que ça préfigure peut-être une recomposition de la gauche pour les prochaines échéances électorales municipales et puis, bien évidemment, pour la présidentielle ?
Émancipation quand même du PS, là, on voit qu'il y avait une vraie facture. Quand Jérôme Gage parlait, moi, j'étais en tribune, les insoumis couvraient sa voie. C'était assez impressionnant.
Il y a un petit contentieux entre Jérôme Gage et les insoumis.
Voilà, particulièrement, mais c'est vrai que c'était vraiment assez virulent entre les deux. Et puis, au milieu, il y a toujours les communistes et les écologistes, donc là, qui ont eu des positions différentes. Les écologistes, finalement, ont décidé de voter pour la suspension, avec plein de critiques, plein de vigilance. Quand les communistes ont décidé de voter contre, alors ça préfigure pas forcément que les écolos sont plus proches des socialistes maintenant que des insoumis, mais on voit bien que, voilà, la gauche a eu du mal à...
Elle n'était pas du tout unitaire sur cette question de la suspension de la réforme des retraites et surtout de ce que ça veut dire sur le rapport au gouvernement, de négocier ou pas avec le gouvernement. Marco ? Non, mais c'est vrai que ces écolos, oui, et ces communistes, ils ne veulent pas, en général, prendre parti, on va dire, dans les bisbilles entre les insoumis et les écologistes. Eux, ils préfèrent... Ils n'aventent un peu la chèvre et le chou. Ils ne veulent pas choisir entre papa et maman. Ah bon, je pensais à la chèvre et au chou, mais... Ils préfèrent jouer la carte de l'unité face à un rassemblement national qui est très fort.
C'est vrai qu'on pourrait se dire parfois que les écologistes et les communistes sont peut-être un peu plus proches des positions insoumises, mais en tout cas, à l'Assemblée, ce n'est pas forcément vrai au niveau du parti, au niveau national. Mais après le vote, salle des 4 colonnes, il y a Clémentine Autain, un groupe écologiste qui, elle, s'est abstenu, donc tous n'ont pas suivi le vote pour, qui disait, en fait, c'est un colis piégé, cette affaire, on avalise d'une certaine manière la réforme des retraites, donc ce que dit pour le coup la France insoumise, mais elle dit aussi, contrairement aux insoumis, je ne veux pas empêcher un gain, mais je ne suis pas dupe.
Donc, en fait, il y a vraiment... Ils sont sur un fil entre ce qu'on valide et ce qu'on ne valide pas. Et juste sur le Parti socialiste, il y avait Laurent Baumel, qui est député socialiste, qui voyait dans ce qui s'est passé sur la réforme des retraites, lui, il disait que c'était hyper illustrateur de la nature réelle du clivage entre le PS et les insoumis, entre ce, justement, par rapport au rapport au gouvernement, entre la tradition révolutionnaire portée par LFI de rester pure et de ne jamais, en fait, négocier et faire des petits pas, et justement, celle socialiste, social-démocrate plus classique.
On passe au reste de l'actualité de la semaine à l'Assemblée. On commence avec cet incident de séance qui a eu lieu mercredi dans l'hémicycle.
Madame Rousseau, est-ce que vous pourriez éviter d'hurler quand vous prenez la parole ? Vous nous cassez les oreilles ? Ou à défaut, est-ce que vous pourriez baisser le micro ? Non, ça n'est pas acceptable. Je vous rappelle à l'ordre immédiatement. Et votre appel au règlement est terminé. Je ne tolérerai aucune attaque sexiste dans cet hémicycle.
Alors, on entend la colère de Yaël Braun-Pivet, la présidente de l'Assemblée. Il faut aussi la voir visuellement. C'était très impressionnant. Est-ce que ça a surpris certains députés, sa réaction ?
Alors, c'est vrai que, si vous voulez, ce qui est assez particulier, on est en plein débat sur la réforme des retraites. Le groupe UDR, donc le groupe d'Éric Ciotti, n'a même pas encore pris la parole pour donner sa position sur le vote. Voilà, le débat est nourri dans l'hémicycle, mais comme normal, Jérôme Verny demande la parole pour dire vraiment. Mais là, si vous voulez, ce n'est pas une petite phrase qu'il faut analyser dans le débat, etc. Il demande à prendre la parole sur un rappel au règlement pour demander à une femme de l'hémicycle d'arrêter de lui casser les oreilles. Donc, je pense que non, il n'y a pas eu vraiment de surprise.
Peut-être, oui, sur la virulence et sur la fermeté du rappel à l'ordre de Yaël Braun-Pivet, mais elle est applaudie par la gauche. Et il y a plusieurs aussi députés du bloc central qui se regardent tous et qui commencent à se lever pour applaudir un peu, pour soutenir ce qui vient de se passer. Parce que là, c'est vrai que c'était quand même manifeste une volonté de se payer une députée dans l'hémicycle. Et Sandrine Rousseau qui dit, d'ailleurs, on a pu discuter avec elle hier, avec Elsa, et elle nous dit que ça fait deux ans en fait qu'à chaque fois qu'elle prend la parole dans l'hémicycle, que des députés parlent beaucoup plus fort pour couvrir un peu sa voix.
Et elle a été quand même touchée que Yaël Braun-Pivet prenne sa défense jeudi dans l'hémicycle.
Vous dites que ça fait deux ans et justement, Elsa, tu as exhumé une archive d'LCP sur un incident assez similaire. Je crois que c'était en 2023, c'est ça ?
Pendant la réforme des retraites, il y avait déjà eu beaucoup de députés femmes qui s'étaient plaints justement des réactions quand elles prenaient la parole.
Et donc là, on va écouter la députée insoumise, Aurélie Trouvé.
J'observe quand même que, en particulier quand une femme s'exprime, ce qui est le cas ici... Franchement, mais franchement, on est dans un hémicycle où pour la première fois cette Assemblée est présidée par une femme. J'ai cinq vis... Alors, on a entendu la voix de Yaël Braun-Pivet.
C'est une réaction très différente de la part de la présidente de l'Assemblée nationale. Elsa, est-ce qu'on peut expliquer pourquoi est-ce que le contexte était différent à l'époque ?
Alors, c'était pendant la réforme des retraites. Il y avait eu beaucoup de députés de gauche qui avaient accusé une partie de l'hémicycle de sexisme puisqu'elles considéraient que dès qu'elles prenaient la parole, leur voix était constamment couverte ou voilà, il y avait des interpellations, etc. Mais c'est vrai qu'à l'époque, beaucoup de députés de droite ou Ensemble pour la République et la présidente de l'Assemblée nationale qu'on a entendue avaient dit mais arrêtez, c'est pas du sexisme. Voilà, ça fait partie en fait de la bataille politique et ce qu'on dénonce, c'est des arguments. Il y avait vraiment eu pas du tout d'unanimité dans l'hémicycle.
C'était une période où c'était très tendu. Donc voilà. Alors là, en l'occurrence, complètement différent sur l'interpellation de Géraud Verny de l'UDR parce que c'est assez équivoque en fait. Enfin, il se lève vraiment, il a les yeux, il lève les yeux en l'air, il dit casser les oreilles. C'est Andréne Rousseau, elle est en train de défendre la position des écologistes sur la suspension des retraites.
Et il y a un point important aussi, c'est que quand elle réagit cette semaine face à Géraud Verny, elle fait référence à d'autres rappels à l'ordre qu'elle a dû prononcer ces derniers temps ?
Oui, c'était de Laurent Jacobelli et Kevin Pfeffer puisque au compte-rendu de l'Assemblée nationale, Sandrine Rousseau, elle me dit, moi j'ai pas entendu exactement, mais j'ai lu au compte-rendu et elle a demandé des sanctions. Quand elle s'exprimait lors de la journée d'initiative du Rassemblement national, il y a des réflexions. Il y a un docteur dans la salle, elle est complètement siphonnée, arrêtez-la enfin, elle a le syndrome Gilles de la Tourette, manger des graines ça rend dingue. Donc voilà, elle a dénoncé...
Tout ça, c'est des phrases prononcées par des députés ARN.
Laurent Jacobelli, Kevin Pfeffer, et donc ils ont été rappelés à l'ordre tous les deux.
Qui peuvent aussi expliquer que, ben là, quand Géraud Verny intervient, ça commence aussi à faire beaucoup de...
Exactement, et c'est des phrases qui sont inscrites au compte-rendu, compte-rendu que tout un chacun peut consulter sur le site de l'Assemblée nationale. Il y a un service spécifique qui note et qui essaye vraiment de noter, on les voit en bas de la séance dans l'hémicycle, qui essaye de noter chaque petite interpellation pour vraiment avoir entendu le plus fidèle possible.
Parfois, d'ailleurs, ça peut donner... On découvre des échanges assez drôles parfois. Un mot de la sanction qui a été prononcée contre ce député UDR, Géraud Verny, un rappel à l'ordre. Ça a quelles conséquences exactement pour lui ? Ça se situe où dans la hiérarchie des sanctions ?
Aucune, ça n'a aucune conséquence particulière. Il y a quatre niveaux de sanctions. Je parle sous le contrôle d'Anne Charlotte qui a bien regardé. Oui, il y a quatre niveaux. Donc, rappel à l'ordre, c'est le plus bas niveau. Effectivement, après, il y a rappel à l'ordre avec inscription au procès-verbal où là, le député concerné perd un quart de son indemnité sur un mois. Ensuite, il y a censure où c'est la moitié de l'indemnité pendant un mois. Et ensuite, la plus haute sanction, c'est censure avec exclusion temporaire où le député concerné perd la moitié de son indemnité sur deux mois et ne doit pas se présenter à l'Assemblée nationale pendant deux semaines.
Et ça, ça s'est produit plusieurs fois ces dernières années. Oui, l'exclusion temporaire, c'est déjà arrivé avec Sébastien Delogu, notamment l'insoumis qui avait brandi un drapeau palestinien. C'était arrivé pendant le débat sur la réforme des retraites avec Thomas Porte et puis également avec Grégoire de Fournasse quelques semaines avant, il me semble, dans l'hémicycle. Et c'était la première fois depuis longtemps que l'on voyait un tel spectacle désolant dans l'hémicycle.
On va parler à présent de cette commission d'enquête qui va sans doute faire parler d'elle dans les semaines qui viennent. Commission d'enquête sur l'audiovisuel public. Le député UDR Charles Lalonc en sera le rapporteur. C'est logique puisque c'est l'UDR qui est à l'initiative de cette commission. La surprise, Anne-Charlotte, elle est venue cette semaine du choix du président de cette commission. Explique-nous.
Oui, en fait, cette semaine, la commission s'est réunie pour élire le bureau. Et donc, vous l'avez dit, Charles Lalonc, qui est député UDR, sera rapporteur. Il était question de choisir le président de cette commission. Et le bloc central avait décidé de soutenir Erwann Balanant, qui est un député du groupe Les Démocrates. Et finalement, il y a un autre député du bloc central qui s'appelle Jérémy Patrier-Lettus, qui est un député Horizon, qui s'est présenté et qui a été élu président à 14 voix contre 7. Et beaucoup déplorent qu'il ait été élu président avec les voix de l'extrême droite, justement.
Et derrière ça, il y a un contexte politique. Il y a quelque chose.
En fait, cette commission d'enquête, il faut savoir que le groupe UDR, au début cet été, voulait une commission d'enquête sur le coût de l'immigration et qu'ils ont retiré cette demande pour faire celle sur l'audiovisuel public. Justement, au début septembre, après l'élément déclencheur, je ne sais pas si vous vous souvenez, c'était la publication de la vidéo des deux journalistes du service public, Thomas Legrand et Patrick Cohen, qui discutaient avec des responsables du Parti Socialiste. Et donc, l'extrême droite avait beaucoup réagi.
Et Jérémy Patrier-Laitu, c'était aussi sur une ligne très dure puisque dans un tweet, il disait un journaliste ne devrait pas dire ça, un journaliste ne devrait pas faire de politique, le service public de l'audiovisuel doit être neutre. Et il avait saisi l'ARCOM lui-même. Donc, c'est vrai que certains déplorent qu'à la fois le rapporteur et le président soient sur une ligne très dure, alors qu'en général, on essaye un petit peu
d'équilibrer les rôles, de répartir en tout cas les rôles entre président et rapporteur de commission d'enquête. Et pour nos auditeurs qui veulent aller plus loin sur ce sujet, je les renvoie à l'excellent article que tu...
Qui est à venir aujourd'hui.
...que tu publies aujourd'hui sur le site d'LCP. On termine ce Bourbon Hebdo avec une sorte de transhumance presque habituelle, on peut dire, les anciens ministres qui retrouvent leur mandat de député.
Je savais. Je savais que ça s'arrêterait. Vous savez, il faut toujours savoir se préparer. Je vois beaucoup de collègues qui, malheureusement, n'ont pas parfois su se préparer au fait que ça s'arrête. Il y a deux types de personnes. Ceux qui se préparent, ceux qui ne se préparent pas. Je fais partie de la première catégorie. Donc, je n'ai pas de coup de blouse et je me suis remis au travail de suite.
Pas de coup de blouse pour Laurent Marc-Angeli, ancien ministre de l'Action et de la Fonction publique. Il y est resté un peu plus de neuf mois, je crois. De retour à l'Assemblée, donc, c'est peut-être l'occasion de rappeler cette phrase célèbre
de François Goulard. Oui, François Goulard, un ancien ministre de Jacques Chirac qui disait « Être ancien ministre, c'est s'asseoir à l'arrière d'une voiture et s'apercevoir qu'elle ne démarre pas. » Donc, ça illustre bien.
Donc là, c'est pour ceux qui ne sont pas vraiment préparés.
Voilà, exactement. Ce n'est pas le cas de Laurent Marc-Angeli qui disait qu'il était préparé. Mais voilà. On peut rappeler la règle, peut-être ? Oui, en gros, quand vous êtes ministre et que vous revenez sur les bancs de l'Assemblée, il y a un délai d'un mois. C'est le code électoral qui le prévoit. Là, en l'occurrence, il y a six anciens ministres qui sont revenus la semaine dernière parce qu'ils avaient été démissionnaires, ministres démissionnaires jusqu'au 5 octobre, il me semble. Et deux autres qui sont arrivés hier, en l'occurrence, Elisabeth Borne, l'ancienne ministre de l'Éducation. Ça l'a rangé un peu, on peut le dire. Voilà. Pourquoi ?
Elle n'a pas eu à voter la suspension de sa réforme des retraites. De sa réforme des retraites. Et puis Agnès Pannier-Runacher qui est revenue aussi hier, l'ancienne ministre de la Transition écologique. Elles sont revenues hier parce que toutes les deux, elles avaient été reconduites dans le gouvernement de Lecornu 1 qui avait duré quelques heures. Et Agnès Pannier-Runacher qui disait hier qu'elle, en tout cas, c'était bien pour elle de revenir au Parlement puisque c'est là où il y avait le pouvoir, là où tout se passait. Donc elle disait c'est l'endroit où il faut être pour compter. Donc on sent qu'il n'y avait pas de déception à revenir, plutôt l'idée d'être un peu dans sa...
Donc elle n'avait pas vraiment envie de continuer au gouvernement. Mais on peut peut-être préciser que quelqu'un comme Laurent Marcangeli ne retrouve pas exactement les mêmes fonctions qu'il avait à l'Assemblée. Il était président de groupe. Là, il ne retrouve pas son poste.
Non, il ne retrouve pas son poste. Après, il y a aussi plein de considérations techniques qui sont un peu plus... Voilà, pratiques aux pratiques, mais il faut trouver des bureaux. Et on ne met pas Elisabeth Borne, ancienne première ministre, n'importe où. Donc il y a aussi un jeu de chaises musicales qu'il faut organiser. Ce qu'il faut savoir, c'est qu'il y a des députés qui sont aussi montés au gouvernement. Donc il y a de la place. Voilà, on peut faire des changements, etc. Mais effectivement, pour les groupes, il faut refaire de la place à ces députés-là.
Et comme la droite républicaine avait fait de la place à Michel Barnier, évidemment, quand c'est des gens qui ont eu une stature d'ancien premier ministre, etc. Voilà. Ils ne retrouvent pas forcément la même place dans l'hémicycle, d'ailleurs. Mais en même temps, quand vous avez trois anciens premiers ministres entre Gabriel Natal, Michel Barnier et Elisabeth Borne, ça fait beaucoup.
D'un mot quand même sur ce rôle assez ingrade et suppléant qui, du jour au lendemain, se retrouve catapulté, député, dans une grande machine compliquée à comprendre. Et puis, du jour au lendemain, ils doivent plier bagage. Comment ils vivent ça ? Vous le savez ?
Alors, je pense qu'ils s'y préparent et surtout qu'ils savent aussi que, voilà, quand on est suppléant, on sait un petit peu, voilà, on connaît son rôle. Ce qui est encore plus compliqué que d'habitude, c'est que parfois, on sait que quand son député devient ministre, c'est pour deux, trois, quatre ans. Là, on a des...
Des gouvernements... Le bail peut durer
quelques semaines, un mois, deux mois. Donc, il faut quitter parfois sa fonction locale, son travail. Voilà, c'est pour finalement peut-être rester que quelques mois à l'Assemblée.
Eh bien, ce sera le mot de la fin. Merci à tous les trois. Bourbon et Hebdo, c'est donc terminé pour aujourd'hui. C'était riche, c'était divertissant. On a appris plein de choses. Bon week-end à tous et à la semaine prochaine.
La séance est levée. Sous-titrage Société Radio-Canada
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