Corse Autonomie : "L'exécutif cède sous la pression d'une minorité agissante." pour David Lisnard
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– Bonjour David Lissnard, merci de nous rejoindre et d'être notre invité politique ce matin, maire les Républicains de Cannes, président de l'Association des maires de France, vous soutenez Valérie Pécresse dans cette campagne, et vous êtes avec nous pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse quotidienne régionale, bonjour Christelle Bertrand. – Bonjour, bonjour David. – Bonjour. – Christelle du groupe La Dépêche.
David Lissnard, vous avez éditionné hier les candidats à la présidentielle, on va évidemment en parler dans quelques instants, mais d'abord l'actualité, situation sous tension en Corse depuis une dizaine de jours, depuis l'agression d'Yvan Cologne en prison, Gérald Darmanin se rend sur l'île. Aujourd'hui dans une interview à Corse matin, ce matin il se dit prêt à aller jusqu'à l'autonomie, en disant la question et de savoir ce qu'est cette autonomie, qu'est-ce que vous pensez de ces déclarations du ministre de l'Intérieur ?
– Alors la question de l'autonomie c'est une vraie question, ça ne veut pas dire indépendance, moi je suis un ardent partisan de la décentralisation et même de la subsidiarité, donc qu'il y ait encore une évolution statutaire en Corse, le président de la République avait dit tout le contraire il n'y a pas longtemps, il y a trois ans, mais bon on est habitué à cela, ça ne me fait pas peur. En revanche, annoncer cela en donnant l'impression, et c'est-à-dire c'est pas donner l'impression, en donnant raison à la violence, un de vos éminents confrères parlait sur un tweet ce matin de prime à la casse, je trouve ça complètement irresponsable.
D'une part, c'est-à-dire que ça pose deux questions, d'abord dans une négociation, si vous lâchez tout avant d'arriver, c'est pas la peine d'y aller, premièrement. Deuxièmement, ça veut dire que la négociation se fait au prisme des aspirations des plus violents, des éléments qui ont pourri toutes les manifestations, c'était organisé. Hier soir, je discutais avec le président des maires de Haute-Corse, qui est le Francisco, qui est un homme, je crois qu'il accepterait, je le qualifie, de modéré, de centre-gauche, et il me disait à quel point il était outré par la façon dont on finalement donnait raison à une minorité ultra-violente. Parce que le peuple corse, que veut-il ?
C'est peut-être ça la vraie question qu'il faut se poser. Alors, depuis le continent, on a une vision totalement caricaturale et fausse de la Corse, mais l'exécutif, par cette facilité, cette volonté d'apaisement préélectoral, mais soit on rétablissait l'ordre tout de suite, c'est ce qu'il fallait faire, soit on met une stratégie de négociation, mais venir céder sous la pression d'une minorité agissante, c'est extrêmement grave. Souvenez-vous des Outre-mer et de la Guadeloupe. Ce concept d'autonomie, voire d'indépendance, avait même été évoqué par Sébastien Lecornu, au moment où l'île était totalement à feu et à sang.
C'est des questions qui sont sérieuses, mais qui ne peuvent pas être soumises à la violence.
Là, vous le voyez comme un cadeau électoral à l'approche de l'élection présidentielle ?
– Je pense que tout est fait pour que le pays reste dans la tonie civique jusqu'à l'élection présidentielle, dans tous les domaines. Je crois qu'après l'élection présidentielle et législative, quel que soit d'ailleurs le candidat élu ou la candidate élue, il y a un certain nombre de bombes à retardement qui nous mettront face aux réalités. Le déficit public, le déficit de l'État, qui augmente depuis 2018, alors qu'il baissait depuis la fin de la crise des subprimes, la perte de compétitivité du pays qui se traduit par le commerce extérieur.
– Et là, vous griez que les promesses aillent trop loin en Corse, justement parce qu'il y a une espèce de pression électorale ?
– Je crains qu'on dise n'importe quoi pour qu'on ne parle plus du problème Corse jusqu'aux élections, mais qu'on soit dans une spirale qui crée des frustrations. Et la difficulté, si vous voulez, ces circonstances sont difficiles, et même pour nous, parce qu'on a envie de soutenir l'État et l'exécutif pour que la paix revienne, si vous voulez, c'est comme pendant la guerre.
– Mais est-ce que quelque part, il délégitime les élus autonomistes ? Qui ont été élus à plusieurs reprises, il y a trois députés sur quatre qui sont autonomistes dans l'île, et vous l'avez dit, leurs revendications n'ont pas été entendues jusque-là.
– Je crois qu'en fait, il légitimise la violence, tout simplement. Donc par symétrie, par miroir, il délégitimise les élus, oui.
– Un dernier mot sur Gérald Darmanin, tout autre sujet, mais puisqu'on en parle, il a annoncé hier qu'il renonçait à fermer une mosquée dans votre ville de Cannes, alors qu'il avait annoncé en la justifiant par des propos antisémites. Qu'est-ce que vous pensez de ce reviendra ?
– Je connais bien cette situation, c'est la plus ancienne mosquée de Cannes qu'elle a depuis une trentaine d'années, et la ville de Cannes avait alerté avec des éléments très précis, que j'avais transmis à différentes autorités, du ministère de l'Intérieur, procureur, etc., sur des propos qui avaient été tenus, non seulement antisémites, mais également homophobes, d'appels à la violence, et qui manifestaient une radicalisation, en tout cas, des propos qui étaient clairement anti-républicains, anti-France, tout simplement.
Mais le problème, c'est que la procédure qui a été retenue par l'État, moi, je soutiens l'État dans ces cas-là, enfin, vous comprenez, c'est toujours ce conflit entre l'éthique de responsabilité et l'éthique de conviction, mais le problème, c'est que la procédure qui a été engagée, c'est ce qu'on a découvert après, a été faite en application de la loi sur le séparatisme, mais sur des faits qui avaient été révélés, qui étaient antérieurs à la loi. On apprend en première année de droit que la loi n'est pas rétroactive.
Donc, il y avait une impasse, les dirigeants de la mosquée ont changé, ils ont apporté des garanties, et donc, je pense que l'État était dans une impasse et ne pouvait pas prendre d'autres décisions, au risque d'avoir un camouflet juridique, et finalement, la solution qui a été trouvée est la bonne, parce que l'immense majorité des pratiquants dans cette mosquée sont des gens très bien, et les dirigeants ont changé, ils ont enlevé l'ancien dirigeant qui posait problème, ils ont supprimé les comptes de ce dirigeant, et il faudrait être très, très vigilant, mais la mairie aidera le ministère de l'Intérieur à être très vigilant sur ce dossier.
On va parler de l'Ukraine, c'est ça.
Oui, David Lissner, vous êtes rendu en Ukraine avec votre équipe, c'était un déplacement à haut risque. Pour quelle raison est-ce que vous avez souhaité vous rendre là-bas ?
D'abord, parce qu'il faut toujours voir sur place les choses pour être en situation de crise, pour être efficace. Alors, mon équipe était restée en Pologne, il était hors de question d'amener des collaborateurs dans une zone potentiellement à risque, évidemment. Et ensuite, j'ai fait un périple dans un pays que je connaissais bien, où j'étais allé presque une vingtaine de fois déjà. 800 kilomètres de l'Université ? À peu près, oui, un peu plus même. Donc, en allant à Lviv, puis Ivano-Francis qui est au sud-est, puis un peu plus à l'est, et en rentrant.
Et d'abord, ça a permis de fiabiliser des contacts sur place pour acheminer une aide humanitaire qu'on porte depuis Cannes directement, puisqu'on en est à 13 convois qui vont directement en Ukraine. Pour une raison simple, c'est que la présidente de France-Ukraine vit à Cannes, une diaspora ukrainienne assez importante. Donc, on a des contacts très fiables, y compris pour les fixeurs à la frontière. Et donc, d'adapter, d'ajuster l'aide humanitaire.
Deuxièmement, avec l'Association des maires de France, nous avions été pionniers en appelant à la solidarité pour l'accueil des réfugiés, parce que j'ai vu tout de suite la gravité de la situation, et en organisant avec la protection civile ce grand convoi qui nous a permis de récolter 2000 tonnes de matériel de première nécessité. Et donc, les contacts, fiabiliser les choses, être sûr que le dernier kilomètre est fiable en termes d'aide humanitaire, mais aussi le premier kilomètre pour le départ des réfugiés.
Et ce que j'ai vu là-bas, c'est que toutes les écoles sont fermées, dans tout le pays, y compris dans les zones qui n'étaient pas encore en guerre, et que toutes les classes d'école, tous les lieux publics, les théâtres, accueillent des réfugiés, qui sont des femmes et des enfants, par dizaines, voire centaines de milliers. – Qui souhaitent partir ou rester dans des zones... – Ce qui est très frappant, d'abord, c'est la dignité de ce peuple dans cette tragédie, ça saute aux yeux. C'est-à-dire que j'ai vu des trains bondés des gamins dans des portes-bagages, et donc il y a un peu de... pour rentrer dans... mais ça reste très digne, c'est très impressionnant.
Et donc, la difficulté, c'est de sécuriser ces personnes-là, qui pensent qu'elles vont revenir très vite. En fait, pourquoi partent-elles ? Pour protéger les enfants, mais pour ne pas encombrer, si je puis dire, gêner les maris qui sont au combat. Il y a une combativité, une gravité dans la situation qui est manifeste. Et ces personnes veulent revenir très vite, mais la réalité, c'est qu'elles ne reviendront pas très vite. Et c'est là que... j'en ai parlé avec Marine Chapa, qui a été très réceptive, je tiens à le dire, puisqu'on doit refaire un point, mais il faut qu'on aille vite.
Maintenant, il faut qu'on prenne le plus en amont possible les réfugiés ukrainiens, parce que plus on attend, plus on crée des situations d'insécurité juridique pour des enfants, il y a des réseaux. Plus vous vous éloignez de l'Ukraine, vers la Slovéki, vers la Pologne, je l'ai vu, plus vous avez des passeurs qui font passer des réfugiés d'autres pays par la Pologne, etc. Et plus vous avez... qui viennent pour des raisons compréhensibles, mais enfin, ils ne sont pas des réfugiés ukrainiens, donc avec un autre statut...
– Ça veut dire qu'il faut renforcer le contrôle sur ces réfugiés ukrainiens ?
– En amont, c'est-à-dire que les Polonais, aujourd'hui, sont très seuls. Ce que vous voyez à Cracovie, ce que vous voyez à Varsovie, ce que vous voyez dans ce centre commercial qui est à 4 km du poste frontière, où il y a 3 000 réfugiés dans ce centre commercial, les autorités polonaises sont très seules. Seule la Grande-Bretagne a une pièce où ils font remplir des papiers, etc. et choisissent leur immigration ukrainienne. Donc il faut qu'on fasse pareil, qu'on aide ces personnes. On ne peut pas se contenter de posture, c'est de l'humain.
– Christian Estreudi dit que les Alpes-Maritimes sont débordées par l'afflux de réfugiés aujourd'hui ukrainiens. C'est le cas. Et comment est-ce qu'il faudrait gérer ça ?
– Il y a deux grandes zones géographiques en France qui accueillent beaucoup de réfugiés ukrainiens. Il y a Paris et la région parisienne. Et il y a les Alpes-Maritimes, d'abord, parce que ce sont...
– 40%, 40% des réfugiés qui arrivent en France passent par les Alpes-Maritimes.
– Et parce qu'il y a une solidarité d'une diaspora ukrainienne qui était déjà présente, d'une diaspora russe, il faut le dire, qui est très... Elle a une perception internationale et elle est très proche des ukrainiens. Mais on doit faire face et on est en train de trouver des solutions. Alors il est vrai que la Côte d'Azur a toujours été une terre, et je pense à Cannes notamment, une terre d'exil. Moi je me souviens, quand j'étais gamin, c'était les Iraniens qu'on a accueillis à Cannes. On a eu les Libanais, on a eu récemment des Irakiens, des Syriens, on a accueilli des familles de Syriens. Sauf que là, c'est puissance sans quantitativement.
– Vous vous demandez à ce qu'il soit mieux réparti sur le territoire ?
– On va se coordonner avec l'État, mais en tout cas, on ne peut pas... – C'est toujours pas le cas ?
– C'est-à-dire qu'il n'y a toujours pas, entre l'AMF et l'État, il n'y a toujours pas de coordination ?
– Il y a un travail qui a été mis en place, puisque j'avais demandé à ce qu'on intègre la cellule interministérielle de crise, mais qu'il a été décidé pour des raisons que je comprends, qu'on greffait une autre organisation à cette cellule interministérielle avec l'AMF. Donc Marine Schiappa était très réceptive. Maintenant, il faut qu'on passe aux actes. Et pour l'instant, chaque heure compte. Mais je peux vous dire que dans les Alpes-Maritimes, il y a beaucoup de solidarité chez les habitants pour accueillir les Ukrainiens. Donc moi, je suis très fier qu'on accueille tous ces Ukrainiens, comme à chaque fois qu'on a su accueillir des gens persécutés. Et on va faire face. J'avais proposé...
– C'est-à-dire que vous avez mis à disposition des salles municipales ?
– Des salles municipales, de l'hébergement, des traducteurs. On accueille les enfants dans les clubs de sport, dans les écoles. On a mis en place, bien sûr, de l'accompagnement psychologique. Et j'ai même mis à Cannes une sorte de cellule consulaire. J'ai un rendez-vous avec l'ambassadeur d'Ukraine encore tout à l'heure. On doit... L'État sera débordé comme à chaque fois. Donc mettons en place les outils pour délivrer les papiers. Mais plus on identifie en amont, et je termine, pardonnez-moi, les réfugiés. J'ai vu comment ça se passe à la frontière. Les gens attendent 30 heures, 40 heures, 50 heures. Et on leur donne un papier très fiable, parce que les Polonais font bien le boulot.
Et une fois qu'on a ce papier-là, on devrait tout de suite pouvoir les ramener. Les communes sont prêtes à envoyer des bus, elles le font spontanément, et les accueillir. Je vous assure qu'on arrivera à relever ce défi.
Alors au-delà de la question des réfugiés, vous avez réclamé un embargo total sur le gaz russe. Certains pays européens n'en veulent pas, notamment les Allemands. Est-ce que ça veut dire qu'il faut se désolidariser de l'Union européenne, alors qu'Emmanuel Macron dit que l'important, c'est de s'afficher uni face à Vladimir Poutine ?
L'important, c'est d'être efficace, et c'est d'avoir des résultats. Alors, je n'ai pas appelé un embargo, je suis qui d'ailleurs, pour appeler à ça ? J'ai répondu à un de vos confrères qui me posait la question sur le gaz, ce qui relativise la portée de mon propos. Bon, voilà, il faut être conscient de ses propres limites. Mais ceci étant, il est évident, puisque Emmanuel Macron préside l'Union européenne, il pose même beaucoup. Donc, en l'occurrence, on doit être en mesure de sortir des déclarations grandiloquentes et avoir des actes.
Quand on nous parle de défense européenne, et on apprend que l'Allemagne achète des F-35 aux Américains, on nous parle de solidarité européenne et on voit qu'il n'y a aucune organisation européenne pour l'accueil des réfugiés. On nous parle de performance européenne et on voit qu'on est incapable, incapable d'être solide vis-à-vis de la Russie sur l'achat de gaz. Il est scandaleux qu'on continue d'acheter du gaz qui alimente l'armée russe. Les Russes, c'est un grand pays, la Russie. Il faudra qu'on sache proposer un partenariat avec la Russie. En espérant qu'elle soit plus démocratique. Mais évidemment, c'est le rôle de la diplomatie, toujours, de chercher cela.
Mais vous ne pouvez le faire que si vous êtes dans un rapport de force. La Russie, a fortiori avec Vladimir Poutine, ne comprend que le rapport de force. Nous avons les moyens d'avoir de la force, notamment sur l'énergie. Vous savez, il y a un dispositif de solidarité sur le gaz. C'est-à-dire que si l'Union européenne, si l'Allemagne, qui a cédé aux écologistes et s'est mise dans l'impasse énergétique, en renonçant au nucléaire, ce qu'avait décidé le président de la République, il y a trois ans aussi, en annonçant la fermeture de 14 réacteurs. Et aujourd'hui, en annonçant... Parce qu'il a bien fait de la faire, du coup. Il a quand même commencé.
On a fermé Fessenheim, et puis on a perdu 10 ans. Et aujourd'hui, on découvre que le nucléaire est décarboné, et qu'il nous rend souvent... Oui, chacun peut se tromper, c'est leur même tantisme qui veut ça. Mais sur la réalité, c'est que vous savez que si l'Allemagne cesse d'acheter du gaz, il y a un système de solidarité européen qui existe pour mutualiser précisément le coût de cette décision. Les Américains ne peuvent pas se désintéresser de ce qui se passe en Europe. Ils ne peuvent pas se contenter de vendre des armes et d'asseoir l'autorité de l'OTAN. Là, vous trouvez que c'est le cas ?
Je pense que les Américains pourraient dire « Si l'Allemagne et les pays européens cessent d'acheter du gaz, nous leur vendons du gaz à un prix compétitif, parce qu'il y a un contexte de guerre, et que la géopolitique nécessite, puisqu'on ne veut pas être dans l'engrenage de la guerre face à la Russie, et on a raison, qu'on utilise les armes économiques au maximum, y compris celles énergétiques. »
Un mot sur les conséquences pour les Français, et notamment sur leur porte-monnaie de cette guerre en Ukraine, notamment sur la hausse des prix, la hausse des prix du carburant. Jean Castex a proposé une remise de 15 centimes par litre et doit présenter un plan de résilience cet après-midi. Est-ce que pour vous, les 15 centimes sont suffisants ? Ou est-ce qu'il faut en faire plus, notamment pour les territoires euros ?
Je pense que vous comprenez bien que l'augmentation du prix du carburant fait des rentrées fiscales dont le pays a tellement besoin. Donc plutôt que de sortir sans arrêt des chéquiers qui entretiennent cette infantilisation d'un exécutif qui serait parfois gentil, parfois méchant, moi c'est quelque chose que je ne supporte plus, si vous voulez. Et donc la problématique, il y a évidemment structurellement à la problématique de notre indépendance énergétique et dans l'immédiateté, la nécessité de trouver des dispositifs fiscaux pour que les personnes qui ont besoin de leur... Enfin, quand vous gagnez 1 200, 1 300, ben oui, évidemment.
– 15 centimes, ce n'est pas la bonne mesure.
– Sauf que, pourquoi baisser les taxes ne le font-ils pas ? Parce que politiquement, c'est beaucoup moins visible que de distribuer de l'argent que l'on n'a pas, puisque l'État est surendetté. Vous comprenez, c'est-à-dire qu'un système de baisse de taxes, faire un chèque, ça entretient cette infantilisation et on est dans un système préélectoral, donc c'est open bar. Enfin, vous le voyez sur l'évolution du point de l'indice, la fonction publique, on le voit sur la multiplication des dépenses. Les dépenses de l'État, hors Covid, auront augmenté de 40 milliards d'euros ces dernières années. Hors Covid !
Le nœud gordien dans lequel nous sommes, c'est celui d'un pays qui a le record des prélèvements obligatoires impôts et charges, qui a le record du monde de la dépense publique et qui a de moins en moins de services publics de proximité, avec des fonctionnaires souvent mal payés. Donc que se passe-t-il entre cet excès de prélèvements et cette difficulté ? C'est la désorganisation de l'appareil public dont personne ne parle. C'est le cœur de l'action. Pourquoi un détenu corse, un assassin de préfet, il ne faut jamais l'oublier, mais enfin, se fait tabasser par un islamiste ? Mais c'est le quotidien des prisons, dans le pays qui prélève le plus d'impôts.
Nous sommes dans une situation grave, la France va rebondir, est un grand pays, mais nous ne pouvons pas faire l'économie d'une réflexion profonde sur l'organisation de l'appareil d'État sur la performance publique.
Un mot juste, puisque vous parlez des fonctionnaires, le dégel du point d'indice est une bonne mesure pour vous ?
C'est une mesure qu'on nous a annoncée il y a trois mois comme étant complètement démagogique. Un. Deux, on la justifie sur l'inflation. L'inflation, ça fait des mois que j'en parle, elle est là. Il y a d'autres façons de rémunérer les fonctionnaires face à l'inflation que de dégeler l'indice du point. Il y a des primes, il y a le GVT, il y a plein de dispositifs. Donc comment cette mesure qui était qualifiée de démagogique devient tout à coup pertinente ? C'est au gouvernement qu'il faut poser la question, ce n'est pas à moi.
On va en parler de ce qui s'est passé hier, puisqu'hier vous avez reçu avec l'Assemblée des départements de France et régions de France les candidats à la présidentielle. Vous avez dit que c'était le moment de débat le plus puissant depuis le début de la présidentielle. Pourtant, il y avait un absent Emmanuel Macron, un deuxième Éric Zemmour, on va en parler, mais un absent Emmanuel Macron. Comment vous avez interprété cette absence du chef de l'État et du candidat ?
J'ai dit que c'était le débat le plus puissant d'abord parce qu'on était content de ce qu'on avait fait et puis parce qu'il n'y en avait pas eu tellement d'autres avant aussi. Mais il est vrai qu'hier, ce qu'on a vu, avant de vous parler de l'absence, je vous parlais des présents, on a eu dix candidats qui sont venus, qui avaient tous le même temps de parole, il n'y avait pas de piège. On voulait qu'ils soient à l'aise, mais on est allés dans le fond. On a vu parfois des contradictions de certaines propositions, mais c'était très respectueux. Tous les candidats l'ont reconnu.
Et je pense que c'est ça qu'il faut qu'on arrive à faire, c'est de la controverse civile, c'est-à-dire des débats forts, or sur le fond et respectueux sur la forme. C'est souvent le contraire de ce que l'on constate. Je pense que vous le constatez comment ? Souvent il y a de la vacuité, il y a des effets d'annonce, des petites punchlines, et puis on ne travaille pas le fond. Sur les absents, il y a eu deux absents. Éric Zemmour a annulé sa présence le lundi soir. Et Emmanuel Macron...
Vous savez pourquoi ? Éric Zemmour, il vous a donné l'explication.
Écoutez, je l'ai relancé, pour ne rien vous cacher, parce que j'ai été surpris, et il ne m'a pas répondu tout de suite. Il m'a envoyé un SMS hier soir pour dire qu'il présentait ses excuses, qu'il a eu un problème d'agenda, qu'il a eu un quiproquo. Et ensuite, Emmanuel Macron.
Vous considérez que c'est une forme de mépris vis-à-vis des élus et des territoires ?
Écoutez, je ne veux pas tomber dans cette facilité-là. C'est-à-dire qu'on sent bien qu'on vient vers nous quand il y a la crise des gilets jaunes, quand il faut faire des vaccinodromes, après nous a dit qu'il ne fallait pas en faire, et puis tout d'un coup, il y avait une désorganisation totale. L'AMF, elle est vraiment transpartisane. Hier, on a chacun nos convictions. Vous entendez André Léniel, c'est un opposant. Chacun a ses nuances. Mais l'institution, elle est transpartisane. Et tous les candidats étaient accueillis de la même façon. C'est vraiment... C'était un magnifique exercice démocratique.
Et c'est la force de l'Association des maires de France, avec Région de France et Département de France, qui étaient partenaires, etc.
Donc pour vous, l'absence d'Emmanuel Macron, ce n'est pas un mauvais signal envers les élus locaux ? Ou si, quand même ?
C'est ce qui ressortait. Vous voyez, ce qui m'a frappé hier, c'est que les deux élus qui ne sont pas venus... Enfin, les deux élus. Les deux candidats qui ne sont pas venus sont les deux seuls qui n'ont jamais eu de mandat local. Et ce sont peut-être les plus centralisateurs. Je pense que c'est peut-être les plus bonapartistes, finalement.
Donc vous y voyez quand même un symbole.
Oui, en tout cas, j'y vois une signification. Une signification politique. Et alors que toutes les garanties étaient apportées pour que cela se passe bien, c'était 10 minutes d'expression, puis 20 minutes de questions. C'était une demi-heure dans l'agenda d'une journée. Mais je pense qu'Emmanuel Macron a un problème avec les pouvoirs indépendants. On l'a constaté pendant tout le quinquennat.
Et donc un problème avec les élus locaux, toujours ?
Vous faites une bonne conclusion.
Sur la méthode du prochain président avec les élus locaux, évidemment, vous en attendez beaucoup. Valérie Pécresse, par exemple, elle a proposé une grande conférence des territoires. Quand on voit ce qu'a donné la précédente, c'est vraiment une bonne méthode ?
C'est une bonne méthode si les intentions au sein de cette conférence sont bonnes. Oui, c'est une bonne méthode, évidemment. C'est-à-dire que si c'est pour préparer la réforme fiscale dont on a besoin, pour recréer la responsabilité de la liberté, pour remettre le principe de subsidiarité en place, pour... En revanche, la précédente conférence des territoires, souvenez-vous, elle a été décidée. On nous a dit, voilà, on va supprimer la taxe d'habitation. On sait très bien qu'on ne sera jamais compensé à l'europré. Ça va se confirmer. On fait le dispositif de Cahors, qui fait que vous êtes sous tutelle de l'État.
C'est-à-dire l'État qui emprunte pour son fonctionnement, pour sa masse salariale. Moi, je viens du milieu de l'entreprise, vous ne pouvez pas faire ça, vous êtes en faillite. Dans une collectivité, on ne peut pas. On applique la règle d'or. Donc, tout d'un coup, vous dites, je vais contraindre vos dépenses. Mais on ne sait pas pourquoi, alors qu'on n'emprunte que pour de l'investissement. Et puis, une fois qu'on vous a dit ça, comme ça râlait, on dit, on va faire une conférence des territoires, mais vous devrez signer des contrats de Cahors, qui ne sont en fait léonins, puisque ces contrats étaient totalement déséquilibrés. C'est une des parties qui implosait...
C'est des contrats qui limitaient la hausse des dépenses.
Ce n'était pas des contrats, c'était un contrat à la dent de Corleone. C'est-à-dire qu'il y a une des parties qui vous dit si tu ne signes pas, on va te pénaliser.
Sur la présidence. Parlons un peu de politique, oui. Après Christian Estrosi, Hubert Falco, Renaud Muselier a apporté son soutien à Emmanuel Macron. Est-ce que vous ne vous sentez pas un petit peu seul en PACA ?
Non, non, non. Non, parce que moi, je me sens bien, j'ai avec mes convictions, ce qui est déjà pas mal. Et donc, parfois, vous savez, il vaut mieux être seul et bien avec soi-même que mal accompagné. Et en l'occurrence, non, non, dans les Alpes-Maritimes, qui est le département que je connais le mieux, je crois que c'est ceux qui soutiennent Emmanuel Macron qui sont plus isolés. C'est-à-dire que vous regardez Jean-Léonetti, Eric Ciotti, Lionel Lucas, Michel Tabarro, Jérôme Viau, enfin, tous les élus, et pardonnez-moi, que ceux que je ne cite pas me pardonnent, mais on est bien dans nos convictions. Les noms que vous citez ont fait des choix. Ils en feront d'autres à l'avenir.
Je prends le pari ici.
– C'est-à-dire qu'ils vont dans le sens du vent, pour vous ?
– Et en tout cas, ce n'était pas une surprise, voilà.
– Une trêve de présenterie. Votre candidate, elle, est en chute libre dans les sondages. Est-ce que vous craignez une idéalisation de Valérie Pécresse aujourd'hui ?
– C'est dur. Non, ce que je crains, c'est qu'on ait une fausse élection présidentielle.
– Pourquoi une fausse élection ?
– Pour des raisons de circonstance qui ne sont pas de la faute de quiconque. Enfin, je veux dire, il y a eu le Covid, et il y a la guerre en Ukraine. Et l'organisation de l'actualité aujourd'hui fait qu'on est sur l'actualité monomaniaque.
– Pour vous, ce n'est pas la faute d'Emmanuel Macron qui refuse de débattre ?
– Je pense qu'il gagnerait à débattre. En plus, je pense qu'il le fait plutôt bien. Donc, qu'il ne soit pas venu hier, je ne comprends pas. J'en parlais même avec des élus qui sont proches de lui. Parce qu'à l'AMF, on a beaucoup de macronistes aussi, qui sont dans nos instances, et personne ne le comprenait en réalité. Emmanuel Macron instrumentalise les circonstances, mais il fait de la politique, il fait de la tactique. – Mais pour en venir à Valérie Pécresse,
c'est à cause des circonstances, de la guerre en Ukraine, du Covid, qu'elle est aujourd'hui à ce niveau dans les sondages ? Ou est-ce qu'il y a eu des erreurs qui ont été faites ?
– Il y a certainement eu des erreurs. Moi, je la soutiens ardemment, parce que la vraie que presque, ce que je connais, c'est quelqu'un qui a du caractère, qui fait les choses, vraiment. Elle l'a montré partout où elle est passée. Elle a des résultats.
– Mais est-ce qu'elle a raté sa campagne ?
– Je pense qu'il y a eu ce meeting du Zénith, où la forme était mauvaise. – Et le fond, sur le grand placement, par exemple, est-ce qu'il n'y a pas eu…
Est-ce que c'est la Valérie Pécresse que vous connaissez ?
– Écoutez, ça fait quand même longtemps qu'elle est cohérente sur un projet qui consiste à dire comment on oxygène l'économie, et elle essaie d'apporter des propositions. C'est la seule qui parle d'optimisation d'appareil d'État, qui parle de décentralisation sérieusement, qui parle de remettre les fonctionnaires là où ils sont utiles sur le régalien et de diminuer là où ils ne servent à rien. C'est la seule qui possède… Que l'on portait déjà avec François Fillon, d'ailleurs. Sur l'immigration, elle l'a montré, c'est une femme qui vit dans son époque, c'est pas une réactionnaire.
Elle est capable de rassembler des personnes de toutes origines, mais sur l'immigration, elle a toujours été ferme. Elle a été sur le burkini, elle a été, comme d'autres, comme moi, très ferme. Donc non, elle est cohérente, mais il y a eu cette difficulté, mais c'est pas plié. Enfin, moi, je suis navré, mais hier, elle a très bien parlé des collectivités territoriales. On sait que les choses se font très vite aujourd'hui. Vous comprenez, moi, je suis engagé, je la soutiens. On est près de l'échéance, donc je ne vais pas commenter les sondages. Je suis dans le combat, si vous voulez.
– Mais quand Gérard Larcher dit que s'il n'y a pas de campagne, c'est le cas à l'heure actuelle, la question de la légitimité du gagnant se posera. Vous partagez ça ?
– Mais oui, mais oui, parce que, évidemment, tout à l'heure, je parlais du désastre du commerce extérieur qui est le révélateur de la perte de compétitivité de l'économie. On peut nous sortir tous les baratins qu'on veut, nous sortir trois licornes, dix start-up. La réalité, c'est qu'on perd des parts de marché. Le déficit public, il faudra le rembourser. Le quoi qu'il en coûte, qui était nécessaire à un moment donné, est devenu une spirale de clientélisme et de distribution d'argent que l'État ne possède pas. La Corse, le Régalien, ce sont des bombes à retardement. Aujourd'hui, l'exécutif sacrifie l'avenir du pays et le futur proche pour l'immédiateté électorale.
Donc, en plus, on risque d'avoir une abstention élevée, un débat qui ne se cristallise pas. Donc, on aura un problème de légitimité. Et le vrai problème qui devrait tous nous mobiliser, c'est la tonie civique. C'est l'abstention qui nous concerne aussi localement et qui passe par ce mélange de sentiments d'impuissance publique et d'hystérisation de l'actualité. C'est un problème fondamental. La démocratie est malade.
Merci, David. Merci beaucoup d'avoir été notre invité ce matin.
David Lisnard