Face à Face : Marine Le Pen - 12/04
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez RMC, RMC jusqu'à 9h, Apolline Matin, face à face, Apolline de Malherbe.
Il est 8h30 sur RMC et BFM TV, bonjour Marine Le Pen. Bonjour. Vous êtes bien sûr ancienne candidate et sans doute future candidate à la présidentielle, présidente du groupe Rassemblement National à l'Assemblée et députée du Pas-de-Calais. Beaucoup de questions à voir avec vous, vous étiez hier dans le bureau de la Première ministre et nous dire ce qu'il en est ressorti. On va revenir aussi sur l'avenir de la réforme des retraites. Mais je voulais vous poser une question. Est-ce que vous avez vu LOL ? Vous voyez ce que c'est LOL ? LOL, c'est cette série qui cartonne sur Amazon. Le principe, c'est grosso modo un loft et la règle, c'est que si on rit, on sort.
Et vous me faites penser à Paul Mirabel. Paul Mirabel, c'est cet humoriste qui ne fait rien. C'est-à-dire que pendant toute la série, il passe partout, il fait de temps en temps une petite pitch nette pour faire tomber un adversaire et sinon il ne prend aucun risque et ça marche. Et ça marche parce qu'il arrive en finale. Est-ce que c'est ça votre stratégie ? Ce n'est pas très glorieux, mais c'est peut-être ça votre stratégie.
Pas faire grand-chose. Mais je ne vous autorise pas à dire cela, car c'est totalement faux. C'est ce qu'ont écrit un certain nombre de journalistes, mais c'est un mensonge. La réalité, c'est que nous avons fait tout ce qui était dans notre pouvoir pour lutter contre cette réforme des retraites. Nous avions pris cet engagement auprès des Français et nous l'avons fait. Nous avons voté l'intégralité de motion de rejet. Nous avons déposé une motion référendaire. Nous sommes battus en hémicycle. Nous avons voté, présenté et voté la motion de censure. Non, c'est faux.
Nous n'avons pas fait d'obstruction parce que faire de l'obstruction, c'était empêcher que l'on rejette cette réforme des retraites. Ce sont ceux qui ont fait de l'obstruction, c'est-à-dire la NUPES, qui ont empêché l'Assemblée nationale de rejeter cette réforme des retraites. Ils en portent la responsabilité. Et nous n'avons pas souhaité, encore une fois, permettre à Elisabeth Borne, ce qu'elle a fait, d'utiliser le 49-3. Ils sont donc les responsables, en réalité, de la mise en œuvre de cette réforme des retraites. Et aujourd'hui, nous avons saisi le Conseil constitutionnel.
Alors, je sais bien que ça agace le milieu journalistique de voir que les Français nous font de plus en plus confiance. Je vais vous dire ce que j'ai fait.
Nous avons fait une campagne présidentielle.
Écoutez-moi, nous avons fait une campagne présidentielle. Nous avons mis sur la table l'intégralité des propositions qui étaient les nôtres. Les Français y adhèrent. Et aujourd'hui, ils se rendent compte que tout ce qu'on leur a dit est en train d'arriver. Et ils se disent, mais le Rassemblement National, pour finir, ils sont ceux qui sont le plus lucides, qui ont fait les bonnes analyses et qui, aujourd'hui, proposent les bonnes solutions. Alors que ça déplaise, encore une fois, à certains, tant pis ou tant mieux. Mais c'est comme ça, ça se passe. Je trouve que c'est une stratégie gagnante. Je peux même vous dire. C'est ça qui est saisissant. Non mais d'accord, c'est pas le sujet.
Vous voyez pourquoi vous en avez honte ? Mais je n'ai pas honte. Je dénie totalement, encore une fois, cette analyse consistant à dire que nous ne faisons rien. Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir. Nous ne le faisons pas en nous roulant par terre. Nous ne le faisons pas en guenilles. Nous ne le faisons pas en brandissant des pancartes, en transformant l'Assemblée nationale en ZAD. Mais je crois que les Français ne souhaitent pas ça. Ils veulent de la fermeté, ils veulent de la pugnacité et ils veulent une direction. Et c'est ce que représente aujourd'hui, avec de la solidité, le Rassemblement national.
Et c'est pour ça qu'aujourd'hui, vous êtes effectivement placé par les Français en très bonne position. Les derniers sondages montrent qu'une majorité des Français pensent que vous allez gagner.
Une majorité des Français se rend compte que la politique qui est menée depuis 30 ans est une véritable catastrophe pour le pays. Il suffit qu'ils ouvrent les yeux. Enfin, écoutez, il n'y a rien qui marche. Rien. Tous les indicateurs sont rouges de nos exportes, de notre balance commerciale. La croissance vient d'être relevée. Non, stop. Non, mais ce n'est pas si cata. Mais c'est catastrophique. Du point de vue de l'économie. C'est, on nous, enfin écoutez, on nous manipule sur les chiffres du chômage. On nous explique qu'il n'y a plus de chômage. Mais les gens, ils vivent avec des gens autour d'eux. Ils voient bien leur famille, leurs amis.
Ils voient bien qu'en réalité, les seuls emplois qu'on arrive à trouver aujourd'hui sont des petits boulots. C'est des boulots qui vous poussent dans la précarité. C'est du travail à temps partiel. Et c'est l'ubérisation de la société. La santé s'effondre. L'école s'effondre. Objectivement, c'est un champ de ruines. Donc, il faut changer radicalement la politique.
Alors, on va revenir sur un certain nombre de services publics. La petite enfance notamment, avec ce rapport terrible de Ligas. Mais je voudrais d'abord savoir ce que vous vous êtes dit quand même avec Elisabeth Borne. Vous vous êtes dit des trucs.
Elisabeth Borne. invite les présidents de groupe pour leur dire qu'il va y avoir un ralentissement du travail parlementaire. Elle vous a dit ça ? Elle l'a assumé ? Oui, oui, oui. Donc, voilà une première ministre autour de qui tout s'effondre. qui en est évidemment responsable. Puisqu'elle est en situation de pouvoir changer les choses et qui vient vous dire, bon, ben, on va mettre sur pause.
Non, mais je voudrais savoir, Marine Le Pen. Elle vous a dit ces mots ? Elle vous a dit le mot ralentissement ?
Elle vous a dit le mot pause ? Nous allons, nous entrons dans une période de ralentissement parlementaire. Donc, en réalité, on n'a aucune visibilité sur les textes. Qu'est-ce que j'ai répondu à Elisabeth Borne à ça ? J'ai dit, mais enfin, écoutez, il y a des urgences. Il faut les gérer. Il faut gérer l'urgence de l'inflation alimentaire. Il y a une partie des Français aujourd'hui qui n'arrivent plus à manger à leur faim.
Mais ça, vous seriez prête à voter avec le gouvernement ?
Mais nous avons voté en juin dernier sur les mesures de pouvoir d'achat. Je le redis, nous n'avons jamais varié. Après le discours de politique générale d'Elisabeth Borne, nous avons dit, nous serons une opposition constructive. Tout ce qui va dans le sens de la défense des Français ou de l'amélioration de leurs conditions de vie, nous le voterons. Tout ce qui est néfaste, nous nous y opposerons avec la dernière énergie.
Et quand vous lui dites ça, qu'est-ce qu'elle vous répond ?
Ah bon, non, tout a été fait déjà. Non, tout n'a pas été fait. Tout a été fait. Oui. La TVA à 0% sur un panier de 100 produits de première nécessité, ça n'a pas été fait. Rien n'a été fait. Ils ont juste discuté avec la grande distribution en disant, est-ce que vous pourriez, s'il vous plaît, avoir l'amabilité de bien vouloir, si ça ne vous dérange pas trop, limiter vos prix ? Mais ce n'est pas une action gouvernementale, ça. Vous auriez fait quoi ?
Vous auriez bloqué les prix sur 100 produits ? C'est ce que vous aviez proposé au moment de la campagne ?
Il met la TVA à 0% sur un panier de 100 produits de première nécessité. Ils ne souhaitent pas le faire. La délinquance ne cesse d'augmenter, l'insécurité devient un problème quotidien pour des dizaines de millions.
La suppression de la TVA, la réponse du gouvernement, c'est de dire, un, que ça ne ferait baisser que de quelques centimes et surtout que ça serait la même aide absolument pour tout le monde et donc les plus modestes comme les plus avantagés faisant leurs courses dans les mêmes magasins, ce ne serait pas une aide ciblée.
Et alors, c'est quoi l'autre solution ? C'est de demander aux gens de venir avec leur déclaration d'impôt pour le montrer à la caissière pour pouvoir obtenir 0% de TVA. Mais qu'est-ce que c'est que cet état d'esprit ? Enfin, c'est un état d'esprit qui est déplorable. C'est exactement pareil pour les carburants. Nous avions sollicité, je vous le rappelle, que la TVA sur les carburants, sur le gaz et sur l'électricité, passe à 5,5%. Pourquoi ? Parce que ce sont des biens de première nécessité. Les gens ont besoin de l'eau, ils ont besoin de se chauffer, ils ont besoin de l'électricité, ils ont besoin de se déplacer pour leur vie sociale et pour leur vie professionnelle.
Et on nous a répondu, ah non, parce que ça pourrait profiter à tout le monde. Donc du coup, personne n'en profite. Et encore aujourd'hui, les Français payent leur litre à 2 euros, mais ils ne peuvent plus. Le fait que Total fasse un petit geste ? Oui, mais tout ça, ce sont des pratiques qui sont des pratiques commerciales. C'est un tout petit geste qui n'a pas duré très longtemps d'ailleurs. Et qui ne durera que si, effectivement, le prix du litre est autour des 2 euros. D'accord, très bien. Donc aujourd'hui, on se retrouve avec des millions de Français qui ont le prix du carburant. C'est ça votre priorité ? Mais bien sûr.
Quand vous allez voir Elisabeth Vendek lui donner votre feuille de route, vous vous dites priorité, pouvoir d'achat, alimentaire, essence.
Alimentaire, carburant, c'est-à-dire ce qui aujourd'hui fait s'effondrer le pouvoir d'achat des Français. Et encore une fois, quand on en arrive à une situation où des jeunes étudiants n'arrivent plus à manger correctement et vous disent, je mange des pâtes parce qu'on n'a plus les moyens avec les copains de pouvoir s'acheter de quoi manger équilibré, on ne peut pas rester dans cette situation.
Mais puisque vous voyez qu'Elisabeth Borne, à tout cela, semble répondre qu'elle n'ira pas dans ce sens-là, est-ce qu'à un moment, il faut quand même se souvenir que la mission qui lui a été assignée et la raison pour laquelle elle vous reçoit les uns après les autres, c'est d'élargir sa majorité. Est-ce qu'à un moment, elle vous a proposé de travailler avec elle ?
Non, mais en aucun cas. Elisabeth Borne sait parfaitement que nous sommes des opposants à sa politique et elle ne compte évidemment pas...
Non, mais est-ce que vous vous êtes mis d'accord sur quelques textes ? Est-ce que quand vous lui dites, nous, on serait prêts à bosser là-dessus ? Non. Non ? Mais non. Rien.
Mais elle nous explique qu'il n'y aura pas de textes, quasiment. À part la loi de programmation militaire qui est déjà inscrite à l'agenda parlementaire, nous n'avons aucune visibilité sur les textes qui vont arriver. Et surtout, elle ne ressent pas l'urgence que vivent les Français. Urgence, pouvoir d'achat, sécurité et désertification médicale. Elle ne ressent pas cette urgence. Je crois qu'ils ne ressentent rien, en fait.
Sur la question de l'immigration, il devait y avoir une loi. Elle a été repoussée. J'imagine que ça faisait partie des sujets que vous, au moins, vous avez abordés, non ?
J'ai rappelé à la Première Ministre que je suis fondamentalement opposée à aggraver l'immigration clandestine en régularisant des clandestins comme elle souhaitait le faire, c'est-à-dire en créant une nouvelle filière d'immigration. J'y suis fondamentalement opposée. Je pense qu'il faut saisir à bras le corps du problème de l'immigration. Parce qu'aujourd'hui, l'immigration continue dans des proportions qui sont insupportables à assimiler pour notre pays. Et rien n'est fait. Si, elle nous explique que dans le texte qui était prévu et qui n'arrivera pas de Gérald Darmanin, il y avait la possibilité de multiplier les obligations de quitter le territoire français.
C'est bien de multiplier les OQTF. Mais ce qu'il faudrait, c'est multiplier la mise en œuvre des OQTF. Il ne s'agit pas de distribuer. Non, non, non, pas du tout. Parce que dans le texte de Gérald Darmanin, on peut multiplier en réalité la délivrance des OQTF, mais pas la mise en œuvre des OQTF. Vous voyez ? Donc, voilà.
Vous savez bien qu'une des complications, c'est aussi les règles qu'on a vis-à-vis de Bruxelles.
On a un gouvernement, mais c'est la raison pour laquelle j'ai proposé aux Français, un référendum pour constitutionnaliser en partie le droit des étrangers et indiquer clairement que les textes internationaux qui vont à l'encontre de notre constitution ne peuvent pas s'appliquer en droit interne.
Nous devons retrouver là... Mais vous savez très bien que ce sera quasiment impossible à mener. Regardez votre amie Georgia Meloni. Elle est devenue très pro-européenne finalement.
Non, mais ce n'est pas du tout impossible à mener. Je vous signale que les Allemands considèrent que leur constitution est supérieure à tout texte international. Ce qui est bon pour les Allemands pourrait peut-être être bon pour eux.
Mais à aucun moment, vous le savez bien sur la migration. En tout cas, l'Allemagne aurait mis en œuvre quoi que ce soit qui irait contre les textes européens. Non, contre ses voisins.
Parce que quand Mme Merkel... Non mais pardon. Et ça, c'est le problème des règles des frontières disparues internes à l'Union européenne. Quand Mme Merkel a accueilli un million de migrants et à qui elle a donné l'autorisation de rester en Allemagne, elle leur a donné l'autorisation d'aller dans n'importe quel pays. L'Union européenne, ces règles ne peuvent plus fonctionner.
Mais Marine Le Pen, vous-même vous dites, au fond, si vous voulez mettre des choses dans la constitution, c'est bien que la constitution française reste au-dessus des autres textes. Exactement comme en Allemagne. Non, pas du tout. Notre constitution malgré tout, Marine Le Pen.
Mais pas du tout. C'est parce que j'y intègre l'incapacité pour les textes européens d'aller à l'encontre de la constitution. Mais quand vous voyez la constitution, c'est la loi suprême des Français.
Quand vous n'êtes pas au pouvoir, vous dites, c'est la faute de Bruxelles. Mais quand vous arrivez au pouvoir, et c'est le cas de Giorgia Meloni, encore une fois, c'est important, ça y est, ça fait six mois, elle est devenue très pro-européenne, elle a renoncé à beaucoup de choses, elle est à l'encontre de l'Europe.
D'abord, pardon, mais je n'ai pas exactement le même projet que Giorgia Meloni. Elle n'a pas du tout les mêmes propositions que celles que je peux faire, même si j'ai du respect pour elle, il n'y a aucune difficulté. Et l'Italie se retrouve en situation de bénéficier de manière massive du plan de relance européen. 200 millions d'euros que l'Europe donne à l'Italie. Oui, d'ailleurs, que nous sommes potentiellement amenés un jour à éponger, au passage. Vous ne les auriez pas donnés aux Italiens ? Ce n'est pas le problème. Je n'aurais pas signé un plan de relance où la France bénéficie de 40 milliards, mais où elle prend un risque de caution de 80 milliards. Non, ça, je ne l'aurais pas fait.
Surtout quand on nous explique qu'il va falloir à tout prix que les Français travaillent deux ans de plus dans des conditions profondément injustes uniquement pour économiser 8 milliards d'euros par an.
Mais si on était à la place de l'Italie, vous seriez bien content.
Oui, mais je d'accord, mais...
Je pense que l'Europe, c'est toujours les méchants. Enfin, l'Europe donne 200 milliards.
Madame, pardon. Que les Italiens défendent leurs intérêts ne me pose aucun problème. Je trouve ça naturel. Que les Allemands défendent leurs intérêts, ça ne pose aucun problème. Je trouve que c'est naturel. Ce que je souhaiterais juste, c'est que de temps en temps, la France défende ses propres intérêts. Or, il n'y a personne pour défendre les intérêts de la France.
Écoutez les propos d'Emmanuel Macron. Emmanuel Macron, qui a déclaré, en revenant de Chine, qu'il ne fallait pas que nous soyons, je cite, les vassaux des Américains et que donc l'Europe devait être une force beaucoup plus indépendante. Alors, ça a agacé les Américains, ça a agacé les Européens, mais vous, ça pourrait vous plaire.
Oui, c'est plutôt pas mal. S'il en était convaincu, ça m'irait bien. Je pense que la France ne peut être la vassale de personne, en réalité, d'aucune autre puissance dans le monde. Le problème d'Emmanuel Macron, c'est que, dans le même temps où il dit cela, il se soumet lui-même à une Union européenne qui, elle-même, est soumise aux Etats-Unis. Donc, c'est très contradictoire, comme d'habitude. Tu vois, en matière diplomatique, en même temps... On peut dire que c'est contradictoire, mais ça l'a dit sur le fond. Vous voyez ce que je veux dire ? En même temps, ça vous fâche avec vos alliés. Parce qu'on ne peut pas dire tout et l'inverse de tout en matière de diplomatie.
C'est ici, dès le départ, Emmanuel Macron avait dit j'entends que la France conserve son indépendance et la maîtrise de sa souveraineté. Nous avons, nous pouvons travailler avec les pays européens dans le cadre d'une Union européenne qui reste à sa place et qui n'empiète pas sur le pouvoir des nations. Mais nous ne serons soumis à aucun pays étranger. Nous restons libres. S'il avait dit ça dès le départ, personne ne serait choqué de ces propos-là. C'est parce qu'en réalité, l'intégralité de sa politique a consisté à faire l'inverse. Mais en tout cas, sur les propos eux-mêmes, ça ne vous choque pas. Oui, sur le bout de phrase dans un contexte particulier, ça ne me choque pas. Du tout.
Vous en avez pu dire la même chose. J'adhère totalement à cette phrase. Hélas, je n'adhère pas à la politique internationale d'Emmanuel Macron depuis qu'il est au pouvoir.
Deux points. Le Conseil constitutionnel et l'avenir de la réforme des retraites. Le Conseil constitutionnel, vous le disiez, vous faites partie de ceux qui l'ont saisi. La réponse devrait tomber autour de vendredi, vendredi dans la journée. Est-ce que vous respecterez la décision du Conseil constitutionnel quelle qu'elle soit ? Est-ce que vous espérez, est-ce que vous attendez quelque chose du Conseil constitutionnel ?
D'abord, nous respectons l'intégralité des institutions. Évidemment, nous respecterons la décision du Conseil constitutionnel. Même s'il ne va pas dans le sens que nous espérons, nous laissons quand même la liberté de critiquer cette décision. Mais nous la respecterons. Mais je suis, c'est vrai, modérément optimiste. Bon, optimiste quand même, mais modérément optimiste sur la décision du Conseil constitutionnel. Pourquoi ?
Parce que, voilà, parce que, parce que je pense que la constitution, la composition du Conseil constitutionnel, qui est une composition faite de gens qui sont nommés par des politiques, fondamentalement, au-delà de ce Conseil constitutionnel-là, peut-être mériterait une réflexion pour qu'il y ait des gens...
Vous y pensez, vous dites que si jamais vous arriviez au pouvoir, vous changeriez le fonctionnement ? Je ne sais pas, mais en tout cas,
il faut réfléchir peut-être à ce que les membres du Conseil constitutionnel soient véritablement totalement détachés, totalement indépendants dans leur nomination des responsables politiques. Qu'est-ce qui pourrait permettre
de plus d'indépendance de la part du Conseil constitutionnel ?
Le fait qu'ils ne soient pas tous nommés précisément par des organes qui sont des organes politiques. Mais enfin, c'est un autre sujet. Il est important malgré tout dans la crédibilité
que l'on aura vis-à-vis de la décision. Et ce n'est pas l'urgence. Est-ce que si le Conseil constitutionnel dit vendredi, écoutez, c'est cette loi, il y a peut-être un ou deux articles qu'on aurait retoqués, mais globalement, elle est constitutionnelle. Fermez le banc, on passe à autre chose et vous acceptez que la réforme des retraites soit appliquée.
Et ce que vous voulez que je fasse ? Que j'aille brûler des voitures ? Non, nous n'irons pas brûler des voitures. Voilà. Nous n'irons pas détruire du mobilier urbain. Nous n'irons pas faire cela parce que nous respectons, encore une fois, les institutions. Mais nous dirons aux Français, eh bien maintenant, c'est vous qui pouvez réformer cette réforme des retraites, qui pouvez faire en sorte en allant voter, voter et accessoirement voter pour le Rassemblement national qui, lui, souhaite, encore une fois, qu'avant 20 ans, on puisse partir. Vous reviendrez là-dessus. Et ce sera quoi, alors,
les réformes, les retraites avec vous ?
Je vous l'ai dit déjà la dernière fois que je suis venu, je le répète parce que c'est très important. Notre réforme des retraites permet à ceux qui ont commencé à travailler avec un emploi significatif avant 20 ans de partir à 60 ans avec 40 annuités. Et puis, progressivement, eh bien, ces annuités montent jusqu'à 42 ans, maximum 42 ans. On est à 43, là, aujourd'hui. Et 62 ans d'âge légal. D'accord ? On est à 64 aujourd'hui.
Donc, tous les Français pourront bénéficier de cette réforme de retraite qui est plus juste parce que plus on a commencé tôt, plus il est normal qu'on parte tôt, d'autant que quand on commence tôt, c'est souvent que l'on fait un travail qui est un travail manuel, alors que lorsqu'on démarre tard, c'est souvent parce que l'on fait un travail intellectuel qui vous permet, évidemment, de travailler plus tard.
Vous avez lu le texte de Dominique Strauss-Kahn hier soir ? Oui. Il parle notamment d'idées nouvelles, c'est-à-dire que ce ne soit pas uniquement sur l'âge de départ. Il dit que ça, ça correspond en fait à il y a des années, que le rapport au travail n'est plus le même. En fait, il invite à une réforme complète du système, voire même à une réforme plutôt par points qui était la première idée d'Emmanuel Macron. vous en pensez quoi ? J'y suis très opposé.
J'y suis très opposé. D'ailleurs, dans son texte, c'est très intéressant, il dit en réalité, on modulera en fonction des marges budgétaires. Je trouve que c'est la pire idée qui soit. C'est pour ça qu'on s'était opposé à la retraite par points. Parce qu'en réalité, ça veut dire qu'on ne peut pas construire un chemin de vie. C'est-à-dire que les gens qui arrivent à la retraite ne peuvent pas savoir sur combien ils peuvent compter lorsqu'ils seront à la retraite. Je trouve que c'est profondément injuste. Et un jour, on leur dit ça fait deux ans que vous êtes à la retraite, on va baisser votre retraite de 10%. Comme c'est le cas dans les pays où il y a une retraite par points.
Parce que la valeur du point faut changer. Exactement. Parce que budgétairement, on a besoin de marge de manœuvre. Je trouve que c'est un mauvais système.
L'IGAS, l'inspection des affaires sociales, a rendu un rapport accablant hier sur ce qu'il se passe dans nos crèches. Pas dans toutes nos crèches, mais dans un certain nombre de crèches, avec au minimum de la négligence, voire de la maltraitance sur les enfants. Je voudrais que vous écoutiez un témoignage, le témoignage de cette maman qui a été recueillie par un journaliste d'RMC.
Elle me tend de mon fils qui était en pleurs, les pieds bleus gelés et puis la couche pleine de sel. Un autre soir, une autre professionnelle me dit de toute façon, on passe plus de temps à faire le ménage qu'à s'occuper des enfants. Elles ont vraiment expliqué que c'était un métier très difficile et que malheureusement, même si les gens sont très motivés, il y a un turnover qui est quand même important parce qu'elles ne se rendent pas compte au quotidien ce que ça représente de gérer des enfants en bas âge.
Le problème, c'est souvent le fait qu'il n'y a pas assez de personnel, que c'est très peu attractif et qu'il y a de moins en moins de candidats. Que changer ? Si vous étiez président, vous feriez quoi ?
D'abord, le gouvernement a décidé d'obliger la scolarisation de tous les enfants à trois ans. Donc on se retrouve évidemment dans une situation où on a énormément d'enfants à gérer d'abord dans les structures. Je ne comprends pas le rapport. Le rapport, c'est que déjà, il y a un certain nombre d'enfants qui entraient à l'école à cinq ans. Il y en avait quand même un certain nombre. Ça, c'est la première des choses. Elles sont rares quand même. C'est la première des choses. Deuxièmement, nous ne sommes pas assez exigeants sur les critères d'embauche des gens qui s'occupent de nos enfants. C'est vrai dans les maternelles, mais c'est vrai aussi dans les centres de loisirs et autres.
Il faut revoir tout cela. Notamment, encore une fois, des exigences de comportement, des exigences d'absence de casier judiciaire, etc. Il faut payer les métiers difficiles. Il faut les payer. Il faut correctement payer des métiers qui sont complexes. S'occuper d'enfants, c'est complexe. Et il faut les accueillir dans des conditions où le nombre de personnes qui s'en occupent est suffisant. Est-ce qu'il faut que les critères soient davantage publics
que privés ? Est-ce que ça dérive ? Est-ce qu'il faut que le service public de la petite enfance reste public ?
Je ne suis pas du tout sûr que ça change quelque chose. On est exactement dans un problème parallèle à celui de l'hôpital. On est dans un système parallèle à celui de l'hôpital. C'est le même problème. Et on retrouve ce problème partout. On le retrouve dans les tribunaux, on le retrouve dans l'hôpital, on le retrouve dans la petite enfance. Ça veut dire qu'aujourd'hui, les Français s'interrogent, se posent une seule question, c'est où va notre argent ? Car les impôts et les prélèvements n'ont eu de cesse d'augmenter dans les dernières années au point que nous avons cette année atteint un record.
et ils ont le sentiment que les services publics qu'on leur offre en contrepartie s'effondrent les uns après les autres. Il y a une loi sur
le bien vieillir. Est-ce que vous serez aux côtés du gouvernement sur cette loi qui est discutée en ce moment ? Oui, mais cette loi
est vide. Je vais vous dire pourquoi on va la voter ? Elle est vide, il n'y a rien dedans. Franchement, elle est d'un manque... Et du coup, vous allez la voter ? Je vais vous dire pourquoi. Elle est d'un manque d'ambition absolument totale. Mais je vais la voter parce qu'il y a une chose que j'avais réclamée pendant la campagne présidentielle. C'est le droit opposable aux visites. Parce que je ne veux plus jamais que dans notre pays, il y ait des personnes âgées qui se retrouvent coupées de leur famille, coupées de leurs proches, interdites d'avoir la moindre visite dans quelque structure que ce soit.
Eh bien, rien que pour ça, nous voterons cette loi parce que, encore une fois, c'est essentiel de ne plus voir ce type de dérive se dérouler dans le pays.
Et sur la fin de vie, est-ce que s'il y a une loi qui est proposée pour pouvoir autoriser le suicide assisté et l'euthanasie, vous la voterez ?
À titre personnel, je ne la voterai pas. Je ne la voterai pas parce que je pense qu'il faut d'abord faire un effort considérable sur les soins palliatifs. Aujourd'hui, il y a 30% ou 25% des départements dans lesquels il n'y a aucun centre de soins palliatifs, ni public, ni privé. Or, il faut accompagner les gens pour qu'ils puissent partir sans souffrance. C'est ça, je crois, la priorité. Le problème des pays d'ailleurs qui ont développé l'euthanasie, autorisé l'euthanasie, c'est qu'au fur et à mesure du temps, on a démarré par les personnes en fin de vie qui étaient en grande souffrance et on termine par ceux qui sont en mal-être.
Et ça, je pense qu'on dépasse une barrière, on passe une barrière civilisationnelle que je ne souhaite pas passer.
Marine Le Pen, merci d'avoir répondu à mes questions sur RMC et BFM TV.
Il est 8h53.
Marine Le Pen