Entretien avec Marine Le Pen 1/5
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonsoir, une toute première question, où sommes-nous ?
Bonsoir, je suis ravie de vous accueillir dans cette maison de la Trinité-sur-Mer qui est notre maison familiale, c'est ici que mon père est né je crois d'ailleurs pouvoir vous dire qu'il est né à peu près à l'endroit où je me trouve puisqu'à l'époque les naissances se faisaient à la maison j'ai connu cette maison telle qu'elle était à l'origine c'est-à-dire avec un sol en terre battue, avec un point d'eau qui n'était pas une douche à l'époque mais un robinet et on se lavait encore au brot, ça peut paraître lointain et pourtant c'était il y a, somme toute, pas si longtemps que cela et c'est une maison auquel bien entendu nous sommes et je suis extrêmement attachée parce que c'est ici que je puise mes racines
Puisqu'on est aux temps historiques, restons-y, c'était j'imagine aussi la destination des vacances Est-ce que vous vous souvenez d'une anecdote particulièrement marquante de cette période de l'enfance et des vacances ?
Oui justement, des vacances avec, somme toute, très peu de confort mais beaucoup de chaleur, c'était une ambiance très familiale la vue en règle générale, vous voyez, avec un tuyau dans le jardin j'avoue que c'était tout de même assez cocasse et puis une maison ouverte où tous les copains mes parents venaient, entraient, on ne savait jamais si on allait être 4 ou 14 à dîner j'ai vu un certain nombre de fameux navigateurs lorsqu'ils étaient encore extrêmement jeunes et c'est vrai que c'était une ambiance très gaie Nous avons vécu ici des étés particulièrement ensoleillés c'est pour ça que je finis par me poser la question de savoir si je suis totalement convaincue par le réchauffement climatique parce que j'ai des souvenirs d'été ici extrêmement chaud et ensoleillé et depuis quelques années, c'est moins le cas
Vous avez connu, je crois, 3 de vos grands-parents, est-ce que vous pouvez nous dire 2-3 mots sur eux ?
J'ai connu, même pas, puisque mon grand-père paternel est mort lorsque mon père avait 14 ans il a sauté sur une bombe allemande, il était patron pêcheur vous savez que la famille de mon grand-père paternel était tous marins pêcheurs tous les aïeux étaient marins pêcheurs la famille de ma grand-mère paternelle, ils étaient tous des paysans j'ai très peu connu, à peine, puisque j'étais très très jeune lorsqu'elle est morte, ma grand-mère paternelle j'ai très peu connu ma grand-mère maternelle et en réalité j'ai connu mon grand-père maternel qui était négociant en vin dans le sud-ouest puisque ma mère est landaise on dit toujours Marie Le Pen est bretonne mais Marie Le Pen n'est pas que bretonne Marie Le Pen est 50% bretonne et 50% landaise il ne faut pas l'oublier
je crois d'ailleurs que le nom de votre grand-père paternel Jean figure sur le monument noir de la trinité
oui tout à fait, parce qu'il est mort pour la France et mon père d'ailleurs est devenu de fait pupille de la nation
et justement votre père vous parlait de son père à lui est-ce que vous compreniez le sens de sa disparition, la raison de son absence ?
oui bien sûr, bien sûr c'est quelque chose qui a toujours beaucoup frappé notre imaginaire familial parce que je pense que j'ai vite perçu que ça avait été évidemment une très grande souffrance dans la vie de mon père perdre son père à 14 ans se retrouver seul avec sa mère à une époque où les femmes d'ailleurs ne travaillaient pas elle a donc dû se mettre à travailler elle est devenue couturière pour pouvoir faire vivre son fils et cette adoption de la nation qui a été la conséquence de la perte pour mon père de son propre père a été quelque chose de très constitutif de son caractère, de sa vision, de son attachement aussi probablement à notre patrie nous a évidemment au travers de l'histoire de mon grand-père transmis cet immense amour et peut-être cette profonde reconnaissance aussi
de votre grand-père et de votre père je passe à vos soeurs vous êtes je crois la cadette des trois non je suis la benjamine la benjamine, autant pour moi et en tant que benjamine est-ce que vous avez le souvenir ou est-ce que vous avez eu le sentiment d'une rivalité d'enfants ou est-ce que vous étiez entre vous unis comme au front si je puis dire
oh nous étions comme tous les enfants du monde c'est-à-dire qu'on s'est beaucoup battus entre soeurs il y a des âges où on est comme chien et chat moi-même qui ai trois enfants je sais qu'il y a des périodes où c'est pas toujours facile de faire régner l'harmonie dans la fratrie mais très rapidement atteint l'âge de 15-16 ans nous sommes devenus extrêmement proches les meilleurs amis du monde je parle souvent de ma soeur Yann en indiquant que c'est quasiment ma jumelle parce que nous avons fait beaucoup de choses ensemble nous ne sommes quasiment pas quittés ma soeur aînée Marie-Caroline je n'avais pas les mêmes rapports avec elle parce qu'elle avait 9 ans de plus que moi et par conséquent imaginez quand elle avait 19 ans et qu'elle était partie en Angleterre ou aux Etats-Unis faire des études j'avais moi-même 10 ans j'étais encore très jeune donc c'est un peu plus tard que nous avons recréé devenus adultes des liens plus proches
en ce qui concerne votre mère comment vos soeurs et vous-même considériez son élégance, sa beauté est-ce que cela vous impressionnait ? est-ce qu'elle constitua un modèle en ce sens ?
ah oui incontestablement c'était une femme et c'est toujours d'ailleurs une femme d'une très grande beauté mais pas seulement elle avait beaucoup d'humour c'était quelqu'un qui était apprécié c'était une bonne amie c'était en même temps une aventurière puisqu'ils ont ensemble, mon père et ma mère traversé les océans le Pacifique, l'Atlantique c'était quelqu'un de très gai de très facile à vivre et elle était un pilier tout de même de l'ambiance de la maison que ce soit d'ailleurs ici ou à Paris c'est vrai que pour nous c'était incontestablement un modèle elle était non seulement belle mais elle avait surtout une grâce qui était un peu commune
et qu'elle a conservé d'ailleurs vous venez d'évoquer les croisières familiales c'est donc qu'avec votre père vous avez eu en quelque sorte le baptême de la mère est-ce que vous avez un souvenir particulier soit agréable soit plus effrayant peut-être
c'est-à-dire que j'ai eu peu l'occasion de naviguer avec lui puisque le bateau qui était le sable le général de Cambronne dont il ne reste que cette bouée puisqu'il a coulé en Espagne dans quelles circonstances ?
bah écoutez il a été à marée et la marée est montée et ceux qui étaient chargés de s'en occuper ne s'en sont pas occupés il s'est rempli de vase et par conséquent il est resté au fond et donc si vous voulez après mes parents sont partis faire des croisières mais des croisières où ils ne nous emmenaient pas on ne traversait pas le Pacifique et l'Atlantique avec des enfants de l'âge que nous avions et j'ai donc commencé à faire de la voile plutôt avec mes amis quand j'ai eu l'âge de le faire dans des circonstances parfois un peu folkloriques une fois comme ça nous sommes restés coincés à Ouattes parce que nous étions en panne de moteur et accessoirement en panne de vent il y avait pétole comme on dit ici et j'ai dû appeler mon père le soir en disant écoute on est coincé à Ouattes je ne suis pas toujours sûre même aujourd'hui qu'il m'ait cru alors que c'était la stricte vérité
et alors nous parlons vous pratiquez toujours la voile ou vous avez un sport d'élection qui ne serait pas celui-ci ?
je la pratique moins j'aime tous les sports marrons la voile le bateau à voile le bateau à moteur le ski nautique la mer est quand même mon élément je veux presque dire que c'est inscrit dans mes gènes si ce n'est dans le prénom que je porte autour de la mer évidemment m'attire tout particulièrement mais j'ai moins l'occasion qu'avant de pouvoir faire des croisières comme je le faisais et puis je n'ai pas de bateau donc je dépends aussi du bon vouloir des invitations
qui me sont lancées est-ce qu'il y a un sport pour lequel un bateau n'est pas nécessaire que vous pratiquez avec plaisir aujourd'hui ?
oui l'équitation je suis tombée amoureuse des chevaux très jeune j'ai fait beaucoup d'équitation lorsque j'étais jeune et j'ai passé d'ailleurs un certain nombre de galops et le temps après qui m'a manqué pour continuer mais il m'arrive encore de trouver quelques espaces pour pouvoir me donner à ce hobby mais c'est vraiment quelque chose que j'apprécie énormément c'est un lien particulier que j'ai avec les chevaux et puis je trouve que l'équitation c'est un c'est un sport merveilleux parce que c'est une leçon c'est une leçon de vie, c'est une leçon de patience c'est une leçon de modestie aussi parce que quand vous êtes perché sur un animal qui fait 600 ou 700 kilos permettez-moi de vous dire que ça n'est ni par la force que ni par la contrainte que vous pouvez le mener c'est par la douceur c'est par la compréhension une certaine fermeté liée à une certaine douceur voilà tout ça c'est presque un apprentissage de l'être c'est un apprentissage de la vie
Marine Le Pen