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interviewC à vous (sur YouTube)· 5 juillet 2024 14 min

Législatives : la majorité absolue s’éloigne pour le RN ? - C à Vous - 05/07/2024

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

- R.Glucksmann: S'il n'y a plus ce sentiment d'urgence, pourquoi les électeurs suivraient les consignes de vote? Je suis inquiet.

J'aimerais qu'on revienne sur terre. Il y a une lame de fond pour le RN. Les résultats de dimanche n'ont pas été invalidés par ce qui s'est passé ensuite. - A.-E.Lemoine: Bonsoir, F.Dabi.

Vous venez de publier une dernière projection Ifop qui donne 170 à 210 sièges au RN. C'est loin de la majorité absolue, fixée à 289 élus. Il y a une réserve de circonstance: rien n'est écrit.

Le 2e tour reste très incertain? On n'a aucune garantie sur le report des voix des électeurs après les désistements? - F.Dabi: On travaille beaucoup là-dessus.

P.Cohen a eu raison de rappeler ce qui s'est passé en 2022. Le sondage du 1er tour avait été parfait.

C'était au dixième de point près. Aucun institut n'a donné les 89 sièges du RN. Pourquoi nous avons cette majorité faiblement relative pour le RN?

Pourquoi a-t-il perdu une soixantaine de sièges entre ce qu'on donnait dimanche dernier et aujourd'hui? Il y a plusieurs choses. D'abord, les configurations.

On est passés de 190 duels à 407. Le duel est la meilleure manière pour enclencher un front républicain et pour activer une logique d'élimination. C'est la célèbre phrase de G.Mollet repopularisée par C.Pasqua. "Au premier tour, on choisit.

Au second tour, on élimine." Pour l'instant, le front républicain fonctionne beaucoup mieux qu'en 2022. - A.-E.Lemoine: Mais il y a une moindre efficacité des consignes de vote que dans les scrutins précédents. - F.Dabi: Il y a une désaffiliation politique.

Il y a des candidats de tous les partis qui me disent: "C'est encore des consignes de Paris! On veut nous voler notre élection!" Les consignes de vote ne pèsent rien face au sens du vote.

Pourquoi il y a eu cette participation très forte dimanche? 69 %, c'est exactement ce qu'il y a eu en France métropolitaine dimanche dernier dans les circonscriptions non pourvues au premier tour. Les Français ont trouvé un sens du vote: faire gagner le RN, empêcher à tout prix le RN de venir...

Appliquer un programme de gauche, sauver la Macronie...

Il y a toute une série de motivations à aller voter. Là, on serait 20 points au-dessus des législatives de 2022. - A.-E.Lemoine: Ce que les instituts de sondage comptent de manière sûre, ce sont les dynamiques.

En termes de dynamique, c'est moins intéressant pour le RN. - F.Dabi: Il multipliera quand même son nombre de sièges peut-être au moins par 2. - A.-E.Lemoine: Ca pourrait démobiliser une partie de l'électorat appelé à lui faire barrage?

C'est ce que craint R.Glucksmann. Le fait qu'on annonce qu'ils n'auraient pas la majorité absolue... - F.Dabi: Restons modestes.

Tous les électeurs n'ont pas les yeux rivés sur la ligne bleue des sondages. C'est la question 1000 fois débattue et jamais résolue de l'influence du vote. Oui, avec un RN en perte de vitesse...

Ce parti a fait presque 11 millions de voix. C'est presque autant que l'UMP triomphante en 2007 après la victoire de N.Sarkozy.

Beaucoup d'électeurs du RN ou de sympathisants...

On a des bons reports des électeurs de droite vers le RN. Il faut confirmer le vote du premier tour. Les législatives, c'est très souvent le cas, un vote de confirmation du 1er tour...

D'autres à gauche peuvent se dire qu'il y a une divine surprise qui se prépare. Le bas de la fourchette RN est inférieur au haut de la fourchette de la gauche. - A.-E.Lemoine: Il pourrait y avoir une remontada de la gauche? - F.Dabi: Ce n'est pas impossible.

La gauche bénéficie du front républicain. N'oublions pas la majorité, sanctionnée aux européennes et aux législatives. Les législatives, c'est une réplique des européennes au premier tour.

Le haut de la fourchette de la majorité, ce n'est pas la fourchette de la gauche. Il y a une incertitude qui peut créer des dynamiques qu'on ne peut pas prévoir. Ca peut encourager les électeurs RN à se surmobiliser.

Prenons un exemple. En 97, les sondages ont annoncé la défaite de la majorité RPR, Chirac et Juppé. - P.Cohen: En 2002, à l'inverse, Avant le 21 avril, si un sondage avait dit que Jospin risquait d'être éliminé, on n'aurait peut-être pas eu ce résultat... - O.Faure: Quand ça se joue à 180 000 voix d'écart entre L.Jospin et J.-M.Le Pen, quand dans des enquêtes on a 3/4 des Français qui disent que les sondages n'influencent pas le vote des électeurs, mais que 13 % disent que ça peut les influencer... 13 %, ça fait 5 millions de voix. - A.-E.Lemoine: Certains électeurs sont sûrs de leur choix.

C'est dans quel parti? - F.Dabi: Les électeurs se sont chauffés.

Ils ont voté aux européennes et aux législatives, comme des sportifs. Ils savent pour qui voter. Avec cette logique des 3 blocs, il y a moins de volatilité.

Il y a moins d'hésitation. Passer de RN au bloc de gauche, c'est marginal. 90 % des électeurs RN sont sûrs de leur choix.

C'est l'électorat le plus mobilisé et le plus fidélisé. S'ils prennent conscience que la majorité absolue est très improbable, ça peut créer une dynamique d'opinion. Ces 507 élections...

Dans de très nombreuses élections en 2022, ça s'est joué à 4, 50 ou 100 voix. - A.-E.Lemoine: Un mot sur l'électorat du RN qui s'est considérablement élargi dans toutes les classes sociales et les régions, qui a su convaincre les femmes, longtemps réticentes à l'idée de voter pour le RN.

Qu'est-ce qui a changé sur le vote féminin? C'est l'effet... - F.Dabi: 1er discours de M.Le Pen au congrès de Lyon en 2011, quand elle succède à son père.

Elle se présente comme une femme divorcée qui a élevé seule ses enfants. Je crois qu'elle avait dit qu'elle savait ce qu'était la vie des femmes. En 2012, elle était encore sur l'IVG non remboursée par la Sécurité sociale. - P.Cohen: On parlait d'IVG de confort, au Front national. - F.Dabi: On a eu ce gender gap.

L'électorat jean-mariste était masculin. C'est totalement fini. Les 2 phénomènes les plus intéressants, à côté du vote féminin, du côté du vote RN, c'est que la France du travail vote RN. 41 % des salariés du privé ont voté pour un candidat RN.

On peut perdre une élection présidentielle même en ayant un électorat âgé, comme Giscard d'Estaing en 81 ou Sarkozy en 2012. Cette conquête de terres sociologiques inconnues, les retraités, qui ont voté à 25 % pour les candidats RN dimanche dernier... - M.Bouhafsi: M.Le Pen a accordé un entretien à une journaliste américaine de CNN.

La chef de file du RN refuse qu'on qualifie le parti d'extrême droite. - M.Le Pen: Je conteste ce terme d'extrême droite qui, dans votre pays, fait référence à des groupuscules radicaux et violents.

L'équivalent de ce que nous sommes aux Etats-Unis, c'est entre le centre droit et le centre gauche, sur le plan des idées. Je vous le dis très sincèrement. Cette utilisation du terme "extrême droite", stigmatisante, péjorative, ne correspond pas à ce que nous sommes et à ce qu'est l'extrême droite américaine. - M.Bouhafsi: Un parti qui va de centre droit au centre gauche.

On voit la réaction de la journaliste, qui a un rictus. Elle continue à dire qu'elle a fait face à M.Le Pen, dont elle parle comme la dirigeante d'un parti d'extrême droite.

Ca participe à sa stratégie de dédiabolisation. Pourtant, 52 % des électeurs du RN se considèrent comme racistes. Elle veut dédiaboliser le RN, mais ça ne marche pas toujours - F.Dabi: Ca a toujours été la stratégie du RN-FN.

J.-M.Le Pen se disait socialement de gauche, économiquement de droite...

Maintenant que le RN est un parti attrape-tout, qu'il doit réunir des sensibilités différentes...

Parler de centre droit et de centre gauche, ça fait Macron 2016-2017. Ca fait très longtemps que M.Le Pen refuse de se laisser enfermer dans le clivage gauche-droite.

Quand M.Maréchal-Le Pen Itait avec elle, elle était sur cette droite qui devait faire l'union des droites avec les autres partis. - A.-E.Lemoine: Les polémiques sur les candidats RN, qui se sont multipliées sur leur incompétence, voir leurs dérapages racistes, ça peut influencer? - F.Dabi: On a vu la difficulté du RN à engager une bonne campagne de second tour après un bon premier tour à une présidentielle.

En 2022, c'était une très bonne campagne de M.Le Pen. L'épouvantail Zemmour la protégeait.

C'était plus compliqué dès le lendemain de son accession au second tour avec une conférence de presse en politique étrangère ratée. Là, ces candidats imprécis, aux déclarations ou au passé douteux, quand bien même ils ont été pour la plupart écartés, ça crée un doute chez un électorat de droite qui pourrait aller au RN. J'ai quand même été frappé par une enquête Ifop-Fiducial publiée mercredi sur le souhait de victoire du RN pour qu'ils aient la majorité absolue.

C'est du 50-50. Le RN s'enracine comme parti d'alternative. - P.Lescure: K.Mbappé a appelé à voter contre le RN. "On ne peut pas laisser notre pays entre les mains de ces gens." M.Le Pen a réagi sur CNN. - M.Le Pen: Je considère que K.Mbappé est sûrement un très bon footballeur, mais que cette tendance des acteurs, des footballeurs, des chanteurs à dire aux Français ce qu'ils doivent voter, et particulièrement à ceux qui gagnent 1300 ou 1400 euros par mois alors qu'eux-mêmes sont millionnaires, voire milliardaires et vivent à l'étranger...

Les Français en ont marre de se faire donner des leçons de morale, des consignes de vote. - P.Lescure: Dans vos études, ces prises de position, sportives, culturelles ou autres, ça a quel effet? - F.Dabi: On ne peut pas le mesurer vraiment.

Je lui donne plutôt raison. On se souvient de grandes élections, de présidentielles passées, où c'était le concours de la liste de soutiens la plus importante. Giscard avait L.de Funès, B.Bardot.

F.Mitterrand avait l'Italie l'intelligentsia de gauche. Le pouvoir d'achat est plus que jamais la 1re préoccupation des Français.

Le chômage a disparu. - P.Cohen: Pour les électeurs RN, c'est l'immigration. - F.Dabi: Pas tout à fait.

Aux européennes, la 1re motivation de vote des électeurs de Bardella, c'était le pouvoir d'achat. Aux législatives, c'était quasiment égal entre l'immigration, la sécurité et le pouvoir d'achat. Du côté de la jeunesse, il peut y avoir quelque chose.

K.Mbappé a quand même une vraie aura, un crédit auprès