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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 15 février 2019 26 minComplaisantActualité / polémiqueSolidarités & familleJusticeCulture, médias & sportInstitutions & élections

Geneviève Fraisse : "Il faut être assurée économiquement et socialement pour prendre la parole"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 10 %Défensif 60 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 89 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:20OuverteRéponse directe

    Comment avez-vous reçu ce que l'on apprend depuis une semaine maintenant ?

  • 1:37RelanceRéponse partielle

    Par quoi ?

  • 1:51RelanceRéponse directe

    Expliquez-nous, c'est-à-dire ?

  • 2:17RelanceRéponse directe

    Donc là, c'est le fait que quoi ? Que ça explose publiquement avec une telle force ?

  • 3:20OuverteRéponse directe

    Est-ce que cette affaire éclate maintenant, alors qu'elle a duré pendant des années, parce qu'il y a eu MeToo ?

  • 3:59RelanceRéponse directe

    Pourquoi 19e ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:56Invité politiqueFait
    « Le sexisme ordinaire, il est partout. »
  • 5:22Invité politiqueFait
    « Il faut être assuré économiquement et socialement pour pouvoir prendre la parole. »
  • 7:22Invité politiqueFait
    « La violence masculine pour garder et avoir le pouvoir était plus forte chez les intellectuels que chez les politiques. »
  • 12:41Invité politiqueFait
    « Le sexisme traverse les siècles. »
  • 16:45Invité politiqueFait
    « Le droit des femmes est réversible sur la question de l'avortement. »
  • 16:53Invité politiqueFait
    « Regardez ce qui se passe en Pologne. »

Temps de parole

  • Geneviève Fraisse65 %
  • Présentateur28 %
  • Auditeur8 %

4,3 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Et l'invité du grand entretien du 7-9 aujourd'hui est philosophe, philosophe de la pensée féministe. Elle a publié de très nombreux livres, j'en cite deux, « Du consentement » aux éditions du Seuil et « Les excès du genre » qui reparaît en livre de poche, nouvelle édition, toujours aux éditions du Seuil. Elle fut également, dans une vie antérieure, déléguée interministérielle aux droits des femmes et députée européenne. Geneviève Fresse, bonjour. Bonjour. Et merci beaucoup d'être au micro d'Inter. Les auditeurs dialogueront avec vous dans une dizaine de minutes. 01 45 24 7000, réseaux sociaux et applications mobiles d'Inter.

Beaucoup de questions Geneviève Fresse a abordées avec vous ce matin. En quelques jours, il y a eu deux moments importants. D'abord, le procès en diffamation des femmes ayant dénoncé les agissements de Denis Bopin. Procès, par la même occasion, des médias qui ont enquêté et rapporté leur histoire. On va y venir dans quelques instants. Et puis, les femmes qui ont été l'objet du harcèlement en ligne des journalistes de la Ligue du LOL pendant des années et qui ont collectivement raconté puis dénoncé ce dont elles avaient été victimes. Commençons par là, Geneviève Fresse. Comment avez-vous reçu ce que l'on apprend depuis une semaine maintenant ? C'était vendredi dernier.

Avez-vous été sidérée comme beaucoup ?

1:29
Geneviève Fraisse

Oui, complètement sidérée. Et pourtant, je fréquente ces questions-là, disons, continuement. Et j'ai été totalement sidérée.

1:37
Présentateur

Par quoi ?

1:38
Geneviève Fraisse

Par le pouvoir pris avec autant de facilité et sur un sujet qui est quand même un sujet qui, normalement, se traite sur les bas côtés. Expliquez-nous, c'est-à-dire ? Non, mais je veux dire, le sexisme ordinaire, il est partout. Mais en même temps, je veux dire, la façon dont on peut démolir quelqu'un un peu systématiquement, donc là, on passe du sexisme au harcèlement, c'est quelque chose qui peut avoir lieu dans les couloirs, dans des lieux... Alors, ça a eu lieu dans des lieux secrets, mais ça partait d'un point qui était un point central, axial, du pouvoir de ces journalistes.

2:17
Présentateur

Donc là, c'est le fait que quoi ? Que ça explose publiquement avec une telle force ?

2:22
Geneviève Fraisse

Et puis qu'il y ait eu une telle... Enfin, comment dire ? Je crois qu'on peut être à la fois sidéré, et je l'ai été, j'ai mis tout le week-end, pas à m'en remettre, mais en tout cas à essayer d'approfondir. Vous savez ce que ça veut dire, lol ?

2:37
Présentateur

Oui, c'est rire...

2:39
Geneviève Fraisse

Loafing out loud, c'est-à-dire rire aux éclats.

2:43
Présentateur

Rire aux éclats.

2:43
Geneviève Fraisse

Donc, c'est important de le dire, ça veut dire rire aux éclats, mais ça veut dire quoi, rire aux éclats ? C'est par rapport à quelqu'un ou entre soi ? Donc, on est entre soi et par rapport à quelqu'un. C'est pour ça que quand on a parlé de cours de récré, ça me gêne un peu cette expression, parce que, d'un cours de récré, si les garçons prennent la place de jouer au foot, d'ailleurs ça s'appelait foot et bière aussi, je crois, c'est pas à ce moment-là, ils repoussent les filles sur le bord, certes, mais il n'y a pas cette double chose qui est à la fois de s'approprier un espace, et en même temps, dans l'exclusion des autres, de les détruire.

C'est ça qui est un peu étonnant dans cette affaire.

3:20
Présentateur

Est-ce que cette affaire éclate maintenant, alors qu'elle l'a durée pendant des années, parce qu'il y a eu MeToo ? Oui, ça c'est clair. Pourquoi ? Comment ça...

3:31
Geneviève Fraisse

Moi, j'ai tendance à faire une sorte de chronologie.

3:34
Présentateur

Allez-y, oui.

3:34
Geneviève Fraisse

C'est-à-dire que j'ai... Je me souviens, au moment de l'affaire DSK, j'avais fait un papier que m'avait demandé Libération, justement, à ce moment-là, pile au moment de la Libération. Le même journal. Oui, et puis dans ces années-là. Et qui s'appelait Le fait divers et politique. C'est-à-dire, comme on passait, c'est une première rupture, c'est-à-dire que l'affaire DSK, qui est une affaire que je dis 19e siècle...

3:59
Présentateur

Pourquoi 19e ?

4:00
Geneviève Fraisse

Je ne sais pas, un patron saute sa bonne, quoi. La littérature en est plein. J'aime beaucoup le 19e, qui est aussi le siècle du début de l'émancipation des femmes, collective, certes, mais aussi l'idée que dans la littérature, le patron saute la bonne. Donc là, c'est ce que j'appelle le 19e siècle, c'est une image. Parce qu'on peut encore le faire aujourd'hui. Donc ça, c'est... Et du coup, c'est le fait divers et politique.

On passait aux politiques, puisque ça a eu des effets politiques que l'on sait, avec DSK, avec l'affaire Beaupin, qui arrive 5 ans plus tard, ça se passe dans un espace politique, et non pas dans un espace privé, ou dans un espace d'hôtel genre 19e siècle, mais dans un espace public qui est l'Assemblée nationale.

4:42
Présentateur

Et ça, c'est le 20e siècle.

4:43
Geneviève Fraisse

Ça, c'est le 20e siècle. Et plusieurs... Bah oui, elles ont obtenu le droit de vote, les femmes. En tout cas, la génération de ma mère. Et donc là, on a, tout d'un coup, l'idée d'un pluriel. C'est-à-dire, plusieurs femmes peuvent dire la même chose à propos d'un homme. Donc, on rentre là dans l'espace public. Ça, c'est la deuxième. Mais ça reste encore une addition de témoignages.

5:04
Présentateur

Et la ligne du LOL, 21e siècle.

5:06
Geneviève Fraisse

Il y a MeToo qui arrive quand même. MeToo, oui. Je ne saute pas par-dessus. MeToo, qui est quand même là, une sorte d'événement de rupture. Pourquoi ? Parce que ce sont des femmes qui portent pas seulement témoignages, mais qui ont les moyens de porter témoignages par leur capacité économique et sociale. Il faut être assuré économiquement et socialement pour pouvoir prendre la parole comme des stars ou des comédiennes, des artistes ont pris la parole il y a un peu plus d'un an pour déclencher MeToo. Et la question qui est posée là avec LOL, c'est que les femmes attaquées n'ont pas les moyens de prendre la parole.

Ni économique, ni sociale, puisqu'elles sont en bas de l'échelle dans les médias. Et en plus, elles risquent leur poste. Tandis que les stars, c'était autre chose. C'était, si je suis obligée de coucher, c'est pour avoir un rôle en plus. Mais ce n'est pas parce qu'elles allaient devenir pauvres. La question économique est extrêmement importante pour parler cette fois-ci du XXIe siècle. C'est-à-dire qu'il faut de l'autonomie économique pour pouvoir, non pas libérer sa parole, mais comme je dis, prendre la parole.

6:10
Présentateur

Cette affaire part du monde journalistique, Geneviève Frais, c'est d'un groupe d'hommes, c'est-à-dire d'un milieu relativement fermé, au sein duquel une bande d'hommes se met à harceler. Ce milieu, ce contexte, comment l'analysez-vous ? Des comparaisons ont été faites, vous disiez cours de récréation, c'est ce qui a été dit au début, mais ont été faites avec le monde des fraternités, au sein des universités, ou de ce qu'on appelle les boys clubs. Est-ce que c'est ce genre de dynamique clanique qui donne de la puissance et de la dynamique à un harcèlement de ce type ?

6:44
Geneviève Fraisse

Je me méfie, je pense qu'on peut élargir, c'est-à-dire qu'après on peut avoir des nuances sur les boys clubs, et que peut-être les médias seraient ceci et cela.

Mais moi qui connais plutôt le monde universitaire et le monde de la recherche, malgré ma parenthèse, ou avec ma parenthèse justement politique, il y a un petit côté Thérésia, c'est-à-dire finalement j'étais sortie, je fais un bon de côté, mais c'est important, j'étais sortie de ces sept années de parenthèse politique, revenant dans le monde de la recherche, que je n'avais pas quitté, mais dans laquelle je revenais à temps plein, avec rapidement l'idée que la violence masculine pour garder et avoir le pouvoir était plus forte chez les intellectuels que chez les politiques. Expliquez.

C'est très simple, si vous êtes dans le monde politique, et puis ça je l'ai vu, comme je n'étais pas concerné, je le regardais avec d'autant plus de détachement, c'est pousse-toi de là, je m'y mette. C'est extrêmement simple, tu ne vas quand même pas prendre ma place. Jamais le milieu intellectuel ne va dire ça.

7:44
Présentateur

Et alors il dit quoi ?

7:45
Geneviève Fraisse

Comment ça se passe ? Nous marchons tous vers le même objectif qui est la pensée, la vérité, le savoir, etc. Et du coup, la puissance symbolique de ceux qui ont le pouvoir est d'autant plus forte qu'on est censé, et peut-être le média, ça serait ça aussi, on est censé avoir un objectif collectif et commun. Parce que les conférences de rédaction, le très peu que j'ai pu voir, quand il y a eu les journées de la philosophie et la libération, je me souviens notamment, le très peu que j'ai pu voir, c'est quand même l'idée qu'il y a des moments de conférences de rédaction, donc d'un collectif, vers un monde commun.

Donc vous voyez, si je prends le monde à tel tel, on n'a pas ça, les séminaires et les laboratoires de recherche ne fonctionnent pas.

8:28
Présentateur

Mais donc ce que vous voulez dire, Geneviève Frès, c'est que ce travail collectif-là, cette prétention à un monde commun, est une illusion ?

8:38
Geneviève Fraisse

Non, il faut comparer les pouvoirs. La seule chose que je vous propose là, c'est de comparer comment le pouvoir masculin s'organise en fonction du contenu. Le média, ce n'est pas la même chose que le CNRS ou l'université, et ce n'est pas la même chose que les institutions politiques. Et dans chaque cas, il y a une construction particulière, donc moi je ne vais pas dire que c'est du plus ou du moins, il y a des constructions particulières pour assurer que le pouvoir symbolique reste bien masculin. Je dis, j'ajoute symbolique à pouvoir, c'est parce qu'on peut prendre le pouvoir sans avoir la capacité symbolique qu'on vous prête dans ces lieux de pouvoir.

9:17
Présentateur

Alors, venons-en à cette affaire Bopin, comment avez-vous vécu et analysé ce procès, je le redis, en diffamation, intentée par Denis Bopin aux femmes qui l'accusaient d'agression sexuelle, et aux médias donc, qui avaient mené l'enquête et révéler les faits ?

9:32
Geneviève Fraisse

Alors, c'est extrêmement intéressant comme démarche. D'abord, il n'est pas le seul, c'est-à-dire que dans la Fermi tout l'an dernier, il y a plusieurs hommes français qui ont porté plainte pour diffamation. Je crois, Jean-Luc Debré, Nicolas Hulot, Ramadan me semble-t-il, je ne veux pas dire de bêtises, mais en tout cas, c'était notable que les hommes, au lieu de dire qu'un imbécile, ce qui a été dit pendant des années, ce qui a commencé par dire d'ailleurs, certainement, mais qu'est-ce qu'elle raconte, c'est hystérique, après quand ils voient qu'ils se sont mis en position, là je vais choquer les juristes, mais je vais préciser ma pensée, d'inversion de la charge de la preuve.

C'est-à-dire, ah, vous m'accusez, moi je porte plainte et je vous accuse. Éprouve-le. Alors, ce n'est pas de l'inversion de la charge de la preuve comme on fait dans le monde économique et dans le monde socio-économique et professionnel, mais c'est simplement qu'ils se mettent en situation de démontrer quelque chose. Moi, j'ai trouvé ça assez passionnant l'année dernière parce que démontrer quelque chose, ça veut dire qu'on vient au procès et qu'on va dire pour telle, telle et telle raison j'ai été diffamé. Donc, ils sont en position, ce qu'on n'a pas vu dans la tradition du sexisme et du harcèlement, c'est-à-dire qu'en général on est dans l'impunité. Donc là, ils se sont sentis obligés.

Donc, l'affaire Beaupin, pour moi, qui est antérieure à l'histoire MeToo, mais il ne sait plus quelle est la date de la plainte. Mais en tout cas, ce qui est intéressant, c'est que ça arrive cette année et il est dans la situation de dire, c'est moi maintenant qui vais dire pourquoi vous avez tort. Sauf qu'il ne vient pas. Ce qui est quand même quelque chose à analyser.

11:04
Présentateur

Vous le faites comment d'ailleurs, Geneviève Fraisse ?

11:06
Geneviève Fraisse

Vous savez, il y a une expression dans la langue française qui dit je suis sûr de mon droit. C'est une expression qui m'a toujours fait réfléchir si je suis sûr de mon droit. C'est que j'ai une conviction intérieure de quelque chose. et c'est quand même fragile de ne pas se présenter. C'est une fragilité.

11:25
Présentateur

Qu'est-ce que ça dit du milieu politique ? Un milieu tout de même qui affiche des ambitions et une certaine pratique de la parité, Geneviève Fraisse, parité des gouvernements, en tout cas quand ils sont nommés et avant les remaniements parce qu'à ce moment-là en général ou parfois ça se déséquilibre. Le nombre de femmes députées à l'Assemblée nationale élues en 2017, tout ça sont des faits et pourtant on a l'impression que coexistent au fond deux approches l'une d'infériorisation des femmes et l'autre de tentative d'égaliser la vie politique.

11:59
Geneviève Fraisse

Mais encore une fois comme je vous ai dit tout à l'heure je ne pense que le monde politique on n'a pas à le mettre en premier de la classe du sexisme. Je pense que regardez comment on convoque les intellectuels notamment dès qu'il y a quelque chose de grave qui se passe dans le monde tout d'un coup les femmes disparaissent complètement dans les expertes et on n'a plus que des brochettes d'hommes d'ailleurs on a ça aussi au quotidien donc si vous voulez encore une fois je n'isolerai pas le monde politique des autres mondes.

Par ailleurs vous avez employé le mot d'infériorisation je crois que c'est ce mot que vous voulez envoyer moi je parle à propos du sexisme c'est justement vous me permettez de le dire de disqualification tu n'es pas de la même qualité que moi on a fait du sexisme un mot beaucoup trop démocratique or le sexisme traverse les siècles remontons vraiment il traverse les siècles et donc c'est pas seulement le mot démocratique j'ai été disqualifié donc je vais me plaindre de ne pas avoir le même emploi que toi ou etc c'est on est disqualifié ça veut dire et moi je le vis moi-même aujourd'hui encore dans mon travail tu n'es pas de la même qualité que moi donc l'infériorité ou la discrimination sont les conséquences mais c'est cette différence de qualité c'est pour ça que dans ce groupe il y avait aussi les homosexuels et les racisés qui étaient pris dans la tourmente si je puis dire pourquoi à gauche

13:15
Présentateur

chez Denis Bopin et aussi dans la la ligue du lol issue d'une rédaction d'un journal de gauche ou progressiste comme on dirait aujourd'hui

13:25
Geneviève Fraisse

écoutez là ça me renvoie à un livre que j'ai écrit il y a très longtemps qui s'appelle Mus de la raison et sous titre démocratie exclusive au moment du bicentenaire c'est à dire que ce qui m'avait frappé c'est justement une femme la première bachelière celui-là qui disait c'était mieux avant du coup j'avais été obligé d'aller voir pourquoi c'était mieux avant ou plutôt ce qui s'était passé au lendemain de la révolution française c'est l'extrême gauche révolutionnaire mais à juste titre on va comprendre pourquoi c'est l'extrême gauche révolutionnaire qui est la plus excluante des femmes pourquoi ?

parce qu'ils ont compris ce que c'était que la démocratie parce qu'ils ont compris que si on disait égalité des sexes ça voulait dire pour tous et pour toutes et non pas seulement pour quelques-unes tandis que les libéraux à droite on peut faire de l'égalité pour quelques-unes même si on augmente le groupe égalitaire tandis que le problème de la gauche c'est que c'est tout le monde donc c'est la pensée de la gauche qui par son exigence et si je suis contente de le dire ce matin c'est parce que j'entends encore des émissions récemment par exemple sur Proudhon oublier complètement de faire le lien entre ce qu'il raconte du rapport entre sexe y compris l'intérieur de la famille et ce qu'il veut du mouvement ouvrier parce que ça se tient ensemble sauf que mes amis de la recherche des générations ne refusent ce type d'analyse mais donc moi je n'ai pas été étonné que ça soit surtout à gauche mais c'est disons on pourrait presque dire paradoxalement pour de bonnes raisons c'est parce qu'ils savent qu'ils vont devoir vraiment partager alors surtout ne partageons pas

14:51
Présentateur

un mot avant d'ouvrir le dialogue avec les auditeurs de France Inter un mot sur je l'ai dit vous avez été députée européenne la campagne pour les prochaines européennes est lancée Geneviève Fresse c'est la tête de liste Les Républicains a dit publiquement qu'à titre personnel il était obligé il était opposé à l'IVG il se définit François-Xavier Bellamy comme un catholique conservateur il dit bien que c'est à titre personnel n'a-t-il pas le droit d'exprimer tout simplement une conviction de ce type dans le cadre du débat démocratique

15:28
Geneviève Fraisse

je ne sais pas c'est compliqué parce que moi j'ai vécu la question de la représentation nationale comme quelque chose où je n'étais pas que moi-même c'est à dire où je représentais celles et ceux qui m'avaient élus et pour lesquels je travaillais et c'est en ce sens que j'ai fait mes 5 années de parlement européen donc à titre personnel je ne paye pas mes impôts à titre personnel j'ai un problème administratif à titre personnel etc je saute la fille qui passe dans le couloir non il n'y a pas de à titre personnel et moi je l'ai vraiment vécu je dirais physiquement on est pris dans une position où on ne représente pas que soi-même donc je trouve ça c'est pervers de dire alors le mot je ne vais pas m'être reproché mais je trouve ça étrange et paradoxal qu'on mette le à titre personnel avant le à titre du bien commun que je suis censé devoir porter vers une institution c'est le monde à l'envers pour moi

16:22
Présentateur

donc ça ce sont les éléments de langage moderne Geneviève Fresse qui permettent de sortir un sifflet à ultrason et dire bon certes ça c'est la loi mais à titre personnel je mets ça en avant

16:34
Geneviève Fraisse

ben oui mais le problème c'est qu'il faut mettre la loi en avant d'abord mais il est vrai que c'est important que vous abordiez ce sujet car les droits j'ai l'habitude aussi dans ma précision de langage de dire non pas que les droits des femmes peuvent régresser mais que le droit des femmes est réversible sur la question de l'avortement c'est très clair regardez ce qui se passe en Pologne d'accord l'Irlande vient de voter enfin la possibilité de l'avortement mais la Pologne aimerait bien enfin faire de la réversibilité sur ce droit qui a été aussi un droit très mis en avant par le monde soviétique précédent donc voilà c'est la question de la réversibilité des droits des femmes est un sujet politique en soi

17:17
Présentateur

ouvrons le dialogue avec les auditeurs et les auditrices de France Inter Geneviève Fraisse je salue Martine au Standard Inter bienvenue bonjour vous êtes là oui on vous écoute on vous écoute

17:29
Auditeur

bonjour madame Fraisse et merci merci pour ce que vous faites voilà effectivement il faut il faut des femmes qui représentent les femmes victimes parce que il y en a qui sont tellement infériorisées qu'elles n'ont pas le pouvoir de parler même si elles en ont la volonté pour moi je voulais témoigner voilà j'ai été victime il y a une trentaine d'années d'une agression sexuelle conclusion tumeur au cerveau et j'ai perdu la vue donc j'en ai des traces quand même importantes et chaque fois que j'en ai parlé et bien encore cette semaine à des médecins oh vous croyez que ça vient de là oh je ne suis pas sûr il faudra non il ne faut pas partir sur sa piste évidemment les médecins en même et même des copines des femmes qui me disent non mais tu ne crois pas que tu exagères donc il faut vraiment convaincre que ça existe et convaincre que c'est vrai parce que même les femmes même les femmes n'y croient pas et moi je ne peux pas faire autrement que d'y croire parce que ça fait 30 ans que je suis quasiment aveugle et ça ne se répare pas ça donc il faut affronter

18:52
Présentateur

ce que vous dites excusez-moi Martine de vous interrompre il faut à la fois vivre l'agression la traversée et vivre ensuite la suspicion où il faut faire la démonstration de ce que vous avez vécu et de la manière dont vous l'avez ressenti c'est bien ça

19:08
Auditeur

c'est ça voilà et puis d'abord déjà faire la description et rien que là même même des des femmes rien que à la description ils me disent oh quand même mais oui oui je l'ai vécu je me considère quasiment comme une blessée de guerre en fait quand j'entends des témoignages vraiment je suis une blessée de guerre on ne le croit pas

19:38
Présentateur

merci

19:38
Auditeur

oui et ça fait 30 ans

19:41
Présentateur

merci merci Martine pour votre témoignage que je soumets à Geneviève Fraisse qui l'a écouté attentivement

19:47
Geneviève Fraisse

oui ben ce qu'elle décrit est quelque chose qui a été décrit aussi pour la question du viol en général etc et même les filles les femmes qui ont été agressées par ce groupe LOL disent bien qu'elles n'avaient pas les moyens et qu'elles étaient acceptées je crois où ils ont entendu chez Vice où ils ont entendu ah oui de Findenbos plus Vice c'est quand même eux ont réglé le problème dès 2018 ce que moi j'ai appris cette semaine aussi donc il y a des femmes qui peuvent être entendues mais ce à quoi renvoie cette dame c'est à dire que Martine c'est que l'addition l'addition des témoignages ne suffit pas et ça me permet de dire que ce qui apparaît avec LOL plus encore donc c'est le chemin le point après MeToo c'est que c'est un système ce que vous essayez de me faire dire tout à l'heure à propos des médias ou d'autres lieux c'est qu'en fait c'est un système c'est à dire ils se sont organisés entre eux et ils n'ont pas eu peur de se voir les uns les autres abattre abattre des femmes ou d'autres personnes autour d'eux donc nous sommes en train je pense que le 21ème siècle est le siècle où le corps des femmes comme corps collectif et pas seulement comme corps individuel où une plainte plus une plainte plus une plainte plus une plainte va être entendu et c'est là où un témoignage comme celui de Martine est extrêmement important parce qu'on voit que c'était ça que depuis longtemps les femmes ont vécu si on découvre que c'est un système ce que par ailleurs on peut savoir par ailleurs ce que ça s'appelle la domination masculine le patriarcat ou dieu ce quoi mais si on le voit à l'oeuvre comme système chez des individus précis à ce moment là autre chose est dissible qui n'est pas seulement il y a plusieurs femmes comme à l'Assemblée nationale face à Denis Bopin mais là on a la construction d'un système qu'on peut déconstruire

21:36
Présentateur

Deux questions rapides qui nous viennent depuis l'application de France Inter que pensez-vous ces gens qui vous demandent la chose Geneviève Fraise de l'idée de supprimer les mentions père et mère dans les formulaires scolaires remplacés par parent 1 et parent 2

21:49
Geneviève Fraisse

Le problème c'est le 1 et le 2 on l'a déjà sur la question de la sécurité sociale on voudrait bien ne pas être nous les femmes le 2 pourquoi on est le 2 donc je veux dire c'est une question profonde puisqu'elle relève déjà d'autres lieux administratifs et alors là la question sur ces deux parents effectivement ces deux parents après qui est le père qui est la mère mon dieu il y a des familles hétérosexuelles normales depuis des siècles qui se demandent qui est le père et qui est la mère dans le couple ou dans le couple parental donc je veux dire chaque fois je trouve qu'on est en train de croire inventer une histoire alors que cette histoire elle est à l'intérieur même de notre vie à chacun de chacun

22:28
Présentateur

Autre question 3 hommes c'est Martine qui vous pose cette question ont été nommés hier au conseil constitutionnel quel regard portez-vous sur la représentation des femmes au sein de cette instance il y a 9 sages plus Valéry Giscard d'Estaing ça fait 10 6 hommes 4 femmes est-ce que la parité a été ratée là ? 6 hommes

22:52
Geneviève Fraisse

4 femmes je connais des absences de parité bien pires les plateaux de télévision par exemple pour ne rien pour redire ce que j'ai dit tout à l'heure mais sur la Saint-Valentin hier je suis tombée sur une chaîne d'info où puisque c'est la Saint-Valentin il y avait tout d'un coup 3 femmes et 1 homme c'est une question de femmes l'amour

23:11
Présentateur

oui c'est ça

23:11
Geneviève Fraisse

l'amour le sexe etc

23:13
Présentateur

il y a des sujets de femmes excusez-moi je vous interromps il y a des sujets de femmes et des sujets d'hommes dans les médias

23:20
Geneviève Fraisse

je ne suis jamais au moment des débats sur la parité c'est-à-dire il y a exactement maintenant 20 ans je ne suis jamais rentrée dans ces discussions-là jamais donc je ne vais pas y rentrer aujourd'hui c'est-à-dire que moi la qualité féminine le sujet féminin etc en revanche

23:34
Présentateur

c'est sur ce que vous venez de dire de la Saint-Valentin que je vous pose la question

23:37
Geneviève Fraisse

oui en revanche il est vrai que pendant longtemps et ça peut encore exister on va donner aux femmes les postes qui concernent la petite enfance la santé etc le social le gouvernement domestique mis dans le gouvernement politique quoi donc tout ça peut perdurer etc mais moi je le vois au titre du fonctionnement et non pas de définition d'identité

24:03
Présentateur

une dernière question rapide le procès Bopin comme son nom l'indique s'est déroulé devant la justice et dans un tribunal dans le cas de la ligue du log la sentence est tombée sur les réseaux sociaux et les responsables de ce harcèlement ont été mis à pied dans un certain nombre d'entreprises le fait que la justice se rende là sur twitter attire quel commentaire suscite quel commentaire

24:31
Geneviève Fraisse

je suis absolument comme tout le monde c'est à dire que je vois un monde en mutation avec une vitesse telle que je cours après comme beaucoup de monde mais ça vous pose

24:41
Présentateur

un problème que sur le plan judiciaire voilà que la justice ne tranche pas accusée coupable victime

24:50
Geneviève Fraisse

de toute façon c'est trop tard puisque ce sont des faits prescrits ça a été dit clairement par la ministre la question de la prescription d'une part d'autre part l'idée de suspendre m'a paru une idée intéressante un certain nombre de journalistes ont été suspendus

25:07
Présentateur

mise à pied conservatoire le temps de faire des enquêtes

25:10
Geneviève Fraisse

c'est intéressant c'est à dire que c'est l'idée que on a un problème on va pas faire comme si on en avait pas donc là qu'il y ait des responsabilités autres que judiciaires elles passeront quand même par le juridique

25:22
Présentateur

merci Geneviève Fresse merci beaucoup d'avoir été au micro de France Inter je rappelle donc la sortie en poche aux éditions du Seuil des excès du genre enquête philosophique et post-cryptum inédit merci encore le carrefour du 7-9 dans quelques instants il est 8h47 merci