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InterviewRMC — Face à Face (sur Podcast)· 22 février 2021 20 minContradictoireActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesAgriculture & alimentationTravail & emploiNumérique

L'invité de Bourdin Direct : Alexandre Bompard - 22/02

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 20 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 79 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:19OuverteRéponse directe

    Bonjour Alexandre Bompard. Merci d'être dans ce studio...

  • 1:43FerméeRéponse directe

    Vous dites que Carrefour va mieux... Carrefour est sauvé ?

  • 2:34OuverteÉludée

    Est-ce que vous seriez prêts à mettre la main au pot pour aider à rembourser la dette Covid ?

  • 4:29OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous êtes prêts à vous adapter encore plus, encore ?

  • 5:22OuverteRéponse directe

    Est-ce que les Français se sont adaptés ? Le panier de la ménagère est-il le même ?

  • 7:01OuverteRéponse directe

    Comment on fait ? Où est-ce que vous mettez le curseur entre prix et qualité ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:31InvitéFait
    « Carrefour, c'est le numéro 1 européen de la distribution. »
  • 0:31InvitéChiffre
    « Vous avez 5400 magasins, 105 000 employés. »
  • 0:44InvitéFait
    « Nous, on dit surtout, 2020, c'était une année d'engagement de toutes les équipes. »
  • 3:28InvitéChiffre
    « Chez Carrefour, on paye 80 impôts, 1,7 milliard d'impôts. »
  • 6:07InvitéFait
    « Cette crise sera celle de l'accélération du e-commerce. »
  • 6:31InvitéFait
    « Deuxièmement, attention extraordinaire au prix. »
  • 6:44InvitéFait
    « Et puis, troisième tendance, presque un peu contradictoire avec la dernière, attention extraordinairement forte à la qualité des produits. »
  • 7:22InvitéFait
    « C'est pour ça qu'on est devenu leader mondial dans le bio. »
  • 9:10InvitéFait
    « On a, dans l'esprit des états généraux de l'alimentation, ces dernières années, revaloriser les prix du lait, de la viande et de plein d'autres produits. »
  • 9:45InvitéChiffre
    « Nous, nous avons revalorisé, à hauteur de 15%, en gros, depuis deux ans, le prix du lait. »
  • 10:09InvitéFait
    « C'est vrai, évidemment, la question centrale, c'est que quand je parle aux coopératives laitiers, aux agriculteurs eux-mêmes, ils me disent « Mais j'ai à peu près le même prix qu'il y a trois ans avant vos augmentations. » »
  • 13:12InvitéFait
    « Couche-Tard nous a adressé une offre au début janvier. »
  • 13:35InvitéFait
    « À mes actionnaires, est-ce que la valorisation est bonne ? »
  • 18:51InvitéChiffre
    « Les grilles de salaire chez Carrefour, elles sont 10% supérieures à ce qu'elles sont dans d'autres secteurs. »

Temps de parole

  • Invité74 %
  • Présentateur26 %

5,6 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Vous écoutez RMC. RMC Jourdain Direct, Apolline de Malherbe. Bonjour Alexandre Bompard.

0:16
Invité

Bonjour.

0:16
Présentateur

Merci d'être dans ce studio d'RMC et BFM TV pour répondre à mes questions. Vous êtes le PDG de Carrefour, vous êtes aux avant-postes de la vie des Français, de nos habitudes, de nos modes de vie, de notre consommation. Carrefour, c'est le numéro 1 européen de la distribution. Vous avez 5400 magasins, 105 000 employés. Vous êtes premier employé de France hors service public. Et vous venez de publier vos résultats 2020. Ils sont exceptionnels, les meilleurs depuis 20 ans. C'est presque indécent. C'est-à-dire qu'on se dit, aujourd'hui, tout le monde galère. Mais vous, vous dites, merci le Covid.

0:44
Invité

Nous, on dit surtout, 2020, c'était une année d'engagement de toutes les équipes. On est 400 000, en fait, dans tout le groupe, dans un contexte qui a été très particulier. Au fond, on a été toute l'année en gestion de crise. Il a d'abord fallu, et ça a été la priorité des priorités, assurer la sécurité de nos équipes.

1:02
Présentateur

Qui ont continué évidemment à travailler.

1:03
Invité

Qui ont travaillé tous les jours, même quand c'était si difficile en mars-avril dernier. Il y a eu la question de la sécurité des approvisionnements. Il y a eu des tensions incroyables sur les approvisionnements. On l'a un peu oublié. C'était en mars-avril dernier. Tout ça dans un contexte difficile. Donc, ça a été une année d'engagement extraordinairement forte. Au terme de cet engagement, on a des très bons résultats. Qui sont le fruit de la mobilisation de toutes les équipes. Qui montrent quoi Carrefour va mieux. Que Carrefour va aller de mieux en mieux. Et c'est le produit de la transformation formidable qu'on mène depuis trois ans. Pour bâtir ce nouveau modèle de commerce.

Et donc, moi, je suis très content pour toutes les équipes qui ont fait un travail magnifique tout au long de l'année. Et je leur rends, si vous m'y autorisez, hommage ce matin.

1:43
Présentateur

Effectivement, vous dites que Carrefour va mieux. C'est un plan que vous avez engagé en 2018. Qui court jusqu'en 2022. Vous pouvez dire aujourd'hui que Carrefour est sauvé. Après avoir été quand même en difficulté.

1:54
Invité

Oui, Carrefour s'est transformé. Carrefour s'est adapté aux nouvelles mutations de la consommation. Vous savez, on a lancé la transition alimentaire pour tous. Cette idée que notre rôle, c'est d'offrir à chacun la possibilité de manger bien. De manger sain. La transition alimentaire offerte à tous. On a fait notre transformation digitale. On a développé les magasins de proximité. On a beaucoup, beaucoup bougé. C'est une entreprise dont on disait qu'elle était dure à bouger. Elle a beaucoup bougé. Elle s'est transformée. Il faut continuer, évidemment. C'est une histoire qui ne doit jamais s'arrêter, la transformation. Mais aujourd'hui, on est solide. On va bien.

On a les moyens de nos ambitions.

2:29
Présentateur

On va parler d'ailleurs de ce que les Français mettent dans leur caddie quand ils vont chez vous. Mais vous dites, on va bien. Est-ce que du coup, vous seriez prêts à mettre la main au pot pour aider à rembourser la dette Covid ? L'idée d'un impôt exceptionnel pour ceux qui s'en sont les mieux sortis pendant cette crise a commencé à être avancé, notamment sur les bancs de la gauche. Michel Biraud, le patron de Lidl, qui était mon invité la semaine dernière sur RMC, disait pourquoi pas. Est-ce que vous aussi, vous dites ça ?

2:50
Invité

Alors d'abord, on n'est évidemment pas un des secteurs les plus impactés par ce qui s'est passé. Moi, j'ai évidemment une pensée pour les secteurs qui souffrent. L'hôtellerie, la restauration, la culture, le sport, les industries liées à l'aéronautique. Cela souffre. Nous, on a pu rester ouverts. Mais je suis contre cette idée. Et je vais vous dire même, elle me gêne un peu. Pourquoi ? Pourquoi elle me gêne ? D'abord parce que, encore une fois, la mobilisation au quotidien des équipes, tous les jours, depuis un an, elle a été exceptionnelle.

Sortir juste de cette crise, on est encore un peu dedans d'ailleurs, et dire, tiens, si on faisait payer à ces gens-là, le fait d'avoir été sur-mobilisés pendant la période, ça me gêne un peu. Deuxièmement, je vais vous parler de Carrefour. Chez Carrefour, on paye 80 impôts, 1,7 milliard d'impôts. C'est beaucoup plus que ce que je gagne en France. 1,7 milliard d'impôts. Tous les impôts, directs, indirects, sur les produits, les surfaces commerciales, etc. Donc, analysons déjà tout ce que nous payons. Vous verrez que c'est quand même extraordinairement impressionnant. Et puis, si j'étais parlementaire, moi, ce qui m'intéresserait, c'est l'équité fiscale. C'est, est-ce que...

3:49
Présentateur

En gros, vous dites, est-ce qu'Amazon paye, eux ?

3:51
Invité

Mais c'est ça la vraie question. C'est, est-ce que, à activité égale et à résultat égal, Carrefour paye autant qu'Amazon ? Non, Carrefour paye beaucoup, beaucoup, beaucoup plus. Et donc, je suis choqué parce que je trouve ça un peu malvenu après l'année qu'on vient de passer. Parce qu'on paye déjà des impôts beaucoup plus que dans tous les pays où nous sommes. Et puis, parce que cette notion d'équité fiscale, qui est le cœur même de la règle fiscale, elle n'est pas du tout assurée dans notre métier.

4:16
Présentateur

Alexandre Bompard, on va évidemment continuer à parler de votre entreprise. Mais parlons aussi de ce qui se passe dans les habitudes des Français. D'abord, un mot sur ce qui se passe dans les Alpes-Maritimes. Confinement local, les week-ends qui commencent à être évoqués. Jauge qui pourrait encore être réduite. Est-ce que ça, vous êtes prêts à vous adapter encore plus, encore ?

4:33
Invité

Vous voyez, ça fait le lien avec votre question précédente. Tout au long de l'année, on s'est adapté. Il y a eu une adaptation extraordinaire en mars dernier, quand la crise était très forte. Qu'en urgence, il a fallu installer les équipements de protection, les protocoles de distanciation, les marquages au sol. Ensuite, il y a eu l'épisode d'octobre-novembre avec la fermeture des commerces non essentiels. Après le couvre-feu, demain autre chose. Et probablement dès aujourd'hui dans les Alpes-Maritimes. Et les équipes sur le terrain, tous les jours, elles s'adaptent. Elles adaptent les protocoles de distanciation. Elles adaptent les horaires d'ouverture.

Elles adaptent les approvisionnements pour être parfaitement en ligne avec ce qui nous est demandé. Et donc, c'est un exceptionnel travail d'agilité, d'adaptation, de mutation qui est fait tous les jours par les équipes.

5:18
Présentateur

Et puis le couvre-feu à 18h. Vous, vous faites partie de ceux qui voient si ça marche ou si ça ne marche pas. C'est-à-dire qu'on se dit, d'abord, est-ce que les Français se sont adaptés ? Est-ce que vous avez le sentiment que finalement, le panier de la ménagère, c'est le même ? Simplement, elles font leur course ou ils font leur course un peu plus tôt dans la journée. Ou est-ce qu'il y a des choses qu'on a supprimées, qu'on ne consomme plus ? Est-ce qu'il y a la queue dans tous les carrefours entre 17 et 18h ? Comment vous voyez les choses ?

5:39
Invité

Qu'est-ce qui s'est passé au fond depuis un an ? Les gens viennent, nos clients viennent un peu moins souvent. Quand ils viennent, ils viennent un peu plus. Ils viennent un peu plus en semaine relativement qu'avant par rapport au week-end. Et puis, il y a eu des formidables accélérations de tendance. Au fond, le Covid, ce n'est pas un monde d'après différent. C'est le même monde, mais en accéléré. Et ces grandes mutations, c'est quoi ? Un, accélération du e-commerce. Cette crise sera celle de l'accélération du e-commerce. E-commerce partout, pour tous les produits et pour toutes les générations.

6:13
Présentateur

Pour toutes les générations, les plus âgés, ils vont sur Internet faire leur course maintenant.

6:16
Invité

Ce qui est extraordinairement frappant, c'est que les plus de 65 ans, qui étaient la catégorie qui consommait moins en e-commerce, ils s'y sont mis parce que c'est pratique et parce qu'il y a eu un moment où il y avait une inquiétude de venir en magasin. Accélération du e-commerce. Deuxièmement, attention extraordinaire au prix. Beaucoup plus puissamment encore qu'avant, parce qu'inquiétude du pouvoir d'achat, parce que budget contraint. Et on voit que les premiers prix, le discount, les marques propres marchent mieux. Et puis, troisième tendance, presque un peu contradictoire avec la dernière, attention extraordinairement forte à la qualité des produits. Je veux savoir ce que je consomme.

Je veux savoir ce qu'il y a dans ce que je consomme. D'où le succès de toutes les applications qui donnent de la transparence. Et j'ai une attention très très forte.

7:01
Présentateur

Alors comment on fait ? Où est-ce que vous mettez le curseur ? C'est-à-dire que vous nous dites, ils font attention les Français au prix et ils font aussi attention à ce qu'ils mangent. Est-ce qu'on peut réussir à avoir quelque chose qui n'est pas cher et qui en même temps est sain ?

7:13
Invité

C'est la noblesse de notre métier. Et c'est ce qu'on a appelé, nous, la transition alimentaire pour tous. Moi, je veux être capable d'offrir à tous les clients la capacité de manger bien, de manger sain. C'est pour ça qu'on est devenu leader mondial dans le bio. Par exemple, c'est extraordinaire comme mutation. Et ça tient ? Qu'aujourd'hui, le leader mondial du bio, c'est le groupe Carrefour. Ça prouve les mutations en cours. Et on le fait, évidemment, en essayant de nous adapter en termes de prix parce que les Français, leur attention au prix, elle n'a jamais été aussi forte.

C'est vraiment la tension de notre métier qu'on retrouve dans plein de sujets, cette capacité à offrir le prix le plus bas et à permettre aux Français d'aller vers le local, le bio, l'absence de substances controversées, etc. C'est ça les transformations qui sont en cours et qui sont en fond accélérées par l'année qu'on vient de passer.

7:59
Présentateur

Alors, en cours, oui, mais dans l'instant présent, encore plus puisqu'il y a cette question de la négociation des prix. La loi vous impose en France d'avoir ce moment de négociation des prix entre la grande distribution dont vous êtes, les industriels et les producteurs, donc le monde agricole. Vous avez jusqu'au 1er mars pour finir ces négociations. Vous dites, on réussit à avoir des prix bas et en même temps une alimentation saine. Est-ce qu'il n'y a pas un perdant dans cette histoire qui est le monde agricole quand même ?

8:25
Invité

D'abord, le monde agricole, cette année, évidemment qu'il est en souffrance plus que les autres années. Il a perdu deux débouchés naturels. Les restaurants et la restauration collective et les exportations. Et donc, évidemment qu'il y a une tension, une inquiétude encore plus forte que les autres années. On a essayé, quand je dis on d'ailleurs, c'est un enconnictif de la grande distribution, pendant l'année, d'être en soutien. On l'a fait notamment au cœur de la crise, en retirant un certain nombre de produits étrangers pour avoir des produits uniquement locaux.

Les négociations, la tentation du monde agricole, que je comprends d'ailleurs, c'est de se dire, augmentons les prix pour compenser la restauration et les exportations. Il y a évidemment une limite, parce que nous, on ne peut pas aller beaucoup plus haut que ce qu'on a déjà fait. On a, dans l'esprit des états généraux de l'alimentation, ces dernières années, revaloriser les prix du lait, de la viande et de plein d'autres produits. Il y a encore une ou deux tensions sur une ou deux filières. Lesquelles ? Les oeufs, la volaille. Là, il y a un peu de tensions. Je crois qu'on va arriver, je suis même convaincu qu'on va arriver à un accord, évidemment, avant le 1er mars.

Après, il y a la question centrale, qui n'est aujourd'hui pas résolue, du partage de la marge, qui est la question centrale de toutes les négociations.

9:41
Présentateur

C'est-à-dire ? Expliquez-nous ce que ça veut dire.

9:42
Invité

Je vous donne un exemple. Nous, nous avons revalorisé, à hauteur de 15%, en gros, depuis deux ans, le prix du lait. D'accord. Lorsque j'achète le lait aux grands industriels laitiers, je paye 10 à 15% de plus que ce que je payais. C'est l'esprit des états généraux de l'alimentation. On a décidé...

10:01
Présentateur

En fait, vous ne vous le payez pas directement à l'agriculteur, vous le payez à l'intermédiaire qui est l'industriel.

10:06
Invité

Je le paye à l'Atlis, je peux payer à Danone, je paye à...

10:07
Présentateur

Est-ce que les 15% se retrouvent dans la poche de l'agriculteur ?

10:09
Invité

C'est vrai, évidemment, la question centrale, c'est que quand je parle aux coopératives laitiers, aux agriculteurs eux-mêmes, ils me disent « Mais j'ai à peu près le même prix qu'il y a trois ans avant vos augmentations. Donc je ne mets pas en cause les industriels. » Un peu quand même. Un peu quand même, vous avez raison. En réalité, pour le résoudre, il faut qu'il y ait la transparence de la marche. Moi, je la demande à Cors et à Cri.

10:29
Présentateur

Vous demandez cette transparence. C'est-à-dire qu'en gros, quand vous êtes tous les trois autour de la table, en train de faire vos négociations de prix, montrons qui gagne, quoi ?

10:38
Invité

Ouvrons les portes au maximum. Moi, je serais très, très heureux qu'on puisse arriver à démontrer que les augmentations que nous avons consenties reviennent bien dans la poche des agriculteurs. Ça n'a pas été le cas jusqu'alors. Faisons-le. Après, il y a d'autres types de négociations. Quand je négocie avec Coca-Cola, quand je négocie avec Red Bull, quand je négocie avec Heineken, franchement, je ne mets pas du tout en danger l'agriculture française. Et donc là, on fait notre travail. On fait notre travail pour qui ? Pour le consommateur. Parce que lui, sa principale attente, c'est le prix bas.

11:09
Présentateur

Mais Alexandre Montpard, il y a une autre solution qui est proposée qui serait celle des prix minimums. C'est-à-dire l'idée qu'on définisse un prix en dessous duquel l'agriculteur ne s'y retrouve pas et qui serait une sorte de plancher. Est-ce que ça, vous y seriez prêt également ?

11:22
Invité

Mais d'abord, le prix minimum, c'est interdit en France. Le Code du commerce interdit les prix minimums.

11:26
Présentateur

Oui, mais enfin, ce qui est interdit peut être désinterdit par la loi. Vous le savez bien, en tout cas, en France.

11:29
Invité

Aujourd'hui, en tout cas, c'est totalement interdit. Après, on vient de légiférer. Cette habitude française de légiférer en permanence sur une législation dont on se dit qu'il n'est pas pour le prix minimum. Donc, on peut encore légiférer si on le veut. Je ne crois pas que ce soit la bonne solution. Ce d'autant que, si on fixe un prix minimum des produits français, qu'est-ce qui se passe ? Il y a d'autres agricultures mondiales, il y a d'autres agricultures européennes qui ont accès au marché français. Et donc, le risque d'un décalage de prix est fort. Je ne crois pas que la fixation d'un prix minimum par la loi soit la bonne mesure.

12:00
Présentateur

Est-ce que la loi, aujourd'hui, qui d'ailleurs vous contraint à négocier ces prix avant le 1er mars, elle vous satisfait en l'état ?

12:05
Invité

En tout cas, l'esprit des états généraux, qui est les distributeurs, les industriels, doivent avoir conscience de l'importance des filières, doivent revaloriser les prix. Carrefour, c'est un tiers des fameux contraintes filières qui ont été signées par Carrefour. C'est deux fois plus que notre part de marché. Les contrats de filières, le fait d'emmener les agriculteurs vers leur conversion au bio, c'est exactement ce qu'on fait. C'est l'esprit de la transition alimentaire pour tous. Donc je trouve que ce principe de la loi, son esprit, son application, il y a plein de choses positives. Elle n'a que deux ans, cette loi. Et donc, elle entre en vigueur.

Il y a plein de choses qui se sont améliorées. Il y a un peu de tension cette année sur quelques filières que je mentionnais tout à l'heure. Il y a un contexte très particulier pour les agriculteurs parce qu'ils n'ont pas les mêmes débouchés que d'habitude. Moi, j'ai bon espoir que les choses continuent à avancer dans l'esprit positif des états généraux.

12:52
Présentateur

Alexandre Bompard, je voudrais qu'on revienne sur l'épisode Couche-Tard. Couche-Tard, c'était cette distribution canadienne qui voulait acheter Carrefour. Sans le veto de Bruno Le Maire, est-ce que vous l'auriez vendu ? Est-ce que vous auriez vendu Carrefour ?

13:04
Invité

D'abord, si vous m'y autorisez, un mot. Couche-Tard nous a adressé une offre au début janvier. Il avait un projet industriel. Il voulait créer un leader mondial. Et mettez au cœur de ce leader mondial Carrefour. Quelle est ma responsabilité, moi, de PDG de cette entreprise ? C'est de l'analyser. Au fond, j'aurais été irresponsable de la jeter et de dire je ne regarde même pas. Donc, ma responsabilité, c'était de l'analyser. Et de l'analyser comment ? De l'analyser en regardant si toutes les garanties étaient apportées à qui ? Aux salariés, c'est la garantie d'emploi. À mes actionnaires, est-ce que la valorisation est bonne ?

À l'écosystème français, mes partenaires, mes fournisseurs, la France. Et puis ensuite, au terme de cette analyse-là, qui commençait, j'aurais recommandé, ou pas, mon conseil d'administration, cette offre-là.

13:49
Présentateur

Vous alliez plutôt vers la recommandation d'accepter, non ?

13:51
Invité

On était au début des discussions, vraiment au tout début. Le gouvernement a pris une position, au tout début, sur un projet qui n'était pas arrêté, qui n'était pas finalisé.

14:00
Présentateur

Véto de Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, qui a considéré que pour des raisons même de protectionnisme, en fait de souverainisme industriel et alimentaire, il ne fallait pas vendre Carrefour à l'étranger.

14:09
Invité

Vous savez, Carrefour, c'est une entreprise magnifique. Personne ne l'aime plus que je l'aime, à part tous mes collègues. Elle est chère au cœur des Français. Ce n'est pas une entreprise de souveraineté. Personne ne peut penser que la souveraineté de la France dépend de la grande distribution. La pharmacie... Toi qui s'est trompé, Bruno Le Maire. Non, mais l'argument n'est pas le bon, en tout cas. La pharmacie, la défense, ces industries-là sont des industries de souveraineté. Ce n'est pas le cas de la distribution. En revanche, c'est une entreprise très importante. C'est une entreprise capitale pour les Français. C'est la raison pour laquelle je l'aurais analysée avec autant de soin.

Vous savez, la loi Pacte...

14:43
Présentateur

Mais moi, je voudrais quand même comprendre... Attendez, Alexandre Montpard. Vous me dites, l'argument de la souveraineté n'est pas le bon. Ça veut quand même dire que vous estimez que ce veto, ou en tout cas cet interventionnisme de Bruno Le Maire, il avait tort. Il n'aurait pas dû s'en mêler.

14:56
Invité

Cet argument n'était pas le bon. Vous savez, la loi Pacte que Bruno Le Maire... Non, non, mais je vais y revenir. La loi Pacte que Bruno Le Maire lui-même, évidemment, apportait. Qu'est-ce qu'elle demandait aux chefs d'entreprise ? Elle leur disait, ne regardez pas seulement le profit des actionnaires, regardez l'ensemble des parties prenantes. Moi, je me retrouve totalement dans cette loi Pacte. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle on a adopté une raison d'être, la transition alimentaire pour tous. Et j'aurais donc fait mon travail d'analyse complète.

15:22
Présentateur

Mais il ne vous a même pas laissé le faire.

15:23
Invité

On n'a pas eu le temps de le faire puisqu'il y a eu ce que vous appelez un veto.

15:27
Présentateur

Vous l'appeleriez comment, vous ? Une interdiction ? Un stop, quoi ?

15:30
Invité

Moi, je veux bien qu'on l'appelle autrement, mais je voudrais juste comprendre de quoi on parle. C'est très bien. Il y a eu une opposition du gouvernement français qui a été exprimée très tôt, encore une fois, sur un projet qui n'était pas sur la table. Je ne sais pas quelle est la position qu'aurait pris mon conseil d'administration, ni ce que je lui aurais recommandé. L'épisode est derrière nous. On est reparti à l'offensive comme nous le sommes ces dernières années. La page est tournée.

15:49
Présentateur

La page est tournée, mais quand même, le regard qui va être posé sur Carrefour et sur d'ailleurs la plupart des grandes entreprises françaises, il va forcément changer. Plus personne n'osera venir vous dire « je vous propose de vous racheter ».

16:00
Invité

Oui, mais est-ce que j'ai besoin d'être acheté ? Au fond, vous avez besoin d'être acheté s'il y a deux conditions qui ne sont pas réunies. Vous n'avez pas suffisamment de moyens ou votre taille est insuffisante. Ma taille, c'est 80 milliards d'euros. Donc, j'ai une taille suffisante. J'ai une taille critique suffisante. Est-ce que j'ai les moyens ? Oui, et la publication que nous avons faite l'année dernière nous le montre. Donc, on est reparti à l'offensive. On l'était avant ça. On a fait l'année dernière 800 millions d'acquisitions dans plein de pays, d'entreprises pour nous renforcer. On est reparti à l'offensive. On va continuer à se développer. On a les moyens de nos ambitions.

Donc, on n'est pas sur la défensive à attendre une opération.

16:32
Présentateur

Vous n'êtes pas sur la défensive. On a bien compris que vous vouliez bien dire que l'entreprise va très bien et qu'elle va beaucoup mieux qu'il y a quelques années. Mais quand même, je voudrais que vous preniez un peu de recul et que vous nous disiez que vous avez vécu ça aux premières loges. On sent bien quand même que ce veto, puisqu'il faut bien l'appeler comme ça, de Bruno Le Maire, il vous a un peu pris de court. Vous ne vous y attendiez pas vraiment. Est-ce que comme signal pour les entreprises françaises, vous considérez que c'est une bonne chose ?

16:55
Invité

Il y a eu beaucoup de choses pour attirer les investisseurs, leur dire investissez en France, oubliez vos préventions. La France est un pays d'investissement. Le fait de prendre position très en amont, de manière très prématurée sur un projet qui n'existe pas, ça brouille un peu le message. Ça a donné un tout petit peu. Je suis sûr que ça sera très vite gommé.

17:18
Présentateur

Non, non, on vous en traiteraient très prudents.

17:20
Invité

Enfin, quand même. Je suis sûr que ça sera très vite gommé. Le sentiment que la France se repliait un peu. Je peux comprendre le contexte, le contexte épidémiologique le contexte sanitaire, cette inquiétude-là. Moi, mon travail, ça a été d'analyser. On n'a pas eu le temps d'aller au bout de l'analyse. On n'a pas eu le temps de regarder si toutes les garanties étaient apportées. Et moi, ma responsabilité, au lendemain de ça, c'est de dire c'est derrière, tout va bien.

17:43
Présentateur

C'est derrière. Et vous êtes à l'offensive, comme vous dites. Est-ce que ça veut dire que vous n'êtes donc plus le poisson qui va se faire manger, mais le poisson qui va manger un plus petit poisson ? Est-ce que vous pourriez racheter Casino ou est-ce que vous y avez renoncé ?

17:52
Invité

Comme je vous l'ai dit, on a fait pas mal d'acquisitions l'année dernière, dans plein de pays, au Brésil, en Espagne, à Taïwan, en France, avec BioCébon pour se renforcer sur le bio. On a acheté pour à peu près 800 millions d'euros l'année dernière. On continue à être très offensif parce qu'on va bien, parce qu'on se transforme bien, et parce qu'on a envie de croître.

18:08
Présentateur

Vous avez renoncé à Casino ?

18:10
Invité

Et en revanche, on ne voit pas en France aujourd'hui d'opportunités pour nous renforcer parce que le développement de la France va bien et parce que les conditions ne sont pas réunies. Donc il n'y a pas de sujet aujourd'hui Casino, il n'y a pas de sujet d'acquisition massive en France.

18:23
Présentateur

Qu'est-ce que vous répondez aux syndicats chez Carrefour qui disent que vous faites le grand écart, que vous devez, je cite le délégué syndical CFDT Carrefour France qui dit que vous devez expliquer aux marchés financiers que ça va bien et aux salariés que ça va mal ?

18:36
Invité

Moi, je n'explique pas aux salariés que ça va mal. D'abord, je les remercie pour ce qui s'est passé. On a un modèle social chez Carrefour, j'en parle d'autant plus aisément que ce n'est pas moi qui l'ai construit, c'est le produit de 60 ans. On a un modèle social qui est un modèle social solide. Je vous donne deux, trois petits exemples. Les grilles de salaire chez Carrefour, elles sont 10% supérieures à ce qu'elles sont dans d'autres secteurs. Les salariés sont payés 14 mois, là où c'est 13 mois. On a de la participation et de l'intéressement beaucoup plus avantageuse que dans d'autres pays.

On a l'année dernière, vous le savez, au cœur de la crise, décidé et j'ai pris la décision de verser ces 1 000 euros nets sans contrepartie, sans prorata, pardon, et sans condition parce qu'on voulait remercier les salariés. On a construit au fil des années un modèle social qui est solide et je suis content de cette solidité de ce modèle social et par exemple, quand la participation augmente comme ça va être le cas cette année, c'est une bonne nouvelle pour toute l'entreprise, pour tous mes collègues et pour toute l'entreprise, ça veut dire qu'on va bien. Et puis en même temps, évidemment, j'ai à porter le développement de l'entreprise, j'ai à convaincre les investisseurs.

Ça, c'est ma responsabilité. C'est ça le grand écart ? Ça, c'est ma mission.

19:38
Présentateur

C'est votre mission mais on va rester sur la note positive quand même des salaires. Merci beaucoup Alexandre Bompard d'être venu répondre à mes questions.

19:43
Invité

Merci à tout le monde.

19:44
Présentateur

Je rappelle que vous êtes le PDG de Carrefour.