Hommage à Bruno Latour, philosophe de renom et penseur de l'écologie moderne
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Nous sommes en compagnie d'Ami Daan, vous êtes mathématicienne, historienne des sciences, directrice émérite de recherche au CNRS.
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Vous dirigez également un site d'information AOC et je crois que Bruno Latour a beaucoup compté pour ce site.
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Je l'ai présenté comme penseur, j'ai fait exprès parce que je voulais vous laisser, Sylvain, la délicate tâche de distinguer ce qui, chez Latour, relevait de l'anthropologie, de la sociologie et de la philosophie.
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C'est-à-dire, juste pour le dire, Ami Daran, une histoire des sciences qui serait purement technicienne ou purement scientifique, lui, voulait sortir de cela, désencercler la science.
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Alors justement, Amidjan, qu'est-ce que ça veut dire observer les scientifiques, les observer en cherchant à faire de l'anthropologie au milieu d'un laboratoire ?
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Et alors, le deuxième aspect, celui qui vous a beaucoup intéressé, Amidahant, c'est la tour penseur de l'écologie. Pourquoi a-t-il tant compté en matière de pensée écologique ? Quel est son rôle et son apport ?
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« il a été un des premiers soutiens, un des premiers auteurs aussi, persuadés de la nécessité qu'il y avait à organiser la conversation démocratique, comme il disait »
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« Bruno Latour est philosophe de formation, il a même été reçu premier à l'agrégation de philosophie. »
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« Et j'ai rencontré Bruno Latour un petit peu après, dans les années, je dirais, 90 et puis les 30 dernières années. »
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« Désencercler la science, son point majeur, je crois, on aura l'occasion d'en parler, c'est le lien entre mettre les sciences en démocratie »
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« il a lu un compte-rendu dans la revue L'Histoire, je crois, un compte-rendu du livre de Philippe Ariès sur l'enfant sous l'Ancien Régime. »
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« Il part travailler en Côte d'Ivoire, à la fois comme prof dans un lycée professionnel de philo, mais aussi, il se met à faire de la recherche. »
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« Et c'est là qu'il va véritablement inventer son rapport aux sciences dont parlait à l'instant Amidjan. »
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« C'est-à-dire qu'il s'intéresse toujours à la façon dont les gens dialoguent, interagissent, interagissent avec évidemment les dispositifs matériels des laboratoires »
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« nous sommes à un moment de basculement, à la fois dans l'histoire des idées, mais surtout dans l'histoire de la civilisation, dans notre rapport à la nature »
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« quand on voit son livre qu'il a écrit au moment de Trump, qui s'appelle « Où atterrir ? » »
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« Mais il faudrait rajouter à ça travailler sur le droit, parce qu'il est l'auteur d'un formidable livre sur le Conseil d'État »
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« Sur sa critique de l'économie, elle est radicale et j'aimerais qu'on la prenne autant en compte que ce qu'il propose à propos de l'écologie. »
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« par exemple, alors qu'il a eu tout de suite il a été reconnu quand même, enfin très vite aux Etats-Unis, partout, il a eu une influence énorme, eh bien, une institution comme le Collège de France n'a jamais voulu de lui. »
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« il a été accusé d'être anti-sciences alors que quand même c'est n'importe quoi étant donné que Latour a toujours été fasciné par les sciences. »
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« mais il s'agit d'un relativisme méthodologique. Ce n'est pas du tout la même chose qu'un relativisme absolu. »
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« L'idée est très simple. Il consiste à dire quand on veut essayer de comprendre comment une découverte scientifique par exemple est produite, eh bien, on ne peut pas faire d'anachronisme »
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« C'est vrai que son oeuvre théorique peut être difficile d'abord il a forgé des concepts »
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Le penseur Bruno Latour est mort ce week-end à l'âge de 75 ans, des suites d'une longue maladie, figure de proue de la pensée écologique et de l'analyse des pratiques scientifiques. Il était l'un des chercheurs français les plus influents au monde. On va tenter ce matin, dans la mesure du possible, de revenir sur sa carrière et d'exposer sa pensée, de mieux comprendre l'héritage intellectuel qu'il nous laisse. Nous sommes en compagnie d'Ami Daan, vous êtes mathématicienne, historienne des sciences, directrice émérite de recherche au CNRS.
A côté de vous, mon camarade Sylvain Bourmeau, je connais Sylvain notamment parce que vous êtes producteur ici à France Culture de l'émission La Suite dans les idées. Vous dirigez également un site d'information AOC et je crois que Bruno Latour a beaucoup compté pour ce site.
Oui, il a été un des premiers soutiens, un des premiers auteurs aussi, persuadés de la nécessité qu'il y avait à organiser la conversation démocratique, comme il disait, et l'organiser entre les intellectuels de toutes les disciplines, ce qui manque terriblement à une époque où on a tendance à se spécialiser un peu vite.
Je l'ai présenté comme penseur, j'ai fait exprès parce que je voulais vous laisser, Sylvain, la délicate tâche de distinguer ce qui, chez Latour, relevait de l'anthropologie, de la sociologie et de la philosophie.
Oui, il s'en amusait lui-même. Bruno Latour est philosophe de formation, il a même été reçu premier à l'agrégation de philosophie. Il fait partie de cette génération pour laquelle on ne pouvait pas entrer dans les sciences sociales sans passer d'abord la plupart du temps par la philosophie. On est dans un pays, la France, qui aura mis du temps à reconnaître la sociologie comme une discipline importante, donc il fallait d'abord être philosophe. C'est ce qui est arrivé aussi à Pierre Bourdieu, par exemple. Mais comme Bourdieu, d'ailleurs, il a gardé un rapport étroit à la philosophie jusqu'à la fin de sa vie.
On peut considérer que jusqu'à la fin de sa vie, son grand livre sur les modes d'existence, il a aussi été un immense philosophe. Mais je dirais, pour répondre à votre question, philosophe ou sociologue, je dirais anthropologue. Parce qu'au fond, c'est par l'anthropologie qu'il a opéré une forme de conversion de la philosophie vers les sciences sociales sur le terrain. Mais j'y reviendrai peut-être en Afrique dans les années 1970. Ami Daran. Oui. Bon, moi, je suis un peu de la même génération que Bruno Latour. Et ma formation est totalement distincte puisque je viens des sciences.
Et j'ai rencontré Bruno Latour un petit peu après, dans les années, je dirais, 90 et puis les 30 dernières années. C'est-à-dire comme à la fois un des grands penseurs de ce qu'on a pu appeler les Science Studies. C'est-à-dire comment penser les sciences et leur rapport aux politiques. Et là-dessus, il a une œuvre absolument majeure. Et en particulier, en France, il est un de ceux qui a impulsé une façon de penser les sciences totalement distincte de l'histoire des sciences traditionnelles. Très uniquement, je dirais, exclusivement, internaliste, conceptuelle, qui était la marque de fabrique. Bon, qui a ses heures de prestige.
C'est-à-dire, juste pour le dire, Ami Daran, une histoire des sciences qui serait purement technicienne ou purement scientifique, lui, voulait sortir de cela, désencercler la science.
Absolument. Désencercler la science, son point majeur, je crois, on aura l'occasion d'en parler, c'est le lien entre mettre les sciences en démocratie, à la relation intime fondamentale entre les sciences et le politique. Et c'est ça qui aussi va l'amener, évidemment, à la relation qu'il va penser très profondément entre la nature et le politique. Et c'est ça qui fait qu'il va prendre, je dirais, le tournant, enfin, il est un des fondateurs, il ne prend pas le tournant, il est partie prenante de ce tournant sur la pensée écologique par cela.
Et c'est aujourd'hui ce qu'il a probablement rendu le plus célèbre. Sylvain Bourbeau, je crois qu'il vous avait fait au moins deux confidences.
Oui, beaucoup, et je repensais à des choses, effectivement, dans le cas d'un entretien. J'ai fait un film pour la télévision, pour France Télévisions, il y a quatre ou cinq ans maintenant, avec Bruno Latour, un film de parcours, dans lequel il racontait cette histoire qui me semble assez fondatrice, en fait. Il disait qu'à l'âge de 13 ans, alors qu'il écrivait déjà depuis un an ou deux, il écrivait des romans, il a lu un compte-rendu dans la revue L'Histoire, je crois, un compte-rendu du livre de Philippe Ariès sur l'enfant sous l'Ancien Régime. Et il a compris en lisant ce texte que l'adolescence, il avait 13 ans, que l'adolescence était une construction sociale.
Et ça a été une révolution pour lui. On voit bien la mise en abîme de cette lecture, c'est-à-dire qu'en fait, avec cette lecture d'un compte-rendu dans une revue à laquelle son père était abonné, il opère une forme de... il y a une révélation qui se passe sur l'idée qu'au fond, les choses ne sont pas immanentes comme ça, qu'elles sont construites, fabriquées socialement. Et c'est ça qui va, au fond, l'intéresser toute sa vie. Ça, c'est une chose très très importante. L'autre chose, c'est qu'il est formé en philosophie, il fait une thèse sur la religion. Et puis, dans le cadre de la coopération, il part en Côte d'Ivoire.
Il part travailler en Côte d'Ivoire, à la fois comme prof dans un lycée professionnel de philo, mais aussi, il se met à faire de la recherche. Et il fait des recherches que n'imaginent pas certains qui caricaturent aujourd'hui Latour, à la fois politiquement, scientifiquement. Il travaille en particulier sur cette situation néocoloniale qui prévaut là-bas. Il est très frappé par le racisme auquel il est confronté. La position de surplomb à l'égard de la société yvoirienne l'horripile. Et au fond, il aspire à une forme de symétrie dans la relation avec ceux qu'il observe, avec ceux qu'il étudie comme anthropologue.
Et il se dit, au fond, ce que je fais là, à Abidjan, il faut que j'aille le faire aux antipodes de cette situation. Il va le faire dans un laboratoire en Californie, de Californie, de neuro-endocrinologie. Et c'est là qu'il va véritablement inventer son rapport aux sciences dont parlait à l'instant Amidjan.
Alors justement, Amidjan, qu'est-ce que ça veut dire observer les scientifiques, les observer en cherchant à faire de l'anthropologie au milieu d'un laboratoire ?
Je crois qu'effectivement, sa vie de laboratoire, son premier livre d'anthropologie des sciences...
Peut-être que vous pouvez boire un peu, Amidjan, parce que ce qui est intéressant dans les études qu'il a faites avec Calon également, c'est d'essayer donc d'analyser comment se font les sciences concrètement et pas dans le ciel éterrer des idées. Expliquez-nous.
Eh bien, il s'agit justement de regarder précisément l'ensemble de l'univers matériel et intellectuel dans lequel se meut un scientifique, à ses interactions. Le mot d'interaction est un mot latourien avant tout. C'est-à-dire qu'il s'intéresse toujours à la façon dont les gens dialoguent, interagissent, interagissent avec évidemment les dispositifs matériels des laboratoires, qu'est-ce que toutes ces interactions produisent, et la façon de les décrire dans leur précision, dans leurs détails, etc., est toujours productrice d'idées tout à fait nouvelles.
Et c'est ça qui, d'une certaine façon, nous a absolument éblouis au moment où il y avait une envie de sortir, de comprendre les sciences autrement que dans les années précédentes.
Et alors, le deuxième aspect, celui qui vous a beaucoup intéressé, Amidahant, c'est la tour penseur de l'écologie. Pourquoi a-t-il tant compté en matière de pensée écologique ? Quel est son rôle et son apport ?
Je crois qu'on se rend bien compte aujourd'hui que nous sommes à un moment de basculement, à la fois dans l'histoire des idées, mais surtout dans l'histoire de la civilisation, dans notre rapport à la nature, dans le rapport à ce qu'il a appelé Gaïa, c'est-à-dire l'ensemble de la planète Terre et de l'interaction, justement, des vivants avec cette fine pellicule qui entoure la Terre et sur laquelle nous vivons depuis des millions d'années et qui ont produit tout ce qui fait l'atmosphère terrestre, le milieu vivant, la végétation, etc.
Et cet ensemble-là, finalement, que nous appelons aujourd'hui cette mutation, parce qu'il parle de mutation écologique, de mutation civilisationnelle, et je crois que c'est celui qui a aussi le plus, je dirais simplement, mais radicalement, expliqué que c'était une mutation et qu'il fallait prendre le tournant, qu'il fallait basculer. Et par exemple, quand on voit son livre qu'il a écrit au moment de Trump, qui s'appelle « Où atterrir ? », je dis souvent, c'est le livre le plus radical qui arrive en 2017, je pense, quelque chose comme ça.
Bon, évidemment, il y a beaucoup de choses qui préparent ce livre, mais qu'il y a eu un effet très, très important, très, très, très dévastateur sur toutes ces analyses très étriquées sur le caractère de Trump, de la réaction américaine, etc. Et pour lui, c'était beaucoup plus fondamental, c'était beaucoup plus profond, c'était c'est quoi cette analyse d'un chef d'État américain qui mettait le premier pays au point de vue économique et politique du monde à l'écart de cette mutation, justement, dont on vient de parler avant, qui voulait la nier, qui voulait dire « America first », le reste, je m'en fiche.
Sylvain Bourmeau, comment rendre cohérent, s'il faut rendre cohérent d'ailleurs, un trajet intellectuel, entre cet homme qui a commencé à travailler sur des projets techniques, je pense au projet Aramis, dont il essayait d'expliquer les échecs, travailler sur la science telle qu'elle se fait, et puis travailler sur l'écologie, puisque c'est probablement cela aujourd'hui qui l'a fait le plus connaître dans le grand public.
Mais il faudrait rajouter à ça travailler sur le droit, parce qu'il est l'auteur d'un formidable livre sur le Conseil d'État, travailler sur la religion, qui était l'un de ses objets aussi de prédilection. Avec un rapport compliqué au christianisme.
Oui, un rapport fait d'aller-retour et dans ce livre jubilé, mais en fait, il a travaillé sur tout, c'est-à-dire que comme un grand théoricien des sciences sociales, absolument tout l'intéressait, son grand livre, c'est probablement « Enquête sur les modes d'existence », qui est un livre de 2012, qui au fond propose une matrice qui permet de mener des enquêtes, qui restitue un certain nombre d'enquêtes qu'il a menées, souvent avec d'autres, parce qu'il faudrait s'arrêter un instant là pour dire à quel point Bruno Latour a été un animateur de groupes, de collectifs, de tailles diverses, a été aussi un entrepreneur dans le meilleur sens du terme.
Cela a abouti concrètement à la création d'écoles, à la création de collectifs. Jusqu'à la fin, jusqu'à ces derniers jours, il a été entouré de gens de toutes les générations, prêtant une grande attention aux plus jeunes en particulier, co-signant cette année encore un livre avec un tout jeune chercheur, Nicolas Schultz. C'est quelqu'un qui faisait preuve d'une grande générosité de ce point de vue-là.
Donc, au fond, c'est vrai que Bruno Latour a joué ce rôle que disait Amida Han de révolutionnaire dans la manière dont il nous a invités à regarder la question du climat, la question de la planète Terre, mais je crois qu'on ne pourrait pas non plus résumer son œuvre à ça dans la mesure où, au fait, elle concerne absolument tous les domaines. Par exemple, sur sa critique de l'économie, elle est radicale et j'aimerais qu'on la prenne autant en compte que ce qu'il propose à propos de l'écologie.
Sa critique de l'économie, si on l'entend bien, elle nous conduit à ne plus pouvoir écouter le moindre économiste, en fait, à dire que ça ne va pas du tout, que c'est une manière très normative de voir les choses qu'il faut complètement déconstruire. Et je pense que... Ça tombe bien parce que dans quelques instants,
nous serons avec François Villourat.
Oui, il faudrait l'encourager à lire Bruno Latour.
Mais il se connaissait. Donc, il nous en parlera, François Villourat de Gallo. Amida Han.
Dans le panorama qu'a résumé tout à l'heure mon collègue, eh bien, je crois qu'il faut ajouter aussi la question de l'art. C'est très important pour lui, l'art. Il a été effectivement à l'origine d'expositions, de spectacles, de théâtres. Il s'est entouré d'un certain nombre de jeunes collègues justement qui allaient se spécialiser dans ce domaine, etc. et tout cela pour penser de façon extrêmement multiple et effervescente, je dirais, le rapport de l'intellect à la matérialité, à la façon dont elle s'exprime, etc.
Le dernier livre qu'il aura vu entre ses mains, c'est le livre de théâtre qu'il a co-écrit avec Frédéric Aïtouati qui va apparaître dans quelques jours et Bruno Latour aura pu le tenir entre ses mains.
On a écouté un extrait de cette pièce de théâtre. C'était un penseur doté d'une pensée très iconoclaste dans la forme comme dans le fond d'ailleurs, Amida.
Oui, je pense qu'il était très iconoclaste. La preuve, c'est que, par exemple, alors qu'il a eu tout de suite il a été reconnu quand même, enfin très vite aux Etats-Unis, partout, il a eu une influence énorme, eh bien, une institution comme le Collège de France n'a jamais voulu de lui. Pourquoi ? Parce qu'en particulier quand il y a eu l'affaire Sokal, il a été accusé d'être anti-sciences alors que quand même c'est n'importe quoi étant donné que Latour a toujours été fasciné par les sciences. Fasciné ! Il cherchait à entrer dans la production scientifique, à la comprendre, etc., à la décrire, à la mettre, à la décortiquer, je dirais.
Alors, il m'incombe la difficile tâche malgré tout de résumer les critiques dont Latour a été l'objet. Sylvain Bourmeau, anti-sciences, je ne sais pas, en tout cas, tenant d'une position relativiste dans les sciences parce que considérant qu'il y avait beaucoup de normes sociales dans les sciences qui pour un scientifique pur représentent une hérésie.
Oui, mais il s'agit d'un relativisme méthodologique. Ce n'est pas du tout la même chose qu'un relativisme absolu. C'est-à-dire qu'en fait, le relativisme chez Latour comme chez d'autres qui avec lui dans les années 70 se sont fondés ce qu'on appelle le programme fort en sociologie, c'est-à-dire une manière de faire des science studies et il n'est pas tout seul. Il y a beaucoup d'historiens des sciences britanniques, des chercheurs américains notamment qui ont créé un nouveau domaine de recherche. L'idée est très simple.
Il consiste à dire quand on veut essayer de comprendre comment une découverte scientifique par exemple est produite, eh bien, on ne peut pas faire d'anachronisme, on ne peut pas partir du résultat, on ne peut pas partir de... Il se trouve que les neuroendocrinologues sur lesquels Latour a travaillé ont fini par avoir le Nobel mais il ne pouvait pas partir de cette récompense d'ailleurs, il ne le savait pas quand il travaillait. Et donc, il faut regarder comment se fait la science y compris la science ratée. Vous qui travaillez sur les fails, Guillaume, vous devez savoir quelque chose. Il faut comprendre ce qui ne marche pas et pas avec un a priori. C'est-à-dire que...
Et donc, il faut s'intéresser à ce qui se révélera être faux par exemple. Ça ne veut pas dire que la vérité, ça ne compte pas. La vérité scientifique était quelque chose qui leur disent. C'est une question simplement de méthode en fait. C'est de faire de la sociologie de la façon la plus scientifique qui soit en fait. Amida ? Oui, cette idée de principe de symétrie je crois, elle est fondamentale comme disait Sylvain Bourbeau et elle l'a guidée tout le temps. C'est-à-dire depuis pratiquement l'anthropologie en Afrique jusqu'à la vie de laboratoire même à Artemis justement l'histoire des techniques etc.
Et ensuite sur l'écologie les modèles on a un peu interagi sur ce domaine justement qui était le mien et bien oui il était absolument guidé par cette idée de comprendre de façon un peu symétrique comment le vrai et le faux peuvent s'affronter se confronter et finalement d'autres vérités émerger.
L'autre critique qui lui est souvent adressée Sylvain Bourbeau est celle d'être un penseur plutôt obscur il n'est pas facile d'entrer dans l'oeuvre de Bruno Latour peut-être deux ou trois conseils pour ceux qui voudraient se lancer dans cette lecture.
C'est vrai que son oeuvre théorique peut être difficile d'abord il a forgé des concepts il en a repris à d'autres donc c'est une lecture dont le coût d'entrée est un peu élevé pour certains livres mais pour d'autres et je pense aux derniers livres tout à l'heure Amida ont cité Où atterrir moi je conseillerais de commencer peut-être par celui-là et je pense qu'il a même fait des efforts d'écriture absolument incroyables au point qu'il a à la fin de sa vie publié des livres qui sont aussi à mon sens des livres littéraires Un dernier mot là-dessus sur les lectures Je pense qu'effectivement par exemple les modes d'existence qu'a cité Sylvain Bourbeau est plus difficile que d'autres parce que c'est un livre théorique un peu sur comment fonder la sociologie etc.
mais on a par-delà Nature et Culture qui est quand même un livre fondamental aussi et qui est beaucoup plus accessible il y a quand même je crois un certain nombre de livres et puis face à Gaïa qui est fondamental parce qu'il est en 2015 et c'est le moment où vraiment il bascule dans ce qu'il appelle le nouveau régime climatique dont il va analyser et s'approprier et là on a vraiment le tournant vers sa dernière période qu'il a complètement occupé
merci Ami Daan Sylvain Bourbeau pour cet hommage à Bruno Latour d'où