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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 4 janvier 2016 9 minContradictoireActualité / polémiqueJusticeInstitutions & électionsImmigration & asileDéfense

Benoit Hamon

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 35 %Attaque 45 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:19OuverteRéponse partielle

    Où voyez-vous le schisme dans le peuple de gauche que vous prédisiez il y a huit jours ?

  • 0:24ComplaisanteRéponse directe

    Ecoutez d'abord il faut savoir de quoi nous parlons mais je ne suis pas sûr que tous nos auditeurs sachent de quelle manière cette déchéance de nationalité s'appliquerait.

  • 1:52RelanceRéponse directe

    Qu'est-ce qui justifie que dans la constitution française, ce que Raphaël Glucksmann appelait la République française, qu'est-ce qui justifie qu'on inscrive cette distinction ?

  • 2:19RelanceRéponse directe

    C'est l'inscription dans la constitution qui vous fait horreur, Benoît Hamon, et pas la mesure elle-même.

  • 2:36RelanceRéponse directe

    Ce que je dis, c'est que, un, c'est inefficace. Aujourd'hui, que le jeu n'en vaut pas la chandelle.

  • 3:38OuverteRéponse directe

    Quelle est la solution ? Comment on en sort ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:00Invité politiqueFait
    « Bonjour Benoît Hamon, vous avez vu les sondages qui montrent une écrasante majorité de français favorables à l'extension de la déchéance de nationalité aux binationaux nés français qui seraient condamnés définitivement pour terrorisme. »
  • 1:13PrésentateurFait
    « Première chose, est-ce efficace pour lutter contre le terrorisme ? De l'aveu du Premier ministre lui-même, non. »
  • 1:33PrésentateurFait
    « Parce que dans les faits, nous allons remettre en cause un principe, l'égalité des citoyens français devant la loi. »
  • 1:52Invité politiqueFait
    « C'est déjà le cas dans le code civil. Il y a deux catégories de français dans le code civil. »
  • 1:57PrésentateurFait
    « Il y a les naturalisés depuis moins de 15 ans qui peuvent être déchus de la nationalité. »
  • 3:43PrésentateurFait
    « Si nous sommes tous d'accord pour dire que celui qui a retourné ses armes contre la nation doit être puni d'une peine symbolique, pourquoi ne pas reprendre cette peine d'indignité nationale qui frapperait un français, né sur le sol français, issu d'une famille de parents français ou de parents étrangers de la même manière ? »
  • 4:41Invité politiqueFait
    « François Hollande, dans ses voeux, a parlé de déchoir de la nationalité française. Les individus, a-t-il dit, et pas les binationaux, les individus condamnés définitivement pour crimes terroristes, ça ouvre éventuellement une autre voie, une autre voie juridique possible pour vous, Benoît Hamon ? »
  • 5:16PrésentateurPromesse
    « je propose au gouvernement que, plutôt que de faire de la déchéance de nationalité, exclusivement pour les binationaux, nous réfléchissions à cette peine d'indignité nationale, qui amènera à ce qu'on soit privé de ses droits familiaux, de ses droits civiques, qu'on va se voir retirer son passeport, pour toute personne qui, à un moment, retournait ses armes contre la nation, quelle que soit la nationalité de ses parents. »
  • 7:50PrésentateurFait
    « Ça ne me suffit pas, parce que je considère aujourd'hui qu'il y a une forme, peut-être de mariage de raison, mais en tout cas de mariage entre les intérêts français et les Saoudiens. »
  • 8:45PrésentateurChiffre
    « Et je rappelle qu'au Liban, il y a aujourd'hui près d'un million 500 000 réfugiés syriens dans une population de 4,5 millions de Libanais. »

Temps de parole

  • Présentateur81 %
  • Benoît Hamon19 %

4,4 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Benoît Hamon

Bonjour Benoît Hamon, vous avez vu les sondages qui montrent une écrasante majorité de français favorables à l'extension de la déchéance de nationalité aux binationaux nés français qui seraient condamnés définitivement pour terrorisme. Où voyez-vous le schisme dans le peuple de gauche que vous prédisiez il y a huit jours ?

0:24
Présentateur

Ecoutez d'abord il faut savoir de quoi nous parlons mais je ne suis pas sûr que tous nos auditeurs sachent de quelle manière cette déchéance de nationalité s'appliquerait. C'est par manque d'informations à votre avis que... Alors je vais essayer de donner quelques informations. Elle s'appliquerait à toute personne condamnée pour terrorisme et pas à ceux qui par exemple reviennent de Syrie. Toute personne condamnée pour terrorisme qui au terme de sa peine serait donc déchue de sa nationalité. Donc probablement à une poignée de personnes, si nous arrivions à les capturer, qui seraient condamnées pour terrorisme et qui au terme de leur peine seraient déchues de leur nationalité.

Ça ne neutralisera pas, ça ne mettra pas hors d'état de nuire ces français qui aujourd'hui sont en Syrie ou en Irak et reviennent. Toutes ces personnes fichées S, comme on a pu en parler dans le débat dans la lutte contre le terrorisme, mais exclusivement des personnes binationales condamnées pour actes de terrorisme, c'est-à-dire qui ont retourné leurs armes contre la France. Première chose, est-ce efficace pour lutter contre le terrorisme ? De l'aveu du Premier ministre lui-même, non. Non, il parle d'une mesure symbolique. Pour autant, dans l'exposé des motifs de ce projet de loi, il y a l'objectif que ce texte protège la nation.

Ça ne protégera pas davantage la nation que d'adopter cette réforme constitutionnelle. Le jeu en vaut-il la chandelle ? À mes yeux non. Pourquoi ? Parce que dans les faits, nous allons remettre en cause un principe, l'égalité des citoyens français devant la loi. Et en réservant cette mesure aux binationaux, qu'est-ce qui justifie qu'on ne frappe pas de la même opprobre un français né français de parents français et un français né français de parents étrangers ?

1:52
Benoît Hamon

C'est déjà le cas dans le code civil. Il y a deux catégories de français dans le code civil.

1:57
Présentateur

Il y a les naturalisés depuis moins de 15 ans qui peuvent être déchus de la nationalité.

2:02
Benoît Hamon

Il y a les naturalisés.

2:03
Présentateur

Il y a même dans l'article 23.7, les français qui sont des noms français, né français qui peuvent être déchus de la nationalité. Qu'est-ce qui justifie que dans la constitution française, ce que Raphaël Glucksmann, un peu avant moi, appelait, qualifié comme ce que nous sommes, la République française, qu'est-ce qui justifie qu'on inscrive cette distinction ?

2:19
Benoît Hamon

C'est l'inscription dans la constitution qui vous fait horreur, Benoît Hamon, et pas la mesure elle-même.

2:25
Présentateur

Le problème, ce n'est pas que ça fasse horreur ou pas. On réagit là aujourd'hui sous le coup.

2:30
Benoît Hamon

Il y a des mots très forts qui sont prononcés. Les miens sont parfaitement modérés, mesurés.

2:36
Présentateur

Oui, je veux même vous proposer une solution. Je veux même vous proposer une solution. Ce que je dis, c'est que, un, c'est inefficace. Aujourd'hui, que le jeu n'en vaut pas la chandelle. Que, quelque part, ça donne raison à celles et ceux qui manipulent un certain nombre de nos jeunes et leur disent, aujourd'hui, vous n'êtes pas des français comme les autres. La France ne vous a jamais considérés comme des citoyens comme les autres. Si nous inscrivons dans la constitution, nous validons le fait qu'il existe deux catégories de citoyens, les binationaux et les nationaux, en dépit du fait qu'ils sont nés sur le sol français, nous validons cette thèse-là.

Donc, je redoute, moi, les effets, les conséquences pour des millions de nos compatriotes qui sont issus de familles, qui ont trouvé leur place, qui ont travaillé, qui ont une vie parfaitement paisible, d'être ainsi caractérés.

3:20
Benoît Hamon

Qui vont se sentir concernés par une mesure qui vise uniquement les individus condamnés définitivement pour terrorisme.

3:27
Présentateur

Fort heureusement, j'espère qu'on aura raison du terrorisme. Mais la constitution, elle reste. Et cette distinction, cette inégalité constitutionnelle devant la loi, elle demeurera, et c'est pour cela, aujourd'hui, que moi, j'y suis défavorable. Quelle est la solution ? Comment on en sort ? Puisque la politique, c'est aussi de dépasser les conflits.

Si nous sommes tous d'accord pour dire que celui qui a retourné ses armes contre la nation doit être puni d'une peine symbolique, pourquoi ne pas reprendre cette peine d'indignité nationale qui frapperait un français, né sur le sol français, issu d'une famille de parents français ou de parents étrangers de la même manière, mais qui éviterait que l'on marque, finalement, au fer rouge, une forme de distinction entre citoyens français dans la constitution. Cette solution de la peine d'indignité nationale, elle est sur la table. Elle peut faire l'objet d'un débat parlementaire.

Et c'est non pas au Parlement qu'il reviendra d'en décider, sans doute, mais au gouvernement de dire s'il préfère, aujourd'hui, finalement, la voie de la concorde à celle de la discorde. Parce que, je le dis, sur le moyen et long terme, cette décision de la déchéance de nationalité réservée aux binationaux, c'est créer de la discorde dans un pays où on a besoin d'affermir l'unité nationale.

4:41
Benoît Hamon

François Hollande, dans ses voeux, a parlé de déchoir de la nationalité française. Les individus, a-t-il dit, et pas les binationaux, les individus condamnés définitivement pour crimes terroristes, ça ouvre éventuellement une autre voie, une autre voie juridique possible pour vous, Benoît Hamon ?

4:57
Présentateur

Écoutez, on verra de quelle manière le débat évoluera. Ce que je pense, c'est qu'il n'y a pas de raison que l'on réserve cela aux binationaux.

Et comme nous ne pouvons pas déchoir de leur nationalité des Français, qui n'ont qu'une nationalité, au risque de remettre en cause des conventions et accords internationaux, parce que nous ne pouvons pas faire des apatrides, je propose au gouvernement que, plutôt que de faire de la déchéance de nationalité, exclusivement pour les binationaux, nous réfléchissions à cette peine d'indignité nationale, qui amènera à ce qu'on soit privé de ses droits familiaux, de ses droits civiques, qu'on va se voir retirer son passeport, pour toute personne qui, à un moment, retournait ses armes contre la nation, quelle que soit la nationalité de ses parents.

Il n'y a pas de raison que ce soit réservé aux binationaux, mais il n'y a pas de raison non plus, aujourd'hui, qu'on aille sur la voie d'une déchéance de nationalité, dont on sait, finalement, qu'elle est impraticable, ou que le symbole, sur le moyen et long terme, finalement, est marqué du saut de la discorde, plutôt que de la concorde, et il me semble que le président de la République insiste davantage sur le rassemblement et l'unité nationale que sur la discorde. Je lui propose, sur ce point, d'être cohérent.

5:59
Benoît Hamon

Et si le président ne vous entend pas, s'il s'entête, et s'il choisit, par exemple, d'en appeler au peuple, de convoquer un référendum ? Eh bien, je le souhaite.

6:09
Présentateur

Je le souhaite.

6:10
Benoît Hamon

Vous le souhaitez ? Malgré les sondages actuelles ?

6:12
Présentateur

Je souhaite même, je vais vous dire. J'aurais aimé la même énergie pour proposer au Congrès, et que le président de la République dise, comme il l'a dit à ses voeux, aux députés, aux sénateurs, prenez vos responsabilités, qu'on ait proposé le droit de vote des étrangers aux élections locales. On a commencé le quinquennat sur la promesse du droit de vote aux étrangers aux élections locales. Il y a eu les attentats depuis. Soit. On propose maintenant la déchéance de nationalité réservée aux binationaux. Quand nous avons dit, c'est peut-être ce qui a choqué, que c'était une proposition de l'extrême droite, nous sommes-nous trompés ? Non.

Le Front National ne cesse de dire, comme des groupuscules d'extrême droite, comme le bloc identitaire, qu'il y a des Français de papier, ceux qui sont nés sur le sol français, mais de parents étrangers, et des Français de sang. Eux veulent faire la distinction. Dès qu'on fait une distinction, forcément, il y a une hiérarchie qui s'instaure. Forcément, on dira que certains sont plus français que d'autres. Eh bien, moi, je me refuse à ce que, de manière sournoise, cette hiérarchie, finalement, s'installe aussi dans la Constitution. Parce que, dans la réalité, qu'est-ce qui ronge la République ? Le ressentiment.

Le sentiment, aujourd'hui, pour beaucoup de Français, que l'inégalité, c'est le quotidien, que les privilèges des uns, la réussite des uns, fait face, aujourd'hui, à la promesse pour les autres, que les bonnes places sont toujours pour les mêmes.

7:26
Benoît Hamon

Référendum, pourquoi pas,

7:27
Présentateur

disiez-vous, Benoît Hamon ? Pourquoi pas ? En tout cas, je m'opposerais au principe de la déchéance de nationalité réservée aux binationaux, que ce soit par référendum ou lors d'un vote du Congrès.

7:37
Benoît Hamon

Un mot, Benoît Hamon, sur l'actualité au Moyen-Orient, qui s'embrase à nouveau entre l'Arabie saoudite et l'Iran. La France qui se contente de déplorer l'exécution, les 47 exécutions pratiquées par les Saoudiens, ça vous suffit ?

7:50
Présentateur

Écoutez, non. Ça ne me suffit pas, parce que je considère aujourd'hui qu'il y a une forme, peut-être de mariage de raison, mais en tout cas de mariage entre les intérêts français et les Saoudiens. Il y a une forme de moment français de l'Arabie saoudite. Pourquoi ? Parce que l'Arabie saoudite a peu apprécié le rapprochement entre les États-Unis et l'Iran à la faveur de l'accord sur le nucléaire iranien. Ce que j'observe, c'est que les conséquences de cette escalade, aujourd'hui, qui n'est qu'une escalade diplomatique, mais peuvent être considérables.

Elle est déjà militaire par procuration au Yémen, mais je m'inquiète, par exemple, de la situation du Liban, où une solution pouvait être trouvée pour la présidentielle libanaise et où elle pourrait être encore repoussée. Pourquoi ? Parce que le Liban, c'est aussi un théâtre de conflit entre les Saoudiens et les Iraniens par opposants politiques interposés, le Hezbollah d'un côté, les amis de M. Hariri de l'autre, et je m'inquiète de la situation du Liban, aujourd'hui, parce qu'on a là, sur cette partie du Proche et du Moyen-Orient, des situations instables partout.

Et je rappelle qu'au Liban, il y a aujourd'hui près d'un million 500 000 réfugiés syriens dans une population de 4,5 millions de Libanais. C'est comme si nous accueillions, nous, 20% ou presque 30% de notre population de réfugiés.

8:57
Benoît Hamon

Benoît Amon, invité de France Inter, on vous retrouve dans quelques minutes avec les questions des auditeurs de France Inter au 01, 45, 24, 7000 dans 50 secondes, la revue de presse.