Bruno Le Maire sur le gazoduc Nord Stream 2 : "Nous avons des intérêts différents des États-Unis"
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Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le Grand Entretien le ministre de l'Economie, des Finances et de la Relance. Vous pourrez dialoguer avec lui au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et via l'application mobile de France Inter. Bonjour Bruno Le Maire et bienvenue. Bonjour Nicolas Demorand. Bonjour. Bonjour Léa Salamé. Commençons par l'Ukraine. Emmanuel Macron a été reçu hier par Vladimir Poutine qui s'est dit prêt à des compromis dans cette crise sans dire précisément lesquels. Emmanuel Macron lui a parlé de convergence sans dire précisément lesquels non plus.
Pensez-vous qu'avec cette visite, Bruno Le Maire, les bruits de bottes s'éloignent au profit d'une amorce de désescalade où les positions vous semblent-elles encore figées ce matin ?
Je crois que cette visite est plus que nécessaire. La seule option, c'est celle que défend le président de la République, celle qu'il a défendue à Moscou auprès de Vladimir Poutine, c'est la désescalade. L'escalade du conflit créera des difficultés insurmontables pour tous. Du point de vue économique, pour vous donner juste cet aspect-là, ça aboutirait à une nouvelle flambée des prix du gaz et par répercussion une nouvelle flambée des prix de l'électricité. C'est tout ce que nous voulons éviter. Donc il n'y a qu'une seule voie, celle à désescalade. C'est celle qu'a empruntée le président de la République. C'est celle que tous les Européens doivent soutenir.
Mais vous ne répondez pas à la question de Nicolas Demorand. Est-ce que vous pensez qu'aujourd'hui, après ces cinq heures de rencontre, on est un peu plus avancé ? Ou comme dit Pierre Aski, on n'attendait pas de miracle et il n'y a pas eu de miracle ?
Mais il n'y a pas d'autre voie que celle du dialogue. Le dialogue, il suppose de la fermeté. Mais il n'y a qu'une seule voie, c'est celle du dialogue direct avec le président Poutine.
Certainement, mais aujourd'hui le dialogue a eu lieu. Il a duré cinq heures.
Mais ce dialogue, il va durer beaucoup plus que cinq heures. Il va durer des jours. Il doit peser l'ensemble des paramètres de ce conflit. Aujourd'hui, il y a au moins trois enjeux stratégiques derrière ce conflit. Le premier, c'est celui de l'indépendance énergétique. On voit bien que l'Europe doit être indépendante du point de vue énergétique, justement pour pouvoir tenir tête à Vladimir Poutine. Le deuxième enjeu, c'est celui du respect des frontières et de la souveraineté de l'Ukraine, c'est-à-dire de la liberté de décision de l'Ukraine. Et c'est là que les Européens sont au pied du mur et doivent montrer leur fermeté.
Le troisième enjeu, je termine juste par là parce que Pierre Aski n'en a pas parlé, c'est la place de la Russie. Est-ce que la Russie dialogue et travaille et coopère avec l'Europe ? Ou est-ce que la Russie bascule totalement du côté de la Chine ? C'est un des enjeux majeurs aussi de ce conflit.
Alors sur le deuxième enjeu, Emmanuel Macron sera à Kiev aujourd'hui. Quel message doit-il donner aux Ukrainiens que l'Europe, que la France, défendront leur intégrité territoriale, leur souveraineté si la Russie attaque ?
C'est ça ce qu'il doit leur dire aujourd'hui ? Il doit surtout saluer l'esprit de responsabilité du président Zelensky et des Ukrainiens. Il faut bien mesurer que depuis des années, les Ukrainiens perdent des soldats, des jeunes soldats à la frontière du Donbass. Des jeunes qui ont 20, 21, 22 ans. Quand vous allez sur la place Maïdan à Kiev, vous voyez les stèles de ces jeunes qui sont tombés sur la frontière entre le Donbass et la Russie. Faire preuve de sang-froid face à une épreuve pareille. Quand vous avez des dizaines de milliers de troupes russes qui sont massées à votre frontière, ça mérite d'être salué.
Et apporter le soutien à Kiev, apporter le soutien au président Zelensky et à tout le peuple ukrainien, c'est ce que doit faire le président de l'Union Européenne en exercice. C'est ce que fait le président de la République, Emmanuel Macron.
Sur la crise énergétique, et vous le disiez, effectivement, c'est le grand levier de Vladimir Poutine puisqu'il fournit, la Russie fournit aujourd'hui 40% du gaz européen et qu'il joue sur ça. Hier soir, Joe Biden a dit, si la Russie envahit l'Ukraine, il n'y aura plus de gazodique Nord Stream 2. Il n'y aura plus de gazodique Nord Stream 2, nous y mettrons fin. Est-ce que vous êtes d'accord avec ce qu'a dit, avec cette menace du président américain, où elle vous semble excessive ?
Une fois encore, je pense que la seule voie, c'est celle du dialogue. Et les américains n'auront pas à supporter les mêmes conséquences d'un conflit en Ukraine que les européens, notamment du point de vue du prix de l'énergie. Le point qui est juste, c'est que Nord Stream 2, l'ouverture de ce gazoduc, est un des points clés de la négociation et sans doute un des points clés de la sortie de crise avec la Russie. Ce n'est pas à moi de négocier, je dis simplement, comme ministre de l'Économie et des Finances, que cette question de Nord Stream 2, elle est stratégique pour la Russie, elle est stratégique pour l'Europe, elle est un des éléments clés pour l'Allemagne bien entendu.
Elle est donc un des éléments clés de la solution à ce conflit.
Donc vous êtes d'accord avec ça ? Parce que c'est quand même une phrase très importante, pardon, c'est une phrase très importante qu'a dit Biden hier, qui a fait sursauter les Allemands, quand il dit qu'il n'y aura plus de gazoduc, c'est une catastrophe pour l'Allemagne, c'est une catastrophe pour nous et sur les prix de l'énergie.
Je veux dire, le fond de ma pensée, il est à Salamé, qui est à peu près la même que celle que je pouvais avoir il y a quelques années quand on avait d'autres crises qui étaient sur la table. Ne nous laissons pas entraîner par les Américains sur une position qui ne serait pas celle des Européens. Les Européens ont, grâce notamment au Président de la République, une position indépendante dans cette crise ukrainienne. Des intérêts différents de ceux des Américains. Et il faut pouvoir le dire à nos alliés américains de la manière la plus claire. Nous avons des intérêts différents de ceux des Etats-Unis dans cette crise. Nous la voient que nous privilégions. Ce n'est pas celle de l'affrontement.
Ce n'est pas celle de la menace. C'est celle du dialogue et de la désescalade.
Alors venons-en à la question de l'inflation qui atteint 2,9% en France, près de 5% en Allemagne, 6% en Espagne. Elle devrait rester élevée plus longtemps que prévu mais devrait baisser au cours de l'année, a déclaré Christine Lagarde la semaine dernière. Mais les économistes, Bruno Le Maire et les banques centrales elles-mêmes d'ailleurs, sont divisées sur l'ampleur et la durée possible du phénomène. Pensez-vous, dites-nous vous ce que vous en pensez. Pensez-vous que l'inflation est durable ou pas ? Pensez-vous que les prix vont continuer à rester élevés en 2022 voire 2023 ?
Nous, nous travaillons sur un scénario principal qui est la baisse de l'inflation à partir de la fin de l'année 2022. Donc nous avons aujourd'hui une inflation qui est relativement élevée. Elle est due à un facteur principal, je le redis, c'est le sujet principal aujourd'hui et ça va l'être pour des décennies. L'énergie, les prix de l'énergie, ce que nous payons pour le gaz, l'électricité et le pétrole. Ces tensions, elles sont dues aux tensions géopolitiques dont on vient de parler. Elles sont dues au fait que la reprise économique est bien plus forte que prévue aux Etats-Unis et en Europe.
Du coup, il y a une demande de gaz, une demande de pétrole partout dans ces pays qui augmente les prix des carburants, qui augmente les prix des énergies fossiles et qui augmente les prix à la consommation tel que les consommateurs ont à le supporter. Donc pour nous, l'évaluation est très claire. D'ici la fin 2022, j'espère que les taux de l'inflation se desserrera. Mais pour le moment, nous avons une inflation qui reste effectivement élevée.
Faut-il que la BCE augmente ses taux avant la fin de 2022 ? Christine Lagarde, qui était à ce micro il y a deux semaines, ne le souhaitait pas. Elle ne souhaitait pas toucher aux taux. Elle y songe depuis hier. Il semble y avoir un changement à la tête de la BCE. Qu'est-ce que dit le ministre français de l'économie ? Il faut toucher aux taux ?
Il dit que la Banque centrale, Léa Salamé, est indépendante. Et que ses ministres des Finances s'amusait à donner des instructions à la Banque centrale.
Je ne demande pas une instruction, je demande un avis.
Non, je pense que la réaction de la Banque centrale est parfaitement naturelle. L'économie redémarre. Elle redémarre plus vite que prévu. Donc du coup, nous allons vers une normalisation de la politique monétaire. Nous l'avons anticipée cette normalisation. Vous savez qu'on a emprunté en 2021 à des taux négatifs. Aujourd'hui, on a des taux légèrement positifs. Nous, nous avons anticipé avec le gouvernement qu'à la fin de l'année 2022, les taux seraient à 0,75. On est à 0,5 à peu près pour les taux à 10 ans. Donc on est parfaitement en ligne avec ce que nous avions anticipé. Les taux vont augmenter. Qu'est-ce que ça veut dire pour nous, pour la politique budgétaire, dont je suis responsable ?
C'est qu'il faut sortir du quoi qu'il en coûte. Je l'ai indiqué à votre micro dès la rentrée de septembre 2021. Il faut sortir du quoi qu'il en coûte. Et il faut progressivement, mais fermement, rétablir les finances publiques de la France. Quand nous prenons la décision, avec 20 milliards d'euros de recettes fiscales supplémentaires en 2021, de tout affecter à la réduction du déficit, tout affecter à la réduction de la dette, c'est parce qu'avec le Premier ministre, avec le Président de la République, nous avons anticipé qu'il était temps maintenant de rétablir progressivement, mais fermement, les finances publiques de la France.
Certains disent que cette eau qui remonte, c'est le début du boomerang qui revient sur les comptes publics. Est-ce que vous partagez cette inquiétude ?
C'est fou cette manie qu'il y a en campagne présidentielle de jouer avec les peurs des Français. Il n'y a pas de boomerang. Il y a une normalisation des politiques économiques et budgétaires. En 2017-2019, nous avons rétabli les finances publiques de la France. Donc nous n'avons pas de leçons à recevoir de ceux qui nous disent qu'il faut réduire le déficit, réduire la dette. Nous l'avons fait, ça n'avait pas été fait depuis 15 ans. Moins de 3% de déficit, stabilisation de la dette. Il y a eu une crise économique. On a protégé avec le quoi qu'il en coûte.
Mais dès septembre 2021, je t'ai indiqué que nous sortions du quoi qu'il en coûte, qu'il fallait rétablir les finances publiques et qu'il fallait le faire avec fermeté, détermination, mais sans précipitation. Ne parlons pas de boomerang. Je lisais une interview d'une soi-disant spécialiste qui nous disait que les taux d'intérêt vont être à 4% d'ici quelques mois. Mais c'est n'importe quoi. Pourquoi pas 10 ? Pourquoi pas 15 ? Ils vont remonter progressivement. Nous le savons. C'est qu'il laisse votre disant spécialiste. Mais je ne vais pas citer tous les spécialistes qui s'expriment. Mais on joue avec les peurs des Français. Et la politique, ce n'est pas ça.
La politique, c'est voir les sujets avec lucidité, apporter des solutions dans le calme et dans la sérénité.
En tout cas, face à cette augmentation des prix de l'énergie, mais aussi de l'alimentation, Bruno Le Maire, Jean-Luc Mélenchon promet, s'il est élu, de bloquer immédiatement les prix des produits de première nécessité, dont ceux du gaz, de l'électricité, de 5 fruits et légumes de saison. Est-ce forcément une mauvaise idée ?
On a bloqué les prix du gaz, je le rappelle. Nous avons gelé les prix du gaz. Et quand on voit aujourd'hui les risques d'augmentation, il est à 80 euros le mégawatt-heure de gaz. Si demain, il y avait une crise ouverte, on basculerait immédiatement à 200 ou 250 euros le mégawatt-heure. Un doublement du prix du gaz, c'est ce que nous a indiqué le président de Total, le président d'ENGIE, que nous avons rencontré hier avec Barbara Pompili. Donc nous avons gelé les prix du gaz parce que nous anticipons les risques qui peuvent peser. Sur l'électricité, nous avons plafonné à 4%.
Parce que EDF est une entreprise publique, que l'État a renoncé à 8 milliards d'euros de taxes et que nous voulions protéger les Français. Et pour le reste, il y a des négociations entre distributeurs et producteurs aujourd'hui. On doit effectivement veiller à ce que les prix alimentaires, eux aussi, le font.
Donc discussion, mais pas blocage sur les produits de première nécessité.
Non, parce que je bloque ce qui appartient à mes responsabilités. EDF est une entreprise qui est sous le contrôle de l'État. C'est normal qu'on lui demande un effort. Ce n'est pas la même chose pour les producteurs privés.
Les salariés d'EDF ne sont pas contents, vous le savez. Vous avez imposé à EDF de limiter à 4% l'augmentation du prix de l'électricité. Pour y parvenir, elle doit vendre. L'entreprise doit vendre de l'électricité à bas coût à ses concurrents. Votre décision a été dénoncée par la direction, par les salariés qui vous accusent de mettre en danger les finances d'EDF avec un risque de sabordage de l'entreprise. Qu'est-ce que vous leur répondez ?
On ne peut pas dire ça. On ne peut pas dire ça, Léa Salamé.
Vous n'avez pas menti de dire.
Non, je sais bien, mais il faut arrêter là aussi de colporter n'importe quoi. Qu'est-ce qu'on aurait dit si le gouvernement avait laissé les prix de l'électricité au 1er ou au 2 février augmenter de 35 à 40% ? Quel gouvernement aurait accepté que les ménages français voient une augmentation pareille de leurs factures ? Qui a soutenu EDF depuis 10 ans, quand les prix étaient bas, en recapitalisant, en aidant EDF, en renonçant à des dividendes ? C'est l'État.
Donc il est juste et il est naturel que lorsque les prix flambent, EDF qui est un service public, contrôlé à 84% par l'État, participe à l'effort auquel l'État a lui aussi participé, puisque je le rappelle, il a renoncé à la taxe sur l'électricité, il a renoncé à 8 milliards d'euros. Donc nous nous sortirons de cette crise, non pas en nous renvoyant des anathèmes les uns contre les autres, mais en travaillant collectivement à des solutions. La flambée des prix d'énergie est le problème économique numéro 1 des mois actuels et des mois à venir. Il faut que tout le monde participe à l'effort pour protéger et les ménages et les entreprises contre cette augmentation des prix.
C'est ce que nous avons fait. L'État, EDF, les pétroliers aussi, je sais qu'ils travaillent et qu'ils réfléchissent à tout ce qu'ils peuvent faire eux aussi pour contribuer à cet effort.
Vous trouvez qu'ils en font assez, les pétroliers ?
Mais nous discutons, nous discutons avec tout le monde. Cette crise énergétique a multiplié par 4 les prix du gaz.
J'entends, mais vous demandez quoi aux pétroliers ?
A multiplié les prix de l'électricité également.
Bruno Le Maire, vous demandez quoi à Total ?
C'est à eux de faire des propositions, à eux de discuter. Oui, mais les prix montrent en attendant dans la discussion. Je sais bien que cela ne m'a pas échappé, mais c'est dans des solutions collectives que nous parviendrons à surmonter cette crise de l'énergie.
Le conseil d'administration d'EDF est en train, ça va prendre plusieurs semaines, de donner son feu vert au rachat des activités nucléaires de Général Electric et des fameuses turbines Arabel. Ces turbines, Emmanuel Macron les avait vendues à Général Electric en 2014 lorsqu'il était à Bercy. Aujourd'hui, EDF rachète ses turbines à Général Electric. Quelle est la logique de tout ça ? Où est la constance ? Était-ce tout simplement une erreur de vendre ?
La logique, c'est l'indépendance énergétique de la France. Et c'est la meilleure réponse, d'ailleurs, qu'on peut apporter aux craintes d'EDF. L'État réinvestit massivement dans la filière nucléaire pour faire face à la transition climatique et pour garantir notre indépendance énergétique. Aujourd'hui, nous avons Orano, contrôle public pour les combustibles. Même chose pour Framatome sur les cuves. Même chose maintenant avec EDF sur la réalisation, y compris avec les turbines Arabel, qui vont revenir sous le contrôle d'EDF. Qu'est-ce que ça veut dire ?
Ça veut dire d'abord que nous réinvestissons massivement dans le nucléaire, que nous nous donnons les moyens techniques de réaliser de nouvelles centrales dans les années à venir pour être plus indépendants, et que nous bâtissons et renforçons l'indépendance énergétique de la France à la fois sur le renouvelable et sur les énergies nucléaires. Et ça, ce n'était pas un enjeu quand il a fallu vendre ?
Je pense, mais soyons humbles, je pense que personne n'avait vu venir la gravité de cette crise énergétique, et je pense que ce n'est que maintenant que nous prenons conscience de ce défi énergétique considérable qui fait que nous allons avoir besoin d'électricité décarbonée dans des volumes infiniment plus importants que ce à quoi nous nous attendions. Mais la décision que prend EDF, les décisions qui ont été annoncées par le Président de la République vont permettre à la France d'être un des grands leaders mondiaux dans le domaine nucléaire. C'est une excellente nouvelle.
Puisqu'on est à l'heure des bilans, Bruno Le Maire, il y a un vrai point noir du quinquennat, c'est le déficit commercial français. Il n'a cessé d'augmenter. En 2020, il atteignait 64 milliards. C'est 20 milliards de plus qu'à l'arrivée d'Emmanuel Macron au pouvoir. Mais surtout, dans quelques minutes, vous allez annoncer le chiffre du déficit commercial français. Alors, on parle de 84 milliards d'euros. Vous n'allez pas me le confirmer, mais ça devrait être autour de ça. Je le dis ce matin.
Ça tournera autour de ça, effectivement.
Je le spoil et vous me le confirmez. Donc, 84 milliards d'euros, c'est colossal. Est-ce que vous reconnaissez que c'est un point noir du quinquennat ?
Oui, j'ai déjà dit à plusieurs reprises que c'était un point noir. Il s'explique d'abord par la facture énergétique dont on a beaucoup parlé. Il y a des points positifs aussi, notamment sur la balance des paiements. C'est-à-dire quand on intègre les services, les services réussissent très bien. Mais pourquoi est-ce qu'on a ces plus de 80 milliards d'euros de déficit ? Il y a une fois encore la facture énergétique, et puis il y a l'affaiblissement industriel au cours des 30 dernières années.
C'est le sujet que nous avons commencé depuis 5 ans à redresser avec le Président de la République, en créant un environnement fiscal plus favorable, en baissant les impôts de production, en formant et en qualifiant les salariés à de nouveaux métiers industriels. L'acte 1 de la réindustrialisation, ça a été le premier quinquennat d'Emmanuel Macron. Moi, je souhaite que l'acte 2 de la réindustrialisation et de la reconquête industrielle soit au cœur du deuxième quinquennat d'Emmanuel Macron, que j'appelle de mes voeux. Il n'y a pas d'autre solution pour établir la balance commerciale extérieure de la France que de réindustrialiser massivement, rapidement, notre pays.
On attend cette année des résultats records pour le CAC 40, avec des super profits allant jusqu'à 137 milliards d'euros, selon les estimations. Bruno Le Maire, c'est du jamais vu depuis une quinzaine d'années. BNP Paribas, pardon, ce matin, enregistre les meilleurs résultats de son histoire, 9,5 milliards d'euros. Les dividendes versés aux actionnaires atteignent également des sommets, 70 milliards l'an dernier, alors que les négociations pour les augmentations générales des salaires ne décollent pas. Est-ce que vous vous en réjouissez de cette situation ?
Je me réjouis quand les entreprises françaises vont bien. Parce que s'il y a des dividendes, ça veut dire que les entreprises françaises sont sorties plus fortes de la crise et que nous avons bien géré cette crise économique. On pourrait parler ce matin, à votre micro, de centaines de milliers de chômeurs supplémentaires et de faillites par dizaines de milliers. Il y a peu de faillites. Il y a des entreprises qui se portent bien. Et il y a eu 650 000 emplois créés en 2021. Mais on entend un mais. Oui, le mais, c'est qu'il faut qu'il y ait un meilleur partage de la valeur.
Le mais, c'est qu'il faut que l'intéressement et la participation que nous avons soutenue qui commence à se développer se développe beaucoup plus rapidement pour qu'un salarié sache que quand son entreprise va bien, ça va mieux pour lui. Mais vous le dites, ça, effectivement, depuis la rentrée de septembre, à ce micro,
est-ce que vous avez l'impression d'être entendu ? Mais il y a des choses qui bougent. Ça a bougé dans le secteur de l'hôtellerie,
des faits, des restaurations. Il y a eu une augmentation. Il y a une négociation qui a abouti. Je souhaite qu'elle aboutisse dans d'autres filières où il y a des marges de manœuvre financières et où il y a des attentes de la part des salariés. Et je souhaite que sur l'intéressement et la participation, on fera des propositions sur le sujet pour accélérer encore, notamment dans les plus petites entreprises, l'intéressement et la participation. Le fil directeur de ce quinquennat, Nicolas Demorand, c'est le travail.
Du travail pour tous, le plein emploi et un travail qui permet de vivre dignement, qui satisfait les personnes parce qu'ils se disent qu'ils peuvent avoir des projets, ils peuvent acheter une maison, ils peuvent partir en voyage, ils peuvent former leurs enfants, ils peuvent leur offrir leurs études. Nous n'y sommes pas encore. Nous avons progressé. Mais c'est un des grands défis des années à venir. Et quand je vois les propositions des différents candidats à la présidentielle, pour moi, on peut faire beaucoup de propositions qui sont sur la table. La nôtre, elle tient en un seul mot, je le redis, le travail et le travail bien payé.
Oui, mais quand vous entendez, imaginez un Français qui vous écoute ce matin et qui voit que son salaire n'augmente pas et qui entend des chiffres ahurissants sur les résultats records du CAC 40, les actionnaires qui n'ont jamais touché autant de dividendes, les milliardaires qui ont vu leur fortune doubler grâce à la crise sanitaire, deux fois plus que pendant les dix dernières années, et qui voient que leur salaire n'augmente pas. Est-ce que vous ne vous dites pas qu'il y a quelque chose qui cloche ? Est-ce que vous ne vous dites pas qu'il faut peut-être imaginer une contribution supplémentaire des plus riches ? Ou non, ça vous semble, c'est ainsi ? C'est la loi du marché, c'est comme ça ?
Ce n'est pas que c'est la loi du marché, moi je ne me résigne pas à la loi du marché, sinon je ferais autre chose comme métier que ministre de l'économie, qui consiste justement à essayer d'améliorer le marché, de défendre un ordre public économique qui soit plus juste. Mais ce n'est pas en mettant une taxe ici ou une taxe là qu'on va résoudre cette difficulté. C'est en créant du travail pour tous, c'est en allant vers le plein emploi, c'est en développant l'intéressement à la participation, c'est en incitant les branches à négocier les salaires, et c'est effectivement en parvenant à une meilleure répartition de la rémunération du capital et de la rémunération du travail.
Et ça passe, je le redis, par ces dispositifs d'intéressement, de participation, de primes défiscalisées. Je vois que certains proposent des primes défiscalisées, je rappelle que nous en avons mis une en place avec Emmanuel Macron qui rapporte en moyenne 560 euros aux salariés qui les touchent. Donc il y a un certain nombre de dispositifs, il faut qu'ils touchent tous les Français, sans exception.
Allez, on file au standard d'Inter, Gislaine nous y attend. Bonjour et bienvenue.
Bonjour, merci de me donner la parole.
Je vous en prie.
Alors, M. le maire, je voudrais évoquer un point qui peut sembler un détail, mais qui n'en est pas un à mes yeux. Je veux parler de la rémunération du livret A, que vous portez à 1%, au lieu de 0,5. Le livret d'épargne populaire, lui, il est rémunéré à 2,2%, mais il ne concerne que peu de foyers. Voilà, donc 1%, étant donné l'inflation actuelle, ça signifie que l'érosion monétaire de cette épargne va se poursuivre. Or, jusqu'à présent, on m'avait expliqué que la faiblesse de la rémunération de ce livret A était due à une indexation sur l'inflation. Actuellement, on ne parle plus d'indexation.
Alors, à contrario, comme on vient de le souligner, on atteint des records de rémunération de l'épargne, je vais dire, pour faire des dividendes. Voilà, alors tout à l'heure, je disais que ce n'était pas un détail. Ce que je veux dire par là, c'est que même ceux qui gagnent peu ont souvent un cœur d'épargner. J'imagine que ça contribue à leur sentiment de sécurité, voire de dignité.
Merci Gisleine pour cette question.
Bruno Le Maire vous répond. Je n'ai rien à ajouter à ce qu'a dit Gisleine. C'est très juste. Quand on épargne, c'est pour avoir de la sécurité, pour avoir de la dignité. On a relevé le livret A à 1%. C'est une proposition qui est faite par le gouverneur de la Banque de France sur la base d'une formule qui intègre l'augmentation des prix. Mais ce n'est pas le ministre de l'économie qui décide souverainement. Il prend la proposition du gouverneur de la Banque de France. Vous avez mentionné aussi le livret d'épargne populaire.
Je rappelle que beaucoup de Français qui ont droit au livret d'épargne populaire qui touche environ moins de 20 000 euros par an ont droit à ce livret d'épargne populaire et ne l'utilisent pas alors qu'il est rémunéré deux fois plus, même un peu plus que deux fois plus que le livret A. Donc j'incite tout le monde à ouvrir un livret d'épargne populaire lorsqu'il a le droit de le faire et qu'il correspond aux critères de ce livret. Enfin, dernier point. Pourquoi est-ce qu'on n'augmente pas massivement le taux du livret A ? C'est aussi parce que ça sert à financer le logement social et que plus le taux du livret A est élevé, plus le coût du logement social est élevé également.
Jean Ostendard. Bonjour et bienvenue, Jean.
Bonjour, M. le ministre. Voilà, moi je suis plutôt un admirateur de M. Macron mais il y a quelque chose qui est très chiffonant, on va dire. L'inflation a été de 2,9% en 2021 où elle est actuellement de 2,9%. Les pensions des retraités n'augmentent pas de ce niveau. Je pense que les pensions des retraités devraient augmenter de 2,9% voire 3%.
Merci Jean pour cette question. Bruno Le Maire. Je vais vous répondre sur l'inflation, Jean. Nous faisons tout pour protéger les Français contre l'augmentation des prix. Plus de la moitié de ces 2,9% c'est les prix du gaz, c'est les prix de l'électricité, c'est les prix de l'essence. Donc ce qu'on a fait sur les prix de l'électricité, ce qu'on a fait sur les prix du gaz vous protège contre cette inflation et protège aussi les pensions des retraités. Donc je crois que c'est vraiment aujourd'hui la réponse la plus efficace que nous pouvons apporter face à cette flambée des prix.
Réaction, question de Suzanne sur l'appli d'Inter, sur le scandale des EHPAD, Bruno Le Maire. Hier, la directrice des EHPAD a reconnu avoir distribué 50 millions d'euros à ses actionnaires alors même qu'elle a reconnu aussi qu'il y avait moins de personnel dans les établissements publics. Est-ce que c'est normal ? Vous demande Suzanne.
Rien de ce qui se passe aujourd'hui, de ce que nous apprenons aujourd'hui n'est normal. C'est absolument révoltant. Qu'on puisse, on l'a appris avec le livre qui vient d'être publié, qu'on puisse se faire de l'argent indûment sur le dos des personnes les plus fragiles en les trompant, en exploitant leur faiblesse, il n'y a rien de plus révoltant. Donc Brigitte Bourguignon est responsable du sujet. Elle a déjà convoqué les responsables des établissements en cause. Il y a des enquêtes qui se poursuivent. Je ne vais pas anticiper ce résultat de cette enquête mais je pense que ça blesse tout le monde au plus profond parce qu'on s'attaque au plus faible de la société.
Ceux qui n'ont pas de possibilité de réagir, ceux qui ne peuvent pas se défendre. Donc il y a quelque chose de profondément écœurant et révoltant dans cette affaire. Moi je souhaite qu'on aille jusqu'au bout et que toutes les sanctions nécessaires soient données.
Deux questions rapides pour finir. Farid vous demande, vous dit que les jeunes avec Macron viennent de présenter leurs propositions notamment sur la légalisation du cannabis. Bruno Le Maire, êtes-vous plus du côté des jeunes ou plus du côté de Macron ? Je ne suis pas favorable à la légalisation du cannabis. Voilà, la réponse est claire pour Farid. dans son dernier roman « Anéantir » où vous inspirez le ministre de l'économie Bruno Juge. Michel Houellebecq prédit que dans quelques petites années, Citroën aura fait son retard et dame ralpion aux constructeurs allemands, notamment sur le segment très important du haut de gamme. Citroën, dit Houellebecq, dépassera même Audi en Inde.
Est-ce que vous pensez voir ça de votre vivant, Bruno Le Maire ?
J'espère bien et comme j'ai toujours considéré que Houellebecq avait un caractère visionnaire, je pense que ce qu'il anticipe et ce à quoi je crois profondément, c'est à cette reconquête industrielle française. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'on va avoir de nouvelles industries dans l'hydrogène, dans l'hydrogène vert, dans les semi-conducteurs, dans l'espace, on pourra développer aussi de nouvelles applications, dans les biotechnologies.
Je pense que la France a tout pour réussir en matière industrielle et s'agissant des constructeurs, que ce soit Stellantis ou Renault, ils sont en train d'accélérer sur le virage électrique, ils sont en train d'accélérer sur l'autonomie des véhicules et ils réussiront aussi bien. Sur le haut de gamme,
est-ce de la science-fiction ?
Non, ce n'est pas de la science-fiction du tout. J'étais à Dieppe, j'ai visité l'usine Alpine avec Luca Demeo, le directeur général de Renault, pardon, mais entre une Alpine et une petite sportive allemande, je préfère l'Alpine française. C'est un remarquable véhicule, je ne suis pas là pour faire du placement de produits sur Alpine, mais on sait faire de très beaux véhicules haut de gamme et le prochain SUV électrique de Renault qui sera produit à Dieppe, dans l'usine de Dieppe, par des ouvriers de Dieppe, je peux vous dire qu'il tiendra la dragée haute au SUV allemand.
Merci Bruno Le Maire, merci Monsieur le Ministre de l'économie, des finances et de la relance d'avoir été au micro d'Inter ce matin. Merci Bruno Le Maire,
Bruno Le Maire