Pouria Amirshahi
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Votre invité ce matin, Éric Delvaux, c'est Pouria Amir Chahy, député PS des Français établis hors de France. Les députés se prononceront aujourd'hui sur le budget de la sécurité sociale. Oui, on va préciser que vous êtes député socialiste frondeur. Vous êtes donc partisan d'une autre politique que celle que mène le gouvernement. Bonjour Pouria Amir Chahy. Bonjour. Pourquoi vous abstiendrez-vous aujourd'hui de voter le projet de loi de finances de la sécurité sociale ?
Le gouvernement s'abstient de retenir toutes les propositions alternatives que nous avons faites et qui sont conformes à la feuille de route présidentielle. Et en même temps, à mon avis, juste dans un moment où on demande aux plus petits de se serrer la ceinture. Ce sont des propositions d'ordre fiscal, des propositions d'ordre de la solidarité de la redistribution. Et dès lors que le gouvernement s'abstient de retenir tous nos amendements, on s'abstient de soutenir son budget. D'une certaine façon, c'est assez fidèle à ce que font nos électeurs, qui s'abstiennent aussi massivement et de plus en plus, je le regrette, aux élections.
Et vous pensez qu'aujourd'hui, il va falloir s'attendre à une abstention des députés socialistes frondeurs plus importante encore que les 39 de mardi dernier, c'est à propos de la partie recette du budget ?
C'est possible. Je ne peux pas vous donner des chiffres à l'avance. C'est un vote en conscience. Je ne peux pas exiger de mes amis 10 frondeurs, comme vous les appelez. Ça dit que vous avez fait des réunions préalables. Bien sûr, mais après, c'est un vote en conscience, un individuel, on ne fait pas de pointage. Il y a en tout cas de plus en plus de députés qui regrettent cet enfermement dans une politique qui épouse des thèses libérales qui ne marchent nulle part. Et donc, ça se dit de plus en plus. On essaie de réguler ça par des propositions. On en a fait beaucoup, notamment sur la subordination des aides qu'on donne aux entreprises à des conditions, ce qui me paraît élémentaire.
D'ailleurs, on le fait pour les familles, puisque désormais, vous avez vu qu'on a proposé aux familles que désormais, elles ne bénéficieraient des allocations que sous conditions. Et on ne le fait pas pour les entreprises, pour des sommes bien plus importantes. C'est un exemple parmi d'autres. Donc, ce que nous avons proposé, tout au long du débat budgétaire, c'est d'améliorer ça, d'amender ça, tout en gardant à chaque fois le fil du dialogue possible avec le gouvernement. Et je regrette qu'il n'ait pas tenu compte de cette attitude qui, à mon avis, était constructive, utile, et en plus financée pour chacune des mesures que nous proposions.
Alors, si le gouvernement continue à rester sourd à vos propositions, après l'abstention, jusqu'où voulez-vous aller, probablement, voter contre un projet de loi ?
En tout cas, on veut un changement de cap, un changement de politique. Je ne sais pas jusqu'à... Comment dire ? À partir de quand le gouvernement, l'exécutif, va comprendre qu'il est plus que jamais maintenant nécessaire de renouer le fil du dialogue avec sa majorité. Mais seriez-vous prêt à voter contre un projet de loi socialiste ? Ça m'est déjà arrivé. Moi, j'ai voté contre le fameux traité européen qui, je le rappelle, n'a pas été renégocié comme François Hollande s'est engagé. Et on ne le paye aujourd'hui. C'était il y a un an et demi.
S'il y a 18 mois, on nous avait écoutés, ou si François Hollande s'était écouté lui-même, d'ailleurs, en faisant respecter un engagement de campagne, on n'aurait pas cet étau imbécile, des 3% que, d'ailleurs, nous-mêmes en train de remettre en cause aujourd'hui, en allant à Berlin ou à Bruxelles, en expliquant, finalement, on ne retiendrait pas cette règle absurde que nous-mêmes, on nous a fait voter il y a 18 mois. Il m'est arrivé, donc, de voter contre un certain nombre de projets. Moi, je ne suis pas monsieur ou madame contre. J'essaie d'être utile à mon pays, d'être utile à la majorité. Je veux qu'elle réussisse.
Mais je ne le ferai pas au prix d'un passage en force sur, encore une fois, des thèses hominubilées par la baisse du coût du travail ou des économies tout azimules qui ne marchent pas. Il y a une grande contradiction à dire, d'un côté, dans des grands discours, en général, assez beaux, d'ailleurs. La France, c'est un grand pays. Il faut donc investir dans le monde de demain. Et à la fin, la phrase, s'excuser de l'investir quasiment nulle part, faute de moyens. C'est une contradiction. Donc, la question est de savoir si, en étant de disette budgétaire, on a les moyens, je crois que oui, de répartir autrement l'argent public plutôt que de le gaspiller dans la seule baisse des déficits.
Et on peut le faire en investissant dans le numérique, en investissant dans le monde écologique qui vient, en investissant dans nos équipements et dans nos grandes infrastructures. Tout ça, c'est moderne. Et la gauche moderne, c'est aussi ça.
Vous dites, je ne suis pas monsieur contre, à venir à l'Assemblée nationale, la loi Macron. Qu'est-ce que vous allez faire ?
Je ne sais pas encore. Il va la présenter. On en a quelques grandes lignes aujourd'hui. Elles sont très marquées pour l'instant par la baisse du coût du travail et par la déréglementation. Donc, ce ne sont pas des thèmes qui me vont beaucoup. Il va la présenter. On va présenter des amendements. Et je vous le dirai dans le cadre du débat parlementaire. Si la question est de savoir si sur cette loi, comme sur le traité européen, si nous ne trouvions pas d'accord, je peux être amené à la refuser, oui, mais je ne veux pas le préjuger. Je peux aussi être amené à accepter une loi qu'on aura bonifiée, améliorée dans l'intérêt des salariés.
Alors, qu'est-ce que vous voulez améliorer dans cette loi ?
Sur le marché du travail, je ne pense pas que le problème principal soit sa rigidité. Je sais que ce n'est pas très à la mode que de dire cela. Je pense que si on veut pouvoir favoriser l'emploi, l'embauche, le problème, ce n'est pas tant de libérer des secteurs qui seraient contraints. Il y en a peut-être un ou deux qui vivent de monopole indu. Mais c'est de favoriser des plans de relance, d'embauche, d'emploi, tels qu'on les a proposés dans les politiques budgétaires et dans les débats en cours actuellement, d'insister peut-être beaucoup plus sur l'accompagnement des salariés dans leur déroulement de carrière, la professionnalisation, l'intégration sur le marché du travail.
Il y a beaucoup de choses qui sont dites, faites, proposées par des syndicats, par certaines entreprises et certains entrepreneurs aussi et qui sont aussi, il suffisait juste de le relire, des éléments de la feuille de route présidentielle de 2012.
Vous l'avez dit, vous voulez mieux cibler la répartition des ados d'entreprise. C'est ce que dit aussi Martine Aubry depuis plus d'une semaine. Aujourd'hui, elle est la mieux placée pour fédérer tous ceux qu'on appelle les frondeurs.
C'est toujours le débat de personnes qui viennent vite en politique et qui tuent un peu les idées. Parce que forcément, vous rentrez dans un débat de confrontation individuelle. Moi, j'ai de la grande estime pour Martine Aubry, évidemment. Je pense que ce qu'elle dit depuis quelques jours est utile. Pas simplement parce que c'est une personne reconnue et connue. Parce que c'est autour d'elle que c'était reconstruit une reconquête, un projet, des alliances. Mais est-ce qu'elle peut être à la tête des fondeurs ? En tout cas, je ne demande pas du tout que qui que ce soit prenne la tête de quoi que ce soit.
Je me réjouis par contre que des voix fortes et utiles nous accompagnent, valident, encouragent des propositions qui, à mon avis, sont utiles.
Eh bien, merci Pouria Amir Chahiv, député socialiste des Français de l'étranger qui était ce matin l'invité de France Inter. Et bonne journée ! La stratégie des députés frondeurs, on en reparlera à 6h45. Ce sera le thème de la chronique politique de Mathieu Debriek de L'Express. Sous-titrage Société Radio-Canada
Pouria Amirshahi