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interviewBFMTV· 5 juillet 2024 23 min

Candidats agressés, menace terroriste... L'interview en intégralité de Gérald Darmanin

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Il est 8h30 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Gérald de Darmanin. Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions. Vous êtes ministre de l'Intérieur et puis vous êtes vous-même candidat dans le Nord. Avant de commencer cette interview, je voudrais rappeler les règles du jeu parce que vous êtes ce matin, Gérald de Darmanin, ici pour parler à la fois en tant que candidat et en tant que ministre de l'Intérieur. Et on va parler du national, mais pas spécifiquement de ce qui se passe dans votre circonscription. Et je le dis parce que nous devons une égalité stricte de temps de parole et donc on ne peut pas parler de ce qui se passe à l'intérieur même des circonscriptions.

C'est important juste de rappeler les règles du jeu. Je voudrais qu'on commence par la violence de cette fin de campagne, cette violence qui est débridée dans le pays. On le sent, une tension. Jérôme Fouquet, qui était mon invité sur RMC ce matin, parlait d'une France à vif. Mais ça s'est manifesté jusqu'à une violence physique vis-à-vis des candidats. J'ai essayé de faire la liste. Prisca Thévenot et son équipe à Meudon. Marie Doshi, candidate à RN, agressée en Savoie. Bernard Dupré, militant dans le camp d'Olivier Véran, agressé jeudi matin alors qu'il collait des affiches.

Une militante violemment agressée, menacée de mort à Neuilly-sur-Seine alors qu'elle collait des tracts pour le candidat à LR. Un membre de l'équipe de Thomas Messier, porte-parole du parti Horizon, qui a été agressé à Angoulême. Nicolas Conquer, candidat à LR, agressé à Cherbourg. Hervé Breuil, candidat à RN, qui a été hospitalisé après une agression à Saint-Étienne. Un militant RN, agressé sur le marché de Talence. Il y a aussi un militant écologiste qui a été agressé à Bordeaux. La liste, je pense, est non exhaustive. D'abord, est-ce que vous avez une vision précise de cette réalité de la violence ?

1:35
Gérald Darmanin

Cette campagne est courte, moins de trois semaines. Et pourtant, nous comptons déjà 51 candidats suppléants ou militants qui ont été agressés physiquement. Je ne compte même pas les agressions verbales. Chez moi, il y en a encore une il y a deux jours sur des militants. Mais c'est une agression physique, 51 personnes, et parfois une agression extrêmement grave, qui amène les gens effectivement à l'hôpital. Et donc, les services de police et de gendarmerie prennent immédiatement les plaintes. En démocratie, c'est très important que les candidats, que l'on militant, que la démocratie soient sauvegardés. Il y a eu de très nombreuses interpellations, plus d'une trentaine déjà d'interpellations.

J'espère qu'il y aura les condamnations les plus fermes.

2:08
Présentateur

Qui sont les agresseurs ?

2:09
Gérald Darmanin

Ils sont des profils extrêmement variés. Je pense que c'est assez tôt pour faire un profil type. Mais c'est souvent soit des gens spontanément énervés, ce qui montre effectivement cette France à vif qu'évoquait M. Fourquet, soit des militants politiques ou d'ultra-gauche, d'ultra-droite, d'autres formations politiques, si je veux dire. Et donc, je pense que là viendra le temps où la justice aura l'occasion sans doute de communiquer.

2:30
Présentateur

D'ultra-droite, d'ultra-gauche ? Vraiment, d'une manière, les tout derniers agressés étaient plutôt dans le camp soit du centre, soit RN. Est-ce que ça veut dire que ce sont plutôt des ultra-gauches qui agressent les ultra-droites ? Ou est-ce que, quand vous regardez la photographie de la France, on ne peut pas dire ça ?

2:48
Gérald Darmanin

C'est un peu tôt pour le dire. Il y a eu des agressions de tous les côtés. Des candidats RN qui ont été violemment agressés, des candidats de gauche qui ont été violemment agressés, une ministre, comme Prisca Tévenot, violemment agressée. Donc je pense malheureusement que c'est très partagé.

3:01
Présentateur

Ça veut dire que la politique aujourd'hui, c'est même dangereux physiquement ?

3:04
Gérald Darmanin

Je pense qu'il y a un climat de grande violence vis-à-vis de la politique, en effet, et vis-à-vis de ce qu'elle représente.

3:11
Présentateur

Il y a la question aussi des services de renseignement qui ont relevé un mot d'ordre, c'est ce que l'AFP nous révèle ce matin, un mot d'ordre, disent-ils de l'ultra-gauche, qui définit ainsi dans la note, garder les urnes, on prend la rue. Est-ce qu'il faut redouter des débordements dimanche soir, d'un camp ou de l'autre ?

3:29
Gérald Darmanin

Oui, il faut redouter des débordements dimanche. D'abord, il y a des rendez-vous devant l'Assemblée Nationale. J'ai demandé au préfet de police de les interdire. Des débordements qui, sans doute, viennent plutôt de l'ultra-gauche, quand on voit ceux qui annoncent cette manifestation à 20h à l'Assemblée Nationale. Cette manifestation est interdite ? Exactement. J'ai demandé au préfet de police à Paris de l'interdire. Et puis il y a d'autres débordements possibles dans certaines villes qu'on connaît bien, évidemment Paris, mais ça peut être le cas à Lyon, à Rennes, à Nantes, là où il y a des foyers d'ultra-droite ou d'ultra-gauche.

Et là, j'ai prédisposé, avec l'ensemble des préfets, puisque j'ai tenu une réunion cette semaine, 30 000 policiers et gendarmes, dont 5 000 pour Paris et sa banlieue, pour évidemment que ces résultats, quels qu'ils soient, soient respectés par l'ensemble du peuple français.

4:08
Présentateur

Vous avez prévu de les mobiliser jusqu'à quand ?

4:11
Gérald Darmanin

Le temps qu'il faudra. Je pense que l'expérience nous montre que la nuit qui suit un moment, une sorte de moment important pour la démocratie, c'est la nuit dimanche à lundi, puis que les choses redeviennent calmes le lendemain. Mais s'il faut tenir deux, trois jours de plus, nous tiendrons deux, trois jours de plus.

4:25
Présentateur

Et vous, Gérald Darmanin, vous serez ministre jusqu'à quand ?

4:27
Gérald Darmanin

Jusqu'à ce que le président de la République décide, ou est-ce que le Premier ministre rende sa démission ? Ma volonté, je l'ai déjà dit, c'est que si je suis élu dimanche, ce serait de pouvoir très vite représenter les habitants de la circonscription à l'Assemblée nationale.

4:39
Présentateur

Donc vous, vous dites très vite pouvoir continuer la politique telle que vous l'avez fait là ces dernières semaines. Est-ce qu'on a posé la même question à Gabriel Attal il y a deux jours avec mon confrère Benjamin Duhamel ? À cette question, remettrez-vous votre démission dimanche soir ? Gabriel Attal est resté extrêmement vague.

4:58
Gérald Darmanin

C'est le Premier ministre de remettre la démission de son gouvernement. La coutume républicaine veut qu'après des élections législatives, le gouvernement démissionne. Après, évidemment...

5:05
Présentateur

Mais précisément, c'est la question qu'on lui posait. La coutume, c'est que normalement, dès le dimanche soir, il remet sa démission. Il n'a pas du tout dit oui.

5:10
Gérald Darmanin

Ça, c'est au Premier ministre de le faire. Et évidemment, je serai solidaire du Premier ministre. Ce qui est sûr, c'est que dans la semaine qui va suivre, il y aura des changements politiques. On peut l'imaginer, quels que soient les résultats. J'espère qu'ils soient les meilleurs, évidemment, pour la majorité présidentielle, quitte à reconduire, évidemment, le Premier ministre. Moi, ma volonté, je l'ai déjà dit, c'est de pouvoir aller siéger à l'Assemblée nationale. Après, je suis ministre de l'Intérieur, en charge de la sécurité des Français. La sécurité physique, la sécurité au sens de la sécurité civile.

Il peut toujours y avoir des drames, quand on est ministre de l'Intérieur, jusqu'au dernier moment. Et donc, j'ai conscience des affaires de l'État. Et pas simplement de mon petit égo personnel, de savoir ce que je dois faire personnellement. Si le président de la République, au nom de rester quelques heures, quelques jours de plus, le temps de former un gouvernement, je le ferai. C'est ce qu'on appelle les affaires courantes. Voilà. Et je serai à mon poste de ministre de l'Intérieur, parce que j'ai conscience de l'intérêt général et de mon pays et de sa sécurité.

Mais ma volonté n'est pas de continuer mon poste ministériel, dans les conditions qui semblent se dessiner aujourd'hui à l'Assemblée nationale.

6:05
Présentateur

Alors, quand vous dites les conditions qui semblent se dessiner, j'imagine que vous faites référence à cette grande coalition qui commence à être évoquée, évoquée autant d'ailleurs à gauche qu'au centre ou peut-être même à droite, l'idée de gouverner avec des gens comme François Hollande, François Ruffin, Olivier Faure, Marine Tondelier ou alors des élus de droite. Est-ce que vous pourriez accepter une telle coalition ? Est-ce que vous-même, vous accepteriez d'en faire partie ?

6:32
Gérald Darmanin

Il y a plusieurs choses. Si vous me parlez, moi, personnellement, la réponse est non. Non. Non, je pense qu'il faut attendre dimanche, voir ce que les électeurs vont voter et entendre ce qu'ils vont dire. La dissolution, c'est fait pour écouter les électeurs. Et donc, je ne pense pas qu'il faille contourner le vote des électeurs. Voilà, on verra qui va gagner dimanche. Je pense que ça, c'est très important. Ensuite, que le président de la République, parce que, vous savez, la Ve République est bien faite, c'est lui qui nomme le Premier ministre, ce n'est pas l'Assemblée nationale.

Et il doit prendre en compte, dit le discours de Bayeux et du général de Gaulle, les nuances de l'Assemblée nationale. Donc, que lui compose un gouvernement, c'est son rôle institutionnel. Et c'est tant mieux. Et je soutiendrai le président de la République. Cependant, voilà, moi, je pense qu'il faut d'abord regarder ce qui se passe dimanche, que le parti qui a gagné les élections dimanche doit pouvoir gouverner notre pays, parce que c'est comme ça, c'est la démocratie, et que ça ne sert à rien de faire, me semble-t-il, un certain nombre de calculs avant que les électeurs aient voté dimanche.

7:27
Présentateur

Il y a plusieurs choses dans ce que vous dites. Vous dites qu'il faut écouter les électeurs, il ne faut pas contourner la démocratie. Est-ce que vous avez le sentiment que cette semaine, les réponses qui ont été apportées au vote du premier tour sont celles-là, sont celles d'une écoute ?

7:42
Gérald Darmanin

En tout cas, le président de la République, il a évoqué clairement qu'il ne ferait pas de gouvernement avec l'extrême-gauche, avec l'EFI. Je m'en félicite et je l'ai toujours entendu dire ça. D'ailleurs, on prête beaucoup de mots au président de la République. Je n'ai jamais entendu parler d'un contentement de la démocratie. Il a toujours dit qu'il faisait cette dissolution pour la clarification. Donc je pense qu'il ne faudrait pas être l'éménate ou le perroquet du président de la République et lui faire dire ce qu'il n'a pas dit. Moi, je ne l'ai jamais entendu dire autre chose que « j'écouterais les Français ».

Et tant mieux, parce que c'est pour ça qu'on fait la dissolution de l'Assemblée nationale. Ensuite, moi, je pense qu'il faut faire barrage au Rassemblement national, qui en effet peut avoir la majorité absolue dans notre pays. C'est une chose entendue. Et moi, j'ai toujours été militant contre le Rassemblement national depuis 20 ans que je suis militant dans le Nord, que ce soit avec Xavier Bertrand ou que ce soit auprès de Nicolas Sarkozy ou du président de la République. En revanche, moi, personnellement, je ne mettrais pas de bulletin de vote la France insoumise dans l'urne. Parce que je ne pense pas qu'on combatte l'extrême droite avec l'extrême gauche.

8:32
Présentateur

Donc vous, vous dites ni RN ni LFI. Je n'ai pas tout à fait entendu ça dans la bouche du Premier ministre qui dit « tout sauf le RN, point ».

8:42
Gérald Darmanin

Et nous avons une légère différence avec le Premier ministre. Nous sommes d'accord ensemble pour que la majorité gagne. Nous sommes d'accord ensemble pour faire barrage au Rassemblement national. Moi, je ne mettrais pas, si j'avais un duel RN-LFI là où j'habitais, je ne mettrais pas un bulletin de vote la France insoumise. J'aime trop la police, j'aime trop les policiers, j'aime trop les gendarmes, j'aime trop l'État pour pouvoir mettre un bulletin de vote la France insoumise. Si la France insoumise faisait un certain nombre de démarches, de dénonciations de ses excès, je pense à M. Ruffin qui quitte la France insoumise par exemple, ou à M.

Corbière qui a quitté ou qui s'est fait virer la France insoumise. Mais dont j'ai pu constater avec M. Corbière qu'on pouvait avoir un échange républicain, voilà, ce sont des personnes avec lesquelles, face au Rassemblement national, nous pourrions discuter. Mais je crois qu'il y a des personnes à la France insoumise qui sont infréquentables.

9:29
Présentateur

Infréquentables. Gérald Darmanin, quand vous dites la raison principale, c'est aussi que j'aime trop les policiers, je voudrais vous interroger sur un échange qui a eu lieu chez mes confrères de France Inter. C'était il y a deux jours, Gabriel Attal était invité, et il a été confronté au témoignage d'un policier qui téléphonnait. Il s'appelle Stéphane, policier qui se présentait comme un policier républicain, je cite, et qu'on sentait en plein désarroi. Il a même parlé d'un gâchis. Il dit je ne veux pas voter RN, mais je ne veux pas non plus voter LFI qui est un parti anti-policier.

Et Gabriel Attal, lui a répondu que même si ça ne faisait pas plaisir, que s'il fallait battre le RN avec un bulletin de vote LFI, c'était quand même ce qu'il fallait faire. Qu'est-ce que vous, vous auriez répondu à Stéphane ?

10:11
Gérald Darmanin

Je n'ai pas écouté cette séquence sur France Inter, je vous fais confiance par principe. Moi, je peux comprendre les policiers, d'abord je ne voterai pas LFI non plus, quand on fait des manifestations pour dire que la police tue, comme M. Mélenchon, lorsqu'on dit suicidez-vous dans certaines manifestations que l'on cautionne aux policiers, quand on connaît le drame du suicide en général et dans la police et dans la gendarmerie en particulier, lorsqu'on est avec ceux qui envoient des boules de pétanque et des haches à la tête des gendarmes de Sainte-Séline, on ne peut pas voter pour ces gens-là.

La gauche républicaine, les électeurs de gauche, nous pouvons nous mettre d'accord pour la République ensemble. Évidemment, des socialistes, des communistes, des écologistes, on peut tout à fait discuter avec eux et lutter contre le Rassemblement national ensemble. Mais la France insoumise, je crois, a dépassé un certain nombre de critères républicains, et notamment celui de respecter ces policiers et ces gendarmes. Et j'ai été pendant 4 ans le patron des policiers et des gendarmes. Je les ai soutenus. J'ai parfois été dur.

11:04
Présentateur

Vous l'êtes toujours au moment où on parle.

11:05
Gérald Darmanin

Oui, parce que je ne suis pas propriétaire de mon poste et je peux, du jour au lendemain, ne plus l'être. Et lundi, sans doute, des choses ne changeront. Mais moi, j'étais très fier d'être le patron des policiers et des gendarmes. Je les ai soutenus. Il y a eu des moments difficiles. J'ai parfois été dur. J'ai parfois exclu des policiers d'uniforme de la République parce qu'ils ne le respectaient pas. Mais jamais je ne leur tirerai dans le dos. Et je ne peux pas voter la France insoumise parce que ce qu'ils ont fait aux policiers et aux gendarmes, à leur famille, à leur honneur, ça empêche, me semble-t-il, de pouvoir combattre l'extrême droite avec les méthodes de l'extrême gauche.

11:33
Présentateur

Est-ce qu'il y a pour vous une forme de désir, de chaos ? Vous évoquiez des gens infréquentables. Vous pensez à Jean-Luc Mélenchon en particulier ?

11:42
Gérald Darmanin

– Monsieur Mélenchon est perdu pour la cause depuis très longtemps. Et à chaque fois que Monsieur Mélenchon parle, il fait gagner malheureusement des points pour le Rassemblement national. Et vous savez, c'est inquiétant de ne pas voir la tactique de Monsieur Mélenchon. Hier, en appelant au départ du président de la République, avant même que le second tour, avant même que les électeurs, c'est quel manque de respect pour eux, n'aient pu se prononcer, Monsieur Mélenchon ne veut que le chaos. Et en fait, il ne veut absolument pas gouverner, il ne veut absolument pas faire avancer des idées, il se moque de ses propres électeurs. Ce qui l'intéresse, c'est le chaos.

Vous savez, c'est la chanson d'Eddie Mitchell, Monsieur Mélenchon. « Je me sens mieux quand je me sens mal ». Il faut que tout aille mal pour qu'il se sente bien. Et je pense que c'est une position qui est foncièrement contraire à nos institutions et à la République.

12:20
Présentateur

– Vous faites référence à la déclaration de Jean-Luc Mélenchon hier, qui dit qu'il n'y a pas de majorité, la solution pour sortir de l'impasse, c'est qu'il s'en aille, il, c'est Emmanuel Macron.

12:30
Gérald Darmanin

– Oui, mais ça s'appelle un coup de force institutionnel, c'est de la violence politique. Ce n'est pas la démocratie. Mais quand on a comme modèle l'Amérique du Sud, le Venezuela ou Cuba, c'est normal qu'on raisonne comme un putschiste. Donc Monsieur Mélenchon, en faisant ça, se déshonneure de sa pratique institutionnelle. Lui qui a été sénateur pendant plus de 20 ans, sénateur, je ne peux pas dire que ce soit la plus grande révolution institutionnelle du monde d'être sénateur. Monsieur Mélenchon ne fait que des prises de parole, malheureusement, et a transformé la France insoumise, sans doute avec des militants qui sont des gens honnêtes et très à gauche et que je respecte.

Mais l'institution France insoumise, les candidats France insoumise, acceptent un schéma de pensée qui est le chaos institutionnel.

13:07
Présentateur

– Et en même temps, vous serez bien content d'avoir leur voix ?

13:10
Gérald Darmanin

– Non, non, non. Vous savez, il y a deux ans…

13:12
Présentateur

– Ils se sont désistés, je précise quand même que la candidate LFI s'est désistée pour vous et elle appelle à voter pour vous.

13:18
Gérald Darmanin

– J'étais promis au premier tour et j'avais plus de 4000 voix d'avance sur la France.

13:21
Présentateur

– Ce que vous voulez dire, c'est que vous ne leur avez rien demandé ?

13:23
Gérald Darmanin

– Exactement, et je ne souhaite pas que la France insoumise puisse appeler à voter pour moi, quoi que ce soit, je l'ai dit dès le lendemain, où j'ai appris ce désistement. – Pourquoi ils le font alors ? – Je pense que c'est… Vous voyez bien qu'ils ne pouvaient pas gagner chez moi, de toute façon, j'étais arrivé premier dans une circonscription très populaire. Je suis le seul à pouvoir battre le Rassemblement national, c'est ça la vérité. Partout où il y a du Rassemblement national face à LFI, on voit bien que malheureusement le Rassemblement national pourrait gagner. Pourquoi ? Parce que la France insoumise, malheureusement, n'est pas un parti qui inspire confiance aujourd'hui.

Et je constate que l'extrême gauche s'est perdue, s'est perdue complètement. La vérité, aujourd'hui, c'est que seuls nous, une droite républicaine, une gauche républicaine, seuls nous pouvons battre le Rassemblement national. Nous avons failli un certain nombre de politiques, sinon on n'en serait pas là. On a sans doute fait de nombreuses erreurs, sinon on n'en serait pas là. Mais seuls les candidats, aujourd'hui la majorité présidentielle, peuvent battre le Rassemblement national. Alors aujourd'hui, il faut bien voir ce que fait M. Mélenchon. Il crée, ce qu'il a créé depuis plusieurs mois, maintenant plusieurs années, une sorte de bordélisation, de coup de force institutionnel.

Et je ne peux pas voter pour un candidat de la France insoumise. Voilà. On ne combat pas l'extrême droite par l'extrême gauche.

14:23
Présentateur

– Est-ce que le macronisme s'est fini ? C'est-à-dire que quand je vous écoute, vous dites, oui, on est en un petit désaccord avec Gabriel Attal, mais en fait, on a l'impression que chacun rentre chez soi. C'est-à-dire que Gabriel Attal, il venait de la gauche, et finalement, aujourd'hui, il a un mot d'ordre qui est proche de celui d'Olivier Faure. Vous, vous venez de la droite, et vous avez finalement le même mot d'ordre, c'est-à-dire ni RN, ni LFI, que Édouard Philippe, que Bruno Le Maire, que tous ceux qui venaient de la droite. Au fond, le macronisme n'existe plus.

14:51
Gérald Darmanin

– Je ne pense pas que le macronisme, ce soit une consigne de vote. D'ailleurs, je pense que tous ceux qui…

14:55
Présentateur

– Non, mais c'était au moins qu'ensemble, vous ayez à peu près la même vision.

14:58
Gérald Darmanin

– On est d'accord sur la même politique économique. Nous avons fait baisser le chômage considérablement. Il y a eu 10 points de chômage au moins dans ma ville. Des milliers d'emplois, des milliers d'emplois retrouvés. Je pense qu'on a pu mettre énormément de moyens aux armées, énormément de moyens pour le coup dans la police, énormément de moyens pour aider la France à aller mieux. Il y a eu des choses qui ne sont pas bien passées, et des choses qui sont bien passées.

Qui peut penser que le président de la République, on n'a pas été fiers de lui lorsqu'il n'a pas géré le Covid, en permettant aux Français de s'en sortir parmi les meilleurs pays du monde, ou sa position très courageuse face à Vladimir Poutine. Ce que nous pouvons constater en revanche, c'est qu'on n'est peut-être pas tout à fait d'accord avec la manière dont on fait de la politique. Moi, je suis un élu de province, j'ai toujours été un élu de province. Je pense que j'ai le bon sens comme boussole, et je pense par exemple que les consignes de vote, ça énerve tout le monde.

15:40
Présentateur

– Est-ce que ça veut dire qu'eux n'ont plus ce bon sens ?

15:42
Gérald Darmanin

– Moi, je constate que je suis de province, et que les consignes de vote, il suffit de discuter avec les gens disent comment voter, ils sont grands les Français, ils votent pour qui le souhaitent, aux Européennes, au premier tour des législatives, au second tour des législatives. Le débat démocratique et médiatique, c'est de les éclairer, bien sûr, sur ce choix. Mais ensuite, ils votent pour qui le souhaitent, ils n'ont besoin de personne pour leur tenir la main, et surtout pas de perdre la morale.

16:03
Présentateur

– Mais vous dites, moi je ne crois pas aux consignes de vote. – C'est les Français qui n'y croient pas. – Il ne me semble pas pour autant que Gabriel Attal ait donné à proprement parler, ou en tout cas, il s'en garde, il dit, je n'ai pas donné de consignes de vote, mais il dit, tout sauf le RN. Et effectivement, malgré tout, quand il répond à Stéphane, le policier, il dit, il parle d'un bulletin à mettre dans l'urne pour battre…

16:25
Gérald Darmanin

– Je n'ai pas parlé de Gabriel Attal, je parle des pères de la morale qui prennent la parole et qui ne sont même pas élus. Gabriel Attal fait une campagne formidable au service de la majorité, elle est difficile, comme nous tous nous combattons le Rassemblement national et l'EFI. Je parle de tous ceux qui, de Paris, sans doute, bien installés, souvent donnent des consignes de vote aux électeurs.

16:44
Présentateur

– Et vous avez d'ailleurs dit qu'il serait important de respecter la démocratie. Est-ce que ça veut dire que vous considérez que si le RN arrive en tête des suffrages, il est impensable que le RN ne soit pas celui qui gouverne ?

17:00
Gérald Darmanin

– Je ne suis pas le président de la République, mais si le RN devait gagner dimanche, ce que je ne souhaite absolument pas.

17:05
Présentateur

– Mais même en cas de majorité relative…

17:07
Gérald Darmanin

– Mais attendez, qu'est-ce qu'on a fait, nous ? On a gouverné pendant deux ans avec une majorité relative. Qu'a fait le général de Gaulle en 1958 ? Il a dirigé avec une majorité relative, il a fait des grandes choses pour la France. Qu'a fait Michel Rocard ? Il a gouverné avec une majorité relative. Ça veut dire quoi ? Le RN gagnerait les élections ? Et parce qu'il leur manquerait quelques députés pour avoir les pleins pouvoirs, il ferait ce qu'on appelle la désertion ? Bon, ce n'est pas raisonnable. Dans ces cas-là, c'est vraiment dire que le RN, c'est des gens foutres. Bon, ce n'est pas le cas, sans doute, j'imagine.

Parce que quand on se présente aux élections des Français, lorsqu'on déplace des millions de Français pour voter pour soi, lorsqu'on a autant de bagouts et peut-être même de prétentions désormais que M. Bardella, on assume les charges du pouvoir. On n'est pas déserteur. Donc si jamais le dimanche prochain, le RN devait gagner les élections, évidemment que le contreparti de « j'ai gagné une élection », c'est « je gouverne ». Bien sûr. Sinon, ça n'a aucun sens ce que nous faisons. Et moi, je dis à mes amis politiques qu'il faut évidemment combattre jusqu'à dimanche soir le Rassemblement national. Je le ferai chez moi et je l'ai toujours fait, dans une terre difficile, populaire.

Mais il faut évidemment regarder les règles de la démocratie telles qu'elles sont. Et ceux qui gagnent doivent gouverner.

18:06
Présentateur

– C'est qui vos amis politiques ? Avec qui vous imaginez la suite pour vous, Gérald Darmanin ?

18:11
Gérald Darmanin

– Avec le Premier ministre, avec tous ceux qui composent aujourd'hui le gouvernement et la majorité.

18:15
Présentateur

– Est-ce que ça veut dire qu'ensuite, on peut reconstituer une forme de macronisme ? Ou est-ce que ça veut dire qu'il faut recréer une grande droite avec Édouard Philippe, Bruno Le Maire,

18:23
Gérald Darmanin

dont on parlait tout à l'heure, Xavier Bertrand ? – Alors, Xavier Bertrand est un homme de bien. Chacun sait que je soutiens Xavier Bertrand dans ma région et que je l'aime beaucoup. J'étais son collaborateur.

18:31
Présentateur

– Mais pourtant, il est resté du côté de LR. Est-ce que vous pourriez reconstituer ensemble une forme de…

18:37
Gérald Darmanin

– Il ne faut pas dire que les Républicains se portent bien non plus. Donc aujourd'hui, nous devons sans doute réfléchir à reconstruire la suite. Mais moi, d'abord, je voudrais dire un mot pour le président de la République. Il est de bon ton désormais d'en dire beaucoup de mal et de le critiquer. Pendant ces temps, j'ai été son ministre. Je suis sans doute un de ses plus vieux ministres, si je veux dire, malgré mon jeune âge de 41 ans. Parce qu'à 41 ans, j'espère qu'on est encore extrêmement jeunes. – Moi aussi. – Qu'est-ce qui se passe aujourd'hui ? Il y a beaucoup de gens qui, parce que le président de la République est faible, le critiquent.

Moi, il y a un an, il y a deux ans, il y a trois ans, j'ai porté un certain nombre de critiques à l'action que nous menions collectivement, notamment sur le plan économique et social. J'avais fait ma rentrée à Tourcoing. Je me rappelle m'être fait beaucoup disputer, embêter à l'époque. Mais aujourd'hui, quand le président de la République a plus de difficultés, il faut le soutenir. Tous ceux qui demandaient des places à l'époque, pourquoi le critiquent-ils aujourd'hui dans les journaux ? Moi, je veux dire que le président de la République est un grand président de la République. Il est courageux.

Et justement, il a pris une position extrêmement gaullienne, celle de la dissolution, d'écouter les Français. Il n'y a pas d'état d'âme, il faut des états de service, comme il le dit lui-même. Aujourd'hui, il est de bon ton de critiquer le président de la République parce que c'est difficile de le défendre dans la rue. C'est vrai que c'est difficile. Mais moi, j'ai défendu Nicolas Sarkozy, c'était difficile aussi. J'ai défendu Jacques Chirac quand j'étais militant, c'était difficile aussi. Dans mon bureau, j'ai une affiche de Gaulle disant « ça suffit ». C'est ce qu'on disait de Gaulle en mai 68. C'était difficile de soutenir le général de Gaulle. Je pense qu'il faut avoir un peu de courage.

Moi, je suis fier d'être dans le gouvernement du président de la République. C'est un grand président. Et je suis sûr que chacun le verra. Il peut avoir un peu d'usure de pouvoir, il peut y avoir des difficultés, on peut avoir fait des erreurs, mais il ne vaut pas les villénie qu'on lui dit de lui.

20:03
Présentateur

Gérald Darmanin, il y a devant nous l'échéance du 14 juillet, l'échéance des Jeux olympiques. La menace terroriste reste extrêmement élevée. On est toujours en urgence-attentat, c'est-à-dire le niveau le plus élevé du plan Vigipirate. On en est où de cette menace ? Et qu'est-ce que vous pouvez dire aux Français là-dessus ?

20:23
Gérald Darmanin

La menace reste extrêmement forte. Ces derniers jours, nous ne l'avons pas rendu public parce que justement, nous sommes en campagne électorale, mais nous avons interpellé des personnes qui pourraient avoir mis dans leur tête et en place des attentats terroristes.

20:37
Présentateur

Ça veut dire que vous avez déjoué ?

20:39
Gérald Darmanin

Il y a eu plusieurs interpellations.

20:41
Présentateur

Vous pouvez nous dire combien ?

20:43
Gérald Darmanin

On aura plusieurs dans deux endroits différents, dans lesquels nous avions un doute très important. Pour les gens, ils sont interpellés, ils sont remis en ce moment même au service de justice. Je constate que le relais de la flamme se passe très bien. Vous savez, c'est 4 millions de personnes, le relais de la flamme. C'est énormément de monde. Il y a eu plus de 40 étapes à travers la France, à travers l'Outre-mer, à travers la France hexagonale.

21:02
Présentateur

Pardon, mais ils projetaient quoi, ceux que vous avez arrêtés ?

21:04
Gérald Darmanin

Comme tous ceux qui veulent faire du mal à la France, ils projetaient sans doute des actions que nous pourrions, nous, qualifier de terroristes, mais qui juridiquement doivent être qualifiées de terroristes par le parquet national antiterroriste. Mais comme on l'a fait à Saint-Etienne, il y a, vous le savez, un mois, puisque là, pour le coup, le parquet l'a qualifié lui-même d'organisation terroriste pour s'en prendre à des supporters qui auraient été aux matchs de football lors des Jeux olympiques. Donc nous préparons évidemment, en même temps que ces élections, la sécurité de ces grands événements, bien sûr.

Mais vous savez, l'action terroriste, elle ne se déroule pas que pendant les Jeux olympiques. Elle pourrait se dérouler à n'importe quel moment, on le sait tous. Et donc nous sommes particulièrement vigilants. Et heureusement, nous continuons à travailler au ministère de l'Intérieur pour protéger les Français.

21:41
Présentateur

Je vous repose la question. Vous avez parlé de plusieurs arrestations, au moins en deux endroits différents. S'agissait-il de deux projets distincts ou d'un seul et même projet d'attache ?

21:50
Gérald Darmanin

Il s'agirait, je mets du conditionnel, de deux projets distincts.

21:52
Présentateur

De deux projets distincts. Le niveau plan Vigipirate-Ecarlate est maintenu ?

21:57
Gérald Darmanin

Oui, et il doit être maintenu au moins jusqu'aux Jeux olympiques. Et les Jeux olympiques, ça s'arrête mid-septembre avec les Jeux paralympiques. Je voudrais le rappeler aux Français, puisque nous avons quand même des centaines de milliers de personnes qui viendront fin août, début septembre notamment à Paris.

22:08
Présentateur

La tentation d'un gouvernement qui dure tout l'été, est-ce que vous pourriez le comprendre ?

22:14
Gérald Darmanin

Mais d'abord, on va regarder l'élection de dimanche. Et le président de la République en tira des conséquences institutionnelles. C'est ça, la cinquième République, je suis resté gaulliste. Et par ailleurs, quand on est ministre de l'Intérieur, quand on est ministre en général, et ministre de l'Intérieur en particulier, il y a à regarder sa petite personne de loin et à s'occuper des affaires de l'État. Si pour des raisons d'intérêt général et de protection des Français, il faut que je reste quelques jours de plus à la demande du président de la République, je resterai à mon poste. Voilà. Et parce que je pense que c'est la fonction qu'on attend de moi.

Mais je veux vous dire que par ailleurs, quand on regardera les élections dimanche, s'il y a un camp à gagner, il faudrait que ce camp gouverne.

22:48
Présentateur

Merci Gérald Darmanin d'être venu répondre à mes questions en ce dernier jour de campagne. Gérald Darmanin, toujours ministre de l'Intérieur et candidat dans le Nord. Il est 8h52 sur RMC BFM TV.