Apprendre à lire dès la maternelle : le combat de Céline Alvarez pour l'égalité des chances
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 85 %Attaque 5 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:52OuverteRéponse directe
Pourquoi il faut apprendre à lire en maternelle ?
- 1:09OuverteRéponse directe
Pourquoi faudrait-il apprendre à lire en maternelle alors qu'on n'y arrive déjà pas toujours au CP ?
- 3:34OuverteRéponse directe
En quoi votre méthode pourrait changer la donne ?
- 4:08OuverteRéponse directe
Pourquoi bien savoir lire est le facteur le plus influent sur la réussite scolaire ?
- 6:07OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui ne va pas aujourd'hui dans l'apprentissage de la lecture au CP ?
- 6:34OuverteRéponse directe
Votre méthode pourrait-elle gommer les différences sociologiques entre enfants ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:29PrésentateurChiffre
« En fin de CP, nous avons près d'un enfant sur deux qui n'atteint pas les attendus minimaux en termes de fluidité et d'autonomie en lecture. »
- 1:45PrésentateurChiffre
« Dans les endroits les plus défavorisés, en Réplus, ce sont 80% d'enfants qui ne savent pas lire correctement en quatrième. »
- 2:43PrésentateurChiffre
« Un petit élève français doit assimiler douze façons d'orthographier le S. »
- 3:00PrésentateurChiffre
« En France, on a 250 graphies à apprendre. »
- 3:23PrésentateurChiffre
« Savoir lire des mots à cinq ans en maternelle est un meilleur prédicteur que le niveau de langage oral et que le score de QI pour la réussite en lecture. »
- 3:37InvitéFait
« On a la prochaine enquête PISA qui évalue le niveau des élèves de l'OCDE qui va sortir le 8 septembre qui devrait, de nouveau, nous plonger un peu la tête sous l'eau. »
- 5:50PrésentateurFait
« Quand un enfant de milieu défavorisé utilise ces procédés, il a de meilleurs résultats sur sa trajectoire scolaire qu'un enfant de milieu favorisé qui n'utiliserait pas la bonne méthode ou trop tard. »
- 8:59PrésentateurFait
« Il y a eu un rapport de la cour des comptes qui a été publié l'année dernière. »
- 12:18PrésentateurFait
« Nous avons enseigné plus longtemps la lecture en maternelle que l'inverse. »
- 23:04PrésentateurFait
« Quand lire est facile, aimer lire advient. »
Temps de parole
- Présentateur61 %
- Invité19 %
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France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, La Grande Matinale.
Apprendre à lire dès la maternelle. Et si c'était ça la clé de la réussite scolaire à une semaine de la rentrée des classes, notre invitée en est convaincue. Elle qui s'est fait connaître du monde de l'éducation et de tous ceux qui s'intéressent à la pédagogie. Il y a dix ans avec les lois naturelles de l'enfant, un essai vendu à 300 000 exemplaires, elle y racontait son expérimentation dans une classe de maternelle à Genevilliers avec des enfants de 3 à 5 ans, inspirés des travaux de Maria Montessori, enrichis des dernières découvertes neuroscientifiques. Les résultats étaient là, des enfants de 4 ans entraient dans la lecture. Bonjour Céline Alvarez. Bonjour.
Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter. Vous êtes donc pédagogue et vous publiez ce nouveau livre aux éditions Les Arènes. Pourquoi il faut apprendre à lire en maternelle ? C'est une interpellation. Chers auditeurs, appelez-nous ou posez vos questions. Réagissez au 01 45 24 7000 ou sur l'application Radio France. Pour commencer, Céline Alvarez, une question très simple. Pourquoi faudrait-il apprendre à lire en maternelle alors qu'on n'y arrive déjà pas toujours au CP ?
Eh bien justement, c'est parce qu'on n'y arrive pas toujours au CP et qu'il faut commencer un petit peu plus tôt. Effectivement, en fin de CP, nous avons près d'un enfant sur deux qui n'atteint pas les attendus minimaux en termes de fluidité et d'autonomie en lecture. Et c'est une difficulté qui va s'installer et s'accroître tout au long de la trajectoire scolaire. Ensuite, ces 50% d'enfants qui paraissent qu'ils n'atteignent pas les attendus en fin de CM2, ils sont plus d'un sur d'un quatrième à ne pas savoir lire correctement dans les hors éducation prioritaire. Et dans les endroits les plus défavorisés, en Réplus, ce sont 80% d'enfants qui ne savent pas lire correctement en quatrième.
Donc ça, ce sont les résultats des évaluations nationales. Et donc, c'est parce qu'effectivement, il ne faut pas louper la marche du CP. Il faut impérativement, en fin de CP, être décodeur autonome pour ensuite pouvoir accéder à tous les autres domaines d'apprentissage, comprendre les énoncés les plus basiques. Et il se trouve que notre langue, pour que tous les enfants puissent réussir à atteindre ces objectifs-là, il faut prendre en compte l'opacité de notre langue. Donc vous dites un an, c'est trop court. Le CP, c'est trop court. Exactement. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est la recherche. Il se trouve qu'on a un système orthographique très complexe.
Nous n'avons pas une langue dite transparente, comme le finnois, l'espagnol, l'italien, où pour un son, nous avons un signe. Il y a une trentaine... Vous voudrez l'exemple du S, par exemple, où un petit élève français doit assimiler douze façons d'orthographier le S. Exactement. Là, au cours, son équivalent finlandais, c'est beaucoup plus facile. Voilà. En Finlande, un son, un signe. Il y avait un signe à apprendre pour être décodeur autonome. En France, ils sont lecteurs en quelques mois. En France, on a 250 graphies à apprendre. C'est tout autre chose. Et la recherche montre bien qu'une seule année n'est pas suffisante pour apprendre ces signes-là.
Et donc, elle nous encourage à commencer plus tôt. On sait, par exemple, une méta-analyse l'a montré. Donc, une méta-analyse, c'est une synthèse de milliers d'études. Donc, ce sont des résultats qui sont indiscutables. Que savoir lire des mots à cinq ans en maternelle est un meilleur prédicteur que le niveau de langage oral et que le score de QI pour la réussite en lecture. Savoir lire des mots à cinq ans.
Alors, le constat, vous venez de le rappeler, il est assez désespérant pour notre système éducatif. On a la prochaine enquête PISA qui évalue le niveau des élèves de l'OCDE qui va sortir le 8 septembre qui devrait, de nouveau, nous plonger un peu la tête sous l'eau en nous expliquant qu'on est très, très, très loin derrière un certain nombre de grands pays. Notre système éducatif produit de l'échec, des inégalités. Ça aussi, le constat est à peu près partagé. En quoi est-ce que votre méthode, votre théorie pourrait changer la donne ?
Parce que bien savoir lire est le facteur le plus influent sur la réussite scolaire et bien plus que le milieu de naissance de l'enfant. Ça, on le sait de manière assez rationnelle, c'est du pur bon sens, mais on ne sait pas encore activer les bons leviers pour que tous les enfants, tous les enfants, et notamment les enfants issus des milieux les plus défavorisés ou à risque, soient capables de lire et de démélir. Pourtant, ces leviers, on les a déjà, on les a depuis plus de 20 ans et c'est là où on est un tournant historique dans l'histoire de l'enseignement de la pédagogie en France.
C'est qu'avant, ça fait 150 ans qu'on ne sait pas vraiment, comment dire, de manière un peu caricaturale, on a enfin la bonne temporalité et les bons procédés pour permettre à tous les enfants d'entrer dans la lecture. Et on va rentrer dans le détail de votre méthode, de la façon aussi dont l'éducation nationale reçoit ce que vous proposez, mais c'est important ce que vous venez de dire, Céline Alvarez.
Ça veut dire qu'avec votre méthode, et là c'est vrai qu'il peut y avoir une forme d'interrogation, on est à même de gommer les différences de niveau sociologique qu'il y aurait entre un jeune écolier, fils d'ouvrier et un jeune écolier, fils de cadre, simplement en utilisant la méthode de Céline Alvarez.
Alors, si vous voulez utiliser la mienne, c'est très bien, mais simplement en utilisant les procédés mis en lumière par la recherche que moi j'utilise dans mon travail, c'est-à-dire apprendre le son des lettres et après manipuler le code alphabétique, donc grâce au son des lettres, grâce à des lettres mobiles où les enfants vont composer des mots et ensuite décoder des petits mots, voilà, des choses aussi simples que ça, qu'on commence de manière plus précoce que ce qu'on fait actuellement, eh bien oui, on gomme les inégalités. Il y a beaucoup d'études, j'en parle dans mon livre, je les cite, elles sont toutes sourcées.
Quand un enfant de milieu défavorisé utilise ces procédés, il a de meilleurs résultats sur sa trajectoire scolaire qu'un enfant de milieu favorisé qui n'utiliserait pas la bonne méthode ou trop tard.
Alors, qu'est-ce qui ne va pas aujourd'hui en fait ? Pourquoi est-ce que ça ne marche pas cet apprentissage de la lecture tel qu'il est enseigné aujourd'hui au CP ? Parce que vous dites donc qu'il n'y a pas assez de temps mais parce que la méthode également n'est pas la bonne ? On est quoi dans une réflexion dogmatique ? On a dans une tribune très intéressante publiée la semaine dernière dans Les Echos, on a l'ancien directeur de l'Académie de Paris et un expert des systèmes éducatifs qui disent la chose suivante au nom d'intuition ou de mode nous nous sommes égarés dans une pédagogie proche de la médecine de Molière tâtonnante, arrogante et peu fondée scientifiquement.
Ça c'est quelque chose que vous reprendriez à votre compte ? On ne laisse pas assez la place à la science ?
On avance mais on ne laisse pas assez la place à la science très clairement. Il y a une enquête qui a été menée de grande ampleur. Le CESN, le Conseil scientifique de l'éducation nationale a fait une note à ce sujet qui montre que seuls 5% des classes en CP effectivement utilisent la méthode la plus efficace qui est 100% basée sur le code 100% décodable sans introduction de mots à apprendre par cœur. Donc ça c'est un autre sujet. C'est un autre sujet.
Mon sujet c'est de dire qu'au-delà de ce qui va être proposé en CP c'est que si on faisait les choses en maternelle telles que la recherche nous invite à le faire pour les langues opaques parce qu'on ne peut plus continuer à enseigner notre langue comme si nous avions une langue transparente. C'est ça qui crée des difficultés. C'est ça qui crée des inégalités parce que pendant que puisqu'il n'y a pas assez de temps en CP ce temps doit être trouvé à la maison et donc c'est là où on a un facteur d'inégalité délirant en fait. Et c'est là où selon vous il faut changer les choses.
D'un mot avant d'aller au standard vous savez le reproche qui vous est souvent fait Céline Alvarez c'est celui de pousser pour une méthode qui sur-stimulerait les enfants à la maternelle là où à la maternelle on doit apprendre à bien se comporter à apprendre les codes du vivre ensemble. Qu'est-ce que vous répondez à cette critique-là ? Je réponds que c'est tout à fait vrai il faut absolument pouvoir promouvoir la maternelle est un lieu est un endroit de jeu de liberté de sociabilité etc. Ça c'est évident c'est aussi un lieu il faut en avoir bien conscience où nous pouvons avoir le plus d'impact sur la trajectoire scolaire des enfants et notamment des enfants les plus défavorisés.
Le langage oral est important la créativité est importante Et donc cela dit il vaut mieux attendre avant d'apprendre à lire et ce n'est pas le lieu la maternelle n'est pas le lieu pour.
C'est aussi le lieu pour parce que comme je vous le dis la capacité à décoder des mots très simples dès la maternelle est un des prédicteurs majeurs dans la langue qui est la nôtre qui est avec une complexité orthographique particulièrement difficile et donc on ne peut pas faire l'impasse on ne peut plus faire l'impasse aujourd'hui nous sommes un des derniers pays en termes d'égalité des chances nous sommes un des derniers pays au niveau européen nous sommes un des derniers pays en termes de compétences des enfants c'est pas moi qui le dit il y a eu un rapport de la cour des comptes qui a été publié l'année dernière on ne peut plus faire l'impasse sur ces sujets-là effectivement il faut qu'on ait un débat qui s'ouvre sur la base de constats scientifiquement mesurés et non plus sur des idées il faut effectivement avoir un choix de la nuance on n'est pas là pour faire du pré-CP on n'est pas là pour faire glisser des méthodes du CP vers la maternelle moi je m'y oppose absolument mais on peut trouver un modèle de la mesure et de la nuance
justement entrons dans les travaux pratiques Céline Alvarez à quel âge précisément est-ce qu'il faut commencer à apprendre à lire aux écoliers et comment ?
alors quand on dit apprendre à lire c'est des trois ans pour répondre tout de suite à votre question mais c'est pas apprendre à lire on ne va pas tout de suite se mettre à faire de la combinatoire B, A, etc
on va décoder c'est ça ?
on peut déjà commencer à trois ans simplement au lieu de donner le nom des lettres qui est un facteur entravant pour entrer dans le code alphabétique c'est-à-dire pour apprendre à lire ou pour apprendre à composer des mots le nom de la lettre est entravant ça je n'aurai pas le temps de le développer je veux dire qu'en fait
là où on dit à l'enfant ça c'est un M il faudrait lui dire ça c'est un M
voilà exactement le S on ne prononce pas S il ne faudrait comme en Angleterre comme l'Angleterre le fait parce que là je n'ai pas eu le temps de le dire mais l'Angleterre a bien pris acte elle a une langue opaque une langue écrite bien plus opaque que la nôtre elle a suivi les préconisations de la recherche en Angleterre on apprend à lire dès 4 ans de cette manière donc c'est-à-dire en apprenant le son des lettres on travaille le nom des lettres plus tard parce que sinon ça bloque ça parasite on travaille le son des lettres donc eux le font dès 4 ans nous on peut commencer dès 3 ans et avec des effets en Grande-Bretagne qui sont visibles dans les résultats ah bah visibles en quelques années ils ont remonté leur taux de réussite et d'équité de manière spectaculaire je crois qu'ils étaient
3ème du précédent classement PISA et ce n'est pas que l'Angleterre
c'est l'Irlande la Nouvelle-Zélande l'Australie les Etats-Unis Singapour enfin je veux dire ils se sont alignés avec la recherche et il est temps qu'on le fasse aussi
avant de continuer sur la méthode je voudrais qu'on entende Catherine qui nous a appelé au standard de France Inter bonjour bienvenue Catherine vous notre discussion ce matin elle vous renvoie à votre propre apprentissage de la lecture c'est ça ?
absolument écoutez j'ai 76 ans donc je suis entrée en maternelle à 4 ans en 7h30 donc dans un milieu favorisé et on apprenait à lire en maternelle j'ai appris à lire pendant mes 2 ans d'école maternelle à l'entrée en CP donc je lisais couramment d'ailleurs j'ai sauté le CP puisqu'on trouvait inutile que je fasse un CP j'ai fait ma scolarité avec un an d'avance et je ne comprends pas je ne sais pas quand on a abandonné cette façon de faire et quand on a décrété que c'était traumatisant pour un enfant de ne pas apprendre à lire
avant Catherine vous vous souvenez si vos camarades ils savaient lire aussi en rentrant au CP ou si c'est vous
qui étiez exceptionnelle ? pas tous ma meilleure amie ils savaient lire on était un certain nombre à savoir lire mais les autres sont entrés en CP ils avaient commencé l'apprentissage et je pense que le CP a permis comme disait votre intervenante de consolider leur connaissance
Alors qu'est-ce qui s'est passé Céline d'Alvarez ? Merci Catherine pour ce témoignage
Absolument ça c'est quelque chose de formidable il faut prendre conscience du fait que nous avons enseigné plus longtemps la lecture en maternelle que l'inverse et effectivement dans les années 90 on a à peu près on a arrêté cet enseignement Mais à cause de quoi ? Qu'est-ce qui s'est passé notamment dans ceux qui composent les programmes la façon d'enseigner à l'éducation nationale et qui ont décidé d'abandonner ce qui, dites-vous était la meilleure méthode ?
Peut-être que les résultats n'étaient pas assez satisfaisants puisque nous n'avions pas à ce moment-là les procédés scientifiquement mesurés et prouvés qui permettaient de faire réussir tous les enfants donc chacun y allait de sa méthode il y avait de la globale il y avait de la mix il y avait de la syllabique il n'y avait pas majoritairement celle qui est aujourd'hui défendue par la recherche qu'on appelle méthode de lecture parce que ce qu'il faut aussi dire Céline Alvarez c'est qu'au moment où vous publiez votre premier livre les lois naturelles de l'enfant il y a dix ans parmi là encore on parlait tout à l'heure de la critique sur la sur-stimulation de l'enfant d'autres disaient c'est assez convaincant ce qu'elle raconte sur son expérience à Genevilliers mais ce n'est pas démontré scientifiquement qu'à plus large échelle cela fonctionnerait ce nouveau livre c'est aussi une façon de répondre à cet argument qui vous a été opposé il y a dix ans ce nouveau livre n'est pas une façon de répondre moi j'ai une quête personnelle une obsession de trouver un moyen de résoudre les inégalités sociales ça me ronge et il se trouve que j'avais observé sur le terrain à quel point dans les milieux défavorisés la lecture en maternelle d'abord rend heureux les enfants c'est une conquête qui est extrêmement gratifiante qui les rend fiers qui est joyeuses parce qu'on ne parle pas de faire du CP encore une fois on parle d'écrire des petits mots sur des petits bouts de papier que les enfants vont aller coller dans la classe
il y a des exemples dans votre livre je tiens à le dire pour ceux qui nous écoutent il y a la méthode Céline Alvarez avec des petites photos des sons en fait on peut assez facilement je me suis dit que si je l'avais eu avec mes propres enfants quand ils avaient 3 ans j'aurais pu leur apprendre à lire
oui c'est assez insolent ce que je vais dire étant donné les chiffres d'échecs qu'on a et d'inégalités mais apprendre à lire aux enfants c'est facile il faut commencer plus tôt et d'une manière effectivement scientifiquement éprouvée et qui finalement est très proche de ce que font les familles de manière intuitive c'est-à-dire avec des lettres sur un frigo on va essayer de composer le mot de papa ou de mamie simplement disant au lieu de donner le nom de la lettre on va donner le son papa qu'est-ce qu'on entend au départ ?
on va placer la lettre ensuite on entend on place le A et voilà on dit simplement ça à l'enfant et à force de composer des mots c'est en ça que consiste ma démarche et c'est ça que la recherche a montré à force de composer des mots donc d'aller du son vers le signe du son vers le signe les enfants passent du signe au son naturellement et en fait ça c'est vraiment important je tiens à le dire parce que ça correspond aux valeurs de notre école maternelle ce que je propose c'est qu'on puisse entrer dans la lecture en maternelle sans être enseigné à lire simplement en composant des petits mots avec des lettres mobiles on finit par entrer dans la lecture sans jamais ouvrir un manuel scolaire et sans jamais être forcé à lire on découvre la lecture c'est pour ça que vous appelez
ça la méthode naturelle exactement ce qui peut être un petit peu baroque en termes d'appellation parce que la méthode naturelle parce que ça se fait
de manière naturelle souvent on me dit c'est magique c'est vraiment la phrase qui ressort le plus Céline Alvarez si on essaie de faire un bilan aujourd'hui de la façon dont ça se passe en maternelle on comprend dans vos prises de parole que vous constatez qu'il y a des progrès et que de plus en plus d'enseignants d'instituteurs d'institutrices vous rejoignent ça veut dire que l'éducation nationale entend ce que vous dites là et constate la même chose à travers les enquêtes scientifiques et les derniers développements des sciences cognitives et des neurosciences Absolument il y a un changement majeur qui s'opère dans les classes maternelles grâce aux enseignants je tiens à le dire qui cherchent des manières d'aider leurs élèves et justement c'est beaucoup sous leur impulsion que j'ai voulu écrire ce livre parce qu'ils ont des résultats qui sont assez spectaculaires les enfants lisent aiment lire dans tous les milieux et les résultats sont encore plus frappants les mieux défavorisés Est-ce que ce que vous dites savoir lire ça veut dire aussi aimer lire pas tout le temps Exactement parce que là on parle de effectivement poser des bases pour savoir bien lire et pour aimer lire forcément quand on a le temps et quand on le fait d'une manière qui nous rend heureux et fiers on aime lire on a un rapport à la lecture qui est positif et ce que je voulais dire c'est que ces enseignants encore trop souvent ont des réprobations hiérarchiques c'est pas qu'on les empêche mais voilà ils se font un petit peu interpeller et donc ils me disent sur quelle base scientifique je peux répondre en fait à mes interlocuteurs hiérarchiques pour leur dire que si la démarche est bonne et c'est là où en fait je me suis immergée dans la littérature scientifique pour répondre ça m'a pris presque trois ans et effectivement au final le constat est très clair et implacable effectivement ce n'est pas que la lecture en maternelle est bénéfique c'est qu'elle est indispensable c'est un de nos leviers les plus importants pour résoudre les inégalités et le constat d'échec qui est délirant
alors vous parlez des enseignants on a justement Christine au standard de France Inter bonjour bienvenue Christine bonjour vous êtes enseignante chercheuse c'est ça ?
oui c'est ça je suis enseignante chercheuse didacticienne j'ai longtemps enseigné à l'école maternelle puis à l'école élémentaire et je partage tout à fait les constats de Céline Alvarez sur les questions d'inégalité mais je me pose surtout la question il me semble que c'est moi une question de méthode j'enseignais en maternelle il y a 20 ans j'utilisais déjà les lettres mobiles etc que d'accès à cette connaissance scientifique je me pose la question de la formation des enseignants qui n'est pas discutée et qui pourtant me semble cruciale on fait des comparaisons entre pays mais peut-être faut-il comparer la façon dont sont formés les enseignants pour pouvoir justement choisir ces approches-là qui sont connues qui ne sont pas nouvelles me semble-t-il voilà qu'en pensez-vous ?
Je pense que vous avez tout à fait raison j'irais même un petit cran juste avant je pense qu'il va falloir il faudrait pour qu'on puisse former les enseignants en ce genre de pratique il faudrait que ce soit inscrit dans les programmes or aujourd'hui les programmes même s'ils vont dans le bon sens on parle d'encodage on parle de son des lettres il y a encore des aspérités des repères qui ne sont pas clairs et on ne va pas au bout des choses il faudrait que pour moi que comme l'indique la recherche le décodage de mots simples soit un prérequis pour la fin de maternelle et à ce moment-là effectivement la formation des enseignants pourrait aller dans ce sens
alors on suppose que vous en avez fait part au ministère de l'éducation nationale qui vous connaît puisque c'est lui qui vous avait confié cette expérimentation il y a une dizaine d'années à Gennevilliers quelles sont les réactions face à vos propositions au ministère
non je n'en ai pas parlé je n'ai pas eu cette chance là j'adorerais de pouvoir en discuter avec le ministère je serais vraiment très heureuse de pouvoir discuter vous n'avez jamais pas discuté même y compris ces dernières années pas forcément le ministre actuel ça fait presque 10 ans que je n'ai pas de relation avec le ministère de l'éducation nationale français j'ai eu des relations avec le ministère en Belgique où j'ai travaillé sur demande de la ministre à l'époque mais donc vous attendez qu'on vous appelle ?
écoutez l'échange serait forcément riche et j'ai énormément de choses à dire ça serait d'accord donc avis au ministère et on posera la question à Géffray puisque vraisemblablement il viendra bientôt au micro de France Inter un mot aussi Céline Alvarez sur la question des moyens puisque quand on interroge des professeurs ils parlent souvent des conditions de travail des classes bondées de leur rémunération est-ce que au fond ce changement que vous appelez de vos voeux il peut se faire à moyen constant est-ce que y compris quand vous parlez de la façon de résorber les inégalités il n'y a pas une façon de ne pas voir aussi la question de moyens qui se pose dans l'éducation nationale merci de relever ce point là je ne l'ai pas dit mais évidemment que l'amélioration des taux d'échec et l'augmentation de l'égalité des chances passe par des moyens c'est évident par des moyens humains on a besoin si je parle juste de la maternelle il faudrait pour moi absolument de manière non négociable la présence d'un ADSEM dans chaque classe maternelle à temps plein et formé voilà à ce métier ça par exemple mais il y a plein d'autres choses les ADSEM
ce sont ceux qui aident les petits les ADSEM
donc les assistants dans les classes c'est juste la base effectivement des classes moins surchargées je crois que ça va un petit peu mieux maintenant mais tout ça ce sont des choses que l'OCDE encourage nous on n'est pas aligné avec tout ça mais mon message aujourd'hui c'est de dire il y a tout ça à faire et je le souhaite mais terriblement simplement il y a aussi il y a aussi il ne faut pas l'oublier cette histoire d'opacité de la langue ça fait 150 ans qu'on est passé à côté et ça c'est un moyen demain sans aucun moyen de démarrer dans les classes et d'agir sur les inégalités Un dernier mot Céline Alvarez pour les parents qui nous écoutent ce matin et qui peut-être constatent que leurs petits ou petites ne suivent pas cette méthode en maternelle qu'est-ce que vous leur donnez comme conseil ?
Est-ce qu'il y a des livres à lire ? Est-ce qu'il y a des exercices à faire à la maison ? Est-ce que les parents peuvent là aussi non pas se substituer mais en tout cas tenter d'utiliser cette méthode-là à la maison ? Alors moi je dirais quelque chose de très simple aux parents dès que vous avez envie de donner le nom des lettres à vos enfants c'est souvent autour de 3 ans parfois avant et bien vous vous abstenez et vous donnez le son des lettres une fois qu'un enfant a le son des lettres et qu'il connaît à peu près les sons des 26 lettres de l'alphabet
l'image et le son l'image de la lettre et le son
voilà vous prenez des lettres mobiles n'importe lesquelles vous donnez juste le son des lettres c'est vraiment la clé une fois qu'un enfant maîtrise ça et bien il va rentrer dans le code vous lui mettez 3 lettres les unes à coder des autres un an après parce qu'on est dans une démarche dilatée dans le temps c'est pas en quelques mois c'est pas en quelques semaines pendant un an on donne le son des lettres l'année suivante comme ils composent des mots ils vont commencer à décoder leurs premiers mots vers 4 ans 4 ans et demi ils vont commencer à écrire aussi et à 5 ans ils lisent des petites phrases tout ça c'est sur 3 ans mais ils rentrent en CP avec des bases extrêmement solides
et juste en tout dernier mot est-ce que ça en fera forcément des lecteurs en tout cas des jeunes adultes plus tard qui aimeront lire parce que savoir lire n'est pas aimer lire
écoutez il y a une étude canadienne que je cite dans mon livre qui est extraordinaire qui teste des enfants de milieux très défavorisés qui leur enseignent la lecture en maternelle et qui va les comparer à d'autres enfants du même milieu social qui n'ont pas appris à lire en maternelle et ce que l'étude montre c'est qu'à la fin de deux années de scolarité donc j'étais en fin de CP début CE1 des enfants qui ont appris à lire en maternelle aiment lire et la conclusion des auteurs c'est qu'ils disent la conclusion est très claire quand lire est facile aimer lire advient quand lire est difficile aimer lire est difficile
on va se quitter là-dessus merci beaucoup merci beaucoup Céline Alvarez d'avoir été au micro de France Inter ce matin à une semaine de la rentrée scolaire la revue de presse à suivre à suivre