Dix ans de l'attentat de Nice : "La justice n'est pas passée sur le volet sécuritaire" selon Me Virginie Leroy
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Pour vous, ce 14 juillet 2016, avant qu'on parle des procès, il signifie quoi pour vous en tant qu'avocate ?
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Quand vous dites l'horreur, vous mettez quoi derrière ce mot ?
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Comment vous rentrez dans ce dossier, maître ?
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Par rapport à ce procès-là, par rapport à ces audiences, qu'est-ce qu'il y a de différent avec les attentats de Paris ?
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Il y a, lors de ces procès, l'intervention de François Hollande, l'audition de Bernard Cazeneuve également, Christian Estrosi et Philippe Pradal, et pourtant, il y a toujours beaucoup de colère du côté des victimes. Vous n'avez pas eu les réponses que vous demandiez ?
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Il y a ces condamnations, notamment 18 ans de prison. Vous vous dites quand même que justice est passée.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« les prélèvements d'organes qui ont été effectués lors des autopsies, qu'on découvre tardivement. »
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« les questionnements de sécurité. »
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« Comment est-ce qu'un camion a pu aussi facilement, et quand on voit la vidéo de l'attentat, ça nous sidère, avec une telle facilité d'entrer sur cette zone sanctuarisée, cette zone piétonne, et avoir le loisir de manœuvrer, parce que c'est le cas, pour faire un maximum de victimes. »
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« Non, absolument pas. »
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« des policiers eux-mêmes qui disent qu'on avait très peu de moyens et qu'on n'était pas nombreux. »
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« On a des condamnations, pour certains d'entre eux, pour l'association de malfaiteurs terroristes. »
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« sur l'autre volet, qui est le volet qu'on appelle sécuritaire, elle n'est pas passée du tout, elle est encore à l'œuvre, et j'espère qu'elle aboutira. »
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« cette instruction, qui est donc à Nice, à l'époque, elle végète. En fait, il n'y a pas grand-chose qui est fait. »
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« il m'apparaissait plus approprié d'ouvrir, de mener cette instruction des chefs de blessure ou de blessure ou d'un volontaire, plutôt que de mise en danger délibérée de la vie d'autrui. »
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« moi je suis absolument convaincue qu'il y a des responsabilités. »
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« ce dispositif, il était quasiment inexistant en réalité. »
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« il y a des responsabilités et que les infractions pour lesquelles cette instruction est menée, c'est-à-dire homicide et blessures involontaires, sont à mon sens constituées. »
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« avec des années au début qui ont été perdues avec le premier procureur de Nice qui classe ni plus ni moins sans suite ce dossier, ce qui est une honte. »
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A la veille des commémorations des 10 ans de l'attentat de la promenade des Anglais, place au volet judiciaire. Avec l'invité de la rédaction, l'avocate Maître Virginie Leroy, elle défend deux associations de victimes, Mémoriale des Anges et Promenade des Anges, et elle représente 300 personnes, Sébastien Germain. Bonjour Maître Leroy. Bonjour. Pour vous, ce 14 juillet 2016, avant qu'on parle des procès, il signifie quoi pour vous en tant qu'avocate ?
Il signifie beaucoup de choses, parce que, même au-delà des procès, c'est la réitération de l'horreur qui arrive peu de temps, finalement, après les attentats déjà vécus. Et puis, une horreur bien particulière, parce que l'attentat de Nice, c'est tout le monde, c'est la famille, c'est beaucoup d'enfants. Et on a moins l'habitude de ça, en France. Et oui, pour moi, c'est l'horreur, en fait. Ça restera l'horreur.
Quand vous dites l'horreur, vous mettez quoi derrière ce mot ?
Je mets une scène de guerre. Alors, c'est le cas de tous les attentats, mais celui-là m'a vraiment particulièrement marqué. C'est des images qui ne me quitteront jamais. Ça, c'est certain. Ça va au-delà de ce qu'on peut imaginer. On a vu au procès la vidéo, et puis nous, avocats qui avons accès au dossier, on a vu les constatations sur la promenade qui ont été faites le lendemain. C'est des images qui ne me quitteront jamais.
Comment vous rentrez dans ce dossier, maître ?
J'y rentre avec plusieurs personnes qui me contactent, qui me font confiance pour les assister, les défendre pendant l'instruction. Et ensuite, je suis également missionnée par deux associations de victimes, Promenade des Anges et Mémoriale des Anges, au procès terroriste. Et puis plus particulièrement ensuite sur deux sujets délicats, qui sont les prélèvements d'organes qui ont été effectués lors des autopsies, qu'on découvre tardivement. Et puis les questionnements, ils sont multiples, les questionnements de sécurité.
Par rapport à ce procès-là, par rapport à ces audiences, qu'est-ce qu'il y a de différent avec les attentats de Paris ?
C'est une audience totalement différente. C'est une audience différente parce que je pense que les attentes ne sont pas les mêmes, en tout cas pour les personnes que je représente. Il y a en effet le procès terroriste qui est important, mais on est sur des accusés qui ont un rôle secondaire dans l'attentat. L'attentat de Paris, on a un panel d'accusés, ils sont beaucoup plus nombreux, qui ont eu des rôles complètement déterminants pour la plupart d'entre eux. Ce n'est pas le cas de l'attentat de Nice.
Alors oui, ils ont joué un rôle, oui, il y a eu des condamnations avec des qualifications terroristes, mais l'assaillant, le meurtrier, l'assassin, le terroriste, celui qui conduisait le camion, il est mort. Et puis moi, je réalise très très vite que les attentes principales pour la majeure partie des personnes que je représente, elles ne sont pas vraiment là. Elles sont d'abord sur une reconnaissance que l'attentat de Nice, il a été meurtrier, important qu'il doit compter, qu'on doit en parler. Il y a vraiment ce désir-là de ne pas être oublié. Et puis des questions qui taraudent les gens sont ces fameuses questions de sécurité.
C'est comment un grand événement, une grande manifestation qui est ouverte à tous, qui est familiale, qui est gratuite, qui est une festivité nationale, a pu devenir ce théâtre horrible, d'horreur, de guerre, sans être protégé par les institutions. Comment est-ce qu'un camion a pu aussi facilement, et quand on voit la vidéo de l'attentat, ça nous sidère, avec une telle facilité d'entrer sur cette zone sanctuarisée, cette zone piétonne, et avoir le loisir de manœuvrer, parce que c'est le cas, pour faire un maximum de victimes. C'est ça, en fait, la question principale qui les habite, et on le comprend fort bien.
Il y a, lors de ces procès, l'intervention de François Hollande, l'audition de Bernard Cazeneuve également, Christian Estrosi et Philippe Pradal, et pourtant, il y a toujours beaucoup de colère du côté des victimes. Vous n'avez pas eu les réponses que vous demandiez ?
Non, absolument pas. Alors, Christian Estrosi et Philippe Pradal, c'est moi qui les fais citer en qualité de témoin, à la demande de mes clients, justement, pour essayer d'obtenir des réponses, pour essayer d'y voir plus clair. Ce qui a marqué tout le monde au procès terroriste, c'est aussi ce défilé de témoins, de dépositions de partis civils, de policiers, qui disent qu'il n'y avait aucune mesure de sécurité en arrivée, on était seuls, on n'a pas croisé de policiers, ou des policiers eux-mêmes qui disent qu'on avait très peu de moyens et qu'on n'était pas nombreux. Donc ça, ça a marqué les esprits, quand même.
Et en tout cas, s'agissant de Christian Estrosi, ça se passe mal, ça se passe très mal. On sent la colère sur les bancs du public, on sent la frustration, parce qu'il ne répond à aucune question. Et ces victimes, ce jour-là, elles se sont senties insultées, et je le comprends fort bien. Je pense que tout le monde s'est senti insulté. Et puis, au bout du bout, il va refuser de répondre aux questions. Et puis, partir de la salle d'audience, après quelques heures, après quelques heures à la barre, mais quelques heures qui ont été laborieuses, il faut le dire.
Il y a ces condamnations, notamment 18 ans de prison. Vous vous dites quand même que justice est passée.
On a des condamnations, pour certains d'entre eux, pour l'association de malfaiteurs terroristes. Mais oui, le travail de justice est dépassé, c'est des peines significatives, quoi qu'il en soit. Et puis, le but d'un procès, alors certes, c'est reconnaissance de responsabilité, c'est des condamnations, c'est des peines, bien évidemment, surtout pour des faits aussi graves. Mais c'est aussi tout le cheminement d'une audience qui a duré quatre mois, en première instance, où on explique, où on décortique, où on montre les choses. Il n'y a pas de pudeur dans une salle d'audience. Tout est montré. Nous, nous avions demandé aussi à ce que le film soit diffusé, parce que c'est ça, la justice.
C'est montrer les choses telles qu'elles sont, c'est les analyser, c'est les décortiquer, c'est les expliquer, et puis, in fine, appliquer une sanction. Donc oui, je pense que justice est passée sur ce volet-là. En revanche, sur l'autre volet, qui est le volet qu'on appelle sécuritaire, elle n'est pas passée du tout, elle est encore à l'œuvre, et j'espère qu'elle aboutira.
Comment expliquer que, dix ans après, on se retrouve avec une enquête délocalisée à Marseille, on ne sait toujours pas qui a pris la responsabilité finalement de ce dispositif, qu'on ne sait toujours pas combien il y a de policiers nationaux le soir du 14 juillet ?
Moi, j'ai mon analyse qui m'appartient. Moi, je rentre assez tardivement dans ce dossier, puisque j'y rentre au moment du procès terroriste, et je m'aperçois qu'en réalité, cette instruction, qui est donc à Nice, à l'époque, elle végète. En fait, il n'y a pas grand-chose qui est fait. Je ne sens pas, en tout cas, me concernant, une volonté d'examiner, d'instruire et de faire avancer les choses.
Et c'est ce qui va nous amener après l'audience terroriste à faire une demande d'actes extrêmement dense, avec énormément de pièces, justement pour obtenir un changement de qualification, puisque moi, il m'apparaissait plus approprié d'ouvrir, de mener cette instruction des chefs de blessure ou de blessure ou d'un volontaire, plutôt que de mise en danger délibérée de la vie d'autrui. Et c'est important. Et ensuite, en effet, de demander ce dépaysement. il faut, et c'est indispensable, surtout sur des sujets aussi sensibles, qu'on soit certain d'avoir une instruction efficace, indépendante, qui ne soit pas contrainte par des facteurs locaux. Voilà.
Mais là, aujourd'hui, est-ce que c'est le cas ?
C'est important. Là où ? C'est le cas parce que, alors, les juges niçois avaient refusé ma demande d'acte qui portait notamment sur des perquisitions dans les lieux institutionnels, administratifs, qui avaient eu, forcément, une décision à un moment ou à un autre sur ce dispositif. La Chambre de l'instruction d'Aix-en-Provence a dédié ses juges et en janvier dernier, c'est récent, nous a donné raison en ordonnant que ces actes soient exécutés et ils viennent de l'être. Donc ça y est, on y est sur des actes qui sont déterminants pour avoir ce dispositif de sécurité, pour savoir précisément qui était où, avec quel armement, avec quel matériel, avec quelle mission de protection.
C'est ça qu'il nous faut, c'est ça qu'il nous faut pour avoir une certitude sur ce dispositif de sécurité.
Est-ce que vous pensez, vous qui êtes la première protagoniste finalement pour que ce procès ait lieu, est-ce que vous pensez que c'est du 50-50 aujourd'hui pour que ce procès ait lieu véritablement ?
Non, véritablement, moi je suis absolument convaincue qu'il y a des responsabilités. Je suis absolument convaincue que ce dispositif, il était quasiment inexistant en réalité. donc je suis foncièrement déterminé à aller au bout parce qu'il y a des responsabilités et que les infractions pour lesquelles cette instruction est menée, c'est-à-dire homicide et blessures involontaires, sont à mon sens constituées. Voilà, maintenant ça demande un travail d'analyse avec deux véritables actes d'enquête, ce qui n'a pas été fait pour l'instant.
C'est en cours, je les attends avec impatience, mais encore une fois, notre détermination, elle est totale et notre conviction, elle est également inévoluable sur le fait qu'il y a des responsabilités et qu'elles doivent être jugées.
Dix ans après ?
Oui, dix ans après. Mais ce n'est pas impossible.
Non, ce n'est pas impossible, vous avez raison, mais la justice qui est aujourd'hui extrêmement critiquée et qui est pourtant l'un des piliers de notre République et de notre démocratie, voilà, encore une fois, il y a des gens qui vont se dire ça fait dix ans.
Oui, ça fait dix ans, mais vous savez, on le constate, nous avocats, dans ce type de dossier très sensible où en fait, les victimes et de manière très légitime, demandent cette analyse a posteriori ce Ritex, ce retour d'expérience et en réalité, nos institutions, elles leur doivent ce retour d'expérience. Donc, on y est, on y est tardivement s'il a fallu dix ans avec des années au début qui ont été perdues avec le premier procureur de Nice qui classe ni plus ni moins sans suite ce dossier, ce qui est une honte. Mais enfin, on y est. Donc, écoutez, participons, travaillons, œuvrons pour que cette instruction aboutisse.
Merci beaucoup, Maître Leroy. Merci d'avoir été avec nous. Sébastien Germain, cette interview de l'avocat du Mémorial des Angers et de Promenade des Angers, Virginie Leroy. Vous la retrouvez sur notre application ici et tout le programme des commémorations officielles qui débuteront demain est également à retrouver sur notre application ici.