Vaste enquête électorale à un an de la présidentielle - L’édito de Patrick Cohen
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Tout de suite, l'Edito de P.Cohen. Comment les Français appréhendent-ils le paysage politique au lendemain des municipales et à un an des présidentielles?
Une vaste enquête électorale nous donne des réponses. - P.Cohen: Enquête menée auprès d'un large échantillon de plus de 10 000 citoyens qui nous dit, entre autres, que la présidentielle intéresse beaucoup les Français, davantage que ne le laisse penser le taux de participation en berne aux municipales.
Ils aimeraient des primaires à droite et à gauche sans le RN et sans LFI. Ils ont envie de changement. Le RN est le parti qui incarne le mieux ce désir.
La radicalité se porte bien. Les sympathisants des partis radicaux sont presque aussi nombreux que ceux des partis dits de gouvernement. - A.-E.Lemoine: On ne se fie pas à la forte abstention des municipales? - P.Cohen: Ce n'est pas forcément un signe d'indifférence. 15 % seulement des sondés disent ne pas être intéressés par les municipales.
Beaucoup de ceux qui se sont abstenus avancent des arguments d'opportunité. "Mon vote n'aurait rien changé", "aucun candidat ne me plaisait"...
Ces abstentionnistes pourraient peser lors du vote présidentiel. Ils valorisent plutôt les partis extrêmes. C'est le RN qui a la meilleure image.
Les Français manifestent un haut niveau d'intérêt pour la présidentielle, de façon générale. ...
Ca fait un cumul très élevé. - A.-E.Lemoine: 86 %.
Dans l'idéal, ils voudraient des primaires pour désigner les candidats. - P.Cohen: C'est un plébiscite.
Un plébiscite à gauche. Sans LFI, c'est pour 86 % des sympathisants de gauche non-mélenchonistes. 58 % des sympathisants du centre, de la droite et de l'extrême droite zemmouriste, sans le RN...
Ils seraient favorables à une primaire de la droite et du centre, mais ils seraient partagés sur l'idée d'intégrer E.Zemmour ou S.Knafo. - A.-E.Lemoine: Et côté candidats? - P.Cohen: On n'a pas sondé les intentions de vote.
On a sondé les niveaux de popularité ou de rejet avec la question: "Si untel ou unetelle devenait président, seriez-vous satisfait?" C'est J.Bardella qui suscite le plus d'approbation.
Plus que M.Le Pen. Ils sont assez loin devant E.Philippe.
Il ne faut pas s'en tenir à ce classement. Il faut regarder les mécontents. Ces derniers sont encore majoritaires, pour les candidats du RN.
E.Philippe est celui qui suscite le moins de mécontents de tout le classement. 47 %, dont seulement 27 % de très mécontents.
Les mécontents sont à plus de 40 % pour Le Pen et Bardella. Quant au profond désir de changement, il s'exprime en 2 chiffres: 1 Français sur 2 affirme qu'il faut réformer en profondeur la société française et 1 sur 4 souhaite la transformer radicalement. - A.-E.Lemoine: On s'arrête sur ce désir de changement.
Ce chiffre est en hausse par rapport à la dernière fois où il a été mesuré, en 2023. C'est la conséquence du sentiment de paralysie après la dissolution? - B.Teinturier: En partie.
Il faut distinguer le mécontentement et la demande de radicalité. Sur la radicalité, il y a plusieurs façons de la mesurer. Par rapport à une échelle gauche-droite, par rapport à la préférence partisane, à des questions d'opinion sur le souhait de transformation de la société...
Quand on fait le mix de tous ces indicateurs, on a entre 24 et 40 % de Français qui sont dans une demande de radicalité. Le mécontentement et la demande de changement, c'est encore plus puissant. C'est une immense majorité.
C'est en progression. La radicalité est minoritaire, mais elle est en progression. Je vous renvoie à l'excellent papier dans "Le Monde", qui a commenté notre étude. - A.-E.Lemoine: Pendant la campagne présidentielle, celui ou celle qui convaincra le plus sera celui ou celle qui dira qu'il veut renverser la table? - B.Teinturier: Non.
Cette demande de radicalité n'est pas majoritaire. Renverser la table, ça peut faire peur. Ce qui est certain, c'est que les Français veulent un changement profond.
Le fait que le pays ait été dans une forme de stagnation, de difficulté à trouver un budget, sans majorité, cela conforte l'idée qu'il y a des urgences et que nous n'arrivons pas à trouver les leviers pour y faire face politiquement. - A.-E.Lemoine: Le pouvoir d'achat reste la préoccupation numéro 1 des Français? - B.Teinturier: C'est la santé.
Ce n'est pas forcément une controverse politique, encore faut-il que les candidats s'emparent du sujet. C'est le pouvoir d'achat. Il y a déjà des propositions différentes.
Il revient dans notre enquête de multiples façons. En tant que tel et à travers une demande de baisse des impôts et des taxes, une demande pour faire en sorte que le travail paye plus...
Ce sont les sujets économiques et sociaux qui priment, même si l'insécurité et l'immigration suivent. - A.-E.Lemoine: Des questions économiques qui semblent quasiment prioritaires dans les préoccupations des Français.
Ca veut dire qu'il faudra faire des promesses, mais dans un contexte de budget très contraint. - B.Teinturier: Ca va être un des enjeux fondamentaux de cette campagne.
Les Français vont avoir droit à un an de campagne électorale. On va pouvoir traiter des sujets. Traiter des sujets pour qu'ils soient ensuite tranchés par l'élection.
Oui, il y a un besoin de propositions. Pour l'instant, on ne les voit pas énormément. Le risque, c'est que le débat soit à nouveau escamoté jusqu'à la fin de l'année et qu'on tourne beaucoup autour de la désignation du candidat. - P.Cohen: En 2016, les primaires avaient permis d'entamer ce débat de fond. - B.Teinturier: Chaque mode de sélection du candidat a ses avantages et ses inconvénients.
Je pense que le moins mauvais ou le meilleur des systèmes reste la primaire ouverte, qui permet de faire bouger les lignes, d'informer les Français. - A.-E.Lemoine: Les candidats ne veulent pas de cette primaire.
C'est un avertissement qui leur est adressé? - B.Teinturier: Ils n'en veulent pas, pour l'instant.
Peut-être qu'ils finiront par s'y rallier. Le plus détestable serait que le débat ne tourne quasi exclusivement qu'autour de ça. Les politiques donnent le sentiment de se préoccuper d'eux-mêmes et de leur mode de désignation mais pas des Français.
Ils ne parlent pas aux Français. - P.Cohen: Je reviens au tableau des candidats que vous avez testé.
On sait qu'une présidentielle, c'est 2 campagnes et 2 tactiques: 1er tour et 2e tour. Dans la façon dont vous avez orienté vos questions... - A.-E.Lemoine: La façon dont vous les avez posées. - P.Cohen: Est-ce que ça n'est pas plutôt une question de second tour?
Est-ce que ça ne détermine pas le candidat qui serait le plus performant au second tour? - B.Teinturier: Pas forcément. - A.-E.Lemoine: Autrement dit, E.Philippe, celui qui est le moins rejeté. - B.Teinturier: Pourquoi nous avons fait le choix de ne pas faire d'intentions de votes pour la présidentielle?
Et cela, depuis 2 ans. C'est un indicateur fragile, aujourd'hui. Je ne veux pas que ce soit les instituts de sondage qui fassent, avec les médias, la sélection.
On fait des choix contestables. Il est trop tôt. Ce système de questionnement est une question de notation, pas de concurrence.
Pas "parmi les candidats suivants, lequel aurait votre préférence?" Ca nous dessine un tableau où ceux qui sont en tête, c'est soit l'extrême droite, soit la droite. Les candidats de gauche arrivent loin derrière.
Ca nous donne des indications sur les blocs, le niveau et les personnes. Oui, vous avez des candidats qui sont appréciés, mais ensuite, il va falloir choisir. C'est la compétition électorale.
Je pense qu'on a un premier tour ouvert et un second tour également ouvert. On ne sait pas qui sera qualifié au second tour. - A.-E.Lemoine: Est-ce que ça ne souligne pas le fameux plafond de verre du RN?
Il y a un profond rejet d'une éventuelle victoire de J.Bardella qui, pourtant, est en tête... - B.Teinturier: Aussi bien dans nos enquêtes qu'aux municipales, la dynamique, la formation qui progresse, c'est le RN.
Dans les sondages aussi. - P.Cohen: Il est désigné gagnant par les sondés aux municipales. - B.Teinturier: Ils font aussi cette analyse.
Finalement, le gagnant des municipales, c'est plutôt le RN. Ca paraît incontestable même si, en nombre de villes, la droite et le PS s'en tirent bien. Une fois qu'on a dit ça, rien n'est joué.
Il y a malgré tout une forme de plafond de verre qui reste important. On le voit dans nos enquêtes. Au premier tour, oui, ce serait J.Bardella, si c'est bien lui le candidat, qui serait qualifié pour le second tour.
Mais ensuite, rien n'est joué.
Jordan Bardella