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interviewLCP (sur YouTube)· 8 mars 2025 13 min

Marie-Agnès Poussier-Winsback, députée "Horizons et Indépendants" | La politique et moi

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Mon invitée a suivi les traces de son père et de son grand-père en s'engageant à droite, mais elle a fini par quitter sa famille politique pour allier un certain Edouard Philippe. Elle siège à l'Assemblée au sein du groupe Horizons après avoir participé au gouvernement de Michel Barnier. Générique --- --- Bonjour Marie-Agnès Poussier-Winsback. -Bonjour. -J'ai découvert que la politique chez vous, c'est une histoire de famille.

En fouillant dans les archives de l'INA, j'ai trouvé un reportage qui datait des municipales de 2001. On va en voir un extrait. -En face, la liste Fécamp pour tous est sans étiquette, mais elle est soutenue par l'ensemble des partis de droite républicaine, y compris le RPF.

Jean-Marie Winsbach, pharmacien à la retraite, se présente comme le challenger. Sa campagne est basée sur la proximité, visite dans les quartiers et les commerces. Son programme : améliorer le cadre de vie. -Si nous faisions des efforts, pour essayer d'égayer un petit peu nos rues.

Voilà quelque chose de proximité. -Alors ce candidat de droite à Fécamp, c'est votre père. -Oui, c'est mon père. -Et vous étiez présente sur sa liste municipale de 2001. -Oui. -C'était un bastion de gauche à l'époque, Fécamp.

Cette candidature, c'était quoi ? C'était un peu de témoignage ? Il n'y avait pas vraiment d'espoir de victoire, on va dire ? -Non, mais tout comme en 2014 pour moi. -On en reparlera par la suite. -Fécamp était un bastion de gauche. -Vous avez quand même été élue conseillère municipale à ce moment-là ? -Oui, je devais être 5e ou 6e, donc on avait dû passer cinq, six candidats.

Donc c'est la première fois que je suis conseillère municipale à Fécamp. -Et vous faites campagne en famille avec votre père. -Alors oui, en même temps, je ne suis pas là. -Non, on ne vous voit pas sur ces images. -Je ne voulais pas...

Elle rit. -Donc là, on vient de voir votre père, mais je pourrais aussi parler de votre grand-père. Votre grand-père a lui aussi été candidat.

Et alors lui, il a même été maire de Fécamp pendant un peu moins d'un an. -Oui. Oui, oui, oui. -C'est le monsieur à droite. -C'est le monsieur à droite.

Ca me fait drôle de voir ces photos. Et le reportage sur papa, je ne le connaissais pas. -C'est une affaire de famille ? -C'est l'engagement plus que la politique qui est une affaire de famille. -Vous faites une distinction entre les deux ? -Oui, parce que mon grand-père, il se retrouve mère par hasard.

Il arrive à Fécamp, il est Lorrain d'origine, il est pharmacien. Le pharmacien, à l'époque, c'est quelqu'un à qui on parle, on raconte ses sujets, ses soucis, etc. Donc c'est quelqu'un qui est très sensible, très humain.

C'est un scout aussi, le scoutisme est très important chez nous. -On ne devient pas maire par hasard quand même ? -Si parce qu'on vient vous demander.

On vient vous demander d'être sur la liste et d'après ce que j'ai cru comprendre, c'est ce qui s'est passé pour mon grand-père. Et au moment d'élire le maire, c'est lui qui ressort. Et il n'est pas fait pour ça, c'est pour ça qu'il démissionne.

L'histoire dans la famille, c'était de dire qu'il trouvait qu'il y avait trop de compromissions. Et quand je me suis retrouvée maire, je me suis dit : "Attends, ça veut dire quoi trop de compromissions ?" Moi, je ne veux pas... -C'est lui qui décide. -Oui, ça veut dire quoi ces forces d'extérieur qui pourraient nous compromettre ? -Vous ne l'avez pas vécu, vous ? -Non, mais pendant un an, la première année, j'ai eu peur de ça. -Si on remonte un peu le fil de votre engagement, de votre parcours, vous avez été conseillère municipale de Montivilliers, de Fécamp, conseillère régionale.

Plus tard, vous avez été la collaboratrice parlementaire de Daniel Fidelin pendant une dizaine d'années. Ca vous a aidé, quand vous êtes devenu députée, d'avoir connu la maison, de l'Assemblée nationale ? -Oui.

Même si ce n'est pas du tout la même chose. C'est sympa de voir Daniel. Mais vous n'arrivez pas en terre inconnue.

Je savais ce que c'était qu'une proposition de loi, un projet de loi. Oui, je savais ce que c'était que d'être députée, notre capacité à amender, quelles étaient les commissions, où est-ce qu'il fallait avoir son bureau. Vous voyez les petites choses. -Les petites coulisses de l'Assemblée. -Peut-être ça m'a permis de gagner du temps. -En 2014, après votre père, c'est vous qui avez mené la liste de la droite aux municipales. -Il y a eu quelqu'un entre deux, mais... -Oui.

Et cette fois, contre toute attente, vous l'avez emporté. Pourtant, quelques années plus tard, vous avez expliqué que vous y étiez allée un peu à reculons. Vous avez dit : "Je voulais être députée, mais M.

Fidelin n'a pas lâché." Comme si vous étiez rabattue sur cette candidature. Vous avez été élue par défaut ? -Je n'avais pas envie d'y aller.

Parce que je n'y étais pas allée ni en 2001, ni en 2007. Parce qu'encore une fois, mes enfants étaient petits, et...

Et puis, j'avais été, en effet, collaboratrice parlementaire. Donc, oui. -Ca vous avait donné goût à la vie parlementaire ? -Absolument.

Et puis, surtout, je pensais qu'on ne pouvait pas gagner. Moi, j'en avais un peu marre qu'on m'envoie dans des combats qui n'étaient pas gagnables. Et donc, je disais, ça suffit, quoi.

Enfin, bon. -Et là, vous l'avez emporté. -Oui, c'est Bruno Le Maire qui m'a convaincue et qui m'a dit : "Si tu veux poursuivre à la région, on a besoin de toi à la région, tu ne peux pas échapper au fait de te présenter aux municipales.

Et donc là, je me suis dit... "Je vais y aller, mais je vais faire la campagne de ma vie." Je vais faire une campagne, je vais tout donner.

Je vais faire du porte-à-porte, je vais le faire de façon militaire, immeuble par immeuble, cage d'escalier par cage d'escalier, appartement par appartement, pour n'avoir aucun regret. Et c'est vraiment, vraiment ce que nous avons fait avec l'équipe. -Sur ce mandat de maire, vous expliquez que le plus agréable, c'est de pouvoir changer concrètement les choses au quotidien. -C'est la fonction qui permet d'être au plus près de la population ? -C'est vrai.

Ce n'est pas franchement le cas du mandat de député. Est-ce que ça vous manque ? -Oui, oui.

J'ai retrouvé ça quand la courte période de ministre. Vous êtes sur un sujet et vous pouvez concrètement faire des propositions, avancer, etc. Oui, je reconnais que c'est l'aspect qui me manque comme députée.

Et puis, ce dont je souffre aussi, c'est l'image qu'on donne. notamment actuellement. Enfin, moi, il y a des moments, j'ai honte.

Franchement, quand vous dites que vous êtes député, ce n'est pas valorisant. On a l'impression que vous ne faites rien. Et moi, je lutte contre ça.

Quand je vais dans les écoles voir les enfants, je leur dis : "Quand vous ne nous voyez pas dans l'hémicycle, c'est qu'on est en commission. Ou alors, quand on n'est pas en commission, on peut être dans notre bureau à faire des auditions ou être sur le terrain." Et je souffre vraiment. de cette image où on dit : "Les députés qui font rien", alors qu'on travaille comme des dingues. -Dans votre parcours politique, il y a deux personnalités nationales et normandes qui ont beaucoup compté, Bruno Le Maire et Edouard Philippe.

Pourquoi ne pas les avoir suivis quand, eux, en 2017, ont décidé de soutenir Emmanuel Macron ? -Je n'ai pas compris. Je me souviens de discussions, notamment avec Bruno Le Maire, quand il me dit que peut-être il va rentrer au gouvernement.

Je lui dis : "Tu vas être battu, tu ne te rends pas compte", parce qu'il se présentait aux législatives un mois après. "C'est de la trahison, ce n'est pas possible, tu ne peux pas faire ça." -Et vous l'avez fait ?

Mais plus tard, vous l'avez fait en... -Non, je ne l'ai pas fait. -En 2021. -Non. -Vous avez adhéré au parti d'Edouard Philippe. -Bien sûr, mais j'avais quitté, deux ans avant, les LR. -Et qu'est-ce qui vous a convaincu de faire ce mouvement politique-là, à ce moment-là ? -D'abord, peut-être, pourquoi j'ai quitté, à un moment donné, Les Républicains ?

Je les ai quittés parce que moi, j'ai toujours essayé, dans ma manière de faire de la politique, de pouvoir dormir sur mes deux oreilles et de me regarder dans la glace. Et comme j'ai parfaitement fait la campagne et que je connaissais parfaitement notre programme, quand je vois entre 2017 et 2020, ce qui, dans un grand nombre de domaines, est mis en place, je me dis que ça ressemble très, très étonnamment à notre programme. Et donc, moi, je ne comprends pas, là, quand on dit qu'on est contre ce qui est fait alors qu'on avait dit qu'on le ferait.

Vous voyez, sur le plan intellectuel, je n'y arrive pas. Et je n'y arrive pas parce que j'ai toujours besoin, sur le terrain, d'expliquer ce que je fais. Et c'est pour ça que je démissionne, parce que je ne comprends pas qu'on soit dans une opposition systématique alors que, sous la gouverne d'Edouard Philippe, on fait en grande partie le programme pour lequel on s'était engagé en 2017.

Et là, je lâche. Et puis, en 2020, Edouard Philippe décide, enfin 2021,de créer Horizons. Et nous sommes voisins, puisque je suis à Fécamp, il est au Havre, donc on se croise régulièrement dans des instances communes que nous avons.

Il me dit : "Je vais lancer un parti." Et j'avais régulièrement des contacts avec lui. "Est-ce que tu viendrais ?" Et moi je dis : "Je vais venir écouter." Alors je suis à la région, Hervé Morin n'est pas tout à fait d'accord en me disant : "Qu'est-ce que tu vas aller faire là-bas ?" Ma singularité, c'est que je reste libre.

On ne me dit pas, ce n'est pas parce que je suis dans un parti que je ferai ce que le Parti me dit. J'ai besoin d'être en accord avec moi-même. Donc, voilà, je vais écouter.

Et puis, je suis séduite. -Vous vous retrouvez dans ses idées, dans son programme, et vous adhérez, et vous êtes élue députée du groupe Horizons. -Oui. -Vous êtes réélue en 2024.

A quelques centaines de voix près, face au Rassemblement National. -De justesse. En 2022 et en 2024. -Et alors, quelques mois après, le 21 septembre 2024, votre téléphone sonne, et là, c'est un numéro inconnu qui s'affiche, et vous décrochez quand même.

Et... -C'est incroyable, ce truc, parce que je ne décroche jamais sur des numéros inconnus.

Mais là, c'est un samedi après-midi, il fait beau, je ne sais pas, je suis en voiture avec une étudiante qui m'accompagne le week-end, Clara. Et donc... "Allô ?" "Marie-Agnès Poussier-Winsback ?" "Oui, bonjour, monsieur." "Michel Barnier à l'appareil." Et je reconnais sa voix.

Je la connais. Je sais que ce n'est pas une blague. Et voilà. -Et vous devenez ministre du gouvernement de Michel Barnier.

Allez au bout des choses. En charge de l'économie sociale et solidaire. C'est une expérience qui n'a pas duré longtemps.

On connaît l'histoire de ce gouvernement. Qu'en avez-vous retenu ? -Une grande fierté parce que je pense que ça récompense un vrai parcours local, d'engagement local, de reconnaissance qu'on peut être élu en province, on peut avoir un parcours militant, conseillère municipale, conseillère régionale, tout doucement, sans prétention, et que ce soit reconnu comme étant peut-être un plus à un moment donné au niveau du gouvernement.

Donc j'ai retenu ça. -On va terminer par notre petit quiz habituel. Il s'agit de compléter les phrases que je vais vous proposer.

Quand on a été prof en lycée, parce que c'est votre cas. Vous avez été prof de... -D'éco. -Ca vous est utile en tant que députée ? -Oui.

Pédagogie. Oui, j'essaie souvent d'expliquer. Et je trouve qu'on n'explique pas assez. -La meilleure façon de cuisiner le hareng ? -Elle rit.

A la Fécampoise ! -Il y a la fête du hareng à Fécamp. -Tout simple, avec des petits oignons, avec une bonne petite huile, quelques petites carottes, un petit peu de clous de girofle, et c'est tout. -Enfin, redevenir maire de Fécamp un jour, vous dites ? -Je dis que ce n'est pas à l'ordre du jour.

Mais on ne sait jamais. -Pourquoi pas ? -On ne sait jamais. -Merci beaucoup, Marie-Agnès Poussier-Winsback d'être venue dans La Politique et moi. -Merci.

Générique

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