Municipales : les résultats du second tour bouleversent-ils vraiment les rapports de force ?
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France Culture, question du soir, Quentin l'a fait. Une abstention record, 42,62%, nous y reviendrons, et des chefs, des représentants de partis de tous les bords qui tous annoncent avoir remporté la bataille des municipales. Alors, comment analyser ce scrutin ? Les résultats du second tour bouleversent-ils vraiment les rapports de force entre les partis ? Préfigure-t-il le paysage qui se dessine pour l'élection présidentielle de 2027 ? Trois invités pour en discuter, pour en débattre aussi ce soir, Adélaïde Zulfi-Karpazic, bonsoir. Bonsoir. Vous êtes directrice générale du pôle Société d'Ipsos BVA, à vos côtés, Aurore Malval, bonsoir. Bonsoir.
Vous êtes journaliste, grand reporter au service politique de Marianne, face à vous, Elie Michel, bonsoir. Bonsoir. Vous êtes chercheur en sciences politiques à l'Université de Lausanne et chercheur associé au Célipof. Merci donc à vous trois d'être présents ce soir dans Questions du Soir. Allez, comme vous avez très très peu dormi depuis ces résultats, Adélaïde Zulfi-Karpazic, c'est avec vous que je débute. Qui a gagné au fond hier soir ? C'est vrai que lorsqu'on écoutait les chefs, les représentants de partis, on avait le sentiment que la victoire était partout et que les perdants étaient nulle part. Alors, quelle est votre analyse ?
Je pense que c'est un peu vrai, en fait. Je pense que tout le monde a gagné et que personne n'a gagné en même temps. Il y a un seul parti ici pour qui c'est assez clair, en fait, le fait qu'il y a une vraie perte de vitesse. Ce sont les écologistes qui, même s'ils ont résisté dans quelques villes, je pense à Lyon, je pense à Grenoble, ont quand même perdu une grande partie des villes qu'ils avaient réussi à conquérir en 2020. Rappelez-vous, c'était un des faits marquants des municipales de 2020. Donc, si on met de côté les écologistes, en fait, j'ai quand même le sentiment que chacun peut se targuer, et pour de bons arguments, d'avoir remporté l'élection.
Si on prend le cas de LFI, alors, ils avaient fait le choix d'enjamber les municipales de 2020. Donc, forcément, on a une dynamique qui ne peut être que positive à partir du moment où il y a davantage de listes qui sont déposées. Ils ont fait le choix d'être candidates dans l'ensemble des villes de plus de 100 000 habitants, et la plupart des villes de 30 000 habitants et plus. Et ils ont remporté des villes, je pense à Roubaix, notamment, je pense à des villes de banlieue. Le RN, pour sa part, a également poursuivi sa dynamique, même si on voit qu'il y a toujours un sujet de plafond de verre du côté des grandes villes.
Mais ils ont réussi leur implantation progressive, notamment dans les villes moyennes, ce qu'on appelait les sous-préfectures, renforçant leur bastion, notamment du sud-est de la France. Et les LR et le PS, je ne vais pas les mettre dans le même sac, mais ce sont historiquement, parce que ce sont les partis les plus anciens, les plus implantés localement, et ils restent très implantés localement. Ils ont gagné des villes, ils ont perdu des villes, mais globalement, ils restent très très forts. Donc, pour répondre un peu de manière synthétique à votre question, oui, chacun peut, quelque part, dire qu'il a gagné.
Et ça dessine, en revanche, je pense, une France avec différents pôles, parce qu'en fait, c'est une géographie électorale qui émerge de ça, avec, je dirais, un parti socialiste qui est quand même très présent dans les grandes métropoles, et ça dit quelque chose de la sociologie électorale de ces grandes villes, des LR qui sont présents dans les villes moyennes, un rassemblement national qui s'étend dans les petites villes et dans les communes rurales, et une France insoumise qui, elle, gagne progressivement les banlieues. Donc, c'est intéressant du point de vue de la géographie électorale que ça dessine, mais effectivement, tout le monde a un peu gagné, sauf les Verts.
Que des gagnants, Elie-Michel, je pensais que des élections, c'était toujours, ou pratiquement toujours, un jeu à somme nulle. Alors, comment est-ce possible ?
Alors, je pense qu'il faudrait, dans un premier temps, peut-être avoir un regard un peu plus critique sur les déclarations des partis et de leurs leaders eux-mêmes. Évidemment, ils se réclament tous de la victoire, mais il faut peut-être résister un peu à cette irrésistible tentation de nationaliser le discours. Il s'agissait quand même de 34 000 élections, depuis le premier tour, dans lequel on observe, et c'est un phénomène assez connu depuis longtemps, un découplage entre l'offre politique locale et l'offre politique nationale.
Vous savez, effectivement, comme vous l'avez énuméré, la majorité des villes sont quand même encore, aujourd'hui, dirigées par des maires des deux partis traditionnels, du PS et de LR. Et puis, inversement, la trois formations qui structurent la vie politique nationale, qui étaient très très peu implantées localement, le Rassemblement National, la France Insoumise, et en partie, Renaissance, le Bloc Central, qui, malgré tout, a aussi multiplié son nombre d'élus locaux de manière assez forte. Mais, il y a vraiment un découplage entre l'offre politique.
Et donc, c'est très difficile de tirer des conclusions nationales, puisqu'il n'y a quasiment aucune ville en France qui présentait une offre politique aux électeurs qui correspond à l'offre politique nationale. Donc, ces élections, elles ont, c'est sûr, stratégiquement des conséquences pour chacun des partis, pour leurs dirigeants, de toute évidence. Mais, comme il y a des victoires et des défaites dans tous les sens et dans toutes les configurations, chacun des partis peut, effectivement, dire que sa propre stratégie d'alliance, en termes de compétition d'union de la gauche, d'union de la droite.
Vous voulez dire qu'au fond, il y a assez de matière pour que chacun puisse y raconter l'histoire qu'il souhaite ? Absolument.
Si je peux rajouter un petit point, puisque beaucoup de ces partis nous ont également tenu un petit peu le discours du laboratoire. Là, la ville est un laboratoire. En cette ville, telle configuration politique nous permettra de tester un laboratoire. Alors, c'est une très mauvaise idée de ce qu'est un vrai laboratoire. Un laboratoire, c'est donc un espace fermé dans lequel on essaierait de reproduire les conditions générales de la compétition politique. En l'occurrence, il y a très peu de villes auxquelles ça correspond.
Donc, si vous pensez que Paris, Marseille ou Nice peuvent représenter des laboratoires représentatifs de ce que peut être la compétition politique nationale, c'est donc une très mauvaise idée. Il faudrait s'intéresser à un certain nombre d'autres villes moyennes qui sont les villes dans lesquelles, aux élections nationales, on vote le plus proche de la moyenne nationale. Il y en a tout un nombre, Cambrai, Châteauroux, Niort, Laval, Bourges, où là, effectivement, ce sont les villes qui sont les plus proches de la moyenne nationale. Et ce qu'on voit, c'est que c'était des élections municipales finalement tout à fait classiques.
Les maires sortant souvent réélus, des maires de centre-droite ou de gauche qui ont été réélus. Mais donc, ce qui confirme bien le découplage entre élections municipales et nationales.
Or, Malval, vous avez souhaité réagir ?
Oui, moi je pense qu'il y a peut-être un perdant finalement dans ces élections, c'est peut-être les Français dans leur ensemble. C'est-à-dire qu'on voit en tout cas dans cette... C'est un slogan ça, on dirait. Oui, mais c'est un slogan finalement que peu de parties utilisent parce que justement chacun s'intéresse, enfin chaque partie, et on le voit dans les leçons qui sont tirées par chaque partie de ces élections, chacun s'intéresse à une clientèle. Et considère que donc si la clientèle a été touchée, si le produit finalement a atteint sa cible, et bien c'est gagné. Sauf que du coup, ça veut dire quoi ?
Ce qu'on a assisté, et d'ailleurs presque pour chaque famille politique, personne ne s'est adressé à l'ensemble des électeurs de sa ville avec un projet. C'est particulièrement marquant, même sur, je dirais, une campagne plutôt réussie, triomphante, en tout cas pour la gauche à Paris, par exemple, la campagne d'Emmanuel Grégoire, elle s'est terminée comment ? Cette campagne avec un slogan qui était contre l'extrême droite. Et on avait de l'autre côté un slogan qui était pour l'alternance.
Et en fait, sans que l'un et l'autre décrivent ce que ça revêt, donc on finit par avoir, et dans le système politique français, je trouve que c'est particulièrement le cas, c'était moins le cas pour les municipales, et on voit aujourd'hui les municipales rentrer totalement dans ce schéma, où finalement on a cette fragmentation sociale et idéologique qui devient géographique, chaque parti politique s'adressant l'un aux communes moyennes, l'autre justement à des banlieues qu'on cherche à ravir, en tout cas au vieux parti de la gauche qui était le parti communiste, notamment dans la Grande Couronne, ou alors d'ailleurs ces villes, ces bastions, en fait, qui étaient des bastions rouges aussi, que je pense à Vierzon, par exemple, qui a été gagnée par le Rassemblement National.
Donc voilà, c'est vraiment cette hyper-fragmentation avec un discours qui ne crée plus de commun, et je trouve que c'est vraiment assez représentatif de ces élections municipales.
Vierzon qui est situé dans le Cher, pour précision, on va s'intéresser à chacun plutôt des résultats de ces différents partis, mais je voudrais, avant cela, Adelaide Zulfi-Karpazi, qu'on s'intéresse véritablement à l'abstention, à ce chiffre que j'ai donné, que je rappelle 42,62%, c'est une abstention record ou quasi record pour des élections municipales. Comment est-ce qu'on l'explique ? Et surtout, comment ça a influé aussi sur les résultats ?
Alors, je pense que, déjà, ça rejoint grandement ce qu'a expliqué Aurore Malval il y a un instant, quand elle a dit qu'à son sens, ce sont les Français les grands perdants de ces élections. Et je pense que, quelque part, c'est ce sentiment-là qui vient nourrir, encore une fois, une forme de désillusion à l'égard du politique, un désenchantement qui est l'un des leviers de l'abstention.
On pourrait répondre que les Français pouvaient aussi aller voter. Ils auraient été peut-être un peu mieux pris en compte, je veux dire, dans ce sens-là.
Oui, sans doute, mais ils ont quand même le sentiment, justement, que ce n'est pas leur intérêt qui est pris en considération, que ce n'est pas l'intérêt général qui est pris en considération. Et d'ailleurs, pour preuve, on en parlera peut-être tout à l'heure, mais le jeu des alliances qui se sont faites, qui ont souvent été faites, pour garder la ville. Et comme on note dans différentes enquêtes, et je pense notamment à l'enquête Fracture française d'Ipsos BVA, où on voit que les Français nous disent « Les politiques ne pensent qu'à leur intérêt propre, ne pensent pas à l'intérêt général. » Et donc, voilà, on retrouve ceci.
Pour revenir concrètement à l'abstention, alors moi j'ai les chiffres de la participation, pardon, mais du coup, on a effectivement une participation qui s'est élevée à 57% hier. On était à 62% en 2014, vous l'avez dit, effectivement, on est sur un record historique sur mes côtés 2020, comme on fait là, qui était une élection en plein Covid, donc qui ne peut pas être prise pour référence. Donc on est quand même, effectivement, 5 points moins qu'en 2014.
Donc c'est d'abord, premier élément, on est effectivement sur une poursuite très nette de cette érosion du lien de confiance entre les Français et les politiques, qu'on observe maintenant depuis 30 ou 40 ans, et dont l'abstention est une des expressions les plus nettes.
cette abstention, ce lien de confiance, il a été encore plus abîmé, à mon sens, par la crise politique, l'instabilité politique que l'on connaît depuis deux ans, depuis la dissolution de 2024, où avec la valse des premiers ministres et notamment très récemment, l'épisode tragico-comique du budget, c'est venu vraiment mettre encore plus à distance la politique chez les Français, à tel point d'ailleurs que ça commence à toucher le local, ce qui n'était pas le cas avant. Les Français restent très attachés à leur maire, ils nous disent encore que c'est le seul élu à qui ils font une confiance majoritaire, mais en fait c'est la politique qu'ils ont mis à distance.
On a aussi évoqué la question de l'écran potentiel causé par le contexte international qui a fait obstacle à la campagne, notamment sur les 15 derniers jours. Et je dirais un dernier mot, ce qui est très frappant sur cette participation, c'est qu'on aurait pu escompter un regain de mobilisation à minima dans les villes à fort enjeu. On sait que la sociologie électorale le montre, les électeurs se mobilisent d'autant plus qu'ils ont le sentiment que leur voix compte, que les jeunes ne sont pas faits quand ils nous disent « voilà, je sais que ma voix va servir à quelque chose ». Et donc là, on avait beaucoup de villes où les résultats étaient très incertains.
On l'a dit, rarement un scrutin municipal a été aussi incertain. Dans la plupart des 10 premières villes de France, on n'était pas du tout en mesure de dire qui serait le futur maire de la ville. Et pour autant, et là il faut comparer les chiffres de la participation entre les deux tours, sur la base du corps électoral qui a voté hier, c'est-à-dire les 6% de communes qui sont allées voter, c'est 35,5% des électeurs. La participation au premier tour, elle se situait sur cette population-là à 55,6%. Donc on est passé à 57%, ça fait un petit point et demi de plus, c'est pas le rebond espéré. Alors, il y a eu des...
Évidemment, là c'est à géométrie variable, dans certaines villes, on a eu des taux de participation plus élevés. À Paris, le rebond était un peu plus net, mais c'était de l'ordre de 2, 3, 4 points. On n'a pas eu vraiment une mobilisation massive, et donc ça montre que même un scrutin à enjeu, il ne parvient plus aujourd'hui à mobiliser les électeurs, et donc je pense que c'est très grave du point de vue de la démocratie.
Je le dis avec mes mots de non-chercheur, Elie Michonne, on a le sentiment que l'abstention, c'est peut-être le seul domaine, en manière électorale, dans lequel ce découplage que vous dessiniez un peu plus tôt lors de votre première réponse n'existe pas. Il y a un découplage provoqué, peut-être par la politique nationale, qui maintenant a un impact du point de vue local.
Alors, c'est certain qu'il y a une relation entre le contexte politique et la participation, et je ne vais pas revenir sur les éléments, mais je pense qu'on peut dire d'un assez profond malaise démocratique en France, avec un détachement politique croissant, qui est très marqué socialement, il faut quand même insister là-dessus, et très fortement générationnel. C'est ce que le sociologue Vincent Tibéry appelle la grande démission. A chaque génération, on vote moins. Il ne s'agit pas que des personnes jeunes qui ne votent pas. Aujourd'hui, une personne de 50 ans vote beaucoup moins que ne le faisait une personne de 50 ans il y a 20, 30 ou 40 ans.
Donc, il y a un vrai détachement que toutes les enquêtes montrent. Si on pense aux questions de confiance politique, on n'est plus dans un régime de méfiance politique. On est quasiment dans l'ordre du dégoût. Donc là, la politique nationale, la compétition politique nationale, agit comme un vrai repoussoir politique. Et de l'autre côté, vous avez quand même aussi le contexte de la participation locale et de cette question de l'enjeu. Il faut voir quand même que l'enjeu dans ces élections municipales n'est souvent pas si important dans la plupart des situations. et du coup, n'incite pas particulièrement à mobiliser les électeurs. 68% des communes n'avaient qu'une seule liste.
Ce qui, en termes d'enjeu, donc ça représente à peu près un électeur sur six en France.
Un enjeu assez réduit, effectivement.
Un enjeu assez réduit, d'autant plus qu'avec les modifications du mode de scrutin, puisque la plupart de ces communes dans lesquelles il n'y avait qu'une seule liste, jusqu'à toutes les précédentes élections municipales, on ne pouvait encore pas nacher les listes. L'électeur pouvait encore s'exprimer d'une façon ou d'une autre. Cette possibilité n'existait plus en 2026. Donc on a encore une fois retiré un élément de compétition électorale aux électeurs.
Donc on se retrouve dans une situation, et c'est d'ailleurs, je voulais dire, un effet qu'on retrouve également aux précédentes élections, aux élections de 2014, dans lesquels on a introduit un scrutin de liste pour les communes entre 1 000 et 3 500 habitants, et dans lesquels on observe aussi un déclin de la participation électorale. Donc baisse de la compétition politique, contexte de quasi non-campagne, effectivement, c'est très difficile de mobiliser plus d'électeurs.
Or, Malval, vous diagnostiquez sur ce sujet précis de l'abstention les choses de la même façon ?
Alors, en tout cas, c'est sûr, je ferais une différence. C'est vrai que la réforme qui annule, qui met fin au panachage qui faisait la joie des élections dans les petites communes, on pouvait rayer Michel, le voisin, qui faisait trop de bruit avec la tondeuse et puis remplacé avec sa voisine, par contre, qui était bien serviable et sympathique. C'est vrai que... Mais ça, ça n'explique pas l'abstention du second tour parce que toutes ces élections-là, elles ont été réglées au premier. Et effectivement, je rejoins ce que je disais tout à l'heure. Je pense qu'encore un slogan, « Changer la vie », qui a été adapté, d'ailleurs, en manière municipale, c'est « Changer la ville ».
Aujourd'hui, je pense qu'il y a un vrai doute chez les Français de ce que peut le politique. D'ailleurs, c'est intéressant. Aujourd'hui, on a appris que Lionel Jospin était mort. Lionel Jospin, c'est aussi l'auteur de la phrase « L'État ne peut pas tout ». Et ça, en fait, cette idée que la puissance publique est impuissante par rapport à un certain nombre de choses, je pense que ça a mis du temps à infuser jusqu'à l'échelon municipal qui, quand même, a mis moins... Enfin, a été jusqu'à présent un peu préservé. Le maire, c'est l'élu. D'ailleurs, c'est celui à qui on s'en prend quand on a un grief.
C'est l'élu à portée de baffes, comme justement certains élus locaux se nomment parce que c'est à eux qu'on vient avec les premières récriminations. Mais finalement, l'idée qu'en fait, même cette puissance publique à l'échelon le plus concret, le plus proche de chez soi, elle ne change pas grand-chose et que, quel que soit le maire, finalement, c'est une sorte de rouleau-compresseur qui, de toute façon, va amener les mêmes choses et qu'on vote ou qu'on ne vote pas. C'est pareil. On voit aujourd'hui que c'est vraiment ça dans l'esprit d'un grand nombre de Français.
En quelques mots, Adélaïde Zulfi-Karpazic, l'autre question qui se pose, si je puis dire, par rapport à l'abstention, c'est qu'auraient voté ces Français s'ils avaient été contraints de le faire ? Si on regarde justement vers 2027, il y a un poncif qui expliquerait qu'au fond, l'abstention, c'est un réservoir de voix pour le vote contestataire, disent certains, pour le rassemblement national, disent nôtres, pour tous les extrêmes, expliquent encore certains experts. Bref, que sait-on véritablement de ces gens qui ne vont pas voter ?
Alors, deux éléments de réponse par rapport à votre question. La première, je vais la balayer assez rapidement, c'est qu'attention, on est quand même sur un scrutin, sur 35 000 scrutins municipaux avec du coup des configurations qui sont différentes par rapport à un scrutin national et quand je dis des configurations différentes, ça veut dire aussi des profils d'abstentionnistes différents et notamment dans ce second tour, on a observé, on parlera plus tard des résultats ville par ville sans doute, mais on a vu que dans certaines villes, il y avait des, notamment au second tour, des effets d'abstention, participation différentiels selon les configurations et selon l'offre politique.
Je prends un exemple à Toulouse, vraisemblablement, quand on regarde le score réalisé par la liste conduite par François Picmal fusionnée avec celle de François Briançon, si l'ensemble des électeurs s'étaient mobilisés, ils auraient dû mécaniquement, arithmétiquement remporter cette élection, ce qui n'est pas le cas. Alors, la politique, ce n'est pas de l'arithmétique, mais on voit qu'il y a eu quand même sans doute une partie de l'électorat sans doute socialiste qui a fait le choix de s'abstenir au second tour. Dans d'autres villes où il y a eu plutôt des alliances, je crois que c'est le cas notamment à Clermont-Ferrand, on a plutôt eu le cas de...
les listes LFI, PS ont fait le plein de leur voix, en revanche, il y a eu une surmobilisation des électeurs LRN pour faire barrage. Donc en fait, c'est vraiment une géométrie variable.
Une fois qu'on a dit ça, pour répondre à votre question, on sait quand même, en tout cas, la science politique et la sociologie électorale l'étudient depuis suffisamment longtemps, je me réfère aux travaux d'Alain Lancelot dans les années 60 pour savoir que globalement, les gens qui s'abstiennent, on parle souvent de colère, c'est pas du tout le premier levier de l'abstention, le premier levier de l'abstention, c'est le désenchantement, c'est la mise à distance du politique, voire l'indifférence, et ce sont quand même des gens qui sont assez marqués sociologiquement, on est plutôt sur quand même traditionnellement des profils de personnes qui ont... qui sont...
en fait, on dit moins intégrés socialement, des gens qui ont peut-être un niveau d'études moins important, qui sont... qui n'ont pas des profils actifs, etc., et ce sont des gens qui globalement, voilà, ne vont pas davantage voter, donc je ne crois pas vraiment à l'hypothèse sur laquelle ce serait un réservoir de voix pour des partis contestataires
type le RN ou la France Insoumise. Mais cela, ces deux motifs, prenons l'indifférence et, Elie Michel, le désenchantement, ça ne favorise pas le vote contestataire lorsque ces Français doivent voter ?
Alors, pas forcément, et je pense que c'est effectivement important de rappeler, les abstentionnistes ne forment pas un groupe homogène. Il y a effectivement des abstentionnistes de conviction qui, en fonction d'une telle ou telle configuration, choisiront de ne pas aller voter. Ça paraît assez compliqué de vouloir leur imposer un choix de vote à des gens qui, activement, ont choisi de ne pas aller voter. Vous avez aussi, quand même, dans le réservoir des abstentionnistes, une bonne partie de ces abstentionnistes qui, on pourrait appeler des électeurs empêchés pour une raison ou pour une autre. Ils sont malades, ils sont en voyage, ils sont à la pêche, ils n'ont pas pu voter.
Ils ne sont pas partis voter. C'est-à-dire que la majorité des électeurs aujourd'hui ne votent pas toutes les élections. Quasiment l'ensemble des électeurs vont être amenés à un scrutin ou un autre à ne pas participer. Ces électeurs qui sont empêchés, il n'y a pas de raison de penser qu'ils constituent un réservoir particulier pour un parti ou un autre.
Il y a effectivement un groupe d'électeurs qui, là, on pourrait appeler, oui, des abstentionnistes démobilisés, désenchantés, un peu aliénés de la vie politique qui, en fait, souvent sur la base de leur profil sociologique, on regarde leur profil sociologique, on compare, on dit, ah, voilà, c'est un profil qui est peut-être plus proche de celui des électeurs du Rassemblement National. J'ajouterais quand même aussi de ceux de la France Insoumise si on tient en compte les électeurs, beaucoup d'électeurs aussi issus de l'immigration.
Donc, il y a effectivement sur la base de leur profil sociologique, on pourrait penser qu'il y a une forme d'erreur de voix, mais si ces gens n'ont pas voté, c'est qu'il y a bien une raison aussi. Si les partis n'arrivent pas à les mobiliser, c'est peut-être qu'il y a aussi une raison un peu plus que leur profil sociologique ne suffit pas à expliquer.
Boris Vallot, président du groupe socialiste à l'Assemblée Nationale, il s'exprimait sur RTL ce matin.
Aujourd'hui, je vais dire les choses avec beaucoup de netteté, pour ceux qui se posaient la question, nous avons une réponse. Oui, les alliances avec la France Insoumise n'ont pas fonctionné. Oui, la France Insoumise nous a fait perdre. Dans l'entre-deux-tours, le Parti Socialiste a manqué de clarté, de sincérité et de solidarité. Et donc, oui, pour la suite, nous devons sortir de l'ambiguïté. Nous devons être parfaitement clairs sur le fait qu'il n'est pas possible de s'allier avec la France Insoumise. Je disais, dans 99% de ces communes, nous n'avons pas fait alliance avec la France Insoumise.
Ceux qui pouvaient encore douter de ce que produisait cette alliance, ils ont la réponse, ça ne marche pas. Il n'y a plus de place pour l'ambiguïté stratégique parce qu'il reste l'ambiguïté et ça ne fait pas une stratégie.
Boris Vallaud a-t-il raison, Aurore Malval ? Est-ce que les différents exemples français, les différents résultats d'élections municipales indiquent que le Parti Socialiste n'a pas intérêt à s'associer avec la France Insoumise ?
Alors, si j'étais Boris Vallaud, si j'étais justement parmi les têtes pensant des chefs d'un parti tel que le Parti Socialiste, je pense que je dirais la même chose que Boris Vallaud et je pense que c'est la communication qui a été réfléchie cette nuit au Parti Socialiste, que ce soit d'ailleurs dans la bouche d'Olivier Faure ou justement de Boris Vallaud. Est-ce que c'est vrai ? À l'épreuve des faits. Est-ce que c'est vrai à l'épreuve des faits ? Pas tout à fait. Il y a quand même un grand nombre de cas de figure de ces alliances justement. Déjà des alliances qui sont elles-mêmes différentes, de nature quand même un tout petit peu différente.
Quand on a une fusion technique, entre guillemets, c'est-à-dire, alors je sais que ce terme a fait débat, mais c'est vrai qu'il n'est pas spécialement nouveau, ça s'était déjà vu lors de précédentes échéances municipales, de prendre avec soi quelques colissiers d'une autre liste pour qu'ensuite ils ne siègent pas dans la majorité mais qu'ils soient élus avec la liste, comme ça a été le cas par exemple à Clermont. C'est différent que lorsqu'on fait vraiment une fusion de listes, comme ce qui a été le cas à Toulouse, avec d'ailleurs une répartition des rôles extrêmement claires, François Picmal à la mairie et François Briançon qui était destiné à la métropole.
Donc déjà, je ne mettrais pas un signe égal entre toutes ces fusions. ça rend du coup l'analyse de ces différents cas de figure différent. Ensuite, il y a des cas où ça a marché. Très clairement, à Lyon, je pense que l'apport de la France insoumise a été déterminant pour que Grégory Doucet puisse remporter, puisse se maintenir à la tête de la ville de Lyon. Je pense que c'est le cas aussi à Nantes où justement Johanna Roland a bénéficié de ce report.
La mère socialiste
de Nantes, tout à fait. Par contre, ça n'a pas été le cas. On parlait de Clermont-Ferrand. Effectivement, il y a eu une surmobilisation, vous l'avez dit, de l'électorat de droite parce qu'il y a eu aussi un vent de dégagisme. Je pense qu'il y a eu des maires sortants dont le bilan a été contesté par leurs électeurs et ça a été le cas dans un certain nombre de communes qui étaient détenues par la gauche et la gauche doit réfléchir, en tout cas le parti socialiste, doit aussi réfléchir à pourquoi il a perdu ses villes. Il ne peut pas se contenter de dire que l'alliance avec la France insoumise était un boulet.
D'ailleurs, souvent, lorsque les maires ont bricolé cette alliance à la va-vite après avoir passé une campagne entière à se déchirer, c'est qu'il y avait péril en la demeure et que finalement, je ne suis pas sûre que s'ils n'avaient pas fait alliance, ils auraient probablement également perdu.
Donc, c'est vrai qu'on est dans une situation, oui, je pense que clairement sur le cas toulousain, par exemple, François Picmal, la figure de François Picmal en tant qu'insoumis a effrayé une partie de l'électorat socialiste qui a préféré, selon les analyses, je crois à peu près une 15% se rabattre sur le maire sortant, Jean-Luc Mouding, qui est un maire de centre-droit et d'autres ont préféré l'abstention. Mais ça n'en fait pas une généralité. Après, politiquement, évidemment, il y a un coup à jouer pour le Parti socialiste.
Vous êtes d'accord, Adélaïde Zulfi Karpazic, d'accord pour être en désaccord avec Boris Vallaud, pardon, d'avoir ripé sur votre nom ?
D'accord pour être en désaccord avec Boris Vallaud ?
D'accord donc pour être d'accord avec Oramal Vallaud. Vous êtes d'accord avec Oramal Vallaud ou non ?
Oui, en partie. Je voudrais juste compléter ce qu'a dit Aurore, ce que je trouvais intéressant, ce que vous avez dit sur l'envie de dégagisme. J'avais quelques chiffres sous les yeux qui sont intéressants. Autant le premier tour a été favorable aux maires sortants, on sait que globalement les Français portent un bilan positif sur leur maire à 70%. Autant le second tour s'est révélé plutôt mauvais pour les maires sortants. Sur 960 sortants qui étaient encore en compétition hier, 724 ont été battus. Donc ça vient valider votre thèse. Et là où je reviens, je suis d'accord que sa géométrie variable, cette question des bilans, des alliances avec LFI, je t'en paierais avec deux éléments.
Le premier, c'est que je ne sais pas très auxquelles conclusions on en tire en fait. Parce que le Parti Socialiste, ok, d'accord... Du point de vue national, vous voulez dire ? Du point de vue national, parce qu'en fait, en réalité, c'était déjà le cas avant. Il n'avait jamais été question d'une alliance que je sache entre Jean-Luc Mélenchon et un candidat socialiste. Enfin, ce n'est pas d'actualité, une candidature unique, donc ça ne change pas grand-chose. Les électeurs socialistes...
Certains ont la nostalgie du nouveau Front populaire, c'est un peu ça qui règne aujourd'hui dans l'air, si je puis dire.
Oui, alors il y a deux éléments. Je voudrais comme revenir sur les alliances à travers les électeurs. Ce qui était intéressant, c'est que quand on a questionné les Français au soir du premier tour sur leur souhait d'alliance entre justement la France insoumise et des listes socialistes et écologistes, les sympathisants de gauche avaient des réponses très diverses sur leur sympathie politique, d'après une enquête Ipsos, BVA, pour vous d'ailleurs. On voyait que autant les sympathisants...
Pour France Culture, pardon, pas pour vous Quentin, effectivement, pour France Culture et vos partenaires du service public, on voyait que les sympathisants LFI étaient tout à fait favorables à ces alliances, que les sympathisants écologistes étaient très partagés sur l'idée même de ces alliances, c'était de l'ordre de 50-50, et enfin que les sympathisants socialistes étaient quand même dans leur majorité plutôt hostiles.
Voilà, mais dans leur majorité, ce n'était pas non plus écrasant, donc ça montre bien qu'effectivement, c'est au cas par cas, selon les configurations, puis ce n'est pas la même chose de faire barrage à un candidat RN que de faire barrage à un candidat LR ou de centre-droit comme à Toulouse, donc voilà.
Et en revanche, par rapport à la nostalgie que vous évoquiez, on voit bien que dans les enquêtes, quand on se projette notamment sur 2027, on en parlera peut-être après, les électeurs de gauche globalement, je pense plus par réalisme et pragmatisme que par complètement conviction, nous disent, dans les enquêtes là aussi, que ce serait souhaitable qu'il y ait une candidature unique pour pouvoir donner une chance à la gauche de figure au second tour.
Mais en même temps, ils sont hyper réalistes, ils pensent que ça n'adviendra pas parce qu'il y a un enjeu de leadership et qu'eux-mêmes, entre eux, en fonction de leurs différentes sensibilités politiques, n'arrivent pas à se mettre d'accord sur qui, pour porter, incarner cette candidature unique.
Élie Michel, quelles conclusions justement sur ces rapprochements PS et LFI entre les deux tours des municipales ? Est-ce qu'il faut en tirer des conclusions nationales ?
Déjà, laissez-moi venir au secours de Boris Vallaud qui en réalité a quelque part aussi raison puisque la diversité de toute façon, la diversité des configurations de compétitions politiques et la diversité des issues positives ou négatives dans chacune de ces situations permettent à tout le monde de donner un exemple pour dire, vous voyez bien que dans cet exemple, j'ai raison. Donc Boris Vallaud, en l'occurrence, n'a pas tout à fait tort et on pourrait tout à fait lui opposer l'inverse. Mais juste pour ce problème plus large de l'union à gauche qui est d'ailleurs, il faut le souligner, le problème exactement parallèle qui se pose aux Républicains.
C'est-à-dire qu'on a là les deux parties qui sont des parties historiques bien implantées localement qui ont besoin à un moment d'élargir leur base électorale et vont chercher à leur gauche, à leur droite. À gauche, apparemment, je pense que ça pose moins de difficultés auprès des électeurs en tout cas et auprès, malgré les oppositions actuelles auprès des partis puisque régulièrement à chaque élection, que ce soit le NFP ou là, en l'occurrence, des fusions de listes après s'être copieusement insultés pour la campagne, au moment de rassembler les électeurs, les partis de gauche semblent y arriver un peu mieux. Je pense que le débat se posera dans à peu près les mêmes termes pour la droite.
Bruno Rotaillot, président des Républicains, il s'exprimait sur Europe 1. Ce soir, une réalité s'impose. Nous sommes toujours et plus que jamais la première force politique locale en France. À Cherbourg, à Besançon, à Brest, à Tulle, à Limoges, à Toulon, à Clermont-Ferrand et ailleurs aussi, notre objectif a été atteint. La bataille a été gagnée. Mais ce n'est qu'un début car ce scrutin nous éclaire et il nous oblige. Les résultats de ces élections municipales ont montré que la France n'est pas condamnée à une fausse alternative entre, d'un côté, les idéologues de LFI et de l'autre, les démagogues du Rassemblement National. C'est vous qui recommencez pour un tour, Aurore Malval.
Alors, est-ce que Bruno Rotaillot a raison cette fois-ci ?
Eh bien, non ! Non, parce que, alors, encore une fois, comme tous les autres, là, vraiment, on assiste au concours de mauvaise foi et de déclarations politiques. Bon, Bruno Rotaillot, encore une fois, en tant que chef de parti, pousse son coin, enfin, enfonce son coin, je pense, voilà, pour dire, effectivement, la droite à qui on avait un petit peu prédit quand même une, pas une Bérezina, mais en tout cas, des revers assez sérieux.
C'est vrai que la droite locale qui avait quand même une grosse emprise dans des villes de taille moyenne et des grandes villes il y a encore quelques années, on a perdu pas mal déjà parce qu'un certain nombre de maires sont partis chez Horizon, deux emblématiques alors qui ont eu des destins différents lors de ces élections, mais Christian Estrosi, par exemple, à Nice, Édouard Philippe, au Havre. Et c'est vrai que cette droite, la dernière ville dont elle avait les manettes, c'était Nîmes, qu'elle a aussi perdue d'ailleurs à l'occasion de ce scrutin.
Mais effectivement, si on regarde les villes de plus de 3500 habitants, ces petites villes et villes moyennes, eh bien, les bastions de droite, les maires de droite s'en sortent plutôt bien. Donc Bruno Retailleau dit c'est super, on a gagné. Ils ont réussi les deux tiers des villes-là. Oui, tout à fait. Mais ce qui n'est pas non plus une prouesse, ils n'ont pas conquis. C'est vrai qu'il y a certaines villes de gauche qui sont... Alors Clermont-Ferrand est un exemple assez emblématique puisque ça fait suite à plus de 100 ans de socialisme. La ville est tombée. Mais par exemple, Besançon, où Anne Vigneault perd ses élections, avait été élue à la faveur de la vague verte.
C'est moins, je dirais, une victoire incroyable pour les LR. C'est vrai que Bruno Retailleau, je pense qu'il a eu peur. Il a eu peur du RN. Il a eu peur que le RN qui dans certaines villes est devenu en fait la première force de droite est devenue la liste qui a affronté la gauche. Ça a été le cas à Saint-Étienne. On a quand même un RN qui arrive en deuxième position au premier tour et au second tour alors qu'il ne prend pas la ville mais qui est quand même fait presque 30%. À Marseille aussi très emblématique.
Et donc je pense que Bruno Retailleau a soufflé un petit peu en se disant bon, tout n'est pas perdu même si le score en tout cas de Martine Vassal à Marseille est quand même terrible 8%. Le score de Rachida Dati enfin Paris c'était quand même ce qui allait être brandi comme une grande victoire avec une candidate effectivement alors au soutien un petit peu sineux puisqu'elle était à la fois la candidate des LR mais aussi du président de la République Emmanuel Macron. Mais voilà, tout ça ne peut pas Jean-Michel Aulas aussi à Lyon. donc c'est vrai que ça fait beaucoup de...
Mais je pense que voilà Bruno Retailleau avait peur un peu de cette vague RN des mains tendues qui avaient été tendues par le RN pour faire l'union des droites et qu'il a refusé. Et Lyon Michel où s'est tiré ? Oui, je pense que c'est quand même exactement sur ce point-là que peut-être du coup on peut corriger un petit peu Bruno Retailleau parce que, y compris dans la liste des villes que lui-même donne dans sa conférence de presse, pour certaines elles ne sont des listes qui ne sont même pas menées par des candidats LR.
Donc Bruno Retailleau donne là ici la liste de toutes les villes dans lesquelles LR sont effectivement associées aux majorités municipales mais qui sont aussi composées d'un certain nombre d'autres partis y compris des partis avec lesquels il me semble Bruno Retailleau ne retient pas des relations particulièrement amicables comme Renaissance ou Horizon qui dans la plupart des cas où LR a gagné des élections sont des parties prenantes de la majorité nouvelle majorité municipale. Effectivement, en faisant ça il occulte le vrai problème qui pour lui se situe effectivement de l'autre côté de l'échec politique.
Oui, de l'idée de l'union des droites Adélaïde Zulfi-Karpazi qu'on a le sentiment là aussi que selon les contextes locaux on peut dire à peu près tout et son contraire est-ce qu'on peut tirer des conclusions nationales comme aimerait le faire par exemple Éric Ciotti à Nice qui lui l'érige en exemple.
Alors ce qui est assez frappant c'est qu'il y a un paradoxe du côté de la droite ou des droites parce que vous venez de citer l'exemple de Nice c'est vrai mais hormis Nice dans le second tour il y a eu très peu d'alliances en réalité entre LR et le RN je crois qu'il y a eu trois villes Brie contre Robert, Draguignan et il m'en manque une je suis fatiguée c'est pas grave ou à chaque fois non à chaque fois les candidats LR qui ont fait ce choix là c'était à Reims la troisième pardon à chaque fois les candidats ont été sanctionnés par le parti donc il n'y a pas eu d'union des droites en réalité dans l'entre-deux-tours alors même que contrairement aux sympathisants socialistes je l'évoquais tout à l'heure qui étaient plutôt hostiles à l'union avec LFI alors que localement le parti a fait le choix de le faire bref dans l'autre sens les sympathisants à la fois LR et RN alors surtout RN mais LR également des républicains eux sont favorables les enquêtes type SAUDE-BVA le montrent sont favorables à cette union des droites aux deux tiers donc ils en appellent de leur vœu et ça pose vraiment beaucoup de questions notamment dans la perspective de 2027 dans cette porosité et la capacité pour les LR tels qu'ils existent aujourd'hui à avoir un espace politique identifié quelque part entre le Rassemblement National et ses alliés de l'UDR et reconquête et une droite plus centriste incarnée par Édouard Philippe dont la campagne a été lancée ou relancée par sa victoire hier qui a rappelé Oral Malval il y a un instant Elie-Michel en quelques mots Oui je pense qu'également pour LR une des difficultés qui s'est posée au cours de cette élection c'est le revirement stratégique du RN qui vient quand même d'acter maintenant sa stratégie d'union de la droite où vous voyez Jordan Bardella entre les deux tours s'adresser à ce qu'il a appelé la droite sincère ce qui n'était pas du tout le cas il y a 5 ou 6 ans le RN n'aurait jamais appelé à s'allier avec la droite donc non seulement il a une pression des électeurs mais il y a maintenant une pression également des partis politiques eux-mêmes et du RN qui est en train de dire on vous tend la main
Sur le RN justement Aurore Malval c'est une réussite une quasi-réussite comment vous le qualifieriez aussi ce qu'on peut noter tout de même c'est que le RN a réussi à sortir de ses bastions strictement traditionnels à Vierzon on en a parlé dans le Cher à la Flèche dans la Sarthe à Montargis dans le Loiret avant le Rassemblement National faisait des scores bien bien plus tempérés
Tout à fait on avait quand même un RN qui était traditionnellement très implanté dans le Sud-Est et dans le bassin minier et c'est vrai qu'on voit aujourd'hui un certain nombre de villes qui ont été conquises hors de ces deux zones géographiques et encore une fois des bons scores du Rassemblement National aussi dans d'autres communes où on ne les voyait pas avant et ça c'est vrai que pour le Rassemblement National c'est un petit peu comme tous les autres le pari est à moitié gagné il y a cette implantation il y a cette implantation qui est confortée évidemment dans les deux bastions un petit peu comme ça de façon sporadique dans d'autres communes ça prouve que le RN parle aussi à d'autres territoires et en même temps il n'arrive pas à briser ce plafond de verre dans les métropoles le pari du grand Chelem du Sud avec Marseille, Toulon, Nice n'a pas été réussi il y a quelque chose qui est particulièrement intéressant je pense à noter c'est que les électeurs du RN du premier tour peuvent être des électeurs LR du second tour et vice versa et ça on ne le trouvait pas avant on avait un vote RN qui était extrêmement solidifié sur le premier tour c'était les mêmes qui allaient voter au second tour c'était aussi un vote protestataire un peu un vote anti-système aujourd'hui c'est vraiment le vote pour la droite qui se confond entre les deux au niveau des électeurs
je vous donne un sujet chacun et une minute pour y répondre Adélaïde Zulfi-Karpazic pour commencer quid du bloc central cette fois-ci ? on a le sentiment que là aussi les résultats sont un peu contraires que l'on situe à Pau ou Havre mais globalement quelle leçon vous en tirez ?
globalement si on prend Renaissance ils avaient fait le choix globalement d'esquiver cette échéance électorale ils n'avaient pas beaucoup de sortants c'est un parti qui est très récent et donc finalement avec deux villes Bordeaux et Annecy je dirais qu'ils peuvent se targuer d'un bilan finalement pas si mal au regard de leurs ambitions il y a Horizon de l'autre côté avec une défaite lourde pour Christian Esrosi mais une victoire qui permet de peut-être marquer son entrée en campagne pour 2027 pour le maire du Havre donc voilà mais globalement c'est vrai que le bloc central dans ce scrutin municipal est apparu quand même assez affaibli on a plutôt l'impression d'une réactivation du clivage gauche-droite notamment à ses extrêmes plus que d'une tripartition voilà en une minute
Bravo pour ça Annecy on précise c'est Antoine Armand et à Bordeaux c'est Thomas Cazenave Elie Michel quid d'Europe écologie les verts cette fois-ci on avait évidemment en 2020 parlé de de vagues vertes alors que penser de 2026 est-ce qu'il faut seulement relativiser par rapport à 2020 ou bien là aussi grosso modo c'est un échec dissimulé
évidemment il faut remettre le contexte écoral des verts dans ce qui était celui de 2020 aussi où il y a une vague verte dans une élection quand même très particulière il faut rappeler que c'est une élection en période de Covid qui est l'élection là pour le coup le record d'abstention donc peut-être que l'ELV a réussi à mobiliser un certain électorat urbain alors que d'autres électeurs sont restés chez eux accentuant la vague verte de 2020 et finalement c'est pas si impressionnant ils ont perdu quelques villes ils ont réussi à se maintenir quand même dans un certain nombre des villes qui tenaient et pas des moindres et des villes assez symboliques je pense pour elle pour ce mouvement que ce soit Lyon ou Grenoble par exemple et voilà c'est un petit peu le ressac habituel qu'on observe finalement en toutes les élections peut-être que quand on est un plus petit parti le ressac est plus difficile à encaisser mais en réalité je ne pense pas que ce soit une déflagration électorale beaucoup plus importante que les autres mouvements qu'on voit dans les autres blocs de partis
merci à beaucoup à vous trois de ces analyses de ces explications Adélaïde Zulfi Carpazic Aurore Malval Elie Michel et merci également à celles et ceux qui ont préparé cette émission à mes côtés Diane de Vancey Stéphanie Villeneuve Mathias Mégi Antoine Héral à suivre après le journal autre question face à l'une des pires crises énergétiques qui fait suite aux événements au Moyen-Orient une question comment s'en sortir ?
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