Thélyson Orélien, auteur de C'était ça ou mourir : IA, plagiat - Anatomie d'un scandale littéraire
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« Pangram est une jeune entreprise américaine fondée par Max Spirot et Bradley Emy, deux ingénieurs formés à l'université Stanford et passés notamment par Google et Tesla. »
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« Un détecteur DIIA ne voit pas comment un texte a été écrit. Il calcule la probabilité que les mots se suivent comme ils se suivent dans les textes produits par les machines. »
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« Max Spirot, le patron de l'entreprise Pangram déclare au quotidien le monde n'avoir aucun doute sur la présence d'IA dans le roman. »
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« Les éditions du Boréal suspendent la promotion du livre au Canada pour assurer le bien-être de l'auteur. »
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Selon Pangram, ce roman est rédigé presque intégralement par une intelligence artificielle. Ce message est publié sur X un lundi soir de septembre par un compte que presque personne ne connaît. Quelques heures plus tôt, ce roman recevait le prix du roman Fnac, décerné par la chaîne de magasin culturel FNAC et voté par 400 libraires et quatre lecteurs. Son auteur s'appelle Téléison Aurélien. Il a huit ans. Il est né en Haïti, il lit au Canada et c'est son premier roman. jours plus tard, l'Académie Goncour qui décerne le prix littéraire le plus prestigieux de France retire le roman de sa sélection. Une semaine plus tard, le même roman est numéro 1 des ventes en France. Comment un message posté un soir
sur X a-t-il pu faire vaciller le prix littéraire le plus prestigieux de France ?
Téléison aurélien nî en 198 au Gonïve dans le nord d'Haïti. Les Gïves sont une ville chargée d'histoire. C'est là que Jean-Jacques Des Saline, ancien esclave devenu général de la révolution haïtienne, proclame l'indépendance du pays. Le 1er janvier 1804. Haïti devient la première République noire du monde. C'est dans cette ville que Téléison Aurélien grandit dans une famille où l'on lit beaucoup. Son père possède une importante bibliothèque. Adolescent, il écrit déjà de la poésie. Àx ans, il remporte un prix international de jeunes auteurs. Il commence ensuite des études de droit à l'université d'État d'Haïti. Puis en janvier 2010, un tremblement de
terre ravage le pays. Il part. Son exil passe par la République dominicaine et les États-Unis avant le Québec. À Montréal, il étudie l'économie et les sciences politiques, travaille en bibliothèque et écrit des chroniques notamment pour le quotidien la presse. Selon le dernier recensement, près de9000 personnes originaires d'Haïti vivent au Canada, dont 87 % au Québec. Avant son premier roman, il a publié plusieurs recueills de poésie dont au-delà du silence et le temps qui reste. Des textes qui circulent surtout dans la diaspora d'Haïti, loin des grandes tables des librairies parisiennes. En mars 2026, les éditions du boréal à Montréal publient son premier roman. C'était ça ou mourir. Le narrateur
s'appelle Jonas d'Orléon. Il enseigne l'histoire et la géographie à Carrefourfeuille, un quartier de Portoprince tombé sous la coupe des gants armés. Et fui, le livre raconte sa traversée de 12ze pays jusqu'au Canada. Jonas est un personnage inventé, mais l'auteur explique avoir construit son parcours à partir de nombreux témoignages d'exilé venus d'Haïti. À l'agence France Press pendant l'été, il dit avoir écrit ce livre avec ses tripes et son cœur plutôt qu'avec sa tête. Il dit aussi avoir commencé ce roman en 2017 et terminé une première version en 2019. Cette date va compter parce que Chat GPT n'arrive auprès du grand public qu'à la fin de l'année 2022. Le livre traverse l'Atlantique avant
même sa sortie française. Le 30 juillet, le prix méduse qui ouvre chaque année la saison des prix le couronne alors que le roman n'est pas encore en librairie en France. Grassé le publie le fou. Selon le quotidien économique américain Wall Street Journal, les droits de traduction partent dans plus de 20 pays. Les lecteurs suivent sur les blogs littéraires, de juillet à septembre, on retrouve les mêmes mots : la langue, la voix, l'humour, l'humanité. Pierre Assouine, membre du jury court et critique lui consacre sur son blog un billet intitulé le choc télérison aurélien. Il y écrit à propos du roman "La misère y est partout et le misérabilisme nulle part." Puis les prix
s'enchaînent. Le prix Strasbourg espoir si fin août, le prix première plume, le 31 août, le prix roman New du magazine Lesch Weekend, le palmarès des libraires de livres hebbo, le magazine des professionnels du livre. En septembre, le roman figure dans les premières sélections des quatre grands prix littéraires d'automne, le goncour, le renodo, le féminina et le médicis. Aucun autre livre de la rentrée n'apparaît sur autant de listes parmi les grands prix d'automne. Le prix Gonk peut changer la vie d'un livre. Veillé sur elle, le roman de Jean-Baptiste Andrea couronné en 2023 s'est vendu à plus de 600000 exemplaires selon livre Hebdo. En septembre, il reçoit aussi le prix du roman Fnac. Interrogé par l'agence
France-Press, Téléison Aurélien se dit surpris par ce qui lui arrive et heureux. À ce moment-là, il est la révélation de la rentrée littéraire. Le soir du Prifnac, le compte X Balanceon Claude publie son message. Le nom du compte fait référence à Claude, l'intelligence artificielle de l'entreprise américaine anthropique. Le compte affirme avoir soumis plusieurs passages du roman pris à différents endroits du manuscrit à un logiciel de détection appelé Pangram. Pangram est une jeune entreprise américaine fondée par Max Spirot et Bradley Emy, deux ingénieurs formés à l'université Stanford et passés notamment par Google et Tesla. Elle affirme que son outil est fiable à 99,98
%. Appliqué au roman. Le logiciel conclut presque à chaque fois à un texte écrit à 100 % par une IA. D'après le comte, le comte en conclut que le roman a été rédigé presque intégralement par une intelligence artificielle et il demande à l'auteur s'il n'aurait pas été plus honnête de créditer son co-auteur. Le lendemain, deuxème message, le compte dit avoir retrouvé quatre textes de téléison aurélien publiés en 2014 avant l'arrivée des outils comme chat GPT, le logiciel les classe à 0 % dia. Le compte veut ainsi montrer que les textes de 2014 sont bien de la main de l'auteur et que son roman de 2026 ne l'est pas. L'auteur répond le 22 septembre dans les médias québécois puis dans le quotidien
français Libération. Il nie catégoriquement. Il explique que les images, les répétitions et les rythmes de son livre viennent d'une parole vivante, celle des traditions d'Haïti et des Caraïbe. Puis il dit cette phrase rapportée par livre Hebdo je n'ai jamais utilisé l'intelligence artificielle pour produire des textes. Gret, son éditeur français le défend fermement et condamne tout propos malveillant selon lequel le livre aurait été écrit ou nourri par Unia. La maison dit que ces accusations blessent un écrivain au parcours exceptionnel. À ce stade, la seule pièce publique est un score de logiciel face au dément de l'auteur. Reste à savoir ce que vaut ce logiciel.
Un détecteur DIIA ne voit pas comment un texte a été écrit. Il calcule la probabilité que les mots se suivent comme ils se suivent dans les textes produits par les machines. Un chercheur interrogé par l'agence France Press le rappelle. Un texte écrit avec une intelligence artificielle ne contient aucune marque cachée. Le logiciel compare seulement l'enchaînement des mots à celui des textes produit par des machines. L'agence France Press a fait l'expérience. Elle a soumis les passages du roman à sept autres détecteurs. Les résultats partent dans tous les sens. Un site conclut à 100 % d'IA. Deux autres concluent à l'inverse. Deux affichent entre 7 et 59 % et les deux derniers donnent un verdict différent selon le passage testé. H logiciels, huit
réponses différentes. Alors, lequel croire ? Les détecteurs se sont déjà trompés de façon spectaculaire. En 2023, le détecteur Z0 GPT avait jugé la Constitution américaine écrite en 1787, générée à 92 % par Unia. Le 23 septembre, une start-up française qui vend elle-même un détecteur lucide.AaI A i annonce avoir analysé l'intégralité du roman, soit près de 60000 mots. Elle classe ces 35 parties comme générées par une IA. Mais dans le même communiqué, l'entreprise reconnaît qu'un détecteur ne prouve pas la manière dont un texte a été écrit. Le 25 septembre, Max Spirot, le patron de l'entreprise Pangram déclare au quotidien le monde n'avoir
aucun doute sur la présence d'IA dans le roman. Les écrivains testent alors leur propre livre. Sophie Jaomin soumet au logiciel de Pangram un roman qu'elle a écrit en 2009 ans avant les I à grand public. Il lui attribu 94 %. Au Québec, Bryan Perot teste Amos d'Aragon sa série jeunesse célèbre publiée en 2006. Le logiciel affiche 73 %. Viog Maldi, l'une des romancières les plus lues de France, découvre qu'un article l'accuse elle aussi. Elle soumet ses textes au même logiciel qui affiche 100 pour humain et elle parle sur Instagram d'un ligge en règle. Le camp des accusateurs répond qu'un faux positif sur un passage ne dit rien d'un roman entier testé page après
page. Les défenseurs répondent qu'un outil qui accuse un livre de 2009 ne peut pas condamner un auteur. Les deux arguments tiennent. Aucun des deux ne tranche. Le 23 septembre, l'affaire change de nature. Pendant que tout le monde débat des logiciels à Montréal, le quotidien La Presse relie des anciennes chroniques que l'auteur avait écrite pour lui et ce qu'il trouve n'a rien à voir avec des statistiques. Une chronique sportive signée téléison aurélien et publiée par la presse en 2013 est, selon le journal, dans sa quasi-ttalité, une traduction légèrement remaniée d'un article paru quelques jours plus tôt dans le quotidien Philippin Philippines Star. La presse ajoute désormais une note au-dessus de l'article indiquant que son
auteur a commis à plagia. Son éditeur adjoint François Cardinal parle d'une tromperie décevante et inexcusable. Radio Canada, le diffuseur public canadien publie un deuxième cas. Une nouvelle de l'auteur récompensée par le prix du public d'un concours de Radio Canada en 2012 reprend des phrases du matin des magiciens, un livre de Louis Powels et Jacques Berger publiés en 1960. Les deux médias recensent au moins cinq textes publiés entre et qui reprennent parfois presque mot pour mot des textes d'autres auteurs. Ces faits-là concernent d'autres textes que le roman écrit plus de dix ans avant lui. Un plagiat ancien ne prouve pas un usage de lia aujourd'hui, mais il change
la manière dont tout le monde regarde la parole de l'auteur. Selon l'agence de presse internationale Ruter à la fin septembre, Téléison Aurélien n'avait pas répondu à ses accusations de plagia. Jeudi 24 septembre, les éditions du boréal suspendent la promotion du livre au Canada pour assurer le bien-être de l'auteur, écrivent-elle. La maison affirme qu'aucune Yan n'a été utilisée depuis qu'elle a reçu le manuscrit, mais qu'elle ne peut pour l'instant ni confirmer ni démentir ce qui s'est passé avant. Le même jour, le salon du livre de l'Esprit au Québec lui retire son titre d'invité d'honneur de sae édition. Ce même jeudi à Manoque dans le sud de la France, Télison aurélien est sur
scène au festival Les correspondances. Plusieurs centaines de personnes l'applaudissent. Un retraité dans le public glisse à l'agence France Press que l'affaire n'empêche pas le livre d'être formidable. Vendredi 25 septembre, deux annonces tombent. L'Académie Gonkour retire c'était ça ou mourir de sa sélection. Quelques jours plus tôt, son président Philippe Claudel disait qu'il ne fallait pas jeter l'eau probre sur un auteur sans preuve irréfutable. L'académie invoque désormais à la fois des accusations de plagia et des analyses qu'elle juge crédibles et expliquent vouloir préserver l'intégrité du prix et rappeler que le Gonkour récompense des livres écrits par des femmes et des hommes. Le Gonkour a déjà connu une affaire célèbre sur la véritable
identité d'un auteur. En 1975, il couronne la vie de Vancis signé Emy Lajar. On apprendra après sa mort qu'Emiljar était Romain Garry. Déjà lauréa en 1956, le seul écrivain couronné deux fois par le concours. Le même jour, le comte Balance Tonclaude perd son anonymat. L'essée Samuel Fitoussi, chroniqueur au quotidien le Figaro, investisseur dans l'IA A et auteur d'un livre intitulé W fiction écrit sur X qui fait partie du projet collectif derrière le compte. Il avait démenti auprès de l'agence France-press pendant plusieurs jours. Il dit avoir agi pour éviter la disparition de l'écriture et affirme que le collectif ne visait ni les idées de l'auteur ni le
sujet du roman. Selon lui, il faudrait plutôt penser à l'écrivain qui a passé des centaines d'heures sur son manuscrit et qui aurait mérité le concours. Le weekend suivant, Téléison Auréliia interrompt sa tournée en France et rentre au Québec. Le poète James Noël, né en Haïti qui le connaît depuis vingt ans le décrit comme déasté. L'écrivain Rodney Saint-Élois dit à l'agence France Press qu'un jeune homme est en train d'être assassiné publiquement. En une semaine, il est passé de la remise du prix Fnac à un retour précipité au Québec. Très vite, l'affaire débord de la littérature sur la radio FTN, Marc Leville qualifie le compte accusateur de compte de raciste. Sur le plateau de C
soir, l'émission de débat de France 5 Virginie des Pente s'en prend directement au logiciel avec un juron adressé à l'entreprise des librèves interrogés par livre hebbdo parlent de chasse aux sorcières et de cabal. Solvec Tousé de la librairie La nuit des temps à reenes rappelle que les personnes minorisées ont toujours dû prouver leur bonne foi et elle dénonce un racisme qu'elle juge à ses crâces. Une autre libraire se demande pourquoi le premier auteur soumis à une telle vérification est précisément celui-là. Des écrivains africains et afrodescendants prennent aussi la parole. Dans le quotidien Montréal le Devoir, d'Ani la Ferrière, né en Haïti et membre de l'Académie française,
publie le 23 septembre un texte sur le roman. Il y vote une vraie promesse d'écrivain et un phrasé musical et dit vouloir juger le livre sur sa lecture sans se prononcer sur les accusations. Le lendemain dans l'abdomadaire Lops, le sénégalais Mohamed Mobbougar Sarmuréat du Gonkur dit éprouver une compassion profonde pour l'auteur. Il ignore si le roman a été écrit avec Unia et il le trouve même un peu surévalué. Mais il rappelle que des écrivains noirs ont vu leur légitimité contestée bien avant lui depuis René Mar. premier l'écrivain noir couronné par le goncour il y a plus d'un siècle et il refuse qu'on confie aux machines le soin de vérifier tous les textes à Porto le quotidien le
nouvelliste publie une tribune selon laquelle Haïti a besoin de ses propres prix littéraires dotés dans sa propre monnaie sur le site fond créole des écrivains des Caraïbes réagissent aussi l'écrivaine Yannick Lens née en Haïti estime que queles que soient ses erreurs, Il a été livré en pâure à une meute. Le guadopéen Ernest Pépin lui écrit "Le talent ne se défend pas. Il est la preuve de lui-même. Dans les médias, les habits divergent." L'ebomadaire conservateur valeurs actuelles se demande comment un roman qui juge artificiel dans sa langue et sa morale a pu faire l'unanimité en rappelant que son héros est un migrant. Le magazine en ligne lat y voit plutôt le procès d'un livre que presque personne n'a lu et estime que des
arrières-pensées racistes existent probablement mêlé au goût français pour faire tomber ceux qui réussissent. Le magazine en ligne, l'ADN décrit une guerre culturelle et relève dans le roman des tournures typiques des machines, comme les phrases construites en opposition et les cascades de trois termes. Ce rythme en tro temps n'a pas été inventé par les machines. C'est une figure de la rhtorique antique comme le "Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu" de Jules César. Les modèles dit à l'emploi beaucoup parce qu'ils ont appris sur des textes écrits par des humains. Le profil politique de l'accusateur et celui de l'auteur ont pesé sur la manière dont l'accusation a été reçue. Mais ils ne disent rien dans un sens ou dans l'autre de la façon dont le livre a été écrit.
Et le plagia des années 2012 à 2014 a été établi par deux grands médias canadiens sans rapport avec ce contexte. Pendant ce temps, les ventes s'envolent. Le 25 septembre, selon les chiffres de l'Institut Nilsen Haï, publié par Livre Hebdo, le roman approche les 47000 exemplaires vendus en France. La semaine suivante, il s'en vend plus de mille en sept jours. C'est alors le roman le plus vendu du pays. Dès octobre, il approche les cinq mille exemplaires. Dans les librairies, la plupart des personnes interrogées par livre hebdo laissent le livre sur les tables et accordent le bénéfice du doute à l'auteur. Un libraire résume la position de beaucoup. Si l'auteur affirme avoir écrit ce
roman, il le croit. Mais il ajoute qu'un texte écrit par une machine ne lui ferait pas ressentir la même émotion. Un autre, ancien ingénieur en mathématiques, pense qu'il sera impossible de prouver quoi que ce soit dans un sens ou dans l'autre. Le 6 octobre, le fémin publie sa deuxième sélection et le roman n'y figure pas. Le jury du Renaudo, à l'inverse, le maintient dans la sienne. La deuxième liste du Micis est attendue le 15 octobre. Le 25 septembre, le collectif Balance Tonclaude affirme avoir trouvé deux autres romanciers qui auraient utilisé l'IA, toujours à l'aide du logiciel de Pangram. Samuel Fitoi assure que ce logiciel se trompe rarement et que les noms seront probablement donnés à la presse. À ce jour, ils n'ont pas été rendus publics. C'est la première
affaire liée à l'intelligence artificielle dans l'édition française. Si cette histoire t'a appris quelque chose, partage-la, like et abonne-toi, c'est la meilleure façon de nous soutenir. Et toi, est-ce que tu faisais confiance à un logiciel pour dire "Tu as écrit un livre ? Dis-le-nous en commentaire.