Marta de Cidrac: Le discours d'Emmanuel Macron au Parlement européen n'a rien de nouveau"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour. Comment vous avez ressenti ce grand oral d'Emmanuel Macron qui est à la tête de la présidence française de l'Union européenne ?
Alors écoutez, grand oral, je ne sais pas en fait. En réalité, tout ce qu'il a dit, il l'avait déjà dit par le passé. Il n'y a rien de fondamentalement, je dirais, nouveau dans ce qu'il a pu exprimer ce matin devant le Parlement. Ce que je dirais simplement, c'est que les ambitions qu'il semble vouloir afficher, en réalité, pour un certain nombre d'entre elles, sont déjà inscrites dans le parcours de l'Union, bien évidemment, et puis de nos pays membres. Mais que l'ambition sur un certain nombre de sujets est telle que je ne sais pas du tout comment nous allons pouvoir y arriver à 27.
Tiens, justement, on parlait sur notre plateau de l'IVG, le président de la République qui est favorable à l'introduction du droit à l'IVG dans la charte des droits fondamentaux européens. Ce serait une bonne idée ?
Non, ce n'est pas une bonne idée pour une raison toute simple. C'est qu'aujourd'hui, on voit bien que pour beaucoup de sujets, il est indispensable d'avoir l'accord de l'ensemble des États membres. Là, en l'occurrence, nous sommes encore sur un sujet très sensible pour lequel, on le sait bien, nous avons notamment deux pays, la Pologne et Malte, sachant que nous avons une présidente, maintenant, du Parlement qui est maltaise et qui s'oppose à l'IVG.
Donc moi, je voudrais bien qu'on m'explique comment notre président envisage, pendant ce laps de temps qui, en plus, est quelque peu amputé de par nos élections nationales, envisage d'arriver à convaincre autant d'États membres pour se mettre d'accord sur un sujet aussi sensible pour lequel, aujourd'hui, il n'y a pas véritablement de consensus.
Mais donc ça voudrait dire qu'un État, la Pologne, et une présidence du Parlement européen maltaise anti-IVG, ça pourrait bloquer cette reconnaissance du droit à l'avortement ?
Je crois que c'est un travail que chaque pays doit faire au sein de ses propres frontières. En France, c'est un travail qui a été fait depuis longtemps. Nous avons beaucoup avancé sur ces thématiques-là. D'autres pays, je cite aussi l'Irlande, tout récemment, qui a quand même fait un grand pas dans ce sens-là pour les femmes. Et il me semble que c'est un petit peu, allez, j'ose le dire, un peu prétentieux de la part de notre président dans le contexte actuel, d'annoncer cela comme ça, comme étant une grande ambition, parce qu'on sait bien que pendant cette présidence, on n'y arrivera pas.
Sur l'environnement, qui est un de vos sujets de prédilection, Emmanuel Macron veut là aussi renforcer la protection de l'environnement dans les textes européens. Ça, par contre, ce serait une bonne idée ?
Oui, c'est une bonne idée, bien sûr. Et d'ailleurs, rappelez-vous, à l'occasion de la loi climat, nous-mêmes, ici, nous nous sommes prononcés, tous groupes confondus, en préambule. Mais là encore, nous y travaillons. En ce moment, même la Commission des Affaires européennes, nous travaillons avec mon collègue, d'ailleurs, Jean-Yves Lecomte, sur ce qu'est l'ajustement de l'objectif 55, dans le cadre du Green Deal européen. Donc le Sénat fait amplement ce travail-là. Donc la réduction de 55% de nos émissions de gaz à effet de serre. Absolument. On est exactement sur le même sujet.
Donc là encore, je dirais, on s'inscrit, notre présidence française de l'Union, s'inscrit dans la continuité des ambitions fortes. Comment on va y arriver ? C'est un autre débat, puisqu'il faut mettre tout cela en corrélation avec notre stratégie bas carbone, stratégie nationale bas carbone. Et il faut se dire que depuis 90, nous n'avons baissé que de 24% l'objectif. Donc 55, vous voyez, il nous reste encore un grand pas à franchir.
Et le chemin est encore long.
Marta De Cidrac