Prison de haute sécurité à Vendin-le-Vieil: la prise de parole de Gérald Darmanin en intégralité
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
présente dans les murs de cette prison. Quel bilan vous tirez de ces opérations qui se sont déroulées sur plusieurs jours de plus mardi ?
D'abord je voudrais souligner le fait qu'une loi votée seulement quelques mois, quelques semaines au Parlement, je salue d'ailleurs Etienne Blanc, l'auteur de la proposition de loi narcotrafic, qui vient voir son travail, si j'ose dire, de visu, a été mis en place, les dispositions de cette loi ont été mises en place en un temps record, et notamment dans son domaine pénitentiaire, puisque nous savons et nous savions que les personnes dangereuses, qui sont auteurs de narcotrafic, qui sont soupçonnées d'avoir des liens extrêmement forts avec la criminalité organisée, continuent, malgré les quartiers de l'isolement, malgré les moyens mis par l'administration pénitentiaire, à discuter avec l'extérieur, à gérer des points de deal, à blanchir de l'argent, à mettre des contrats sur la tête des magistrats, des policiers, de ceux qui font leur travail pour mettre fin au trafic de drogue, et qu'il était très important que l'une des dispositions phares de cette proposition de loi, validée par le Conseil d'État, validée par le Conseil constitutionnel, votée très largement dans les deux hémicycles, puisse être concrètement mis en place.
C'est donc, en remerciant M. le directeur de l'administration pénitentiaire et à tous ceux qui travaillent auprès de lui, en cinq mois, cette prison de Vanda-Levieille a été vidée, modifiée, des agents engagés et très largement soutenus, pour commencer en effet ces transferts. Nous avons donc désormais 30 détenus parmi les plus dangereux de France, dont une grande partie sont en détention provisoire, c'est-à-dire qu'ils ne sont pas encore passés devant les forges codines de la justice, mais dont les liens avec la criminalité organisée sont avérés et dont les soupçons de dangerosité sont extrêmement forts.
Ces 30 détenus ont donc commencé à arriver ici, plus un quartier d'isolement, plus un quartier de déradicalisation, et d'ici la fin du mois de juillet, le tout début du mois d'août, il y aura bien les 100 détenus, les 100 plus dangereux détenus, que Vanda-Levieille va accueillir dans des conditions optimales de sécurité, d'abord grâce aux moyens très importants de lutte anti-drone et de renforcement de la prison, mais aussi parce que, vous le savez très certainement, nous allons continuer notre travail à Condé-sur-Sarthe dans l'Orne le 15 octobre prochain, puis dans d'autres quartiers, qui sont des quartiers qui relèvent du même régime carcéral, dans d'autres coins du territoire national, j'ai notamment dit pour la Guyane.
Et donc je constate que le travail fait par les IRIS, c'est-à-dire les forces de sécurité de l'administration pénitentiaire, qui font un travail très difficile et très admirable, le GIGN est le travail que font les forces de l'ordre, mais aussi sous l'autorité des préfets les transferts de partout en France, se sont passés dans des conditions de sécurité pour l'instant tout à fait optimales, et les premiers jours, ici à Vanda-Levieille, où on n'est pas là pour rejuger des personnes qui doivent être jugées par des magistrats, mais pour couper le lien avec l'extérieur, cela se passe dans des conditions que je viens vérifier, bien évidemment, et dont les premières données me montrent qu'ils sont conformes à la volonté du législateur, et surtout qu'ils respectent la dignité humaine, mais surtout la sécurité que nous devons imposer à ces détenus.
Vous êtes venu décarcéral, puisque cette semaine notamment, par des avocats de début, il a été assez critiqué, il y a une plainte qui a été déposée notamment ?
Alors que les avocats fassent un travail d'avocat, je les respecte évidemment, et c'est tout à fait normal qu'ils puissent faire ce qu'ils souhaitent pour défendre leurs clients.
Moi, de mon point de vue, qui est le point de vue de l'intérêt général et du ministre de la Justice, mon travail, sinon seulement d'appliquer la loi de la République, dont je rappelle qu'elle a été validée par le Conseil d'État, validée par le Conseil constitutionnel, qu'elle ait été appliquée dans des instances européennes, dans d'autres pays européens, je pense à l'Irlande, je pense à l'Italie, puisqu'on s'est beaucoup inspiré de la loi anti-mafia et du régime 43 bis, c'est-à-dire un régime pénitentiaire pour lutter contre la mafia, qui a montré ses preuves, et qui, je le crois, est soutenu par une très large majorité, non seulement de parlementaires, des socialistes jusqu'au Rassemblement national, avec l'abstention des communistes ou des verts, par exemple, mais aussi surtout par les Français, qui ne comprennent pas, comme je ne comprends pas, pourquoi dans des quartiers d'isolement en prison, on trouve des téléphones portables périodiquement.
C'est tout à fait incompréhensible. Cela se passe par la corruption, cela passe par la menace, cela passe aussi par des prisons parfois vieillottes, par de la surpopulation carcérale, et mon travail de mise en justice, c'est que plus jamais il n'y a une affaire Amra. Si nous en sommes là aujourd'hui, s'il y a des prisons de haute sécurité, s'il y a un régime carcéral extrêmement difficile, c'est vrai, mais juste pour la sécurité des Français, c'est parce que M.
Amra, narco-trafiquant notoire, s'est évadé dans des conditions extrêmement meurtrières, avec deux agents pénitentiaires tués, auxquels je veux évidemment avoir une pensée étroite, très gréavent blessée, laissant des veuves et des orphelins, et qui a choqué toute la France. Donc que les avocats fassent leur travail de défense de leurs clients, c'est normal, nous sommes un État de droit, et j'en suis très fier d'être ministre d'un État de droit, mais quand le Parlement a voté, quand le Conseil constitutionnel l'a validé, nous devons appliquer ce qui permet de protéger les Français. De la prison, on commande aujourd'hui des assassinats. De la prison, on commande des points de deal.
De la prison, on blanchit de l'argent. Aucun Français ne peut comprendre que l'on continue à faire cela en prison, et c'est pour ça que nous créons ces régimes de prison de haute sécurité.
Vous semblez vous tenir à distance des tensions entre Bruno Rotaio et Emmanuel Macron. Est-ce que vous pensez que ces échanges peuvent nuire à l'action du gouvernement ?
Moi, ce qui m'intéresse, c'est de faire des choses très concrètes pour les services français. On a peu de temps, peut-être, à la tête de nos ministères, j'espère le plus longtemps possible, en convainquant le Parlement. Et donc, chaque jour, ce sera utile au ministère de la Justice. Aujourd'hui, en faisant cinq mois la prison de haute sécurité, comme hier, quand je faisais l'impôt à la source à Bercy, ou la réaction des Jeux olympiques au ministère de l'Intérieur, je présente la semaine prochaine la réforme pénale qui touchera l'autorité judiciaire, avec une plus grande fermeté, sans doute, dans l'application des peines. Personnellement, je ne commande pas l'avis politique.
Je ne suis pas un commentateur, j'en suis un acteur.
Il était question d'une prime pour les surveillants, les agents pénitentiaires ici, de leurs 250 euros. Est-ce qu'elle sera versée ?
Exactement, bien sûr. Tous les engagements que j'ai pris, et c'est tout à fait normal pour les 250 agents de Vanda-le-Vieille, que la prime soit au rendez-vous. Ça coûte à peu près 100 000 euros pour le montant que vous avez évoqué. Et je remercie la ministre des Comptes publics de m'avoir accompagné pour ce montant. Je constate d'ailleurs que le budget du ministère de la Justice connaît, à des rares, une progression à l'euro près votée par le Parlement. Il y aura le nombre de magistrats, il y aura le nombre d'agents pénitentiaires, il y aura l'argent qu'il faut pour faire fonctionner ce grand ministère de la Justice, qui, vous le savez, a été très longtemps paupérisé.
Et évidemment, les agents pénitentiaires, j'ai été voir les ERIS tout à l'heure à Lille, pour pouvoir les soutenir, évidemment, auront les moyens, et notamment cette prime. Et je voudrais simplement dire que, là où il y a 20 agents pénitentiaires pour 100 détenus, dans une maison d'arrêt classique, il y aura 250 agents pénitentiaires pour 100 détenus. Il y aura toujours 3 agents pénitentiaires pour 1 détenu, lorsqu'il ira à la promenade, lorsqu'il ira au parloir, lorsqu'il aura des activités, pour que jamais la menace ou la corruption ne puissent avoir lieu dans ce centre pénitentiaire.
En ce qui concerne la prison de Condé-sur-Sarthe, combien de dépousses vont intégrer là-bas, à partir du temps où on revient les trusses-là ?
Alors, on va déjà essayer de terminer, évidemment, notre travail ici, en plein cœur de l'été, à Vendun. Mais avec M. le directeur de l'administration pénitentiaire, nous travaillons déjà à la mise en place de la 2e prison d'hôte sécurité à Condé-sur-Sarthe. Nous allons avoir une réunion en début de semaine prochaine, M. le directeur. Nous avons donc 100 autres détenus. Ça fera donc les 200 plus dangereux détenus seront mis dans ces prisons d'hôte sécurité. Et donc, pour des raisons de confidentialité, évidemment, nous ne communiquerons pas sur les transferts.
Mais on doit, là aussi, vider la prison, faire les travaux, faire des travaux conséquents, dont on ne peut pas tout à fait s'étendre, mais dont on peut dire qu'ils sont parmi les travaux qui permettront des prisons les plus sécurités d'Europe, si ce n'est du monde, et nous permettre, en effet, dans toutes les conditions de grande sécurité pour tout le monde, de pouvoir faire venir, comme on l'a vu, les détenus les plus dangereux. Je rappelle que ce que fait en ce moment l'administration pénitentiaire est extrêmement difficile. Ils prennent des risques très importants.
Mais je sais qu'ils savent pour quoi ils le font, pour leurs collègues morts à un caraville, mais aussi pour protéger les Français.
— Il y a quelques jours, M. le ministre, il y a un détenu de la prison de Lyon Corbat qui s'est évadé, qui s'est caché dans un sac et qui a profité, donc, de la libération de l'administration pénitentiaire pour se faire la malle. 24 heures plus tard, il a été interpellé. Mais l'administration pénitentiaire a mis 24 heures à se rendre compte que ce détenu n'était plus dans cette cellule. Vous avez diligenté une inspection. M. le directeur de l'administration pénitentiaire a également diligenté une enquête. Quel retour d'expérience vous faites sur ces faits-là, aujourd'hui ?
— Bon, d'abord, moi, je suis chef de mon administration. Et quand on est chef, on assume tout ce que fait son administration. Et bien sûr, ce qui s'est passé est scandaleux, mérite l'inspection que nous avons diligentée. M. le directeur d'administration pénitentiaire, on s'en est expliqué directement avec le chef de la prison. Mais je veux aussi voir que c'est une maison d'arrêt surpeuplée avec plus de 150% d'occupation et des agents pénitentiaires qui ne sont pas au nombre d'effectifs que nous aurions dû mettre et que l'administration a une responsabilité dans cette situation inacceptable pour les Français. Et donc en tant que chef d'administration, je le prends pour moi, bien évidemment.
Et on doit régler des choses, évidemment. Il y a sans doute beaucoup de choses à régler. Par exemple, on va limiter, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, le nombre d'affaires que peut amener un détenu ou que peut sortir un détenu de sa détention. Aujourd'hui, c'est pas le cas. Donc on va limiter au strict minimum les affaires que peut avoir un détenu pour éviter ce genre de choses que personne ne peut comprendre. Mais ce que je veux dire, c'est que je ne mets pas en cause la probité ni la responsabilité professionnaliste d'agents pénitentiaires de Lyon-Corba. Ils ont mon soutien.
Ils vivent dans des conditions extrêmement difficiles de surpopulation carcérale parce qu'on n'a pas assez construit de places de prison, parce qu'on n'a pas assez mis d'effectifs. Et donc c'est ce que nous faisons aujourd'hui en travaillant directement à la rénovation de ces places de prison. Je vois l'occasion en plein cœur de l'été d'inaugurer une nouvelle prison, d'accélérer 1400 places ici le mois de décembre et de créer les prisons modulaires. Donc c'est un fait inacceptable. Je n'ai pas incriminé l'administration pénitentiaire ou ses agents. C'est à nous de changer et à donner les moyens à nos agents de faire correctement leur travail.
Merci. Monsieur le ministre, s'il vous plaît, est-ce que ça veut dire que la vie pour les détenus, ça va en général devenir moins facile ? Ils auront moins de privilèges ?
Non, je ne dirais pas que les détenus en France ont des privilèges quiconque visite des prisons sait que ce n'est pas le Club Med. Mais il y a des détenus qui, parce qu'ils ne sont pas assez surveillés, parce que l'administration pénitentiaire n'a pas assez de moyens, mais aussi parce que la loi n'était pas assez stricte, ont la possibilité de corrompre, de menacer des agents pénitentiaires, ont la possibilité de récupérer des téléphones portables, de se faire livrer par drone, de la drogue, des informations ou de la nourriture. Ça, personne ne peut le comprendre. C'est ici parce que c'est les personnes les plus dangereuses. On devrait le faire, bien sûr, dans toutes les prisons de France.
Mais avec des moyens limités, on regarde évidemment d'abord ce qu'il y a de plus urgent à faire. Nous concentrons les personnes les plus dangereuses, qui sont autant de prisons dans la prison, parce qu'il n'y a pas une grande cour dans cette prison, dans un levier, il y a autant de cours qu'il faut pour pouvoir éviter totalement les contacts entre eux.
Nous avons décidé de mettre tous les moyens, de mettre le paquet, je ne peux pas vous dire autrement que ce langage populaire, pour qu'il n'y ait aucun drone qui puisse survoler le site, pour qu'il n'y ait aucun téléphone portable qui puisse rentrer, pour qu'il n'y ait aucune corruption qui soit possible, et pour que lorsqu'on a un contact avec l'extérieur, notamment au parloir, il y ait des hygiaphones, des fouilles systématiques, et puis un travail très important technologique fait ici. Donc notre envie n'est pas du sadisme avec les détenus.
Ils sont déjà condamnés pour des faits extrêmement graves, pour ceux qui sont condamnés, et ce n'est pas à nous, ni ministres, ni agents pénitentiaires, de les rejuger. Les agents pénitentiaires, ils font leur travail avec beaucoup d'humanité. Mais ils le font aussi avec beaucoup de fermeté, parce que si des personnes sont ici, c'est parce qu'ils sont considérés comme dangereuses, ayant un lien avec la criminalité organisée encore actif, et utilisant des téléphones portables alors qu'ils sont en détention, et qu'on devait mettre fin à ça pour la sécurité des Français.
Ce matin, une avocate dénonçait les conditions des parloirs avocats. Ils ont pris un manque de confidentialité dans cette raison. Comment vont-ils se passer ?
Le Conseil d'État, le Conseil constitutionnel et le Parlement ont accepté d'avoir un régime particulier, qui est en effet dérogatoire de l'ensemble des autres régimes détenus français. Au parloir, il y aura donc un hijéaphone et pas de contact possible avec la personne qui est en face de soi, à l'exception des enfants mineurs, dont ils sont directement les parents. Voilà, c'est évidemment très difficile.
Mais ce sont des mesures nécessaires, comme en Italie, pour lutter contre des gens dont je rappelle qu'ils encourrent des peines de prison, ou qu'ils font des peines de prison extrêmement longues, et qui sont responsables pour la quasi-intégralité d'entre eux, d'avoir du sang sur les mains, de faire assassiner des personnes, de gérer des trafics de drogue qui ont des milliards d'euros de bénéfices. Et je veux dire, si je prends l'exemple de M. Ambra, après 8 mois de cavale, il était encore capable manifestement de proposer 2 millions d'euros d'argent aux policiers roumains qui venaient les arrêter. Donc, moi, j'entends les critiques.
J'assume cette position de fermeté, non pas pour tous les détenus de France, mais pour les plus dangereux. Les narco-bandits souhaitent, et c'est un fait que constatent la Belgique et les Pays-Bas, pas très loin d'ici, qui se sont laissés submerger par la drogue. Les narco-bandits essayent d'attaquer profondément l'autorité de l'État et la représentation de la République. Et quand la République, ou l'autorité de l'État, n'est plus respectée, ce sont les petits gens qui trinquent. Et c'est les gens qui, dans les quartiers populaires de Tourcoing, subissent la loi des dealers. Et il y a un lien évident entre les narco-bandits et les difficultés de vie quotidienne que subissent les Français.
Donc j'ai assumé cela. Le Parlement m'a suivi, je leur remercie, grâce à des parlementaires et à la proposition de loi des sénateurs Durin, socialistes, Etienne Blanc, les Républicains. Et je pense qu'on a trouvé une unité politique, j'allais dire pour une fois, mais très importante, pour pouvoir tous ensemble mettre fin à cette difficulté. M. le sénateur Blanc disait un point de bascule possible en laissant les narco-bandits nous diriger, la mafia nous diriger. Non, c'est l'État qui dirige. C'est difficile. Ça change un certain nombre de règles, notamment, bien sûr, des règles qui s'appliquent aux détenus. Mais c'est nécessaire. Je rappelle que tout ça est sous couvert du juge.
Des recours sont possibles. On peut même porter plainte contre-mise de la justice, vous voyez. Donc c'est tout à fait possible. Et par ailleurs, ces recours seront étudiés. Nous serons évidemment à l'écoute de ce que dira la juridiction administrative. Pour une durée d'un an renouvelable, nous verrons si nous sommes suivis par le juge. Aujourd'hui, toutes les propositions faites ont toutes été validées par l'ensemble des magistrats.
Mais cet avocat a dénoncé la présence de caméras dans les parloirs.
Oui, nous avons affaire à des personnes extrêmement dangereuses. Et je pense qu'il est temps d'arrêter d'être naïf. Je vous remercie. Merci beaucoup.
Gérald Darmanin