Clémentine Autain : "La crise aux Restos du Cœur, c'est la paupérisation qui est en marche"
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Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien du 7-10, la députée La France Insoumise NUP de Seine-Saint-Denis. Question, réaction, amis auditeurs, au 01-45-24-7000, le standard d'Inter. Vous pouvez aussi passer par WhatsApp désormais et sur notre application mobile. Clémentine Autain, bonjour. Bonjour. Et bienvenue sur Inter en cette journée de rentrée scolaire pour plus de 12 millions d'élèves et 850 000 enseignants. Allez, un petit mot avant d'entrer dans les détails. Qu'est-ce que vous leur souhaitez à tous ?
Je leur souhaite de passer une belle année, une belle année scolaire, d'apprendre. Et en fait, peut-être ça me fait penser à cette citation de John Lennon que peut-être vous connaissez. Quand il est allé à l'école, on lui a demandé ce qu'il voulait faire quand il sera grand. Il a dit, je veux être heureux. On lui a dit qu'il n'avait pas compris la question. Et il a répondu, vous n'avez pas compris la vie. Et je trouve ça très joli parce qu'en fait, c'est aussi tout le sens de à quoi sert l'école, qui est un des sujets fondamentaux. Il y a les savoirs fondamentaux, mais il y a aussi de savoir fondamentalement à quoi sert l'école.
Et l'école doit former des citoyennes et des citoyens avec un esprit critique et une capacité à se mouvoir dans le monde. Et pas simplement à être formé, à être des travailleurs au service d'une logique de marché.
Alors à quoi sert l'école ? Emmanuel Macron en a parlé beaucoup dans son interview du Point, son interview de rentrée. Il décrit que ce sont pour lui les principes de l'école qui sont importants et que les principes de l'école sont selon lui l'autorité des savoirs et l'autorité des maîtres pour rebâtir la nation. Il a par ailleurs critiqué un pédagogisme qui disait au fond que l'école ne doit plus transmettre. Non, l'école c'est la transmission des savoirs, de l'esprit critique et des valeurs. Vous en pensez quoi ?
Je pense qu'il y a une pente de toute façon de la Macronie réactionnaire et que derrière ce discours avec lequel on pourrait spontanément se dire d'accord parce qu'évidemment qu'il faut qu'un enseignant ait autorité et donc légitimité. Par autorité j'entends la légitimité pour pouvoir transmettre, c'est évidemment fondamental. Mais derrière ce discours-là, moi ce que j'entends...
Oui parce que je ne vois pas ce qu'il y a de réactionnaire de dire l'autorité des maîtres et des savoirs.
Parce que globalement, dans la remise en cause de certaines pédagogies, moi ce que j'entends c'est un retour en arrière vers une classe qui serait à la fois acquise à des normes qui sont des normes d'ordre et acquises à la préparation, comme on le voit avec le lycée pro, d'élèves qui sont dans une logique libérale. Ce qui se passe aujourd'hui dans l'école, c'est vraiment, ça tourne le dos à ce qu'il faudrait faire si on veut encore une fois former des citoyennes et des citoyens. Je prends l'exemple du lycée pro parce qu'il est fondamental.
Oui c'est ça par exemple.
Vous savez qu'il y a un tiers quasiment des lycéens qui sont en lycée professionnel aujourd'hui. Donc c'est très important. 620 000 élèves. 620 000 élèves. Or, alors que le ministre de l'éducation nationale nous explique qu'il faut plus d'écoles et qu'il faut un effort sur les fondamentaux, c'est les priorités qu'il affiche, et bien là on voit une attaque qui est une attaque structurelle vis-à-vis des lycées professionnels. Puisque depuis 2009 déjà, il y a une année d'enseignement au moins, on est passé de 4 ans d'enseignement à 3 ans, et là il y a un grignotage avec 4 semaines qui vont être des semaines de stages et non plus des semaines d'enseignement.
Donc le lycée professionnel est en train d'être brisé et il est brisé dans une logique qui est une logique de servir, en fait de faire en sorte que ces lycéens, ils aillent vite sur le marché du travail répondre à des besoins qui sont réels fantasmés d'ailleurs.
Les lycées professionnels sont en train d'être brisés. Emmanuel Macron est allé en lycée professionnel vendredi pour dire qu'il mettrait particulièrement le paquet et l'argent sur les lycées professionnels. Les élèves, les 620 000 élèves qui vont recevoir une gratification de 50 à 100 euros par semaine lors de leur stage en entreprise, est-ce que ça, ça va dans le bon sens ? L'État qui va consacrer un milliard de plus dès sa rentrée à la filière professionnelle, est-ce que ça, ça va dans le bon sens ? Ou vous balayez tout en disant non, ils sont en train de casser le lycée pro ?
Non, je partage la colère des enseignants fortes et des syndicats sur ce terrain-là parce qu'en réalité, on va transformer nos lycées en centres d'insertion professionnels et les personnels en agents d'insertion. Et je crois qu'il y a dans cette réforme du lycée pro vraiment toute une logique qui ressemble à une capitulation à la fois scolaire et sociale. Mais ça ne concerne... Ce qui se passe dans le lycée pro, il faut comprendre qu'il y a l'équivalent d'une certaine manière dans les établissements scolaires en règle générale. En règle générale, avec la ségrégation scolaire qui est accrue par l'emprise du privé, le contournement de la carte scolaire possible par le privé.
Vous savez que depuis la loi Carle en 2009, en réalité, les communes payent, y compris pour des élèves qui ne sont pas dans leur commune. Donc vous avez beaucoup d'argent public qui part vers le privé. Et vous avez des profs qui sont dans un état qui est un état inquiétant, très inquiétant. Il y a un mal-être de la communauté éducative aujourd'hui que le Président de la République n'entend pas. Et toutes les promesses d'augmentation de salaire ne seront pas là.
Alors justement, sur le salaire des profs, citation, chaque enseignant gagnera 125 euros net de plus par mois qu'à la rentrée 2022. Et ça ira jusqu'à 250 euros net de plus par mois, selon le degré d'ancienneté. Voilà ce que disait Gabriel Attal la semaine dernière à notre micro. Cette augmentation-là est-elle bienvenue ? Est-ce que vous la saluez ? Est-ce qu'elle a un geste clair, selon vous ?
Non, il n'y a pas de geste clair.
Vous contestez ces chiffres ?
Je ne conteste pas. Les chiffres peuvent être contestables, mais surtout, il faut voir au long cours. D'abord, tout le premier quinquennat d'Emmanuel Macron, gel du point d'indice, aucune augmentation des professeurs, des enseignants. Et j'ai là deux graphiques qui sont absolument éclairants. Le premier, c'est sur la chute du salaire des enseignants. La chute du salaire des enseignants, c'est-à-dire qu'en 1980, un prof de collège débute avec 2,2 SMIC. Et en 2022, un prof de collège débute autour de 1,2 SMIC. Vous m'entendez ? Oui, c'est vrai, vos chiffres sont justes.
Il y a eu une dégringolade du salaire des profs, mais qui date de 1980. Ça fait 40 ans que les salaires baissent. Là, ça augmente.
Ça augmente de si peu. C'est tout petit. Et puis, ce sont des primes. Vous savez que ça va revenir à peu près à 95 euros, je crois, pour les enseignants par mois. Et c'est sous forme de primes. Donc, c'est une plaisanterie au regard des enjeux. Deuxième graphique, il faut l'avoir en tête, c'est le graphique sur le salaire des enseignants en Europe. Non seulement on est derrière le Portugal, on est derrière l'Espagne, évidemment la Suède, mais les professeurs allemands gagnent plus du double de ce que touchent les Français. Donc, il y a une paupérisation des enseignants. Il y a des conditions de travail qui sont détériorées.
Donc, vous seriez au pouvoir aujourd'hui, vous seriez au pouvoir Clémentinota aujourd'hui, dans l'état des finances publiques, vous doublez directement le salaire des profs ?
Je pense qu'il faut y aller progressivement, mais il faut impérativement investir dans l'ensemble des services publics. Parce que la détérioration de l'école, elle s'inscrit dans une logique plus globale, qui est celle de l'obsession de la réduction de la dépense publique, celle du dénigrement aussi des fonctionnaires, des agents de l'État. Ça, c'est un discours qu'on entend beaucoup. Et je veux ce matin appeler la gauche et les écologistes à prendre à bras-le-corps la question des services publics. Et à l'intérieur, il y a bien sûr l'éducation, il y a la santé, mais ce sont aussi nos transports, nos services d'aide sociale. On parle des restos du cœur en ce moment.
On va en parler dans un instant. Voilà, ça a tout à voir. C'est aussi la question de la transition écologique. Et je pense sincèrement que l'enjeu des services publics est celui qui peut parler aussi bien aux habitants de Redon, de Marseille, du Puy-en-Velay, qui peut parler aux cheminots, aux caissières, aux architectes comme aux boulangers. C'est-à-dire que c'est quelque chose qui fédère. Or, on est sur un sujet où la droite a malmené dans son discours et dans sa pratique, même toutes les droites, les services publics, avec tous ces discours, vous savez, sur les fonctionnaires sont des feignants, sur... Ça fait longtemps qu'on ne l'a pas entendu, cette phrase. Vous plaisantez ?
Même dans la bouche de la droite, les fonctionnaires sont des feignants, vous l'avez entendu récemment, là ? Oui, c'est vrai que la crise du Covid a permis de mettre un petit peu d'eau dans leur vin, mais pas plus tard qu'à la dernière présidentielle. Toutes les droites ont dit qu'il fallait diminuer le nombre de fonctionnaires, sans jamais nous dire, d'ailleurs, dans quel secteur on allait les diminuer.
En tout cas, cette rentrée scolaire est aussi marquée par la décision de Gabriel Attal d'interdire les abayas à l'école, estimant qu'elles sont une atteinte à la laïcité. Décision soutenue sur le fond par une partie de la gauche, Jérôme Gage du PS, Fabien Roussel du PC, Sophie Binet de la CGT, à ce micro. À ce micro, on était là, on s'en souvient. Léa et moi, Lionel Jospin, vendredi sur Inter. Position approuvée par ailleurs par 81% des Français, selon un sondage IFOP pour Charlie Hebdo. Vous, à la France Insoumise, pensez-vous, vous pensez que c'est une police du vêtement et qu'il ne faut pas les interdire, qu'elles ne sont pas une atteinte à la laïcité ?
Je pense d'abord que la place prise par ce débat est voulue par Gabriel Attal en cette rentrée et il a décidé sciemment de créer un écran de fumée sur des enjeux très importants que sont, par exemple, en cette rentrée, le coût des fournitures scolaires, plus 11%. Et maintenant, quand vous allumez une télé ou vous ouvrez le journal, ce dont on parle prioritairement sur les enjeux de l'école et de cette rentrée, c'est de la baïa. Donc c'est un écran de fumée parce qu'il y a des questions structurelles. Est-ce que la promesse d'un prof devant chaque élève...
C'est la laïcité, selon lui. La République est testée.
Là, on est dans un moment de rentrée scolaire. Donc le ministre de l'Éducation nationale doit nous dire comment il assure que cette rentrée se passe bien. Est-ce que tous les élèves vont avoir des profs devant eux ? Or, vous le savez, et malheureusement maintenant on le sait, quand on regarde les résultats au concours, on voit qu'il y a des manquements puisqu'il y a...
Clémentine Attin, vous ne répondez pas à la question sur les abeillards. Je vais vous répondre sur les abeillards. On a parlé de l'école, on a fait 10 minutes sur l'école, sur le salaire des profs, sur le manque, etc. La question, c'est la baïa. Vous, vous dites qu'il ne fallait absolument pas l'interdire. C'est ça que vous dites ?
Non, je dis d'abord que c'est un écran de fumée et je dis deuxièmement que c'est une mise en avant de ce sujet, voulue par le ministre, et qui signe une obsession identitaire. Sur le fond, est-ce que c'est un vêtement religieux ou pas ? Il y a débat. Vous serez d'accord avec moi pour dire qu'il y a débat. Je vous pose la question. Donc ça pose problème.
Moi, je vous dis qu'il y a débat et vous le savez qu'il y a débat. Donc ce n'est pas pour vous une atteinte à la laïcité, une jeune fille qui rentre en abeillard à l'école ? C'est ça la question ?
Je pense que s'il y a débat, il faut revenir au principe. Et je ne voudrais pas qu'on crée plus de problèmes qu'on ne dégage de solutions.
Quand vous entendez que les atteintes à la laïcité se sont accrues de 120% entre les années scolaires d'il y a deux ans et l'année dernière, ça ne vous inquiète pas ?
Je sais bien sûr qu'il y a des chefs d'établissement qui ont tiré la sonnette d'alarme. Et je ne dis pas qu'il ne faut rien dire. Le ministre de l'Éducation nationale, à partir du moment où il est saisi de ces problèmes-là, doit en effet y répondre. Il y a répondu en interdisant. Il y a répondu dans ce sens-là. Il aurait pu répondre, peut-être plus conformément à ce que sont nos principes de laïcité. Qui aurait été quoi la réponse ? Qui aurait été de ne pas interdire formellement. Avec en plus des difficultés pour savoir ce qui est une abaya, ce qui n'est pas une abaya. Et donc de dire aux chefs d'établissement, vous vous débrouillez ? Parce que c'est eux qui demandaient la règle.
Je sais bien. Je sais bien. Mais il faut faire attention jusqu'où on va aller. Je vais vous donner, peut-être faire un petit rappel historique, mais vous savez, en 1905, quand il y a eu le débat sur la loi sur la laïcité, ça a été très complexe d'établir un équilibre, un consensus. Et il y a eu cette phrase d'Aristide Briand au sujet de la soutane dans l'espace public qui, je trouve, résonne avec force aujourd'hui. Il a dit « L'ingéniosité combinée des prêtres et des tailleurs auront tôt fait de créer un nouveau vêtement. » Et c'est un peu mon inquiétude. C'est-à-dire que, est-ce qu'on ne va pas aller de polémique en polémique ? Et aller, je ne sais pas jusqu'où on va.
D'ailleurs, l'extrême droite propose un uniforme à l'école. Il n'y a pas que l'extrême droite. Je sais bien qu'il n'y a pas que l'extrême droite. Mais vous pensez que c'est un progrès, l'uniforme à l'école ? Je n'ai aucun avis. Voilà. Donc, on est en train de débattre de cela. Donc, moi, je crois qu'on est d'abord sur un arbre qui cache la forêt et ensuite sur une obsession identitaire qui correspond aussi à un agenda
qui est celui imposé par l'extrême droite aux démarches. Les restos du cœur vont donc être contraints de réduire cet hiver le nombre de bénéficiaires de leur distribution alimentaire. C'est ce qu'a annoncé hier le patron de l'association. Si rien n'est fait, on va devoir fermer d'ici trois ans à cause, vous le savez, de la hausse très importante du nombre de personnes qui demandent de l'aide et de l'augmentation des coûts dus à l'inflation. Le gouvernement a réagi hier soir. Aurore Berger annonce 15 millions d'euros pour les restos et lance un appel à la solidarité des plus riches et des grandes entreprises. C'était la bonne réponse à apporter très vite ?
Écoutez, ils tirent la sonnette d'alarme. Voilà, c'est dramatique ce qui se passe. Et nous, ça fait très longtemps que nous l'attirons. Nous avions d'ailleurs déposé au dernier budget un amendement pour demander que soient abondés les budgets pour les banques alimentaires. Donc là, on est dans une situation de saturation. Donc il faut d'abord répondre à l'urgence. Donc ça veut dire débloquer pas simplement 15 millions. Ce dont parle le président des restos du cœur, c'est de 35 millions. Donc c'est insuffisant. C'est insuffisant, il faut que l'État réponde à cette urgence. Et ensuite...
L'appel à la solidarité des plus riches, ça vous auriez pu le faire ?
Ensuite, c'est le partage des richesses. C'est la paupérisation qui est en marche. Je veux dire, c'est des salaires qui sont trop bas. Donc nous, on a des réponses qui sont des réponses au long cours. Au long cours. Vous savez, quand les restos du cœur se sont créés, c'était censé être transitoire. Voilà. On se souvient tous de Coluche qui disait... Et non seulement c'est toujours là, mais les queues aux banques alimentaires ont explosé. Et elles explosent pourquoi ? Parce que maintenant, vous avez même des gens qui travaillent et qui ne peuvent pas vivre de leur travail.
Donc je pense que la mission des services publics, et c'est là où les services publics peuvent être utiles, à Sevran, on a inauguré il n'y a pas très longtemps une épicerie solidaire et sociale. Donc par exemple, ça pourrait être une nouvelle mission des services publics que de répondre à ces besoins qui sont des besoins urgents.
Mais si on ne change pas la situation structurellement, si on n'augmente pas le SMIC, si on n'indexe pas les salaires sur l'inflation, si on n'a pas une augmentation des minimas sociaux, si on n'est pas capable de bloquer les prix, de bloquer les prix, notamment des produits de première nécessité, et qu'on laisse tout à volo, alors qu'on sait qu'il y a une boucle prix-profit. C'est-à-dire que l'inflation aujourd'hui, elle n'est pas simplement liée à la hausse des matières premières et en fait à la guerre en Russie. C'est que les grands groupes en Ukraine, pardon, des Russes contre les Ukrainiens, mais ce n'est pas simplement là le sujet.
Le sujet, c'est qu'à partir de cette crise-là, les grands groupes en ont profité pour augmenter leurs marges. C'est les profits qui augmentent, et ça, c'est une injustice totale. Or, si nous étions capables de faire une taxe sur les super-profits, par exemple, eh bien, on pourrait financer tous ces services publics qui améliorent le quotidien. Parce que je pense que prendre soin des services publics et être capable de répondre à des nouveaux besoins, comme le quatrième âge, comme les besoins sur la petite enfance, le numérique, sur la transition écologique, qu'on ne pourra pas mener sans augmenter ces services publics.
Si on veut les financer ou les transports, la rénovation thermique, il faut qu'on arrive à faire rentrer de l'argent dans les caisses publiques, au lieu de sans cesse être obsédé par cette réduction et laisser les hyper-riches s'enrichir. Et les plus pauvres, ça pote pas pauvrir. Vous êtes toujours aussi durs à couper, Clémentine Autain. Eh mais on y va.
Dominique est en ligne et au standard d'Inter. Dominique, il nous appelle de Mayenne. Bonjour et bienvenue.
Oui, bonjour et bienvenue. Merci de me donner la parole.
Je vous en prie.
J'ai 75 ans. J'aime beaucoup Clémentine Autain. Je fais partie de ces vieux militants qui, du Larzac, qui, au soulèvement de la terre, ont participé à toutes les manifs et récemment, ont venu des retraites. Donc, je voudrais pas que ma question apparaisse un petit peu décalée, mais sur l'enseignement, juste une remarque. L'interview de Samia et Sabah, tout à l'heure, il y a quelques minutes, en dit beaucoup plus long que toutes les réponses qu'on peut donner de façon politiquement utile ou récupérée sur l'usage de la pédagogie et la façon d'intégrer les élèves.
C'était au micro de Sonia de Villers à 7h50. Absolument. Alors dites-nous, de quoi voulez-vous parler avec Clémentine Autain ?
Un petit peu décalé avec le débat. Allez-y. Je rappelle que j'aime beaucoup Clémentine Autain. Je voudrais simplement demander à quel moment on va se passer un petit peu des leaders testostéronés, c'est pas facile à dire, qui envahissent la gauche depuis des décennies, qui empêchent toute possibilité de regroupement parce qu'ils ont un égo super développé. Je vais pas donner de nom parce qu'on va citer évidemment Mélenchon, mais on peut citer Roussel et beaucoup d'autres.
Moi, je voudrais entendre des gens comme Clémentine Autain, des gens comme Ruffin, des gens qui sont sur le terrain, qui pourraient parler de la réalité des gens et du combat à mener et sortir un tout petit peu de ces débats politiques stériles. La droite sera toujours la droite. Il appartiendrait à la gauche d'être un peu plus intelligente et de porter les vrais discours.
Écoutez, merci Dominique pour cette question, cet édito. Réaction, la gauche testostéronée.
C'est d'accord avec l'auditeur Clémentine Autain ? Je pense en effet qu'on a besoin de sortir d'une certaine version viriliste de la politique en règle générale, pas simplement à gauche, mais on n'est pas prémunis à gauche non plus de cela. Donc, je partage en tout cas cette ambition normale en tant que féministe. Je pense que le féminisme peut apporter à la façon de faire de la politique, au rapport au pouvoir. L'idée que quand on est une femme féministe de gauche, on n'a pas envie d'être monarque à la place du monarque. Et je pense qu'on a un regard effectivement critique vis-à-vis du pouvoir, des relations aussi entre des partenaires. Je pense à la NUPES où parfois c'est assez tendu.
Et il me semble qu'en effet nous avons besoin...
Qu'est-ce qui se passe à la NUPES ? C'est vrai que ça fait trois semaines qu'on vous entend les uns et les autres, les leaders, vous invectiver. Ce ne sont pas des insultes, mais des instinctives un peu et des ultimatums. par presse interposée ou par tweet interposé. Vous cautionnez ça ? Vous dites qu'il faut en sortir ?
Vous dites quoi ? Ah oui, je pense qu'il faut en sortir. Moi, je ne vois pas de solution en dehors de l'Union dans notre pays pour gagner. Je suis inquiète d'abord pour mon pays. Des politiques très destructrices, néolibérales, qui sont menées et qui deviennent de plus en plus autoritaires par la Macronie et la menace de l'extrême droite. Et donc, on est dans un schéma maintenant qui est avec trois pôles qui s'affirment. Donc, il y a le pôle de l'extrême droite qui menace, il y a le pôle de la Macronie et nous incarnons ce troisième pôle. Et pour gagner, il faut qu'ils soient unis. Il n'y a pas d'autre solution.
Donc, nos destins sont nécessairement liés et il ne faudrait pas que la NUPES devienne quatre mariages et un enterrement.
Vous soutenez la proposition de Ségolène Royal pour une liste commune LFI-PS aux européennes. Il peut être testé dans un sondage IFOP-JDD hier qui montre que cette liste ferait à peine 11%, c'est-à-dire quasiment la même chose que ce que ferait une liste insoumise ou une liste PS seule. Vous y croyez encore, Clémentine Autain ? Vous appelez quand même à la constitution d'une liste avec Ségolène Royal ou une liste d'unité ?
Écoutez, moi, je suis une femme engagée donc il n'est pas question de croire ou de ne pas croire. Il est question de vouloir. Donc moi, je veux cette union, je la crois juste, je crois que c'est ce qui peut nous permettre au moment des résultats justement d'être dans la course vis-à-vis de ces trois pôles. On peut être en tête, on peut être en tête dans notre pays donc ce serait un signal très fort. Je pense aussi que la NUPES... Selon le sondage d'hier, vous n'êtes pas en tête.
Vous êtes loin derrière la liste d'union.
En général, les tests ne sont... D'abord, il faut croire à la dynamique politique. Les dynamiques politiques, elles ne se voient qu'à partir du moment où elles se mettent en mouvement. Et il y a différents sondages qui montrent qu'on est en tout cas au coude-à-coude. On est au coude-à-coude. Les trois pôles se donnent à voir. Si vous avez un éclatement des listes, par définition, vous avez des listes qui vont être autour de lisses et personne qui est au coude-à-coude. Donc, pour vous,
une liste Ségolène Royal, c'est la bonne personne pour incarner cette union
à vos yeux ? Je pense que c'est pas... C'est elle qui a fait cette proposition-là. Si elle permet de faire advenir l'unité, je signe. Après, l'enjeu, il est de savoir si on veut ou non cette union. Moi, je la crois juste. Je crois aussi que la NUPES, elle vit parce qu'on est rassemblés. Après, quoi qu'il arrive, et je pense en particulier à 2027, je pense que nos sorts sont liés et qu'il faut trouver le moyen de faire vivre cette NUPES dans le pluralisme et dans la cohérence. Donc, même s'il y a
des listes séparées aux Européennes, vous n'excliez pas... Enfin, c'est pas la mort de la NUPES, selon vous ?
Ce ne doit pas être la mort de la NUPES parce qu'encore une fois, nous n'avons pas le choix, nous devons nous entendre et c'est vrai que les Européennes auraient pu aussi être l'occasion de donner à voir que nous sommes capables de dire en commun des choses fortes sur l'Europe. Mais est-ce que vous avez des choses fortes en commun sur l'Europe ? Je crois, en tout cas, si vous avez des listes séparées, chacun va être poussé vers sa propre identité.
Si nous faisons liste commune, je pense que nous avons les bases pour avoir un discours commun et cela peut permettre de clarifier aussi vis-à-vis des Français notre point de vue et de tourner la page de 2005 qui a été quand même très clivante à l'intérieur de la gauche entre le oui et le non au traité constitutionnel européen.
Et puis, il y a un débat sur la ligne précisément de la gauche portée par François Ruffin. À qui parlez-vous ? Ruffin, lors des universités d'été de la France Insoumise, a appelé le mouvement à gagner en centralité et a parlé aux profondeurs du pays, aux classes populaires. Il dit « Quand on me dit radicalité, je nous demande est-ce qu'il s'agit d'être applaudi dans une AG de sociaux à Nanterre ou de convaincre en Moselle, en Picardie, partout dans le pays ? Qu'est-ce qu'on vise ? » Et il ajoute « Pourquoi demeurer dans un risque de culture minoritaire ? » Qu'est-ce que vous répondez à ça ?
Moi, je partage la préoccupation de François Ruffin et je pense qu'être radical, ça veut dire prendre les problèmes à la racine, c'est aujourd'hui ce qui peut nous permettre d'être majoritaire. Donc, je n'oppose pas les deux. En revanche, il y a évidemment un moment que nous traversons, on a changé de position entre être 17 députés, même autrefois la gauche qui a été si longtemps dominée par le Parti Socialiste et puis très vite maintenant, où on voit que la dominante elle est chez nous, dans une gauche qui veut un changement en profondeur, social et écologique.
Nous sommes 75 députés, nous sommes le fer de lance de la NUPES et je crois en effet que cela implique débouger dans notre profil politique et de faire très attention à la menace de cornerisation.
Ça, il le dit.
Faire très attention.
C'est son image.
Faire très attention. Donc, je partage une obsession qui est le fait majoritaire.
Elle viendrait d'où la cornerisation ? Selon vous, quel est votre risque ? Qu'est-ce que vous dites qui vous cornerise ?
C'est pas toujours... Parfois, c'est la façon dont on peut le dire ou parfois, parfois c'est la façon dont on peut le dire qui peut prêter à attiser. Vous voyez ce que je veux dire ? À attiser. Je pense que... Enfin, je pense que vous le voyez quand vous lisez. J'ai pas forcément envie de donner des exemples contre mon propre camp. Vous voyez ce que je veux dire ? Oui, contre votre propre chef. Non, c'est pas que... Ah oui, il y en a d'autres. Je pense que c'est plus global. Je pense que c'est pas simplement Jean-Luc Mélenchon qui, je vois bien, est la cible, effectivement, souvent.
Mais... Là, on l'a pas ciblé, c'est vous. Là, en l'occurrence, on l'a pas mentionné. Si, c'est vous qui venez de me dire c'est votre chef ? Non, vous dites certains dans notre camp qui visent à cliver.
Oui, mais c'est vous qui me répondez qui me disent c'est votre chef. Donc, je vous dis, je pense que c'est une question qui est plus globale. Voilà, c'est une question qui est plus globale, qui a à voir avec notre profil. Je l'ai dit plusieurs fois et je le redis. Je pense qu'on a besoin de se solaniser et d'être effectivement obsédé par la façon de faire vivre la NUPES dans le pluralisme et par la quête de majorité.
Dernière question, c'est un constat adressé par un élu socialiste du Lot qui a signé une note pour la fondation Jean Jaurès sur la disparition de la gauche dans les territoires ruraux. Il s'appelle Rémi Branco et il l'a affirmé à Libération cet été, je le cite, sur les territoires ruraux, la ruralité. La gauche est trop vue comme donneuse de leçons, perçue comme une menace pour leur mode de vie si jamais elle arrivait au pouvoir. Des donneurs de leçons qui depuis les métropoles sont en train de leur expliquer comment il faut manger, s'habiller et se loger. Qu'est-ce que vous en pensez ?
La gauche donneuse de leçons. Oui, moi je pense qu'il faut entendre. Je pense qu'il faut entendre. D'abord, on n'est pas au bout, vous savez, sur le projet. On n'est pas arrivé à maturité et au bord de la majorité. Donc si on ne s'interroge pas et qu'on ne réfléchit pas sur notre propre discours, on ne va pas y arriver. On ne trouve des réponses qu'aux questions qu'on se pose. Eh bien, la question qui est posée là, moi, elle m'intéresse et notamment sur l'enjeu écologique parce que c'est souvent sur le terrain écologique qu'on a l'impression d'être des donneurs de leçons.
Eh bien, si on veut faire une écologie populaire, il faut trouver les thèmes qui permettent de rassembler et c'est pour ça que je reviens au service public. Je pense que quels que soient les territoires et notamment pour les classes populaires, c'est quelque chose de positif, qui fédère, qui dit le commun et qui dit le sens de la société dans laquelle on a envie de vivre.
Clémentine Autain, merci. Sous-titrage Société Radio-Canada
Clémentine Autain