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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 17 janvier 2019 23 minContradictoireActualité / polémiqueEurope & internationalÉconomie & entreprisesSolidarités & familleInstitutions & élections

Benoît Hamon : "La liste que je porterai aux européennes sera la seule liste de gauche"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 55 %Attaque 30 %Défensif 15 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:42OuverteRéponse partielle

    Reconnaissez-vous l'effort du président de la République pour renouer le dialogue ?

  • 2:56OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous saluez au moins un Macron moins vertical, plus à l'écoute ?

  • 4:10OuverteRéponse directe

    Génération va-t-il porter ces sujets dans le grand débat et y participer ?

  • 6:27RelanceRéponse directe

    Est-ce qu'il a tort sur l'ISF ?

  • 8:44OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que vous pensez de l'aménagement de la limitation à 80 km/h ?

  • 9:43OuverteRéponse directe

    Comment sortir de la crise du Brexit ? Faut-il un nouveau référendum ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:53Invité politiqueChiffre
    « Sous forme d'investissement, 5% au salaire. »
  • 7:18Invité politiqueChiffre
    « même 1 milliard, même 500 millions, même 100 millions d'euros prélevés par l'ISF, c'est utile. »
  • 10:00Invité politiqueFait
    « la sortie heureuse de l'Europe, ça n'existe pas. »
  • 12:43Invité politiquePromesse
    « La liste que je porterai sera la seule liste de gauche. »
  • 16:01Invité politiqueFait
    « Cette arithmétique, à la fin, elle n'a pas beaucoup de sens. »
  • 20:19Invité politiqueFait
    « Moi, je ne joue pas avec les mots. »
  • 22:47Invité politiqueFait
    « on a fait le CICE, la déchéance de nationalité et la loi El Khomri »

Temps de parole

  • Benoît Hamon75 %
  • Présentateur12 %
  • Invité7 %
  • Auditeur6 %

2,6 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien le président fondateur du mouvement Génération. Vous pourrez dialoguer avec lui dans une dizaine de minutes au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et via l'application mobile France Inter. Bonjour Benoît Hamon. Bonjour Nicolas Demorand. Et merci d'être au micro de France Inter. Le président de la République a donc lancé le grand débat national qui va durer deux mois. C'est la première fois depuis le début de la crise des gilets jaunes. Que le président de la République a pu revenir sur le devant de la scène. Près de 7 heures d'un débat à bâton rompu avec plusieurs centaines de maires avant hier soir.

L'exercice était inédit à bien des égards. Reconnaissez-vous l'effort, au moins Benoît Hamon, la volonté du président de la République de renouer le dialogue, de chercher, je ne sais pas, une issue positive peut-être à cette crise ?

0:53
Benoît Hamon

D'abord il faut reconnaître aux Français qu'ils ont eu du mérite à lui demander, avec beaucoup de ténacité et de constance, qu'il ouvre le débat pour qu'enfin, contraint de sortir de son palais, il ouvre ce débat. Ce débat je considère qu'il a des vertus ou il aura des vertus s'il permet aux Français de se reparler. Parce qu'il est indiscutable aujourd'hui qu'on vit une époque de polémique, où on se jette des anathèmes, des arguments sans se découter les autres, mais qu'on dialogue assez peu. Donc s'il a cette vertu, cela peut être utile. Maintenant, quel est le problème ?

C'est que je le considère assez mal parti, dès lors que le président de la République dit on parle de tout, sauf de ce avec quoi je ne suis pas d'accord. Et je ne suis pas d'accord pour qu'on parle répartition des richesses, ou changement de la répartition des richesses, donc pas de fiscalité. Je ne suis pas d'accord.

1:37
Invité

Ah si, il y a un thème qui s'appelle fiscalité, c'est le premier.

1:39
Benoît Hamon

Dans les faits, mais avec un mot, si vous avez lu sa lettre. Ça va être dit, on peut parler fiscalité, mais toute dépense nouvelle devra être financée par une économie correspondante. En clair, si vous avez un droit nouveau, il faudra faire sacrifice de quelque chose. C'est un troc, un échange entre ce que vous cèderez d'une main et ce que vous pourrez peut-être reprendre de l'autre. La réalité, pour ce qui concerne la répartition des richesses, c'est-à-dire le fait de faire payer ceux qui polluent le plus, ceux qui gagnent le plus, ceux qui amenacent le plus de dividendes, ça, ça n'est pas à l'ordre du jour. Alors, moi je considère qu'aujourd'hui, si on sollicite...

2:10
Présentateur

Ça émergera peut-être dans le débat.

2:11
Benoît Hamon

Mais je souhaite que ça émerge.

2:13
Présentateur

C'est la vertu du débat.

2:14
Benoît Hamon

Parce que fondamentalement, la question qui nous est posée à ce moment précis de notre histoire, face à un modèle de développement dont on voit bien qu'il est asphyxié, on ne fait plus de croissance, et quand on en fait, les mal répartis, et en plus, elle a un impact négatif sur notre environnement. C'est si nous devons changer de modèle de développement, fondamentalement, les questions qui nous sont posées, c'est qu'est-ce que nous voulons garder ? Qu'est-ce que nous pouvons garder ? Pouvons ! Dans nos modes de production et nos modes de consommation. Ça, c'est un beau débat.

Alors, il est mal parti, je considère ce débat, parce qu'il y a des lignes rouges, qu'il y a un côté, effectivement, métamorphose d'Emmanuel Macron, qui hier, Jupiter, disait aux Français, taisez-vous, j'ai raison. Maintenant, il y a un peu ces causes toujours, mais ça ne changera pas mon cap. En tout cas, nous, nous allons mettre...

2:56
Invité

Est-ce que vous saluez au moins un Macron moins vertical, plus à l'écoute, au moins ça ?

3:02
Benoît Hamon

Vous ne voulez pas qu'on attende un tout petit peu ?

3:04
Invité

Non, mais par exemple, sur la prestation de... Bien sûr, on peut attendre.

3:07
Benoît Hamon

Moi, je vais vous répondre. Ce n'est pas parce qu'on fait une prestation, devant les caméras, de 7 heures, qui est une belle performance en termes de communication, d'exercice politique, peut-être dialectique, aller avec les maires qui étaient en colère, mais ça ne suffit pas. Et ça ne suffit pas dès lors que, par principe, je le dis, si on ne touche pas à la répartition des richesses, on ne s'en sortira pas. Pour mémoire, pour vos auditeurs, pour qu'on ait tous les grandes masses en tête, les entreprises du CAC 40 en France, depuis 2009, ont amassé des profits considérables. On sait que pour beaucoup, elles échappent à l'impôt.

Mais pour regarder ces profits-là, deux tiers de ces profits sont distribués en dividendes aux actionnaires. 27% depuis le 2009, c'est un rapport de l'Oxfam. Sous forme d'investissement, 5% au salaire. Donc, si vous demandez, par exemple, il y a des beaux sujets qui ont été évoqués, mais si vous demandez aux Français de changer leur mode de consommation, de ne plus aller dans les grandes surfaces, de choisir d'aller vers des commerces de centre-ville où la nourriture est plus chère, il faut encore que les salaires augmentent. Donc, pour que les salaires augmentent, il faut que les négociations s'ouvrent.

4:10
Présentateur

Est-ce que Génération, votre mouvement, va porter ces sujets-là dans le grand débat et y participer en tant que tel, comme l'EPS, Europe Écologie Les Verts, Les Républicains ?

4:21
Benoît Hamon

Dans le grand débat, comme dans tous les débats, pour faire simple, moi, je vais répondre, aujourd'hui même, au président de la République par écrit. Et je vais lui dire quoi, au nom de mon mouvement, que nous considérons que la question démocratique suppose que l'on discute de tout, y compris du rôle du président de la République. Parce que c'est un des sujets qui l'écartent de la discussion par principe. Donc, oui, il faut penser une sixième République avec des contre-pouvoirs qui permettent à la démocratie de respirer. Cette démocratie constante dont parlait Pierre Mendes France. Je lui dirais également que sur la répartition des richesses, on doit penser un principe pollueur-payeur.

On doit avoir une vraie taxe sur les transactions financières. On doit regarder des sources nouvelles. Pardon, vous avez vu

5:00
Invité

ce que ça a donné, pollueur-payeur ? Vous avez vu la taxe carbone, ce que ça a donné ? Ça a donné les gilets jaunes, ça a été le catalyseur,

5:05
Benoît Hamon

le détonateur. Léa Salamé, si vous considérez que le seul pollueur, c'est celui qui prend sa voiture parce qu'il n'a pas d'autre choix, mais que vous écartez des pollueurs, l'entreprise totale, vous écartez des pollueurs, les banques françaises qui consacrent quatre fois plus d'investissements à soutenir des projets d'extraction d'énergie fossile que des projets d'énergie renouvelable, vous vous trompez. Parce qu'en fait, aujourd'hui, les ressources pour financer la transition écologique, elles existent et elles existent là.

Donc je lui parlerai de cela comme je lui parlerai dans cette lettre et comme les citoyens, les sympathisants de génération le feront dans le grand débat, mais dans le débat public en général, aussi du changement de modèle de développement qu'on doit mettre en oeuvre. Et c'est sur ces questions que revenu universel d'existence, taxes, quand la révolution numérique crée de la richesse et qu'elle remplace des hommes, il faudra bien mettre en place ces taxes sur les robots. Sinon, comment dire, on se prend une onde de choc en pleine figure et on ne change rien.

6:02
Invité

Donc vous allez lui écrire, mais est-ce que vous allez participer à un de ces débats dans les trois mois qui viennent ?

6:06
Benoît Hamon

Tout ce que je porte est le produit d'une intelligence collective. Donc les citoyens qui portent ces idées-là avec moi le feront peut-être sous forme de contribution sur le site internet, peut-être dans des débats organisés avec les maires, mais en porte-à-porte comme des citoyens qui n'ont pas attendu qu'Emmanuel Macron les convoque à un débat pour débattre avec leurs concitoyens et avec bienveillance de préférence.

6:27
Présentateur

Sur l'ISF, ni totem ni tabou a dit Emmanuel Macron en ajoutant qu'il ne faut donc pas raconter des cracks. Ce n'est pas parce qu'on rétablira l'ISF que les gilets jaunes iront mieux. Ça, c'est de la pipe. Je fais la citation. Est-ce qu'il a tort sur ce point ? Oui, il a tort.

6:46
Benoît Hamon

Il a tort. Dans notre pays, les entreprises les plus riches comme les personnes les plus riches ne payent pas assez d'impôts et elles payent moins d'impôts à due proportion de ce qu'elles gagnent et d'un argent qu'elles gagnent grâce au travail des autres qu'un citoyen qui se lève le matin, travaille, aimerait que sa vie s'améliore et au bout de décennies considère que non seulement sa vie ne s'est pas améliorée mais qu'il a plutôt le sentiment que celle de ses propres enfants pourrait se dégrader. Donc oui, aujourd'hui, même si les ressources liées à l'ISF ne sont que de quelques milliards, ces milliards sont utiles partout, je vais vous dire, à l'hôpital public qui se tiers-mondise.

Ce n'est pas qu'un symbole, l'ISF. Parce que quand vous avez un hôpital public qui se tiers-mondise, parce que c'est la réalité. Quand vous avez une prise en charge du grand âge, de la dépendance qui aujourd'hui nous met en situation des aides-soignantes en souffrance au travail et des résidents qui perdent leur dignité dans certaines maisons de retraite, même 1 milliard, même 500 millions, même 100 millions d'euros prélevés par l'ISF, c'est utile. Donc oui, c'est utile. Pardon de le dire, mais le président de la République nous a fait un éloge souvent d'ailleurs assez insultant pour beaucoup de Français de l'effort ou de ceux qui ne feraient pas assez d'efforts.

Quel est le droit auquel Emmanuel Macron est obsessionnellement attaché ? Le droit des plus riches de ne plus payer l'impôt quand il leur baisse l'impôt sur la fortune. Que cela signifie-t-il ? Qu'en réalité, il protège qui ? Ceux qui s'enrichissent sans effort grâce au travail des autres. Il est aujourd'hui le représentant de ceux qui s'enrichissent sans effort. Donc, je le dis aujourd'hui, l'ISF, le changement ou la transformation de notre fiscalité pour qu'elle prélève là où ceux qui peuvent le puce ne payent pas d'impôts que ceux qui polluent payent. Oui, c'est un enjeu fondamental si on veut financer le changement de modèle de développement indispensable de notre pays.

8:35
Invité

Il n'a pas exclu des aménagements sur la limitation de vitesse à 80 km heure estimant que quelque chose de plus pragmatique qui soit mieux accepté et qui aurait les mêmes résultats serait sans doute mieux. Qu'est-ce que vous en pensez ?

8:46
Benoît Hamon

Je pense que c'est étrange qu'un président de la République et un gouvernement qui nous disent on va sauver des vies avec les 80 km heure. Ça va éviter que des gens meurent sur les routes. La sécurité routière passe par cela, disent maintenant finalement, on va l'aménager parce que ces vies-là n'auraient plus la même importance aujourd'hui. Honnêtement, soit on fait de la politique et on est attaché à des principes et si ça sauve des vies, il faut garder cette mesure-là. On peut toujours discuter mais si ça sauve des vies, il faut le faire.

Et je crois que moi je suis assez fatigué de cette manière qu'ont certains politiques à poser des grands principes et dès que ça commence à tanguer un tout petit peu, ces principes tombent. On a besoin d'honnêteté dans le débat politique, de sincérité et de clarté. Je trouve que le président de la République, s'il ouvre le dialogue pour finalement mettre de la confusion lui-même, ça n'est pas très utile.

9:40
Invité

Avant d'en venir aux Européennes et à l'Union impossible de la gauche, une question quand même sur le Brexit, sujet hautement important. Le texte négocié par Theresa May et l'Union Européenne a été rejeté par le Parlement britannique. Comment on sort de cette crise ? Quel est votre avis ? Est-ce qu'il faut un nouveau référendum comme le réclament certains ? Ou est-ce qu'il faut un nouveau texte ? Ou est-ce qu'il faut un no deal ? En quelques mots, qu'est-ce que vous feriez si vous étiez aux affaires ? En quelques mots,

10:00
Benoît Hamon

le premier constat qu'on peut faire c'est que la sortie heureuse de l'Europe, ça n'existe pas. Aujourd'hui, il y a une majorité pour. Il y a une majorité contre, mais il n'y a pas de majorité pour. Personne ne sait ce que les Britanniques veulent. Et je pense que si cet impasse dure, le recours et le seul recours qui vaille, c'est le retour devant le peuple. Je vois que la première ministre écossaise de gauche vient de le réclamer. S'il faut revenir devant le peuple, c'est lui qui sera le bon souverain pour dire à ses dirigeants qui se sont laissés abuser par un certain nombre de thèses selon lesquelles il y avait une sortie heureuse de l'Union Européenne, qu'il n'y en a pas

10:40
Invité

Donc on s'assoit sur ce que le peuple a voté il y a deux ans et demi.

10:43
Benoît Hamon

Sauf si le peuple décide de changer de point de vue. Le peuple a le droit de voter. Vous savez, il y a des référendums. Deux référendums. Mais tout est... Ce que je dis, c'est que s'il y a une impasse, si les dirigeants politiques sont incapables de transformer ce non en une solution qui soit acceptée et viable, eh bien il faudra revenir devant le peuple.

11:03
Présentateur

Alors venons-en donc aux Européennes et rapidement, pour commencer, est-ce que vous nous confirmez bien que Génération, votre mouvement présente une liste que vous conduirez ?

11:12
Benoît Hamon

Je conduirai une liste Génération, une alliance citoyenne. Ce ne sera pas Génération, ce ne sera pas le seul mouvement politique à porter cette alliance citoyenne mais je m'engagerai parce que l'Europe c'est une question sérieuse que je vois qu'elle est traitée avec beaucoup, beaucoup, beaucoup de négligence et de légèreté quand on veut résumer le débat à la mâchoire entre les libéraux qui ont défendu l'austérité incarnée par M. Macron et Mme Merkel et aux nationalistes ou aux souverainistes qui nous proposent d'une manière ou d'une autre un scénario de sortie de l'Europe.

Donc entre le Frexit, la sortie de la France, de l'Europe et on continue comme avant, je pense qu'il y a un espace, oui, pour une réponse de gauche.

11:47
Invité

Le problème de cet espace c'est que vous êtes très nombreux à penser que vous êtes les bonnes personnes pour cet espace-là. Ségolène Royal, à ce micro la semaine dernière, a estimé qu'Yannick Jadot et vous-même aviez fait en refusant toute forme d'alliance une faute grave dans le moment dans lequel nous vivons et que face à la montée des populismes, vous aurez, je la cite, des comptes à rendre. Vous lui répondez quoi ?

12:05
Benoît Hamon

Je peux vous répondre c'est quoi la gauche aujourd'hui ? Il y a un drapeau à terre dans la République en France aujourd'hui. C'est le drapeau de la gauche. Il a été piétiné, ce drapeau-là. Par qui ? Qui peut se revendiquer aujourd'hui comme une liste de gauche ? Les socialistes. Il propose de continuer la coalition avec la droite européenne, cette coalition qui a amené à ce que l'Europe soit dans l'impasse. Jean-Luc Mélenchon, il renonce à l'idée même de gauche au nom d'une stratégie qui vise à unifier le peuple contre l'oligarchie. Les Verts, ils reviennent aux thèses qu'on a connues il y a quelques décennies du « ni droite, ni gauche ».

La liste que je porterai sera la seule liste de gauche. Et j'espère, pour être très clair, vous avez le monopole de la gauche. Non, pas le monopole. Pas le monopole. Je n'ai jamais revendiqué cela. C'est pour ça que nous porterons une alliance citoyenne. Mais je considère que si la gauche, c'est de regarder les grandes transitions qui viennent et d'y apporter des réponses en termes d'égalité, de solidarité, de ne pas dissocier l'écologie du social, de dire qu'on ne peut pas faire n'importe quelles alliances, un jour avec la droite, un jour avec la gauche pour certains, chez les écologistes ou pour le parti socialiste, sauf s'ils changeaient de stratégie.

Mais de dire « nous avons un programme de gauche mais nous gouvernerons demain avec la droite, on en a vu le résultat depuis 20 ans ». Eh bien, il faut avoir des stratégies claires. Il faut être honnête. Moi, je ne vais pas passer l'éponge sur toutes ces années où on arrivait avec un joli programme de gauche et derrière, on faisait exactement le contraire. Donc, nous, nous ne serons pas seuls. Et j'espère bien, pour vous dire clairement les choses, que de l'écologie, du communisme, du socialisme, d'autres nous rejoindront.

J'espère bien que Place Publique, qui est un nouveau mouvement politique avec Thomas Porcher, Raphaël Glucksmann, Claire Nouvian, toutes ces intellectuels qui ont décidé de faire irruption dans le débat public, que ceux-là aussi avec lesquels on a 95% d'accords, s'engageront et se battront autour de cette grande liste de gauche. Mais oui, moi, aujourd'hui, avec les citoyens qui se retrouvent dans cette liste, nous reprenons le drapeau de la gauche qui est à terre, il a été suffisamment piétiné, nous le porterons. Si vous êtes de gauche, écologiste et européen, vous aurez une liste pour laquelle voter entre les libéraux et les souverainistes ou nationalistes de tout poil.

14:14
Présentateur

2,5 d'intention de vote pour votre mouvement, Benoît Hamon, et la stratégie que vous venez de décrire, c'est un sondage publié hier qui l'indique, 2,5 en baisse d'un point.

14:26
Benoît Hamon

Oui, mais c'est Génération. Vous connaissiez, qui connaît Génération aujourd'hui ? Pas grand monde. Ce mouvement, il a un an. C'est pour ça que moi, je m'engage aujourd'hui. Personnellement.

14:36
Présentateur

On connaît le Parti Communiste, c'est 2,5. On connaît le PS, c'est 4. On connaît Europe Écologie, les Verts, c'est 6,5. Mais je vous dis,

14:43
Benoît Hamon

Nicolas Demorand, regardons les choses telles qu'elles sont. Personne en France, aujourd'hui, ou très peu de gens, savent de qui on parle exactement quand on dit Génération. Et ça me prendra le temps. Et c'est pour ça que je m'engage. Et c'est pour ça que je m'engage. Et je vous le dis, derrière, ceux qui s'engageront. Moi, je suis très heureux, par exemple, que l'ancienne présidente de Médecins du Monde, Françoise Sivignon, nous rejoigne sur cette liste. Je suis très heureux qu'un militant historique de l'égalité, de la marche pour l'égalité comme Salah Amocran, démotivé à Toulouse, nous rejoigne. Je suis très heureux que Sarah Soalyi, de Marseille, nous rejoigne.

Ce processus, nous l'avons engagé depuis un an. Il est jeune. Si le drapeau de la gauche est au sol, le noir...

15:23
Invité

Vous avez été candidat à la présidentielle. Vous n'êtes pas nouveau, vous.

15:26
Benoît Hamon

Je ne suis pas nouveau, mais on a sans doute besoin justement de cela pour pouvoir faire en sorte qu'aux européennes, une liste de gauche déjoue les pronostics et les sondages.

15:35
Invité

Un sondage, ça vaut... C'est une photographie. Ce que ça vaut exactement et ça ne vaut qu'une photographie à tenter. Vous avez raison, il y a quatre mois de campagne. Invitez-moi dans un mois, on verra où sont les sondages. Sauf mon respect, quand on calcule, c'est de l'arithmétique pure. Si on vous additionne vos 2,5 avec les 4 du PS, avec les 6,5 d'Europe Écologie Les Verts et sans doute les communistes, vous arrivez à 13, ou 14, ou 15. Que je puisse le dire à vos auditeurs... Est-ce que ce n'est pas mieux de faire 13, 14, ou 15

16:00
Benoît Hamon

que de faire 2 ? Cette arithmétique, à la fin, elle n'a pas beaucoup de sens. Mais est-ce qu'on peut se dire les choses sincèrement ? Moi, je sais qu'il y a des auditeurs ou en tout cas des citoyens qui disent « Oui, ce ne serait pas mieux de s'additionner. » Est-ce que vous voulez demain qu'on ait une liste dans laquelle il y a des gens qui siègent dans plusieurs groupes avec des stratégies différentes, des votes différents ? Ils auraient fait une campagne commune, chacun pour sauver sa peau. Mais ça, ça n'a pas de sens. Moi, je ne ferais pas une liste des parties de gauche et notamment des parties en panique. Je veux une liste des combats de la gauche. Pourquoi je vous donnais des noms ?

Parce que ces combats-là sur les migrants, ces combats-là pour la solidarité, ces combats-là contre l'évasion fiscale pèsent plus que les textes votés dans l'antichambre des bureaux exécutifs des parties et qui finalement n'engagent que ceux

16:46
Présentateur

qui y croient. Vous allez pouvoir continuer à répondre sur ce thème. C'est un typhon de questions sur l'union et la désunion de la gauche au standard sur les réseaux sociaux. Jean-Noël, bonjour. Oui, bonjour. Bienvenue, on vous écoute.

17:01
Auditeur

Merci. D'abord, bravo pour vos scores d'audience à France Inter et sur la matinale. C'est toujours très intéressant. Merci. Ma question est très simple. J'ai voté pour Benoît Hamon au présidentiel. Je ne comprends pas effectivement ce positionnement et je vais reprendre le dernier argument qui consiste à dire qu'on ne peut pas élire des députés qui vont éventuellement être dans plusieurs groupes.

Mais quand vous êtes, vous avez des députés aujourd'hui européens, quand ce député ou ces députés, il y en a plusieurs, essaient de passer des lois, ils font des négociations, ils font des négociations avec les autres mouvements parce que le Parlement est suffisamment éclaté et pour que ça passe, il faut souvent des alliances.

Donc, je ne comprends pas aujourd'hui comment on refuse la main tendue et le fait que le Parti Serif dit nous, nous pouvons fédérer mais sans revendiquer la tête de liste, mais c'est absolument impensable de ne pas faire cette union, d'autant plus qu'après, il y aura des élections municipales et vous allez être là en contradiction puisque dans les municipales qui sont largement tenues par le Parti Serif, vous n'aurez plus cette position parce que là, vous irez forcément dans cette négociation et à juste titre. Mais la chance, la politique aujourd'hui est trop compliquée, il y a une responsabilité effectivement et c'est inconcevable de ne pas faire l'union.

18:19
Présentateur

Merci, merci Jean-Noël. Votre question résume toutes les autres sur le même thème. Benoît Hamon vous répond.

18:27
Benoît Hamon

La question qui nous est posée et c'est le choix qu'on doit faire et c'est le choix que moi je propose à nos auditeurs et à vos auditeurs et aux citoyens de gauche. Est-ce qu'on part dans la confusion ou est-ce qu'on part dans la clarté ? Est-ce qu'on pense qu'on peut reconstruire la gauche sur une alliance de tout et son contraire et avec une stratégie qui est une stratégie opaque ? En clair, on ne saura pas avec qui on va co-diriger l'Europe ou sur quel combat on va se mobiliser. Aujourd'hui, tant que cette question-là ne sera pas clarifiée du côté des socialistes, c'est-à-dire la rupture de la grande coalition avec la droite, ça n'est pas possible.

Ne voyez-vous donc pas que depuis que la gauche sociale-démocrate s'est posée comme supplétif de la droite, les politiques d'austérité se sont accélérées, la dérégulation du marché du travail

19:15
Présentateur

a inventé autre chose.

19:16
Benoît Hamon

Mais qu'est-ce que je fais là, Nicolas Demorand ? Mais pourquoi vous le faites seul ? Mais pourquoi est-ce qu'aujourd'hui... Pourquoi vous le faites seul ? Tout sauf seul ? Qui ? Quel est le seul parti ? Je vous ai cité la liste. Quel est le seul parti ?

19:26
Présentateur

Vous pouvez vous mettre autour d'une table avant que vous vous haïssiez au point que vous ne puissiez même pas parler

19:31
Benoît Hamon

de vos désaccords politiques. On se parle tout le temps. Mais aujourd'hui, nous, nous appartenons à un parti transnational. Le printemps européen avec Yanis Varoufakis, nous avons construit un parti qui d'ailleurs aujourd'hui avec Bernie Sanders a lancé une nouvelle internationale depuis quelques semaines. Moi, ce qui m'intéresse, c'est quoi ? Vous me parlez de partis politiques qui n'ont ni idée ni solution de chef. Moi, je regarde le débat politique. On est face à des transitions et des métamorphoses considérables et on irait sur une liste européenne en bredouillant vaguement un discours sans être d'accord sur ce qu'il faut faire après.

20:06
Présentateur

Donc, cette défaite aux européennes annoncée sera une victoire. Non, ce ne sera pas une victoire. Ce sera une victoire.

20:10
Benoît Hamon

Moi, je vous le dis, il n'y aura pas de défaite. Il n'y aura pas de défaite. Il n'y aura pas de dialectique. Ne m'emmenez pas sur un terrain qui est un terrain où on jouerait avec les mots. Moi, je ne joue pas avec les mots. Moi, ce qui m'intéresse aujourd'hui et ceux avec lesquels je suis d'accord, c'est qui ? C'est Sanders et les Nouveaux Démocrates quand ils disent les écarts salariaux. Ils doivent être compatibles avec la lutte contre le dérèglement climatique et en même temps la défense des minorités. Je suis d'accord avec qui ? Avec Naomi Klein quand elle dit le courage aujourd'hui c'est de pouvoir de tout changer. De tout changer comment ?

En s'attaquant justement à ces grandes multinationales qui aujourd'hui vivent des énergies fossiles et en mettant en cause le libre-échange. Je suis même d'accord, je vais vous dire, avec le pape quand il dit dans son encyclique Laudato Si qu'il faut combiner pour retracer un chemin d'espoir pour l'humanité lutte contre la crise financière, la crise sociale et la crise écologique. C'est à partir de cela que on rencontrira la gauche.

21:01
Présentateur

Si vous êtes d'accord avec le pape vous pouvez parler avec Yannick Jadot et être sur la même liste, non ? Mais observez

21:05
Benoît Hamon

qu'aujourd'hui la stratégie des Verts c'est une stratégie qui est de dire nous sommes ni droite ni gauche. Donc à partir du moment où ils font ce choix-là moi je l'ai regretté puisque je leur ai fait la proposition mais dès lors qu'ils la refusent et bien je prends acte que le drapeau de la gauche qui est à terre il faut le relever. Alors est-ce que ça nous interdit de dialoguer ? C'est comme si pardon de vous le dire mais comme si le dialogue de la gauche ça se résumait à une conversation de chef de parti pour reconstituer un cartel qui ne convaincra personne.

J'ai la conviction profonde que les idées que j'ai portées pendant la présidentielle revenu universel transition écologique sixième république elles trouvent à se traduire dans le débat européen. Et bien je continue à m'engager en faveur de ce sillon-là qui est bien plus porteur d'espoir que je ne sais quel cartel. J'ajoute en plus prenons un sujet d'actualité. J'avais été interpellé par Ségolène Royal. On regarde aujourd'hui les grandes questions qui nous sont posées sur lesquelles Emmanuel Macron elle et d'autres sont impliquées. Les sociétés d'autoroutes. On voit aujourd'hui que nous avons affaire à des sociétés autoroutières qui se sont constituées une rente considérable.

Qu'est-ce qu'on a à dire par rapport à ça ? On engage une politique qui est une politique de renationalisation ? D'impôt spécifique parce qu'ils exploitent des communs ? C'est ça qui m'intéresse. Et pas de savoir si quel chef de parti sera en quelle place sur une liste tout le monde serait d'accord sur une chose ?

22:26
Présentateur

Gauche la plus bête du monde ça me semble exagéré, caricatural.

22:30
Benoît Hamon

être honnête et sincère ça n'est pas être bête. Être honnête et sincère c'est de dire qu'il n'y a pas de lutte contre l'extrême droite avec un programme qui s'autorise des stratégies de collaboration avec la droite sur les politiques d'austérité. Ça, ça n'est pas possible. Ne me demandez pas de retrancher mes convictions et de passer l'éponge sur un quinquennat où on a fait le CICE, la déchéance de nationalité et la loi El Khomri et de dire on va recommencer comme avant ? Non.

Alors donc, les stratégies sont au moins aussi importantes que les programmes et je le dis, tant qu'il n'y aura pas d'engagement des uns et des autres à faire un nouveau groupe au Parlement européen hors de la social-démocratie, eh bien, il n'y aura pas d'accord possible. C'est assez simple à entendre, c'est assez simple à comprendre. Moi, je veux l'acclater sur les stratégies.

23:16
Présentateur

Peut-être aurez-vous convaincu les nombreux auditeurs qui vous interrogent aussi sur ce même thème. Merci encore une fois d'avoir été au micro d'Inter ce matin. Merci à vous.