Assemblée nationale : "Cette centralisation du pouvoir est typique de la culture politique française" selon Loïc Blondiaux, politologue
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Questions et réponses
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- 0:53OuverteRéponse directe
N'y a-t-il pas là un paradoxe, Loïc Blondiot ?
- 1:59OuverteRéponse directe
Est-ce qu'il n'y a pas là une limite du régime ?
- 4:09OuverteRéponse partielle
L'expression démocratique est-elle respectée si le RN est mis de côté de ses postes clés ?
- 5:37OuverteRéponse directe
Est-ce qu'on forme à son esprit ?
- 7:47OuverteRéponse directe
Pour quelles raisons les alliances seraient-elles plus simples aujourd'hui ?
- 9:18OuverteRéponse directe
Pourquoi cette idée de compromis apparaît-elle aussi étrangère au débat politique français ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:04InvitéFait
« Les résultats des élections législatives n'étaient pas favorables au camp macroniste, mais il y a une réalité arithmétique. »
- 1:31InvitéFait
« Ce schéma a été bousculé et, effectivement, il va falloir s'y faire. »
- 3:05InvitéPromesse
« Il faudrait parachever ce mouvement, en introduisant la proportionnelle. »
- 3:20InvitéFait
« La Ve République est parfaitement compatible avec un régime parlementaire. »
Temps de parole
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Ce programme est disponible grâce au don de nos auditeurs. Pour diffuser un message d'espérance, rendez-vous sur rcf.fr. Rcf. L'invité de la matinale, Pierre-Hugues Dubois. Votre invité ce matin, Pierre-Hugues, est le politiste Loïc Blondiot, professeur à l'Université Paris-Aim, planté en Sorbonne. Il a coordonné avec Bernard Manin l'ouvrage Le tournant délibératif de la démocratie, publié aux presses de Sciences Po. Bonjour Loïc Blondiot. Merci d'être en ligne avec nous ce matin pour revenir sur l'actualité politique marquée par l'élection hier soir à la présidence de l'Assemblée nationale de la Macroniste, Yael Broun-Pivé.
Une force politique qui subit deux revers électoraux de suite, aux européennes et aux législatives, accède donc au perchoir. N'y a-t-il pas là un paradoxe, Loïc Blondiot ?
Oui, c'est clair, il y a un paradoxe. Les résultats des élections législatives n'étaient pas favorables au camp macroniste, mais il y a une réalité arithmétique. Et effectivement, grâce aux voix des ministres, des missionnaires, Yael Broun-Pivé a été élu. Il y a trois blocs. Il y a un bloc qui, arithmétiquement, sur ce scrutin-là, en tout cas, était plus fort. Mais nous entrons dans une période où nous aurons d'autres surprises. C'est-à-dire, ce à quoi nous étions habitués sous la Ve République, à savoir le fait majoritaire, c'est-à-dire à ce qu'il ne se passe quasiment plus rien au Parlement, sinon l'enregistrement des choix du Président de la République.
Ce schéma a été bousculé et, effectivement, il va falloir s'y faire.
Il va falloir s'y faire. Ce matin, dans le Figaro, dans son éditorial, Vincent Trémolaire de Villers dit qu'on subit le pire de la Ve République, l'obsession présidentielle, et le pire de la Ve République, l'instabilité parlementaire. Est-ce qu'il n'y a pas là une limite du régime ?
Bon, il est encore trop tôt pour parler d'instabilité parlementaire, puisque, à ma connaissance, aucun gouvernement n'a été encore renversé, puisqu'aucun gouvernement n'a été construit. Mais, non, moi, je me méfie de ce type d'analyse qui reprend, finalement, une sorte de discours classique, de dépréciation du parlementarisme, qui est la norme à peu près dans tous les pays européens.
C'est-à-dire que, dans tous les pays européens, on forme des gouvernements de coalition, et aucun parti politique, ou aucune force politique, ne peut prétendre capter l'ensemble des pouvoirs, alors qu'en réalité, comme ça a été le cas en France pendant très longtemps, elle ne représentait au mieux qu'un tiers de l'électorat. Il y avait une sorte de grand écart entre l'étendue des pouvoirs dont disposait le président de la République, ou, en période de cohabitation, le Premier ministre, et la réalité de sa légitimité politique.
Donc, moi, je suis plutôt satisfait que nous rentrions dans la norme, et il faudrait parachever ce mouvement, en introduisant la proportionnelle, où, là, pour le coup, plus personne n'aura de lecture présidentialiste. Ce qui pose problème, aujourd'hui, ce ne sont pas les textes constitutionnels, ce ne sont pas les institutions. La Ve République est parfaitement compatible avec un régime parlementaire. Elle a même été conçue pour ça, en 1958. C'est la lecture qu'en ont les acteurs qui reste focalisée sur l'élection présidentielle, et qui continue de croire qu'on peut, y compris dans ce moment un petit peu de latence, aujourd'hui, qu'ils vont pouvoir appliquer l'ensemble de leur programme.
Ce sont les réflexes qui posent problème, mais ça n'est pas la réalité politique qui pourrait être tout autre.
Aujourd'hui, les députés doivent choisir six vice-présidents, trois questeurs et douze secrétaires pour composer le bureau de l'Assemblée nationale. C'est un organe assez important qui régit le fonctionnement du palais Bourbon. Le règlement de l'hémicycle précise que ce bureau doit, je cite, « s'efforcer de reproduire la configuration politique de l'Assemblée ». Oui, mais voilà, la gauche souhaite exclure le RN de ses postes clés au nom du Front Républicain. L'expression démocratique est-elle respectée si le RN est mis de côté de ses postes clés ?
Effectivement, le RN a beau jeu de dire que leur légitimité électorale, même s'ils n'ont pas emporté l'élection, leur légitimité électorale est réelle. Là, on est effectivement. Moi, je ne veux pas trancher entre ces positions. La prolongation du Front Républicain au Parlement supposerait un accord tacite du centre-droite, de la Macronie et de la droite républicaine. Je ne sais pas ce qu'il va en être. Disons simplement que si on respecte un peu la matrice, on a vu qu'au Parlement européen, cette forme de fond républicain s'était mise en place au moment de la désignation de la présidente de la Commission. Il y a eu une exclusion du groupe. Bon, est-ce que ce schéma sera transposé en France ?
Pour l'instant, je ne le sais pas. Ce que je sais, c'est que la désignation de Yaël Braun-Pivé a été rendue possible par le groupe de la droite républicaine, de Laurent Wauquiez, dans l'espérance d'obtenir des postes stratégiques, comme vous l'avez dit, dans les instances dirigeantes de l'Assemblée.
Mais ça, on parlait de l'esprit de la Ve République et de ce que disent les textes qui régissent la Ve République. Est-ce qu'on forme à son esprit ?
Oui, parce que la Ve République, donc Michel Debré, qui en a été le principal rédacteur, pensait tout simplement qu'il s'agissait de mettre en place un régime parlementaire et de permettre finalement au Premier ministre et à la coalition majoritaire de gouverner sans être renversé du jour au lendemain. Et donc, du coup, elle est prête à fonctionner avec le schéma actuel. Et ça a été le cas en 1988 avec Michel Rocard, qui n'avait qu'une majorité relative. Mais à l'époque, il y a une grande différence, c'est qu'à l'époque, il avait le 49-3. Il l'a utilisé beaucoup, le 49-3, pour faire passer des textes. Aujourd'hui, on ne peut plus l'utiliser qu'une fois, hormis vote sur le budget.
Comment ça ? On ne peut l'utiliser qu'une fois par session. C'est-à-dire que depuis la réforme Sarkozy de la Constitution, il n'y a plus qu'une seule utilisation possible du 49-3, hormis les textes budgétaires. Et donc, ce sera beaucoup plus compliqué. Quelle que soit la majorité relative qui se dessinera, ce sera beaucoup plus compliqué si les autres groupes n'acceptent pas les textes. Ça va être compliqué. On le voit, la majorité LR et Renaissance, c'est-à-dire macroniste, elle fait très peu. Elle n'a pas une majorité suffisante pour se passer de voix du Rassemblement National ou du Nouveau Front Populaire.
Reste à savoir si elle se confirme si un premier ministre de cette tendance est désigné par Emmanuel Macron, ce qui est tout à fait possible. Il a tout à fait le choix de choisir le premier ministre qu'il veut. Si elle se confirme, il devra gouverner soit avec l'aile droite du Nouveau Front Populaire, soit avec le Rassemblement National.
Nous sommes avec le poétiste Loïc Blondiot, professeur à l'Université Paris 1, Panthéon, Sorbonne. Loïc Blondiot, vous expliquiez le jeu des alliances, mais ça fait deux ans qu'on voit des alliances impossibles. Pour quelles raisons cela serait-il plus simple aujourd'hui ?
Alors, des alliances impossibles, il faut nuancer quand même ce qui s'est passé entre 2022 et 2024. un nombre significatif de lois sont passées grâce soit à l'abstention, soit parfois au vote de la droite républicaine. Donc, je pense que, très clairement, Emmanuel Macron mise sur un schéma de continuation. Le vrai problème, c'est que pendant deux ans, finalement, d'ici l'élection présidentielle, rien n'aura véritablement changé. Et cela risque de frustrer à la fois les électeurs du nouveau Front Populaire, les électeurs de gauche, et les électeurs du Rassemblement National, qui, ensemble, forment une majorité, mais bon, qui ne peut pas gouverner, évidemment, ensemble.
Mais, en fait, on va perpétuer ce schéma dans lequel une force qui représente un tiers de l'électorat continue à gouverner sans être obligé de faire des compromis. Et là, j'entends par cette force la force de droite, disons, le bloc de droite, distinct du bloc de l'extrême droite, à savoir la Macronie et le Rassemblement National.
Le compromis, la coalition dont vous parlez, ce sont des mécanismes, vous le disiez, politiques très courants dans la plupart des pays européens. Pourquoi cette idée apparaît-elle aussi étrangère au débat politique français ? On a commencé à esquisser des explications tout à l'heure, avec Blondiot, mais si on devait prendre un peu de recul, qu'est-ce qui fait que ça ne marche pas en France ?
Alors, il y a pas mal de facteurs qui expliquent ça. Il y a des facteurs institutionnels, très clairement, le scrutin majoritaire, unilominal à deux tours produisait des formes de majorité artificielle qui n'obligeaient pas les gouvernants à faire des compromis. Donc, on a perdu cette habitude, on a perdu ce réflexe. Mais il y a aussi, me semble-t-il, dans la culture politique française, une sorte de fascination pour des majorités claires et une sorte de culture de l'affrontement qui n'est pas du tout compatible avec celle qui devrait prévaloir dans un régime démocratique. Dans un régime démocratique, on est obligé de discuter.
La délibération est un principe essentiel parce que c'est ce qui conditionne la légitimité de la décision à la fin, le fait que celui qui ne l'a pas emporté dans la discussion puisse se reconnaître dans le résultat de la délibération. Ça, c'est un point capital. C'est un système qui, jusqu'à présent, a produit beaucoup de frustration dans lequel les minorités se sont senties ignorées, méprisées. Et ça a été un peu la pratique de la présidence Macron qui est passé en force et notamment depuis 2017 sur beaucoup de sujets, à l'exemple de la réforme des retraites. Donc, culturellement, nous ne sommes pas attachés aux compromis.
Et puis, il y a un culte de l'exécutif, un culte de la centralisation du pouvoir que l'on retrouve non seulement à l'échelle nationale avec le président de la République, mais aussi à l'échelle locale si on regarde en dehors des intercommunalités où là, on discute, mais on discute, vous savez, elles ont beaucoup de pouvoir, mais on discute à l'abri de tout regard. Mais dans les municipalités ou dans les assemblées départementales ou régionales, c'est le président de l'exécutif qui gouverne sans véritablement avoir besoin de passer des compromis dans la plupart des cas. Et cette centralisation du pouvoir, elle est typique de la culture politique française.
Merci beaucoup Loïc Blondio d'avoir été l'invité de la matinale de RCS ce matin. Je rappelle que vous êtes professeur à l'université Paris 1-Panthéon-Sorbonne et vous avez notamment coordonné l'ouvrage tournant délibératif de la démocratie. C'est publié au presse de Sciences Po. Merci.