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interviewINA Politique· 6 août 2012 8 min

Entretien avec Philippe Douste Blazy

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

— Bonsoir, Philippe Juste-Blasie. Quel est votre qualificatif pour l'action de Jean-Élysée Jospin ?

0:05
Philippe J.G. Douste-Blazy

— Pour l'instant, malheureusement, immobilisme. Malgré la croissance que l'on n'a pas vue comme celle-là, aussi importante que celle-là depuis 30 ans, j'aurais aimé qu'il soit un peu plus réformateur. Puisqu'il parle de ses prédécesseurs, il aurait pu peut-être en prendre graines.

0:21
Présentateur

— Alors, malgré cette croissance, malgré une baisse importante du chômage, une série de plans sociaux ont sérieusement aggravé le climat général sur le plan économique et social. Quelle est votre réflexion là-dessus ? Il faudrait encadrer un peu plus... Vous allez voter le texte, par exemple, du gouvernement, encadrer un peu plus que les entreprises remboursent les aides lorsqu'elles licencient.

0:41
Philippe J.G. Douste-Blazy

— D'abord, si vous me le permettez, un mot sur les licenciés. Parce qu'un mot de solidarité et de compassion aussi pour eux et leur famille. On n'en a pas suffisamment parlé. C'est toujours un drame et une souffrance, un licenciement pour soi et pour sa famille. Mais il faut aussi dire la vérité, ceci étant dit. Qu'est-ce qui est le principe fondamental de l'économie aujourd'hui, de l'économie de marché dans laquelle nous vivons ? C'est de répondre aux besoins des consommateurs et mieux d'anticiper leurs besoins futurs. Téléphone portable. Bon. Il y a 6 ans, personne ou presque personne n'avait de téléphone portable. Aujourd'hui, tout français, pratiquement, en a un.

Il a fallu des dizaines de milliers d'emplois créés pour cela. Maintenant, ils sont faits. Il suffit d'entretenir le parc. — Oui, sauf qu'à Laval, par exemple, sur le travail de François d'Aubert, au moment, il y a une grosse crise aussi. — Voilà. Pourquoi ? Parce qu'il ne faut plus les créer. Ils sont faits. Donc Ericsson, Philips annoncent des plans de licenciement. En même temps, l'agenda électronique, il y a très peu qui annonnent aujourd'hui. Dans 5 ans, peut-être que tout le monde en aura. Il faudra donc créer des emplois. Qu'est-ce que je veux dire ?

Je veux dire que le capitalisme aujourd'hui, l'économie de marché aujourd'hui, à la fois, elle voit des emplois disparaître et en même temps, des emplois se créer.

1:56
Présentateur

Alors, surtout... — Oui, il y a un côté pas humaine que l'on balase d'un côté à un autre. Puis franchement, si vous, vous êtes employé chez Danone, et vous voyez les résultats formidables de Danone, vous avez du mal à comprendre comment vous dire, quand même, non ?

2:07
Philippe J.G. Douste-Blazy

— Attendez, je termine quand même sur ce que je voulais dire. Ça veut dire qu'il ne faut pas faire croire aux Français quelque chose qui est faux. Leur dire qu'une petite loi française va empêcher les licenciements, c'est malhonnête et c'est faux. Parce que le capitalisme, il se gère au niveau mondial et pas uniquement dans un seul pays. Ceci étant dit, je voudrais qu'on humanise, moi aussi, le capitalisme. — Alors en faisant quoi, par exemple, concrètement ? — Aujourd'hui, il y a...

2:31
Présentateur

— Tony Blair, prenons l'exemple. Sur Motorola, Tony Blair dit qu'il faut que Motorola rembourse les aides qu'on lui a données. Est-ce que vous, ça serait votre choix ?

2:37
Philippe J.G. Douste-Blazy

— Non. Moi, je vais vous dire ce que je propose, ce que nous proposons à l'opposition. Il y a d'un côté des actionnaires, d'un autre côté des salariés. Le malaise, il vient de quoi ? C'est que les salariés voient que les bénéfices n'ont jamais été aussi importants, que les profits explosent. Pour qui ? Pour les actionnaires. Et pendant ce temps, eux, les salariés, ils ont leur salaire qui stagne. Le pouvoir d'achat a augmenté de 0,2% en France. Depuis un an, nous sommes la lanterne rouge. Les salaires, plus 1,6. En Allemagne, plus de 6. En Grèce, plus 4. — Donc il faut faire quoi ? — Donc il faut augmenter les rémunérations qui ne sont pas les salaires. Soit vous travaillez... — Oui.

— Et alors c'est le grand projet de l'épargne salariale. Pourquoi ne voulez-vous pas que les salariés français puissent avoir des parts et des actions de leur entreprise ? C'est le grand projet de la participation.

3:20
Présentateur

— Mais vous avez le sentiment que les salaires sont en retard, par exemple, qu'il faudrait qu'ils soient augmentés ? C'est important.

3:25
Philippe J.G. Douste-Blazy

— C'est le problème aujourd'hui de ce pouvoir d'achat dont je vous parle. Et on voit bien que les 35 heures, à la fois à amener un acquis social sur la diminution du temps de travail et à diminuer un acquis social sur l'augmentation des salaires. — Deuxièmement, si vous ne travaillez pas, si vous êtes retraité, alors là, nous nous disons qu'il faut associer à la retraite par répartition, que l'on ne remet pas en cause, la retraite par capitalisation, ce sont les fameux fonds de pension. Mais qui a ces fonds de pension ? Ce ne sont pas des grands milliardaires américains qui se promènent en Mercedes ou en Rolls.

Ce sont des petits salariés américains, anglais, allemands, espagnols, qui, eux, ont des actions. Et aujourd'hui, vous savez, les syndicats américains, anglais, suédois ont compris. C'est eux qui demandent une meilleure rentabilité. Donc je ne vois pas pourquoi ce pays, le nôtre, est le seul pays aujourd'hui industrialisé à refuser à la fois l'épargne salariale et aussi surtout l'épargne retraite.

4:18
Présentateur

— Mais je vous répète ça. Est-ce qu'il n'y a pas une forme de cruauté, quand même, dans ce système qui fait que les gens travaillent beaucoup, travaillent 40 ans dans une entreprise, puis après on leur dit « ben, il faut partir, il faut aller faire autre chose ailleurs ».

4:28
Philippe J.G. Douste-Blazy

— Je suis complètement d'accord avec vous. Je pense qu'il faut humaniser ce capitalisme. Moi, je propose deux choses. Vous savez, si un chef d'entreprise voit un marché qui émerge... On dit aujourd'hui, par exemple, que les téléphones vont être à la fois ordinateurs et on va pouvoir voir son interlocuteur. Si on sait qu'on veut faire des nouveaux téléphones, la première question que va se poser le chef d'entreprise, c'est « où je vais mettre mon usine ? ». Eh bien, s'il veut la mettre en France, il faut faire deux choses. Diminuer les charges sur les bas salaires. Et deuxièmement, qu'il y ait une formation, un droit à la formation personnalisé pour tous les salariés de ce pays.

Ça s'appelle l'employabilité. Vous savez, Claude Thirion, que vous, moi, tous ceux qui nous écoutent, ne pourront plus rester au même poste, dans la même usine, dans le même emploi, oui, moi aussi, toute sa vie. Eh bien, ça s'appelle l'employabilité. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il faut se former. On peut se former tout au long de sa vie. Et on peut avoir aussi une validation par diplôme tout au long de sa vie, même lorsqu'on travaille.

5:27
Présentateur

J'ai bien retenu votre idée d'humaniser. Votre idée d'humaniser. C'est la France humaine de François Bayrou que vous reprenez, là ? Mais ça, évidemment, c'est un grand sujet.

5:36
Philippe J.G. Douste-Blazy

Lorsque vous êtes licencié, il ne faut pas que ce soit considéré toujours comme un échec si, quelques semaines après, vous avez le droit de repartir. C'est ça, le grand sujet, aujourd'hui, du capitalisme moderne. Si on veut l'humaniser, il faut donner la chance à chacun, y compris celui qui a un emploi qui s'arrête.

5:52
Présentateur

La France humaine de François Bayrou, c'est un slogan que vous allez rallier, vous allez soutenir François Bayrou dans sa campagne présidentielle ?

5:57
Philippe J.G. Douste-Blazy

Vous savez, ça ne vous a pas échappé. Il y a, l'année prochaine, deux grands rendez-vous en 2002. L'élection présidentielle, les élections législatives. Et quel que soit le président de la République qui sera élu en mai 2002, il lui faudra une majorité pour gouverner. Alors, dans cette affaire, chacun son rôle. François Bayrou entend, laisse entendre qu'il va se présenter à l'élection... C'est votre avis. Oui, nous pensons ça. Il laisse entendre qu'il va se présenter à l'élection présidentielle. Et d'ailleurs, personne ne peut... Tout le monde peut comprendre que cette famille politique soit présente à l'élection présidentielle.

Quant à moi, mon rôle, c'est d'être le garant de la cohésion et du rassemblement des forces de l'opposition pour le deuxième tour de l'élection présidentielle.

6:39
Présentateur

Ça veut dire quoi ? Avant le premier tour, vous faites campagne avec François Bayrou, puis après, vous dites, allez en avant pour Chirac.

6:44
Philippe J.G. Douste-Blazy

Non, ça veut dire simplement que personne ne pourra improviser l'élection législative. Si moi, je dis qu'aujourd'hui, les grandes réformes ne se font pas, ce que je vous ai dit, ça veut dire que je voudrais qu'on les fasse. Ça, ça ne peut être qu'une majorité qui le dise.

6:57
Présentateur

On va être très franc. Vous êtes toujours gêné, les compagnons de François Bayrou. Au fond, vous auriez préféré être tout de suite derrière Jacques Chirac ?

7:03
Philippe J.G. Douste-Blazy

D'un côté, François Bayrou nous a dit au Conseil national de l'UDF, je suis pas tout gêné pour vous le dire, que c'était le moment du projet. Donc moi, je suis tout à fait d'accord pour le projet. Ensuite, il y aura le moment de la candidature. Si lui-même n'a pas annoncé, Claude Sirillon, qu'il était candidat lui-même, c'est à lui à dire la date, l'heure et le lieu.

7:22
Présentateur

Mais pour vous, dans l'opposition, le meilleur, c'est Jacques Chirac ?

7:25
Philippe J.G. Douste-Blazy

Ah non, je pense qu'aujourd'hui, il est très important que chaque famille politique puisse tenter sa chance, la vision de la France. Mais on ne peut pas faire un tour comme ça. Il faut un projet qui puisse être projet contre projet avec les socialistes. Moi, j'ai envie. Je suis aujourd'hui maire de Toulouse. Je vis les problèmes de sécurité de proximité, les problèmes de justice de proximité. Je vois aujourd'hui des délinquants mineurs qui sont arrêtés par les policiers et qui ensuite sont relâchés par la justice. Je demande à ce qu'à chaque délit, il y ait une sanction. Ça, c'est un projet. Je verrai qui le propose. C'est ça aussi, l'élection présidentielle.

C'est pouvoir avoir un projet proche des gens. J'appelle la France humaine. Merci beaucoup, Philippe Douce-Blasi.