Xavier Bertrand : "Je combats l'immobilisme"
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Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien le président de la région Hauts-de-France, vos questions, vos réactions au 01 45 24 7000 et sur l'application Radio France. Xavier Bertrand, bonjour. Bonjour. Bonjour. Et bienvenue sur Inter. Beaucoup de questions à vous poser ce matin sur les violences de ce week-end, les finances publiques, la proportionnelle, sur votre parti LR et son nouveau chef Bruno Retailleau. Mais d'abord un mot d'Edouard Philippe qui était à ce micro hier pour parler de son nouveau livre, Le prix de nos mensonges, où il dit sa colère. Colère face à l'impuissance publique, face au renoncement politique, face au désenchantement démocratique.
La première phrase du livre est « Je suis en colère ». Est-ce que vous aussi, vous êtes en colère, Xavier Bertrand ?
Oui, je suis surtout en colère par rapport à toutes celles et ceux qui aujourd'hui ont des responsabilités et se contentent de dire « ça ira mieux en 2027 ». Les français aujourd'hui sont inquiets et il y a beaucoup de français qui souffrent. Et les responsables politiques sont en train de leur dire « non mais vous souffrez, ça ira mieux en 2027 ». Quand j'ai des idées, je les sortirai en 2027. Je combats cet immobilisme. Mais c'est pas une erreur, c'est une faute.
C'est pas le cas d'Edouard Philippe.
C'est une faute. Bien sûr que si. Bien sûr que si. D'ailleurs, vous voyez, ces propositions, ça sera pour plus tard. Et en plus, la situation d'aujourd'hui, il en est aussi responsable. Aujourd'hui, il est en train de nous dire qu'il ne connaissait pas Emmanuel Macron, qu'il n'a jamais été son premier ministre. Moi, vous savez, aujourd'hui, je combats les deux extrêmes. LFI et le Rassemblement national. Mais en attendant, je dis à toutes celles et ceux qui se considèrent comme en capacité de gouverner, qui veulent gouverner, qui veulent améliorer la vie des français, de se serrer les coudes et de se retrousser les manches.
Je sais aujourd'hui qu'il n'y a pas de majorité stable à l'Assemblée nationale. C'est ce qu'on allait vous dire. Il n'empêche, il n'empêche que depuis maintenant un an, depuis cette dissolution, et dans les deux ans qui viennent, on ne peut pas se contenter de dire aux français, on fait de notre mieux, mais ça ira mieux plus tard. C'est maintenant qu'il faut agir.
Mais comment, pardon de vous dire, comment, qu'est-ce que vous feriez là si vous étiez à la place de François Bayrou, par exemple, puisque votre nom avait été cité il y a quelques mois après la dissolution, si vous étiez à la place de François Bayrou. Vous n'avez pas de majorité. Vous faites quoi ?
Je me bats pour l'industrie, et pas seulement pour le dossier Arcelor que j'ai dans ma région, qui concerne également la région Grand Est et la région Sud. Mais vous faites quoi ? Ça veut dire quoi, je me bats pour l'industrie ? Par exemple, j'obtiens de la Commission européenne que l'on limite tout de suite les importations d'acier en Europe pour sauver notre acier et pour sauver 15 000 emplois. Ce n'est pas une question de loi à l'Assemblée. En revanche, on peut investir notamment dans la baisse des impôts de production, qui aujourd'hui ne coûtera pas à l'État, rapportera parce qu'il y aura des implantations. Il y a une majorité à l'Assemblée nationale pour ça.
Vous avez Choose France, dont on a parlé, qui est un succès. Mais pourquoi le tapis rouge est réservé aux investisseurs internationaux ? Pourquoi on ne fait pas la même chose pour les entreprises installées aujourd'hui qui veulent tout simplement s'étendre ? Pour les uns, c'est tapis rouge, et pour les autres, c'est parcours du combattant. Ça, ça se change, Léa Salamé, avec des décrets, des circulaires, des arrêtés. Il n'y a pas besoin d'attendre.
Donc vous avez l'impression que François Bayrou préfère ne rien faire, ou alors une chose ?
Ça se voit quand même. Il cherche à rien faire et qu'il ne cherche qu'à rester. Je ne sais pas, ça saute aux yeux quand même.
S'il cherche à faire une chose, la proportionnelle.
Voilà, ça intéresse les Français. Vous savez, encore hier, j'ai été arrêté par 30 personnes qui m'ont dit « C'est génial, on va faire la proportionnelle, ça va régler mes problèmes de fin de mois, ça va remplir mon frigo. » Non mais on se moque de qui ? On se moque de qui ? C'est pour une meilleure représentation à l'Assemblée Nationale. Mais toutes les projections montrent que ça serait grosso modo la même représentation qu'aujourd'hui. Donc ça ne sert à rien pour vous ? Mais si, pour lui, ça cherche à acheter le Rassemblement National et à amadouer le Parti Socialiste. Voilà à quoi ça sert. C'est de l'intérêt général, ça ? Non.
C'est de l'intérêt particulier pour qu'il espère pouvoir rester le plus longtemps possible. Les Français s'en moquent de ça.
Vous pensez vraiment que François Bayrou ne joue que sa stabilité à Matisse ?
Ben écoutez, ne faites pas comme si vous n'étiez pas des observateurs avisés de ce qui se passe. D'ailleurs, pardonnez-moi, on est à la radio, mais vous avez un sourire qui montre bien justement ce que vous pensez. Vous êtes comme tout le monde. C'est que tout le monde a compris que son objectif, c'est de durer. L'objectif, c'est de servir les Français. C'est de servir l'intérêt général. C'est de faire en sorte que notre pays, aujourd'hui, aille mieux et que les Français vivent mieux sans attendre 2027. Je vous ai donné l'exemple.
Il a un autre objectif, c'est de faire le budget 2026. Pardonnez-moi de vous dire, il y a quand même un gros truc qu'il doit faire passer. Et là, on ne sourit plus parce que les finances publiques ne sont pas bonnes. François Bayrou veut 40 milliards d'économies, c'est aussi son travail, c'est de les trouver. Il doit présenter ses propositions le 14 juillet. Où fait-on des économies ? Comment faire sans augmenter les impôts, objectivement et sans démagogie ?
En baissant les dépenses, ce que j'ai fait dans ma région des Hauts-de-France. Vous savez, je ne suis pas un magicien, mais je fais comme le fait un chef d'entreprise, comme on le fait dans une famille. Quand vous avez plus de dépenses que vous n'avez de recettes, quand il y a plus de ce qui sort que ce qui rentre, eh bien, vous diminuez ce qui sort. J'ai baissé les dépenses de 127 millions d'euros l'an dernier. Et j'ai même décidé de ne pas appliquer le nouvel impôt qui était rendu possible pour les régions. Inversement mobilité, une nouvelle taxe de 0,15% sur les entreprises. Je ne l'ai pas appliqué. On les baisse où les dépenses de l'État ? Je vous donne un exemple.
Tiens, les collectivités locales. Vous n'aurez pas face à vous un président de région qui vient pleurer. Je le dis très clairement. L'an dernier, l'État m'a ponctionné plus de 110 millions d'euros. Si cette année, les dotations qui sont faites à la région n'augmentent pas, et si je dois encore trouver jusqu'à 100 millions d'euros, je le ferai. Donc, je ne suis pas ceux qui disent, c'est bon pour les autres, les économies, ce n'est pas bon pour moi. Je l'assume. J'ai préféré baisser les dépenses.
Donc, vous dites à vos amis des collectivités locales, il va falloir vous aussi que vous baissiez les...
Tout le monde le sait. On ne peut pas dire aux Français que la situation est difficile, mais nous, touchez pas à nous. Je l'ai fait l'an dernier. Je suis prêt à le refaire cette année parce que je préfère que l'on baisse les dépenses plutôt que l'on augmente les impôts. Les impôts, il y a une overdose. Faisons très attention. Aujourd'hui, vous le savez, l'attachement à la démocratie, l'attachement à la République, c'est aussi le consentement à l'impôt, c'est le respect de la loi. Quand les Français ont le sentiment qu'à chaque fois qu'il y a un problème, c'est des impôts en plus, on n'est pas loin du refaire.
Ça fait des années qu'il n'y a pas eu d'augmentation d'impôts.
Vous plaisantez. Et l'an dernier, on a eu quoi ?
C'est la seule année où on a demandé aux plus riches de faire un effort. Mais pas seulement.
Les entreprises ont aussi été ponctionnées.
Oui, mais après avoir eu les impôts sur les sociétés qui ont baissé pendant 7 ans.
Attendez, si vous voulez...
C'est vrai, vous avez raison. L'année dernière, il y a eu un effort des entreprises et des plus riches. Mais pendant 7 ans auparavant, il y a eu des... Je ne sais pas si le mot c'est cadeau. La gauche dirait cadeau. Moi, je dirais des baisses d'impôts.
Des augmentations de taxes. Le vrai problème, c'est qu'aujourd'hui, la logique politique, c'est qu'on a un problème, on lève un impôt. Tiens, la dernière, j'ai entendu que les usagers du train, on pouvait leur proposer... Enfin, on leur a imposé, excusez-moi. Nouvelle taxe. Non, mais ça va, quoi. Sur les billets de train qui rapporteraient
près de 800 millions d'euros par an et permettraient de... C'est ça le but, elle est fléchée, de rénover le réseau ferroviaire. Ça, pour vous, c'est pas possible ?
Attendez, la cohérence, c'est pas de dire qu'il vaut mieux prendre le train que la route quand c'est possible. C'est ce qu'on dit. Mais si vous prenez le train, maintenant, vous allez être taxé. Non, mais on marche sur la tête, quand même. C'est toujours le même problème. On a une difficulté, c'est un impôt. On a un problème, c'est une taxe. Donc, vous feriez où ? Soyons concrets, parce que j'entends
que vous n'êtes pas contents, vous faites à la région de France. Vous seriez aujourd'hui à Matignon, vous allez chercher où les 40 milliards ? Dans quel... Où est-ce qu'il y a des privilégiés pour faire baisser la dépense publique ? On entend un peu les collectivités locales ou ailleurs ?
Non, mais un peu les collectivités locales, on parle en milliards d'euros. Oui, mais où on va ?
À l'éducation, à la santé ?
On parle en milliards d'euros. Oui, j'entends. Ben, c'est pas rien, quand même.
Oui, en milliards d'euros, d'accord, mais les collectivités locales, vous allez leur demander combien ? 3, 4 milliards ? 5 milliards, peut-être ? Très bien. Il y en a 40 à trouver en tout. Où est-ce qu'on les trouve ?
Vous m'expliquez pourquoi nous, on s'est trouvés et que quand on arrive au pouvoir, au niveau national, on ne s'est plus trouvés ? Je vais vous dire pourquoi. C'est parce que personne ne se remet en cause. Personne ne remet en cause des politiques. Vous savez ce qui s'était passé au Québec ? Le Premier ministre québécois a dit on va baisser les dépenses. Certains ministres l'ont fait, d'autres ne l'ont pas fait. Ils se sont fait convoquer par le Premier ministre qui leur a donné une dernière chance. Certains n'ont toujours pas voulu trouver les économies. Ils ont été virés. Voilà.
Quand on exerce aujourd'hui une responsabilité ministérielle et qu'on ne sait pas trouver les économies, dans ces cas-là, on laisse ça. Mais vous les trouvez où ? Cette culture du résultat, comme je l'ai fait chez moi, justice, police, éducation, santé, où ? Comme je l'ai fait chez moi, vous supprimez notamment tous les doublons. Je fais une proposition très concrète. Je pense que notre pays, tournera beaucoup mieux, créera beaucoup plus d'emplois si notamment il y a davantage de pouvoir, de responsabilité, de liberté dans les territoires. Pas seulement des régions, dans les territoires.
Je propose notamment que l'on en finisse avec ce mille feuilles politico-administratif auquel plus personne ne comprend rien.
Donc on supprime quoi les départements ?
J'y viens. Je propose de créer un conseiller territorial qui fusionnera les conseillers régionaux et les conseillers départementaux. Ça veut dire quoi ? Si vous voulez ramener des gens à l'emploi qui sont au RSA, vous aurez le même élu qui s'occupera pas seulement du RSA, mais aussi de la formation pour le ramener vers l'emploi. Vous avez une cité scolaire, un collège et un lycée. Vous aurez la possibilité d'avoir la même chaîne d'approvisionnement pour les cantines des économies à la clé. Et derrière ça, vous avez la possibilité de faire des économies. Pas 100 milliards d'euros, bien évidemment.
Et ça, si la classe politique n'en veut pas, je pense que c'est un sujet sur lequel les Français sont moins conservateurs que la classe politique et qui pourraient être soumis à un référendum. Le président de la République pense à des référendums. Voilà un exemple très concret. Les Français ne sont pas conservateurs. Les Français veulent juste qu'il y ait de la justice dans les choix. C'est ça la différence.
Autre sujet, Xavier Bertrand, les violences du week-end dernier après la victoire du PSG en Ligue des Champions. Deux morts, un mort à Dax, un mort à Paris et de nombreuses scènes de pillages, de violences qui ont conduit à plus de 600 interpellations. Comment expliquez-vous ce déchaînement de violences et estimez-vous surtout que le gouvernement, que Bruno Retailleau, ont failli dans la gestion du maintien de l'ordre ?
Que c'est un raté ? Ce qui est déjà terrible, c'est que moment de fête, de liesse comme ceux-là, comme ceux qu'on a pu connaître en 93, en 98, en 2018 aussi, ce soit aussitôt ces déchaînements, ces déchaînements de violences. Le gouvernement a fait très clairement le maximum mais je pense qu'il y a une raison à tout cela, c'est que ceux qui décident de piller, de casser, ils ont quel sentiment ? Qu'il ne leur arrivera rien. C'est la question du sentiment d'impunité.
Il y a aussi une question de respect, de respect des règles, des valeurs, de la vie en société et là je pense qu'il y a la responsabilité de chacun, des familles mais il y a clairement aujourd'hui cette impunité qui se développe et qui gangrène la société française. Donc vous êtes favorable à Rémi Hetz
qui répondait à Gérald Darmanin qui veut rétablir les peines minimales.
Qu'il le fasse. Alors qu'il le fasse Gérald Darmanin ?
Rémi Hetz n'est pas d'accord avec ça.
Moi c'est une idée que je pousse depuis des années dans le débat public, dans le débat politique. Il y a des peines maximums, il faut qu'il y ait des peines minimums et qui permettront d'ailleurs aux juges de conserver ce qui est un droit constitutionnel, un pouvoir constitutionnel pardon, qui est l'individualisation des peines. Et vous savez aujourd'hui...
Donc vous êtes pour les peines minimales quitte à encore plus recharger les prisons. Je rappelle juste ce chiffre qui est quand même... On a battu un record cette année. Il y a 83 000 détenus aujourd'hui en France. Il n'y a que 62 000 places de prison. Si on met des peines minimales, ce 83 000 va monter à 90 000, à 95 000. On les met où ?
La prison n'est pas la seule solution. La prison n'est pas la seule solution, mais une chose est certaine, c'est qu'il nous faut rétablir également, je le crois, des peines de prison de courte durée et de très courte durée. Tiens, ça a été supprimé quand ça ? C'était supprimé par Nicole Belloubet quand Édouard Philippe était Premier ministre. C'est-à-dire qu'il n'y a plus de peines de prison de moins d'un mois. Et pour les peines de prison de moins d'un an, il y a forcément un aménagement. Vous ne croyez pas qu'il faut changer ça ?
De la surpopulation ?
Non, non, non. Oui, d'accord, mais on est en train de faire une sorte de numerus clausus. C'est-à-dire que vous commettez les actes graves, mais dans ces cas-là, on ne peut pas vous envoyer en prison parce qu'on n'a pas de place. Non seulement nous savons bien qu'il faut qu'il y ait davantage de places, pas les mêmes places, pas les mêmes prisons pour tout le monde. Ça, il va le faire votre ami Gérald Darmanin avec les prisons d'haute sécurité. Je crois également... Non, je ne vous parle pas de ça. Je ne vous parle pas seulement des quartiers de haute sécurité. Je vous parle également de places qui ne sont pas les mêmes, dans lesquelles vous n'envoyez pas les mineurs de la même façon.
Et puis ensuite, vous avez un autre sujet, c'est que tout ce qui est travail d'intérêt général, j'y crois, ça ne marche pas. Rémi Nets le disait ce matin. Je suis moi dans ma région, je suis très attaché à ces questions de prévention de la récidive et donc de donner justement la possibilité qu'il n'y ait pas cette récidive. J'ai fait des propositions au ministère de la Justice depuis des années pour prendre un maximum de places de travail d'intérêt général. Je n'ai pas été encombré par les propositions qui m'ont été faites.
Ce que j'ai proposé notamment dans mes lycées, dans mes services, de pouvoir accueillir des personnes de façon à ce qu'elles aient une activité dans mes services, de façon à éviter qu'il y ait récidive. Je n'ai pas de propositions qui me sont faites. Vous trouvez ça normal ? Ce n'est pas une question de budget, ça. C'est une question de volonté et la façon aussi dont le ministère de la Justice considère qu'il y a aussi des alternatives à la prison. Mais ce qu'il faut casser, c'est ce côté « moi je peux casser, je peux aller piller, je peux m'en prendre à des policiers et il ne m'arrivera rien ». Tant qu'on sera comme ça, ça ne peut pas marcher.
Sur le sursis, autre proposition de Gérald Darmanin. Il le propose dans certains cas seulement. C'est bien ça ? Si j'ai compris ? Une vraie peine, disait Rémiès, tout à l'heure, et pas une fausse ? J'ai entendu. Ça ne remplace pas la question des peines minimums. Et je crois aux peines minimums. Il y a des peines maximums, il faut des peines minimums. C'est ça ? Pardon ?
Vous dites à Gérald Darmanin
ne tombe pas de le dire. Faites-le. Faites-le. Parce que ce que l'on entend aujourd'hui, je veux vous dire, on a l'impression que le Premier ministre, le Premier et les autres, on a l'impression qu'ils ont lâché prise, qu'ils attendent 2027 ou qu'ils attendent la menace d'une censure. Les Français l'ont dit « Vous êtes au gouvernement, vous ne parlez pas, vous agissez. » Voilà ce que l'on attend. Moi, dans ma région, les gens n'attendent qu'une chose, ce n'est pas que je cause, ce n'est pas que je parle, c'est que j'agisse. Et c'est ce que j'essaye de faire au quotidien.
On voulait vous entendre aussi sur le meurtre samedi d'un Tunisien dans le Var. Bruno Retailleau a dénoncé un crime clairement raciste, sans doute aussi anti-musulman. Le Parquet national antiterroriste s'est saisi de l'enquête. C'est la première fois qu'il y a des investigations sur un homicide lié potentiellement à l'ultra-droite. Plusieurs voix se font entendre en disant et en accusant Bruno Retailleau et d'autres d'entretenir un racisme d'atmosphère. Le recteur de la Grande Mosquée de Paris disait, s'interrogeait sur les promoteurs de cette haine qui dans les sphères politiques et médiatiques sévissent en toute impunité et conduisent à ces faits d'une extrême gravité.
Je vais dénoncer ce crime odieux. Parce que le racisme ce n'est pas la France. La France ce n'est pas une ethnie, ce n'est pas une race. La France c'est une universalité, c'est une langue. Ce sont des valeurs qui font la différence avec beaucoup d'autres pays, beaucoup d'autres nations. Et par contre, ceux qu'il faut combattre ce sont ceux qui justement font rentrer ce poison du racisme dans les têtes et notamment dans les têtes des plus jeunes. Qui fait ça ? Vous en avez qui sont à l'oeuvre. Et d'ailleurs, il faut aussi le dire, je pense que sur le débat public, le débat politique, il faut arrêter qu'il soit hystérisé en permanence.
Il y a des spécialistes de l'hystérie politique les extrêmes, bien évidemment. Mais pour le reste, je pense que les uns et les autres doivent garder leur sang-froid et combattre ce poison qu'est le racisme comme combattre ce poison qu'est l'antisémitisme.
Après le rapport sur les frères musulmans, plusieurs voix ont fait aussi des propositions régaliennes, fermes, voire très fermes. Gabriel Attal a fait réagir en proposant l'interdiction du voile aux mineurs de moins de 15 ans. Et il l'applique comment ? C'est la question que j'allais vous poser. Est-ce que vous seriez favorable à une telle interdiction ou elle vous semble inapplicable ?
Moi, ce que je crois, c'est qu'il faut bien montrer la différence qu'il y a entre les islamistes et les musulmans. Et j'en ai marre de ces amalgames. De ces amalgames qui sont souvent le fait des dirigeants d'ailleurs du Rassemblement National. Il y a aujourd'hui une priorité absolue, c'est de combattre l'antrisme, de combattre justement les islamistes. C'est un combat. C'est pour préserver notre idée que nous faisons de la République et de ce qui, à mon avis, a autant d'importance que liberté, égalité, fraternité, la laïcité. C'est ça le sujet. Et d'ailleurs, je vous le dis, nous sommes à quelques mois des élections municipales.
L'État doit se donner les moyens de combattre l'antrisme dans les listes municipales, le communautarisme. Nous étions, voilà quelques années avec Bruno Retailleau dans le bureau de Christophe Castaner. Il y avait Nicole Belloubet également. Nous avions dit faisons très attention à ce que vous n'ayez pas dans les élections municipales de l'antrisme et le développement du communautarisme. Dans quelques mois, il y aura des élections municipales. C'est pour moi une priorité absolue de combattre cet antrisme.
Oui, comment vous faites ?
Nous avions demandé une évolution de la loi en la matière. Vous savez, il y a eu dans ma région, à Maubeuge, l'UDMF qui s'était présenté et qui avait mis en avant des repas différenciés dans les cantines, des horaires différenciés dans les piscines. Il faut combattre ça.
Edouard Philippe se positionnait hier clairement en faveur d'une immigration de travail. Il dit, les démagogues qui disent qu'on n'aura pas besoin d'immigration, où il visait aussi Bruno Retailleau qui avait expliqué que l'immigration n'était pas une chance pour la France, il se trompe. Vu la démographie, vu le vieillissement de la population, on aura besoin de médecins étrangers, on aura besoin de patrons étrangers, on aura besoin de boulangers étrangers, c'est comme ça et ce n'est pas autrement. Qu'est-ce que...
Moi, ce que je propose depuis des années, c'est ce que je propose avec mon mouvement Nous France, c'est qu'il y ait des quotas. C'est-à-dire que chaque année, nous décidions très clairement de combien de personnes rentreront sur notre territoire pour exercer quelles activités, quels métiers et des pays, notamment des pays qui ne sont pas des pays extrémistes, qui ne sont pas des pays laxistes, l'Australie, le Canada, pratiquent ça depuis des années et des années. Ça nous permettra d'avoir, comment dirais-je, un débat enfin serein sur cette question en refusant parce que je vais vous dire une chose. J'en ai marre à chaque fois de ce que l'on entend sur les boucs émissaires faciles.
La vocation d'un responsable politique, c'est de chercher à rassembler. Aujourd'hui, la politique, c'est devenu une chose. Chacun espère avoir un socle électoral qui sera un socle légèrement plus important que les autres qui lui permettrait de gagner. Si vous oubliez de rassembler, vous ne pouvez pas gagner une élection. C'est surtout d'ailleurs transformer la société française et redonner de l'espoir aux uns et aux autres.
Xavier Bertrand, Edouard Philippe, n'est-il pas cette personne qui rassemble le centre et la droite aujourd'hui en tête dans les sondages de popularité et d'intention de vote ?
Oui, parce que c'est bien ce que je disais. C'est une question de niche électorale, de niche politique. C'est les Français qu'il faut rassembler.
Pourquoi de niche ?
Mais c'est les Français qu'il faut chercher à rassembler. Les Français qui vont bien, les Français qui ne vont pas bien. Ceux qui habitent au cœur de Paris ou des grandes métropoles et ceux qui habitent dans la ruralité, ceux qui donnent du travail et ceux qui travaillent et qui n'y arrivent pas. Et encore une fois, il ne faut pas oublier les Français qui souffrent, les catégories populaires, les classes moyennes qui n'y arrivent pas. Le discours politique, ce n'est pas de chercher à savoir si je vais prendre un peu de tel ou tel parti, c'est de chercher à rassembler.
Parce que la France, j'entends aujourd'hui, tout le monde dit la France est à droite donc il faut aller de plus en plus à droite. Les Français veulent de l'ordre. Les Français croient au travail. Mais la France est ce pays dans lequel les services publics, ça compte. parce que les services publics, l'école, vous en parliez, la santé, c'est ce qui unit, ce qui rassemble. La culture, la place de la culture. Vous entendez parler dans les débats politiques comment on embrasse le défi de l'intelligence artificielle. Et ça, ce n'est pas dans deux ans qu'il va falloir s'y mettre. J'en ai fait une priorité dans ma région.
Vous savez, la culture notamment, elle est totalement absente des débats politiques. Dans ma région, malgré les arbitrages budgétaires difficiles, je n'ai pas fait de la culture une variable d'ajustement. Après avoir augmenté le budget de plus de deux tiers. rassemble. Les politiques aujourd'hui ont renoncé à rassembler les Français.
Mais avec quelle incarnation ? Vous nous dites Edouard Philippe, non, il n'est pas rassembleur. Alors, la retaillomania, c'est votre camp. Vous avez trouvé votre champion pour la droite, pour relever la droite ? Ou non ? Vous y croyez toujours, Xavier Bertrand ? Vous pensez que vous ferez mieux ?
Moi, je continue à me battre. Évidemment, vous l'avez compris ce matin.
On m'en a compris. Je ne suis pas fatigué
et je ne suis pas frappé par ce syndrome de l'impuissance.
Donc, vous êtes toujours candidat en 2027.
La plupart des politiques sont à vous dire aujourd'hui la politique ne peut rien faire. C'est la finance, c'est l'économie, c'est l'Europe, c'est le juridisme. Non, la politique peut changer la vie des gens. Je continue à le faire dans ma région et je continue à me préparer pour cette élection, vous le savez. Et comment vous allez tous être départagés ? Vous savez, dans un an, on verra exactement qui est capable de pouvoir être candidat à l'élection présidentielle, être au deuxième tour et gagner face au Rassemblement National. Et il y aura beaucoup moins de présents sur cette ligne de départ qu'il y en a aujourd'hui dans les intentions.
Donc, vous rassurez Edouard Philippe qui disait hier je suis le seul à avoir déclaré ma candidature pour 2027. Vous lui dites non, il y a moi aussi.
Non, moi je me prépare, je bosse, je ne ferai pas les erreurs de la fois dernière, je peux vous le garantir. Et je sais aussi une chose, c'est que si on ne croit pas cette démarche de rassemblement et si on ne donne pas de l'espoir aux Français, les Français ne peuvent pas vous faire confiance.
C'est quoi les erreurs de la fois dernière ? Qu'est-ce que vous avez fait comme erreur ?
On a une heure d'émission encore devant nous ? Non,
mais vous avez 30 secondes pour lister l'ensemble de vos erreurs.
Je reviendrai exprès pour ça, ne vous inquiétez pas. Merci. Merci beaucoup Xavier Bertrand d'avoir été au micro d'Inter ce matin. Il est 8h45.
Xavier Bertrand