RUFFIN - MEETING AVEC LES SALARIÉS DE WHIRLPOOL
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
(jingle) Ma candidature elle n’a de sens que si elle s’appuie sur vos luttes, que si elle vous aide à redonner envie, donc, c’est pourquoi on accueille les salariés de Whirlpool. vous pouvez les applaudir (applaudissements) - On a fait des sacrifices : on a donné du temps, on a donné nos bras, on a investi toute notre énergie pour soi-disant sauver l’usine, à un moment où ça n’allait pas trop. On a travaillé 4 samedi par an gratuitement pour le patron, on a laissé 14 jours de RTT, on a laissé nos salaires bloqués pendant plus de 5 ans, pas d’augmentation, pas de participation aux bénéfices, pas d’intéressement...si 20 euros brut! (réactions diverses d'indignation) Oui allez y riez ! (réactions bruyantes de l'assemblée) Et puis, on a perturbé nos vies de famille, parce que notre pouvoir d’achat baisse de plus en plus.
Et là, coup de massue : il y a un mois on nous a annoncé que l’usine allait être délocalisée en Pologne. Plus de profit pour les gros, nous on reste sur le carreau. Il y a beaucoup de familles monoparentales, il y a beaucoup de couples, il y a beaucoup de personnes qui ont de gros emprunts de maison, des gros soucis financiers, qui n’y arrivent déjà pas en travaillant, alors on se demande ce qu’on va devenir après. (applaudissements) - Quand on s’est vu mercredi sur le parking devant chez But, on a parlé du verbe "exprimer" et exprimer ça veut dire pousser dehors et toi, tu me disais : « p.....
J’en ai gros sur le bide. » - Je m’appelle Hervé, j’avais 37 ans de boite là-bas. J’ai été travailler, j’ai été malade, pendant les congés je suis revenu travailler.
Là j’ai du mal à accepter. Là je dis qu’il faut arrêter. C’est pas normal que les usines fassent du bénéfice et qu’elles délocalisent en Pologne.
Je ne suis pas d’accord du tout ! Donc, voilà: tous les produits qui sont fait en Pologne ne devraient jamais revenir en France, (applaudissements) - Je sais pas si ça vous plait comme baraque ? ça appartient à Jeff Fettig, cette baraque.
Ça vous dit quelque chose ou pas ? (l'assemblée répond "non") Vous voyez c'est tout le problème, c'est qu'on ne connait pas le nom de nos maîtres, aujourd'hui. Qui est Jeff Fettig ?
C’est le P.D.G de Whirlpool.
Et vous voyez, (huées) le fait qu’on ne connaisse pas son nom, qu’on ne sache pas où il habite, ça a des effets politiques. Parce que les salariés de chez Whirlpool, ne voient pas tous les matins où va la plus-value. La plus-value, le salaire de Jeff Fettig donc, (sur le ton de l'humour) vous voyez, on bosse un petit peu de temps en temps!
Il touche 1.5 millions grosso-modo de salaire annuel, 2 millions de bonus annuel, 10 millions de revenus sur stock-options. Soit un total de 13.5 millions, à peu près. 13.5 millions, si on divise par le salaire d'un ouvrier de Whirlpool, je leur ai demandé, ça fait 500 ans.
Il faut imaginer un salarié Whirlpool, travaillant depuis Marignan à peu près, la bataille de Marignan en 1515, travaillant depuis ce temps là, jusqu'à aujourd'hui, pour égaler 1 année de salaire de Jeff Fettig. (huées) ça veut dire autre chose, ça veut dire autre chose, parce qu'il faut donner des images, ça veut dire que c'est comme si tous les salariés de Whirlpool Amiens, mais aussi le sous-traitant Prima, mais aussi la centaine d’intérimaires qui interviennent régulièrement, comme si ces 500 personnes-là travaillaient pendant 1 an pour égaler le salaire, les revenus de monsieur Jeff Fettig. La totalité des salariés d'Amiens, c'est égal à ce bonhomme à lui tout seul.
Mais ce qui est encore plus indécent, évidemment, c'est que: "Qui coûte trop cher?" nous dit-on, c'est pas monsieur Jeff Fettig, ce sont les salariés d'Amiens qui coûteraient supposément trop cher ! Moi, ma question c'est: comment ça se fait, que ça peut durer comme ça depuis 30 ans et que depuis 30 ans on laisse faire ?
Qu'on laisse faire...
ça a débuté d'abord avec le textile, avec la famille Saint, avec Saint Frères; ça a été l'ameublement: Parisot ; ça a été la métallurgie, ça a été la chimie, je dis "même les chips" ont quitté la Picardie! Qu'est-ce qu'il nous reste, si il ne nous reste même plus les patates? Et ça fait 30 ans que ça dure... et comment ça se fait que pendant 30 ans on laisse faire ?
Je pense que la question centrale c'est: "parce que se sont des ouvriers". Imaginez qu'on dise: "bon ben finalement, le député roumain, il est beaucoup moins cher, le député polonais, il est à 2000€, le député français, c'est à 7100€ le député polonais est à 2100€, donc il y a des gains de compétitivité à faire là-dessus !" Vous voyez... on peut gagner, le coup du travail peut être diminué... et encore, je suis mesuré, parce que les députés Bangladais, on a regardé, il est à 164€ par mois, vous voyez.
Mais si jamais on disait: " allez hop, délocalisations, l'hémicycle à Varsovie" Mais le lendemain tous les députés feraient une loi, un projet de loi, "c'est pas possible, c'est interdit, ça peut pas marcher comme ça!" Mais tant que c'est pour des ouvriers ça peut durer pendant 30 ans, et pendant 30 ans, non seulement il n'y a pas de loi, mais il n'y a même pas une véritable discussion sur ces questions à l'Assemblée Nationale. Qu'est-ce que je proposerais, si j'étais député?
Un truc simple, qui c'est qui l'a dit tout à l'heure...
C'est l'un des salariés de Whirlpool qui a dit: "plus aucun produit en France" alors je ne vous parle pas de boycott, (en aparté s'adressant au salarié) c'est toi qui l'a dit. je ne parle pas seulement de boycott, parce que le boycott c'est un truc individuel, c'est chacun qui va faire son geste au supermarché et on sait que massivement, ça ne marche pas. Je parle d'une loi, moi.
D'une loi qui interdit tout produit pour Whirlpool sur le territoire français. Je pense que c'est vers ça qu'il faut aller. (applaudissements) Si on est pas assez bons pour produire, pourquoi on serait assez cons pour les acheter ?
Je compte bien, par exemple, si les Whirlpool arrivaient et que j'étais à l'Assemblée Nationale, Opérer une marche, qui nous ramène de Amiens jusqu'à Paris, rassembler du monde, avoir un meeting devant l'Assemblée Nationale, qui rassemble 10, 20, 50 000 personnes, pour venir poser cette question de l'interdiction des produits Whirlpool sur le territoire français. De manière à créer un rapport de force et que ma voix à l'intérieur de l'Assemblée Nationale, parce que je serais tout seul, enfin, on sera pas nombreux à porter ça, ben que ma voix soit renforcée par vos 10 mille, 20 mille, 100 mille voix dehors (applaudissements) Je termine avec une citation de Victor Hugo, qui est une citation qui nous a guidés depuis maintenant un an et demi, qui parle d' "étonner la catastrophe", parce qu'on sait ce qu'est la catastrophe qui pourrait se dessiner devant nous; Victor Hugo dit ceci: "Tenter, braver, persister, persévérer, être fidèle à soi-même, prendre au corps à corps le destin, étonner la catastrophe par le peu de peur qu'elle nous fait, tantôt affronter la puissance injuste, tantôt insulter la victoire ivre, tenir bon, tenir tête, voilà l'exemple dont les peuples ont besoin, et la lumière qui les électrise." Voilà notre programme, camarade! (applaudissements)
François Ruffin