Syrie, coalition gouvernementale, loi spéciale... L'interview en intégralité de Sébastien Chenu
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Sébastien Chenu. Bonjour Madame.
Merci d'être à mon micro ce matin. Vous êtes le numéro 2 du Rassemblement National. Vous êtes député du Nord.
Vous avez vu ce qui s'est passé cette nuit dans le Lot-et-Garonne. La permanence d'une de vos députés qui a été attaquée, ciblée par des agriculteurs en colère. Ce n'est pas la première, c'est la quatrième permanence d'un député RN en deux jours qui est prise pour cible par les agriculteurs qui ne comprennent pas que vous ayez voté la censure.
Est-ce que vous ne vous dites pas, une semaine après, vous avez fait une connerie ? Non, parce que lorsqu'on protège les Français, on ne fait pas, je reprends votre mot, on ne fait pas de conneries. Je pense que ceux qui font des conneries, justement, ce sont ceux qui laissent voter le Mercosur, qui laissent signer le Mercosur et qui le négocient depuis des années, en particulier d'ailleurs depuis 2019.
Là, c'est plus qu'une connerie, c'est la mort de notre agriculture. C'est le message aussi que je veux dire à nos agriculteurs, c'est qu'Emmanuel Macron les a dupés concernant le Mercosur. Ceux qui font des conneries, c'est Mme Borne qui dit que la semaine dernière, le lendemain de la censure, les cartes vitales ne vont plus fonctionner.
J'espère qu'elle présentera ses excuses aux Français pour les avoir dupés. Ce sont ceux qui disent que les taux d'intérêt vont s'envoler. Ils ne sont jamais aussi rapprochés de ceux de l'Allemagne.
Il va quand même falloir que vous arriviez à convaincre une partie, y compris de vos électeurs. Si je m'arrête un instant sur ce qui s'est passé avec les agriculteurs, les agriculteurs jusqu'à présent, ils avaient parfois pour cible des députés socialistes, des députés macronistes. Mais vous étiez épargnés.
Vous étiez épargnés parce qu'ils vous considéraient comme différents ou parce que peut-être ils se disaient que jusqu'à présent vous n'étiez pas responsables. Vous êtes désormais à leurs yeux comme les autres. Non, nous ne sommes pas comme les autres.
Et nous leur démontrons d'ailleurs, puisque nous sommes les seuls finalement à les avoir défendus. Et dans cette, je citais le Mercosur, dans cette affaire du Mercosur, je crois qu'ils peuvent voir, qu'ils peuvent compter sur nous. Mais j'entends, moi, leurs inquiétudes parce que c'est important.
Les agriculteurs, c'est une profession en souffrance. Moi, je les ai rencontrés dans ma circonscription à Thiam, à Verscham-Augré. J'ai rencontré les agriculteurs.
Je veux leur dire d'abord que ce dont ils ont pu bénéficier, par exemple la baisse de la fiscalité sur le gasoil non routier, obtenue grâce au Rassemblement national, ça va être maintenu. Que ceux qui étaient en discussion ou ceux qui avaient été actés comme nouveaux, entre guillemets, avantages, mais en tous les cas comme plutôt aide, que ce soit sur la transmission des exploitations ou que ce soit sur le calcul des retraites sur les meilleures années, tout ceci va être remis dans le budget 2025. Ils ne perdront pas ce qui a pu être négocié à leurs bénéfices.
Mais précisément, vous aviez négocié un certain nombre de choses. Vous aviez négocié un certain nombre de choses il y a un an. Vous avez négocié beaucoup de choses dans les toutes dernières semaines de ce budget avorté.
Vous avez obtenu pour eux la baisse sur l'électricité, un certain nombre de points sur lesquels Michel Barnier vous a fait des concessions. Est-ce que franchement, il fallait aller jusqu'à la censure quand on voit aujourd'hui que finalement, vous êtes au bord de tout perdre ? Tout à l'heure, à 14h, Emmanuel Macron va recevoir les différents partis, sauf LFI et RN.
Si les socialistes acceptent de ne pas censurer un gouvernement à venir, il n'aura même plus besoin de vous. Votre menace ne tiendra plus. Vous n'aurez même plus le pouvoir de censurer.
Il y a plusieurs choses dans ce que vous dites. C'est juste ce que je dis ou pas ? Non, il y a des choses qui ne sont pas tout à fait justes.
Vous allez perdre tout le pouvoir. Non, ne croyez pas cela, Madame de Valère, parce que je pense que le premier groupe de l'Assemblée nationale ne perd pas tout pouvoir, mais que le fait de ne pas le considérer, le fait de ne pas l'écouter, le fait de ne pas le recevoir, au-delà du mépris qu'il signifie vis-à-vis des électeurs du Rassemblement national, Emmanuel Macron dit aux électeurs du Rassemblement national, je vous méprise, je ne reçois pas vos représentants, vous ne comptez pas. Pas la même chose avec la LFI, puisqu'il leur avait dit qu'il souhaitait recevoir la France insoumise, qui elle-même n'a pas voulu y aller.
Et nous, on est toujours d'accord pour discuter. Officiellement, l'Élysée dit qu'ils n'étaient pas invités ou qu'ils ne sont pas invités. Oui, enfin, ils ont changé de posture en cours de route.
Mais je pense que c'est une erreur absolue du gouvernement que de ne pas recevoir le Rassemblement national. Je pense qu'il y a trois mois, Michel Barnier ouvrait une porte, elle se referme aujourd'hui. En fait, il n'y a pas de colonne vertébrale, il n'y a jamais de verticalité.
Vous auriez été ? On est toujours allés au rendez-vous. Il y a quelques jours encore, Jordan Bardella, alors qu'on lui posait la question de savoir qui pour gouverner, il répondait à la rigueur, ça ne me regarde pas.
Et Marine Le Pen elle-même disait dans les colonnes du journal Le Figaro, Macron consulte les gens qui sont susceptibles de consulter, de constituer avec lui une majorité à l'Assemblée. Je ne suis pas outré qu'on ne m'invite pas. S'il m'avait invité, cela m'aurait d'ailleurs plutôt inquiété.
Non mais je veux dire, s'il faut être invité par Emmanuel Macron, s'il faut être d'accord avec lui pour être invité, ça n'a pas beaucoup de sens. Nous, nous y serions allés pour faire valoir nos positions. Si c'est pour faire un gouvernement du en même temps grand format, qui va du Parti communiste jusqu'au Républicain, c'est-à-dire en fait ce qu'on dénonçait pendant des années comme étant l'UMPS, ce qu'ils sont en train de construire, c'est-à-dire le Parti unique, et laisser le Rassemblement national comme le seul parti d'opposition qui défende les Français.
LFI n'est pas un parti qui souhaite construire, c'est un parti qui souhaite bousculer les institutions. Nous, on a montré qu'on allait au rendez-vous justement, qu'on était capable de discuter. Mais s'il faut être d'accord avec Emmanuel Macron pour être reçu par lui, ça n'a pas beaucoup d'intérêt.
Moi, je pense que c'est évidemment quand on n'est pas d'accord qu'on échange parfois le mieux. Vous y auriez donc été si vous aviez été invité. Mais Sébastien Genu, je reviens sur cette démonstration mathématique.
Donc, jusqu'à présent, à partir du moment où le PS au sein du NFP avait signifié qu'il censurerait tout gouvernement, vous aviez mathématiquement un poids très important. Si vous censuriez, vous faisiez tomber le gouvernement. C'est mathématique.
Si le centre de gravité se déplace, si le PS s'engage à ne pas censurer un gouvernement de centre, alors vous aurez beau censurer, ce sera une épée de bois. Vous ne pourrez plus faire tomber le gouvernement. Sur quelle base, madame de Malherbe ?
Ça veut donc dire que le PS, qui est prêt à se vendre, évidemment, pour probablement un plat de lentilles, quelques avantages, etc., sur quelle base le ferait-il ? Ça veut dire que donc ce gouvernement ne s'attaquerait pas à l'aide médicale d'État.
Parce que sinon, le PS le censurerait. Si le PS accepte de ne pas le censurer, c'est que le gouvernement plie les gaules sur, par exemple, l'aide médicale d'État. Ça veut dire que le gouvernement recule sur un certain nombre de dossiers que le PS jugerait comme irritants.
Donc, on voit bien que...
Mais de fait, ça vous échappe ? Non, parce que vous verrez...
Est-ce que vous verrez que la vie politique est pleine de rebondissements et qu'à un moment ou à un autre...
Ah, tout à fait. Elle nous l'a bien démontré ces dernières semaines et ces derniers mois. Emmanuel Macron n'a toujours pas compris que ce que les Français lui avaient dit à travers les élections et à travers ces trois blocs, c'était qu'il voulait une cohabitation, c'est-à-dire une autre politique.
Emmanuel Macron cherche un Premier ministre et cherche des majorités de circonstances pour continuer à mener la même politique. Et c'est bien le problème. Emmanuel Macron n'a toujours pas compris que les Français voulaient un changement de politique, alors que...
Quel gouvernement vous accepteriez ? Un gouvernement barnier, mais en moins méprisant ? Qu'est-ce qui changerait ?
Si c'est François Bayrou, est-ce que vous pourriez vous engager à une sorte de pacte de non-agression ? Non, mais plusieurs choses. D'abord, un gouvernement qui protège le pouvoir d'achat des Français.
Pourquoi ? Parce que les Français sont mis à contribution pour réparer les erreurs, les fautes budgétaires et économiques de tous ces gouvernements, Attal, Borne, Bruno Le Maire, etc. Donc nous, nous considérons que ce n'est pas aux Français de payer encore une fois.
Ils ont déjà suffisamment de difficultés. Donc un gouvernement qui protège le pouvoir des Français, qui ne s'attaque pas à ce pouvoir d'achat, baisse des médicaments, hausse de l'électricité. Vous avez vu que le timbre va encore augmenter.
On va en être à 1,40€ pour une lettre postée. Je sais qu'on écrit beaucoup moins aujourd'hui. Mais enfin, ça dit quelque chose.
Donc un gouvernement qui ne s'attaque pas au pouvoir d'achat des Français. Les agriculteurs, ils sont touchés aussi par la baisse du remboursement des médicaments. Ils sont comme les autres.
Donc ça, c'est la première chose. Un gouvernement et un Premier ministre qui respectent les Français à travers leurs représentants. C'est-à-dire qui prend en considération ce que nous pouvons apporter dans un débat budgétaire.
J'ai l'impression que beaucoup est question de considération, de respect, de non-mépris. Est-ce que c'est vraiment là-dessus que ça s'est joué ? Non, je vous ai parlé, j'ai commencé par vous parler du fond.
Mais sur le fond, vous aviez obtenu beaucoup de concessions. Non, la baisse des taxes sur l'électricité n'était pas financée. Le recul sur l'aide médicale d'État de 100 millions sur 1 milliard d'eux ne voulait rien dire.
Sincèrement, tout ça a été cosmétique. Et surtout, Michel Barnier n'a pas voulu revenir sur la désindexation des retraites. Nous, on a cherché à protéger la France qui travaille, celle qui allait payer plus d'impôts.
La France qui a travaillé, les retraités qui voyaient leur retraite baisser. Et la France qui voudrait travailler, c'est-à-dire celle qui voyait les médicaments être moins bien remboursés. On a protégé la France du travail.
Est-ce que ça veut dire que, comme Manuel Bompard, vous diriez qu'un gouvernement qui irait, je cite, d'Olivier Faure à Bruno Retailleau, ça ne serait pas acceptable ? Et surtout, pour faire quoi ? Qu'est-ce que c'est que ces gens qui nous disent matin, midi et soir qu'ils n'ont pas les mêmes idées, qu'ils s'opposent les uns aux autres, qu'ils ne voient pas le monde de la même façon, sont finalement capables de mettre leurs idées dans leur poche pour se retrouver ensemble ?
Et pour faire quoi ? Parce que moi, je ne vois pas bien ce qui peut relier Olivier Faure, élu avec la France insoumise, sur un programme. Parce qu'accessoirement, il a dû être élu sur un programme, Olivier Faure et Bruno Retailleau, qui parlent beaucoup mais qui agit peu.
Je n'arrive pas bien à voir quelles idées ils se font de notre pays. Il y a les agriculteurs qu'il va falloir que vous arriviez à convaincre. Et puis peut-être plus largement, les électeurs du RN dimanche.
Vous avez perdu un siège de député lors d'une législative partielle dans les Ardennes. C'était un siège RN. Et vous l'avez perdu.
Et vous l'avez en réalité perdu dans l'entre-deux-tours. Premier tour, vous êtes très largement en tête. Arrive la censure.
Deuxième tour, vous vous faites battre par un macroniste. Je n'ai pas la même lecture que vous. Comment vous le lisez, vous, cet échec ?
Alors d'abord, 30% de participation. C'est-à-dire qu'une élection partielle, nos électeurs ne se mobilisent pas parce qu'ils considèrent que l'enjeu est très faible. Ils étaient là au premier tour.
Non, mais il y avait une participation très faible dès le premier tour. Elle n'a pas été suffisante au second tour. Et puis...
Pour vous, la censure ne les a pas déstabilisés, vos électeurs ? C'est quelque chose d'incroyable, battu par un député macroniste, mais enfin qui a caché son étiquette politique, qui n'a fait aucune référence, ni à Emmanuel Macron, ni au gouvernement, ni au parti politique Renaissance, sur ses documents de campagne, qui s'est fait passer pour un gentil divers droite, qui pouvait absorber les voix des Républicains, etc., etc., et les voix de la gauche.
Vous avez perdu. À 300 voix près. Je pense là qu'on puisse en tirer des conséquences.
La semaine d'avant, on avait gagné une élection municipale. Pour vous, la concomitance avec la décision de censurer le gouvernement, vous n'entendez aucun de vos électeurs ? Peut-être que c'est le cas.
Aucun de vos électeurs ne vous a dit...
Honnêtement, vous nous avez entraîné quand même dans une situation bien compliquée. Non, non, je vais vous dire ce que j'entends. Moi, j'entends dans ma circonscription, qui ne représente peut-être pas la France, mais j'entends des électeurs qui nous disent « On n'en peut plus de ce gouvernement. » Vous êtes député du Nord. « On n'en peut plus de leur décision. » « On n'en peut plus d'être sans arrêt mis à contribution. » Vous avez bien fait de les censurer.
Ils l'ont bien mérité. Je pense, j'étais dans cette petite commune de Rouvigny la semaine dernière, ce week-end, et les électeurs me disaient ça très exactement. Ils n'en peuvent plus de cette politique qui est menée.
Maintenant, les Français ont des inquiétudes. Bien sûr qu'ils ont des inquiétudes. Ils ont l'inquiétude de savoir comment ils vont terminer les fins de mois, quel sera le prochain budget, qui va les amener et où ce gouvernement va les amener.
Mais surtout, ils se disent que celui qui bloque la situation, c'est Emmanuel Macron. Et à propos de ce budget, on apprend que demain, une loi spéciale, qui donc reconduirait le budget précédent pour couvrir l'année qui s'ouvre, sera présentée au Parlement. Vous la voterez ?
Bien sûr, nous l'avons dit. Vous la voterez. Donc ça veut dire que le budget 2025, imaginé par Michel Barnier, c'était non.
Le budget 2024, imaginé par Elisabeth Borne et Gabriel Attal, c'était oui. Parce qu'il comportait moins de hausse de taxes et moins d'impôts, tout simplement, mais sur la loi spéciale. Mais donc ça veut dire quand même que ce budget dont vous nous avez dit que c'était ce qui nous avait emmené dans le mur, ce qui avait rendu la France déficitaire...
Mais celui de Michel Barnier était encore pire. On faisait un pas supplémentaire vers l'inacceptable. Non mais madame, on préserve les Français de 40 milliards d'euros d'impôts de plus. 40 milliards à aller chercher dans leur poche.
Donc le budget 2024 n'était pas un bon budget, mais celui de Michel Barnier était un très mauvais budget. Il était encore pire. Donc oui, nous allons voter la loi spéciale.
Oui, nous allons voter un amendement pour l'indexation des retraites sur l'inflation. Et si toutefois le gouvernement ne voulait pas valider cet amendement, et ne voulait pas qu'il soit voté, un budget 2025 permettra de façon rétroactive de rembourser le trop-perçu si des ménages rentraient dans l'impôt. Et vous dites ça pour rassurer ceux qui s'inquièteraient de payer plus d'impôts.
Oui, parce que c'est vrai. S'il n'y avait pas de nouveau budget avant juin, de fait, il paierait plus d'impôts. La France sera obligée de se doter d'un budget avant juin.
Ce serait totalement irresponsable de la part du président de la République que de l'empêcher. Mais je ne crois pas, oui, je ne lui fais pas tous les procès. Je pense qu'Emmanuel Macron souhaite qu'il y ait un budget pour 2025.
Parce que la base de tout, c'est Emmanuel Macron. Il ne vous a pas échappé que la base du problème, c'est Emmanuel Macron. Et je vais vous dire, Emmanuel Macron, ce sont ses amis politiques et financiers qui un jour sonneront la fin de la récréation le concernant.
Parce qu'ils considéront eux-mêmes ses propres amis qui nous entraînent dans le mur. Sébastien Chenu, la Syrie, le renversement de Bachar el-Assad, est-ce que c'est une catastrophe ? Est-ce qu'on est sûr que c'est une catastrophe ?
C'est le mot qui a été utilisé par Jordan Bardella. Catastrophe migratoire a-t-il ensuite précisé à propos du renversement de Bachar el-Assad ? Est-ce qu'on est sûr que c'est une catastrophe pour l'Europe ?
Oui, je pense qu'on peut être sûr qu'il y aura effectivement beaucoup de Syriens qui vont vouloir venir en Europe. Certains vont vouloir peut-être repartir. Mais en tous les cas, il y a 30 000 Syriens aujourd'hui, par exemple en France.
Mais je pense qu'il faut se prémunir de vagues migratoires. Pourquoi ? Parce qu'il suffit d'observer ce qui a été fait dans le passé.
Mais vous n'auriez pas pu commencer par quand même dire que c'était pas mal qu'ils partent, Bachar el-Assad ? Sincèrement, vous croyez que remplacer un régime autoritaire par des islamistes, ça a quelque chose de sympathique ? Moi, je ne suis pas naïf à ce point-là.
Je veux dire, on nous dit, comme il s'appelle M. El-Jolani, on nous dit qu'il est un islamiste modéré. Mais enfin, c'est une oxymor.
Ça n'existe pas, un islamiste modéré. C'est un peu comme les banques populaires, si vous voulez, ce sont des oxymores. On met en face deux mots qui sont tout à fait contraires.
Évidemment, c'est quelqu'un qui tient par les milieux liés à Al-Qaïda, qui tient par les milieux terroristes, et qui ne vient pas pour défendre comme un bon progressiste les droits de l'homme, la gay pride, etc. Enfin, je veux dire, on se fait...
C'est une illusion que de croire ça. En revanche, pour nous, oui, il y a la possibilité d'imaginer que ça puisse avoir des répercussions très dangereuses en France. Mais fallait-il alors que Bachar el-Assad reste ?
Écoutez, en tous les cas, changer Bachar el-Assad pour un régime islamiste, je n'en vois pas, pour nous, de notre fenêtre. Peut-être pour les Syriens, je vois l'avantage. Peut-être que pour les Syriens, sur le fait de se séparer de Bachar el-Assad, il y a peut-être un intérêt.
C'était effectivement un régime qui n'était pour le moins pas sympathique, qui était autoritaire et brutal, comme l'a dit Marine Le Pen. Mais en revanche, pour les Européens, je crois qu'il y a danger, il y a péril en la demeure. On se dit que, quand même, à postérieure, vous avez fait sacrément les mauvais choix.
Pas seulement vous, d'ailleurs, une partie de LFI également. Les visites à Vladimir Poutine, les visites à Bachar el-Assad, les images de Thierry Mariani, qui encore, ces derniers temps, l'affirment. Est-ce que là-dessus, vous n'avez pas un regret ?
Est-ce que vous ne vous dites pas « on s'est trompé », on a le droit de se tromper ? Non, mais madame, on a fait front face à l'État islamique à chaque fois. On n'a pas soutenu Bachar el-Assad.
Pardon, parlez-en à Thierry Mariani, quand même. On a dit que le maintien de Bachar el-Assad pour empêcher l'État islamique et la nécessaire discussion avec les services de renseignement syriens était une évidence, était une nécessité. Parce que nous, nous sommes sous la menace terroriste.
Donc si l'idée, c'est de dire « écoutez, c'est bien sympathique, arrivent des islamistes, à moitié Daesh, à moitié Al-Qaïda, et il faut s'en satisfaire », non, ce n'est pas une solution qui ne comporte pas de danger pour le pays. Jean-Luc Mélenchon avait dit également qu'il s'en remettait à Poutine, je cite, « pour trouver une solution au conflit syrien ». Est-ce que ce n'est pas pour ça, au fond, que ni vous, ni LFI n'êtes invités aujourd'hui à l'Élysée ?
Est-ce que finalement tout ça n'a pas un rapport ? Vous avez la même vision du monde ? Non, nous n'avons pas la même vision du monde.
Nous, nous protégeons la France de l'islamisme. Je ne crois pas que ce soit le cas de Jean-Luc Mélenchon, c'est le moins qu'on puisse dire. Vous savez, dans cette affaire-là… Il n'y a pas de regrets.
Non, nous n'avons pas de regrets. Ni sur la censure, ni sur votre vision du monde. Quand on protège les Français, évidemment, en première lecture, ça peut susciter des interrogations, parce que lorsqu'on réfléchit dans le chaud, dans l'actualité chaude, on peut avoir des interrogations, et c'est bien légitime, on peut avoir de bonne foi, les Français peuvent avoir de bonne foi des interrogations.
Mais lorsqu'on se détache de l'actualité immédiate, avec un peu de recul, on se dit qu'effectivement, parfois, il faut savoir prendre les bonnes décisions. Nous, on ne joue pas dans l'intérêt politique de notre maison, on ne joue pas notre intérêt électoral, on joue l'intérêt des Français. Il faut savoir parfois se lever un peu, être un peu au-delà des constructions politiciennes.
C'est précisément ce que je souhaitais ce matin, Sébastien Chenu, qu'on prenne du recul, et notamment une semaine après la censure, sur les conséquences également de la Syrie, sur les migrations. La France envisage de limiter le droit d'asile des Syriens, comme viennent de le décider l'Allemagne, l'Autriche, le Danemark, la Norvège ou la Suède. Faut-il effectivement suspendre ou geler toutes les décisions concernant les demandes d'asile syriens ?
Oui, absolument, immédiatement, et ce n'est pas suffisant. Il faut revoir la liberté de circulation dans Schengen pour les non-européens, et il faut immédiatement faire en sorte que les demandes d'asile soient émises depuis les pays d'origine. Faut-il aller jusqu'à ce que fait l'Autriche, qui a décidé non seulement de suspendre les demandes d'asile, mais également de mener un programme, je cite, d'expulsion, et de suspendre tout regroupement familial ?
Bah, suspendre le regroupement familial, oui, ça me semble être de bonne alloi, mais évidemment pas uniquement d'ailleurs pour les Syriens. Pour l'instant, arrêtons immédiatement les demandes d'asile, faisons pression pour avoir Schengen, faisons pression pour une nouvelle politique migratoire. D'ailleurs, si le gouvernement était bien inspiré, le gouvernement des missionnaires, ou plutôt le président de la République, il convoquera immédiatement les Français aussi pour un référendum sur l'immigration, Bruno Retailleau était d'accord.
Ça, ça ferait partie des choses qui permettraient d'avancer un peu, et notamment par rapport à cette actualité brûlante. Si Bruno Retailleau reste au ministère de l'Intérieur, vous estimez que ce sera un bon signal ? Bah, à condition qu'il ait face à lui un garde des Sceaux, qu'il ne vienne pas borner la politique qu'il veut mettre en place, à condition qu'il gagne les arbitrages, sur l'aide médicale d'État, il avait perdu l'arbitrage, sur les crédits budgétaires, les seuls qui étaient en baisse, c'était pour lutter contre l'immigration, il avait perdu les arbitrages budgétaires.
Donc, Bruno Retailleau, à condition qu'il ne fasse pas que parler, à condition qu'il puisse agir et qu'il veuille agir, ce serait à regarder de près. – Et une dernière question, justement, sur l'harmonisation des décisions européennes, sur le Mercosur, qui croyez-vous ? Est-ce que vous croyez Emmanuel Macron qui dit qu'on a encore les moyens d'empêcher l'application de ce traité, ou est-ce que vous croyez plutôt Ursula von der Leyen qui se réjouit de la signature ? – Je crois que Mme von der Leyen s'est essuyé les pieds sur nous.
Je pense qu'Emmanuel Macron n'a rien fait, à aucun moment, pour empêcher le Mercosur, qui est en discussion depuis très longtemps, mais qui a été accéléré depuis 2019 par Emmanuel Macron. Emmanuel Macron, c'est un enfumage permanent. Il a envie parce que c'est sa logique… – Il y a des moyens de lutter contre ce Mercosur. – Mais bien entendu, la France peut bloquer une partie, tout ou partie de sa contribution.
La France peut faire un bras de fer. Encore faut-il avoir du courage, ne pas vouloir être, comme le veut Emmanuel Macron, passer pour le bon élève de l'Union européenne, ce qui nous coûte très cher. – Merci Sébastien Chenu d'être venu ce matin.
Vous êtes vice-président du Rassemblement national et député du Nord. Il est 8h52 sur RMC BFM TV. – Sous-titrage ST' 501