L'incroyable destin de Line Papin ! - C à Vous - 13/06/2019
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Mathieu Gallet, on est heureux de vous présenter ce soir la nouvelle étoile de la littérature.
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Tous les articles qui vous présentent, évoquent, soulignent votre précocité.
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Je pense que ce n'est pas vraiment une autobiographie, puisque c'est plutôt l'histoire de la filiation maternelle.
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Et c'est vrai que vous ne racontez pas votre histoire, mais vous essayez surtout de comprendre comment, pourquoi, à 15 ans, vous avez souffert d'anorexie.
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Vous avez été séparée d'elle, puisque toute la famille a quitté le Vietnam pour s'installer en France.
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Les eaux des filles, le titre de ce très beau livre, c'est cette famine que vous vous imposez, dont vient de parler Babette.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Je pense que ce n'est pas vraiment une autobiographie, puisque c'est plutôt l'histoire de la filiation maternelle. »
- 0:53Invité politiqueFait
« L'histoire de ma grand-mère, de ma mère et puis la mienne. »
- 1:29Invité politiqueFait
« En fait, je suis partie d'une interrogation où je me demandais pourquoi cette petite fille, à 15 ans, s'était laissée mourir et pourquoi elle n'avait plus eu le goût de vivre. »
- 1:58Invité politiqueFait
« Ma grand-mère avait fabriqué une petite cabane où ma mère devait se cacher quand les bombes tombaient. »
- 3:11Invité politiqueFait
« Oui, je raconte à la fois le lien avec la mère et avec la nourrice dans cette histoire, et aussi peut-être la double culture et l'exil. »
- 3:31Invité politiqueFait
« Et je raconte, vu par les yeux d'un enfant, ce que ça peut être de changer de pays, de se réadapter à une nouvelle culture et à des nouvelles sensations. »
- 4:22Invité politiqueFait
« Donc, à la fois dans l'anorexie ou à l'hôpital, les filles se retrouvent dans cet hôpital, elles sont toutes très maigres. »
- 4:39Invité politiqueFait
« Et en même temps, c'est effectivement aussi les eaux qu'on laisse après sa mort, puisqu'au Vietnam, on enterre les gens dans une tombe d'abord, pendant quelques années, jusqu'à ce que la chair se décompose. »
- 5:37Invité politiqueFait
« Oui, effectivement, parce que je pense que c'est pas quelque chose qu'elles avaient envie de raconter, en fait. »
- 7:01Invité politiqueFait
« Mais effectivement, le livre se découpe en trois parties. Donc là, ce que j'appelle la Première Guerre et la Seconde Guerre, qui sont les guerres... Enfin, la guerre d'Indochine, la guerre du Vietnam. »
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Mathieu Gallet, on est heureux de vous présenter ce soir la nouvelle étoile de la littérature. A 19 ans, elle publiait déjà un premier roman, salué par la critique, qui voyait déjà en elle une nouvelle Duras. Lynn Papin publie son troisième roman, une autobiographie, à 23 ans seulement, les eaux des filles. Elle est ce soir notre invitée. Lynn Papin, ravie de vous accueillir à la table de CETAVOU. Tous les articles qui vous présentent, évoquent, soulignent votre précocité. Un premier manuscrit présenté à des professionnels à 16 ans. Vous êtes publiée pour la première fois à 19 ans. Et une autobiographie à 23 ans seulement. On peut déjà avoir des tas de choses à rencontrer à 23 ans seulement.
Je pense que ce n'est pas vraiment une autobiographie, puisque c'est plutôt l'histoire de la filiation maternelle. L'histoire de ma grand-mère, de ma mère et puis la mienne. Mais pas revue par ce prisme de la filiation maternelle. Donc ce n'est pas vraiment mon autobiographie.
Et c'est vrai que vous ne racontez pas votre histoire, mais vous essayez surtout de comprendre comment, pourquoi, à 15 ans, vous avez souffert d'anorexie. Au point, justement, c'est pour ça qu'il y a ces eaux qu'on voyait, parce que vous étiez si mince, si maigre. Au point de vous poser la question de vivre ou mourir. C'est la question que vous vous êtes posée à 15 ans.
Oui, et c'est l'origine de l'écriture de ce livre. En fait, je suis partie d'une interrogation où je me demandais pourquoi cette petite fille, à 15 ans, s'était laissée mourir et pourquoi elle n'avait plus eu le goût de vivre. Et à partir de là, il m'a paru naturel d'écrire sur la partie vietnamienne de ma famille, c'est-à-dire ma mère et ma grand-mère, et de raconter leur histoire que j'ignorais finalement complètement. Puisqu'elles ont, en fait, elles ont grandi dans un petit village à la périphérie de Hanoï. Vous êtes née ? Où ma mère est née, et ma grand-mère. Et donc, c'était pendant des périodes de guerre, où c'était vraiment les rizières, il y avait des tickets de rationnement.
Ma grand-mère avait fabriqué une petite cabane où ma mère devait se cacher quand les bombes tombaient. Et donc, en fait, c'est un roman sur la mémoire invisible, c'est-à-dire que peut-être nos parents et nos grands-parents nous transmettent. Sans qu'on le sache vraiment. Voilà, c'est ça. Et que l'on peut ressentir, même si on ne l'a pas vraiment vécu.
Elle allait mourir d'elle-même. Elle gisait inconsciente sur ce lit blanc, à attendre qu'on lui serve un peu d'amour en perfusion. Donc, vous racontez votre hospitalisation qui a duré un an, jusqu'au jour où vous comprenez que votre vie est en danger. Cet amour en perfusion dont vous parlez, qui vous manquait tant, c'était celui de celle que vous considériez presque comme votre mère, la nourrice qui vous a élevée à Hanoï jusqu'à l'âge de 10 ans. Vous avez été séparée d'elle, puisque toute la famille a quitté le Vietnam pour s'installer en France. C'est ce manque-là que vous racontez dans ce livre.
Oui, je raconte à la fois le lien avec la mère et avec la nourrice dans cette histoire, et aussi peut-être la double culture et l'exil. J'appelle ça l'exil, mais en fait, à 10 ans, je pars du Vietnam en France. Et je raconte, vu par les yeux d'un enfant, ce que ça peut être de changer de pays, de se réadapter à une nouvelle culture et à des nouvelles sensations, que ce soit alimentaire ou la chaleur dans la rue, les trottoirs en France, qui sont différents des trottoirs au Vietnam. Donc je raconte, en fait, dans ce livre... Un déracinement. Voilà, un déracinement. Est-ce qu'une douleur d'enfant peut provoquer quand il n'a pas les mots pour le raconter ?
Les eaux des filles, le titre de ce très beau livre, c'est cette famine que vous vous imposez, dont vient de parler Babette. Mais ce sont aussi les eaux des défunts qui, au Vietnam, sont conservés dans des coffrets funéraires.
Oui, en fait, les eaux, c'est un thème qu'il y a dans mon livre. Donc, à la fois dans l'anorexie ou à l'hôpital, les filles se retrouvent dans cet hôpital, elles sont toutes très maigres. Mais c'est aussi un thème qui est là dès le début, lorsque, au Vietnam, il y a la famine, l'étiquette de rationnement. Et en même temps, c'est effectivement aussi les eaux qu'on laisse après sa mort, puisqu'au Vietnam, on enterre les gens dans une tombe d'abord, pendant quelques années, jusqu'à ce que la chair se décompose. Et ensuite, finalement, on garde les eaux dans un petit coffret. Et c'est ça qui reste à la fin.
Et donc, il y a un jeu de mots aussi, bien sûr, avec les eaux des femmes, lorsqu'elles accouchent. Et c'était ça l'interrogation de mon livre. C'est entre les eaux primitives, j'ai envie de dire, et celles qui restent à la fin. C'est un peu d'où est-ce que l'on vient et qu'est-ce qui va rester après. Donc, est-ce qu'on a envie d'en faire entre-temps, quoi, j'ai envie de dire.
Alors, vous êtes partie à Hanoï, où vous avez fait des recherches sur votre grand-mère, sur votre mère, à travers des photos, à travers des souvenirs, et à travers aussi l'histoire de ces deux guerres qu'elles ont traversées, Indochine et Vietnam, sans jamais vous en avoir parlé.
Oui, effectivement, parce que je pense que c'est pas quelque chose qu'elles avaient envie de raconter, en fait. Donc, avant l'écriture de ce livre, qui partait vraiment de l'hôpital, de tout ce qui m'est arrivé à moi après, j'ignorais complètement le quotidien de ma grand-mère et puis l'enfance de ma mère, en fait. Et je savais même pas qu'elles avaient grandi dans un village dans les rizières, parce que c'était pas du tout quelque chose dont elles parlaient. Et c'est vrai que quand on... C'est dommage... Enfin, ça aurait été dommage de pas les interroger. Et parce que je trouve que c'est hyper important de savoir un peu quelle est l'histoire de nos parents.
Et j'imagine qu'il y a une influence sur ce qu'on est.
C'est ce que vous disiez tout à l'heure et qui est très beau dans ce livre. Vous parliez de mémoire invisible. Pour vous, ce qu'elles ont vécu, vous l'avez en quelque sorte imprimé dans votre chair, dans vos os. C'est ce qu'on appelle aussi la mémoire cellulaire. Tout ce grave en vous.
Oui, après, je connais pas les détails. Voilà, moi, c'est une impression vague que j'avais et qui vraiment est apparue en écrivant le livre. Donc c'était pas une interrogation préliminaire ou des choses médicales. C'était vraiment... C'est vraiment de l'écriture que... Enfin, que tout ça jaillit et apparaît. Mais effectivement, le livre se découpe en trois parties. Donc là, ce que j'appelle la Première Guerre et la Seconde Guerre, qui sont les guerres... Enfin, la guerre d'Indochine, la guerre du Vietnam. Et ce que j'appelle la Troisième Guerre, qui est la guerre intérieure de la petite fille, qui se bat contre elle-même pour aimer de nouveau la vie, en fait.
Et je précise juste, pardon, que sur le bandeau de ce livre-là, on voit votre grand-mère avec votre mère et ses sœurs. C'est une des seules photos que vous avez retrouvées.
Des années 80, et c'est vrai qu'on dirait vraiment les photos des années 30, quoi. Mais en fait, c'est... Voilà.
Zine Papin, vous êtes une romancière qui a du succès, mais vous avez du mal avec la médiatisation, du moins avec une certaine médiatisation, notamment quand vous faites la couverture de la Presse People. Au bras de votre compagnon, Marc Lavoine, vous l'avez rencontré lors d'une émission de France Inter. Il avait alors carte blanche, et il vous avait invité pour parler de votre premier roman, L'Eveil. On l'écoute. Au sommaire de cette émission, nous aurons une jeune écrivaine, je déteste ce mot d'écrivaine, une romancière, Linn Papin. Bonsoir.
Bonsoir.
Comment allez-vous ?
Ça va.
Vous êtes née en 1981 ?
15.
15. Hein ? Ça va mieux les gars, hein ? L'écrit pour me parcourir, Linn, c'est une citation d'Henri Michaud. Moi j'aime bien Henri Michaud.
Oui, moi aussi.
Et vous écrivez pour vous parcourir ?
Non, pas forcément. Moi je dirais pas forcément ça.
Qu'est-ce que vous diriez alors ?
Pour me parcourir, mais pour parcourir le monde, les autres, les sentiments, les émotions.
Vous l'aviez déjà réécouté cet extrait ?
J'avais, non, je savais pas que vous l'aviez en boîte.
Rencontrer Marc Lavoine, c'était aussi une découverte pour vous, parce que vous ne connaissiez absolument pas alors ses chansons, ses films, est-ce que c'est toujours le cas ?
Bah, petit à petit, j'essaye de rattraper mes lacunes. Mais c'est vrai que non, je n'étais pas... Je n'ai jamais fait une rétrospective complète et tout, donc je ne connais pas tout. Et je trouve ça bien de découvrir l'artiste d'une part et puis l'homme d'autre part.
Les yeux revolvers, ça ne vous disait rien ? De nom, si, si. Eh oui, quand même. Mathieu Gallet, oui. Ah oui, c'est un Mathieu Gallet, oui. Oui, c'est plus ma génération que... Vous avez dit Ligne Papin à Libération, l'amour est un hasard et j'aime bien être surprise. Et cet amour, vous l'avez trouvé avec Marc Lavoine, l'inverse est vrai aussi. Et il en a parlé récemment avec intensité. Regardez, ça se passe dans un studio avec une lumière très tamisée.
Évidemment, je suis heureux parce que la vie est extraordinaire, parce que chaque matin, c'est un miracle. Parce que d'abord, je suis très amoureux. Je pense que c'est la rencontre la plus importante que j'ai faite. C'est un très grand romancier. Elle a une écriture incroyable. Elle est très douée.
Un grand romancier, une auteure, non ?
Et dans l'autre interview, il disait, j'aime pas dire écrivaine, romancière, rossière. Je pense que voilà, c'est le... Comme on sait pas, moi, quelqu'un m'a dit, vous êtes autrice. Il me disait... Enfin, du coup, moi, je dis romancière, mais... Enfin, je dis pas autrice.
On est perdus, c'est vrai, voilà. Vous écrivez et vous le faites très bien. Voilà, la nouvelle Marguerite Duras a-t-on pu lire, figurez-vous. Dès 2016, pour votre premier roman en 2016, ça s'appelle une pression, ça, sur les épaules. En attendant, les eaux des filles, c'est un magnifique roman, enfin, autobiographique, chez Stock. Est-ce que je peux me permettre de l'offrir à Mathieu Eugelay ? Oui, avec Jean. Vous lui ferez une petite déguicasse. Moi, je vous encourage à télécharger Magellan. Oui, je vous le fais. C'est une apprise de votre pression, donc tu es venu nous parler ce soir. Mathieu Eugelay, merci à tous les deux d'être venus ce soir partager le dîner préparé par Benjamin Brial.
C'était délicieux. Oui, bravo, chef. Merci beaucoup. Merci beaucoup.