🔴L'allocution d'Emmanuel Macron après le résultat des législatives
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Figaro Live, 19h50. Bonsoir, bienvenue. On en a vu des allocutions du président de la République pendant 5 ans. Certaines ont été marquantes, comme pendant la crise des Gilets jaunes ou le soir de l'annonce du confinement. D'autres ont été plus anecdotiques, tombés dans l'oubli. Dans quelle classe, dans quelle case classera-t-on celle-ci ? On en saura plus d'ici, allez, 10 minutes. Quoi qu'il en soit, de ces allocutions, peu ont été aussi attendues. La France semble ingouvernable. Emmanuel Macron s'exprime devant les Français à 20h ce soir. Bonsoir, Guillaume Roquette. Bonsoir, Thibault. Merci d'être ici, directeur de la rédaction du Figaro Magazine.
Bon, il était obligé, là , le président, de prendre la parole.
Alors, il n'était pas obligé, parce que c'est une sorte de surprise. Donc on ne savait pas exactement quand il devait s'exprimer. Mais oui, c'est une obligation politique. On a le sentiment qu'à l'Élysée, on est aux abonnés absents. C'est-à -dire qu'il y a eu un séisme politique dimanche dernier. Il y a eu un discrédit assez clair du président de la République. Vous vous souvenez, c'était mardi. Donc il y a huit jours, il était sur le tarmac d'Orly et il disait « donnez-moi une majorité solide ». C'est vrai. Avant de partir en Ukraine. Exactement. Les Français n'ont pas voulu la lui donner. Donc comment il comprend ça ? Quelles conséquences il souhaite en tirer ?
Il était temps qu'il nous en dise un peu plus.
Oui, surtout qu'on rappelle qu'il ouvre une séquence internationale. Il part à l'étranger, à Bruxelles demain, il me semble. Après, il est à Madrid. En Allemagne, d'abord, pour un sommet du G7. Après, un sommet de l'OTAN à Madrid. Une conférence de l'ONU à Lisbonne. Donc il va quitter le pays. Il ne pouvait pas se dissocier de la politique nationale comme ça en quelques jours.
Je pense qu'il ne fallait surtout pas refaire la même erreur que la semaine dernière, où on lui a beaucoup reproché, à juste titre, d'expliquer sur ce fameux tarmac d'Orly que la République était non pas en danger, mais que s'il y avait un moment important qui allait se vivre. Et lui, qu'est-ce qu'il faisait ? Il montait dans son avion. Ça paraissait assez contradictoire. Oui, c'est vrai. Ça fait un peu en tout cas le navire. Exactement. Ou en tout cas, débrouillez-vous tout seul.
Alors il est maintenant... Alors on ne sait pas vraiment... C'est toujours pareil. Est-ce que c'est enregistré ? Est-ce que c'est en direct ? Ou ce sera dans l'Elysée ? On sait que des fois avec le jardin derrière. Donc on verra tout ça sur la forme. Mais là , sur l'exercice, c'est purement politique. Il a fait des allocutions. On peut les récapituler. On s'en souvient. Pour faire des annonces, la plupart du temps, avec les Gilets jaunes, notamment avec la pandémie ou dans des moments solennels comme pour la cathédrale de Notre-Dame. Là , c'est purement politique, ce qu'il va faire ce soir. Il n'a pas encore fait cet exercice-ci ?
Non. Et je dirais même plus... C'est purement défensif. Et c'est la première fois. Emmanuel Macron a eu une trajectoire politique assez éblouissante. Il faut bien en convenir. Il n'avait jamais été élu. Il se retrouve président de la République très jeune. Il fait exploser la gauche et la droite. Il crée un parti ex nihilo qui obtient la majorité absolue en 2017 à l'Assemblée nationale. Réussite totale. Réussite totale. Il a géré la pandémie plutôt bien. Il a été réélu à 58% il y a plus de deux mois maintenant. Et là , pour la première fois, il se prend le mur. Et ça va être très intéressant, même d'un point de vue personnel, même d'un point de vue presque psychologique.
Comment est-ce qu'il réagit face à ça ? Est-ce qu'il est dans le déni ? Vous pensez qu'on peut le sentir ça ce soir en 10, 15, 20 minutes ? Mais déjà , vous allez l'écouter, si vous voulez. Quand il dit... Il peut être dans le déni. Il peut dire... Ma majorité est le groupe le plus important de l'Assemblée nationale. Personne d'autre n'est susceptible d'avoir une majorité de gouvernement. Jean-Luc Mélenchon a échoué dans sa volonté d'être Premier ministre. Et tout continue comme avant. Il pourrait faire ça. Il pourrait être dans ce déni. Moi, je pense qu'il est trop intelligent pour ça.
Mais ça va être intéressant de voir dans quelle mesure est-ce qu'il accepte le message que lui ont envoyé les Français.
Donc ce que vous attendez plus, là , d'ici 7 minutes, et on le suivra sur le Figaro Live, évidemment, sur YouTube, sur Twitter, sur le figaro.fr, vous réagissez. Ce que vous attendez, c'est presque comment il va réagir, presque son attitude, plus que cet exercice d'équilibrisse très politique. Par exemple, Chirac avait dit sous l'Assemblée, dans une allocution comme ça, on en est loin, évidemment, mais c'est quelque chose de très politique. Est-ce que les Français le comprennent, cette embouille politicienne, là , ce soir à 20h ?
Je pense que les Français ont envoyé un message au président de la République et lui ont dit « On ne veut pas que ça continue comme avant ». On ne veut pas renverser la table, on ne veut pas la révolution, on ne veut pas de Mélenchon à Matignon, mais on ne veut pas que vous continuiez à être Jupiter. Et puis, il y a une colère qui s'exprime, en particulier avec l'avènement surprise, avec l'arrivée, plutôt, de 89 députés Rassemblement National. Ça dit quelque chose de l'état du pays. Est-ce qu'Emmanuel Macron a compris ce message-là ? Et surtout, comment il le comprend ? Quelles conséquences il va en tirer ? C'est ça qui est important, à la fois d'un point de vue institutionnel.
Est-ce qu'il garde Mme Borne ? Il le lui a dit hier.
On a dû mal à imaginer que ce soir, il puisse la renvoyer.
Vous avez raison, mais il peut lui donner une échéance en disant... Ah oui, ce serait intéressant, ça. Voilà , en disant, j'ai confié une mission à Mme la Première Ministre et elle me rendra compte dans quelques semaines. Il peut donner des échéances. Il peut aussi nous dire ce qu'il veut faire. Hier, il a reçu Fabien Roussel, le patron du Parti Communiste, et il lui a parlé d'un gouvernement d'Union Nationale.
Oui, il a reçu tout le monde. Vous le voyez ce matin, Adrien Quatennens, qui représentait la NUPS, et surtout la France Insoumise. Il a reçu aussi ce matin Julien Bayou d'Europe Écologie-Les Verts. Et hier soir, Fabien Roussel, des communistes, du Parti Communiste. Exactement. Voilà . Et expliquez-nous cette histoire d'Union Nationale. Oui, je voulais venir là -dessus parce qu'on en parle beaucoup depuis trois jours. Qu'est-ce que ça veut dire et est-ce que c'est envisageable ?
Alors, un gouvernement d'Union Nationale, c'est un gouvernement dans lequel toutes... où les principales couleurs de l'échiquier politique sont représentées. Ça a existé dans l'histoire. La dernière fois, c'était en 1945, où le général de Gaulle avait constitué un gouvernement à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, dans lequel il y avait, de mémoire, quatre communistes, quatre socialistes, deux MRP, l'équivalent du centre droit. Sauf qu'il y avait des raisons pour ça. La France avait été envahie. L'armée allemande avait défilé sur les Champs-Elysées. Il ne se passe rien de tel cette fois-ci.
Non, on est très très loin.
Oui, donc déjà , évidemment, M. Macron est en difficulté, mais ça ne justifie pas un gouvernement d'Union Nationale. Et il le sait très bien.
Quel serait l'intérêt pour les autres, en plus de faire ça ?
Mais aucun. C'est pour ça qu'il fait semblant de le proposer, pour pouvoir dire aux Français, peut-être qu'il commencera déjà à le faire ce soir, « Regardez, j'ai tendu la main aux différentes forces politiques. J'ai essayé de sortir de cette crise institutionnelle. » Parce que les Français, ils aiment bien le côté « si tous les gars du monde voulaient se donner la main ». Ça leur plaît. Ça fait partie des mythes fondateurs de notre vie publique. C'est l'unité nationale. Et donc il peut essayer, dans une stratégie politique, tactique, de remettre sur ses opposants la responsabilité de l'impasse dans laquelle nous nous trouvons.
Pas certain que les autres acceptent. Pas certain. Que peut-il dire au-delà du discours convenu ? J'ai entendu le message des Français. Je vous ai entendu. On sait qu'il est parfois un peu vague dans ses allocutions. Et parfois, de l'heure ce qu'il termine, bon, qu'en retenir ? Là , ce soir, je pense qu'il doit être plus concret, non ?
Oui. En général, d'abord, en général, il est trop long. Ah oui. Parce que c'est un de ses... Il s'y graisse. Voilà . C'est un de ses grands défauts. Le président de la République a parfois tendance à s'enivrer un petit peu de son propre discours. Et il me semble que c'est peut-être aussi cela que les Français ont rejeté. Ils veulent un rapport un peu plus direct, un peu plus concret et un peu plus précis avec leurs responsables politiques.
Ah bah tiens, si vous étiez l'un des conseillers d'Emmanuel Macron, là , trois choses qu'il doit dire ce soir. Allez, qu'il devrait dire, qu'il pourrait dire.
D'abord, je pense qu'il faut qu'il dise « j'ai entendu ce message de désaveu ». Je vous ai demandé une majorité claire, une majorité solide. Vous ne me l'avez pas donnée. J'ai entendu le message. Deuxièmement, qu'il nous donne une direction. Est-ce qu'il dit « je vais consulter les partis de gouvernement ». Socialistes, républicains, pour essayer de former une coalition avec eux. Il faut qu'ils donnent une feuille de route. Et puis je pense aussi qu'il faut qu'ils donnent une direction politique. Ce qui est difficile aujourd'hui, c'est qu'il n'y a pas vraiment de gagnants à cette élection, mais qui sont les gens qui progressent le plus ? C'est l'extrême gauche et l'extrême droite.
C'est le clan de Jean-Luc Mélenchon et le club de Marine Le Pen. Entre ces deux messages envoyés, est-ce qu'il y en a un qui choisit d'écouter davantage que les autres ? Bref, il faut qu'il nous donne un cap.
Un cap, mais toujours sous cette forme. Plutôt court, plutôt long. On a vu des fois des allocutions de moins de 10 minutes, des fois 25, 30, 35. Quel est le meilleur cadre, le meilleur équilibre ? Il vaut mieux faire court, non ?
Je pense qu'il va faire court parce qu'il me semble qu'il n'est pas prêt encore à dévoiler une stratégie nouvelle.
Oui, on a l'impression qu'il est plus forcé par l'actualité, obligé de répondre, obligé de s'exprimer à un moment ou à un autre, que vraiment annoncer quelque chose.
En tout cas, ce qui accrédite cette idée, c'est ce petit échange par communiqué interposé avec la première ministre. Celui-ci a présenté sa démission. Celle-ci, pardon, a présenté sa démission. Et Emmanuel Macron l'a refusé. Donc, s'il avait déjà un plan, évidemment, il n'y aurait pas eu cet échange. Et rien n'obligeait institutionnellement Elisabeth Borne à remettre sa démission. La Constitution ne dit pas, après une élection législative, le Premier ministre doit remettre son poste entre les mains du président de la République. Donc, s'ils ont choisi cet échange, c'est un petit message qui a été envoyé en disant, pour l'instant, je ne bouscule pas le dispositif.
Donc, sauf grande surprise, moi, ce que je pense, c'est que le président va dire, je vous ai entendu et je consulte pour essayer de trouver un chemin. Je ne sais pas si vous avez vu, il y a eu plusieurs sondages qui disaient que les Français étaient favorables à une forme de cohabitation, c'est-à -dire à une forme de gouvernement commun. Alors, on n'ira pas jusqu'à l'Union nationale, mais il peut tendre la main, encore une fois, soit sur sa gauche, soit sur sa droite, ou les deux, d'ailleurs, peut-être, et ce serait un moyen de dire aux Français, j'ai compris que vous vouliez une nouvelle façon de gouverner.
Il est 20h et nous attendons, évidemment, les images de l'Élysée et cette allocution d'Emmanuel Macron, le président de la République, qui s'exprime trois jours après la défaite, enfin, la défaite, oui, il n'a pas gagné, totalement. Il a gagné, il a la majorité, la majorité relative, et il s'exprimera donc devant les Français d'un instant à l'autre. Depuis l'Élysée, on suivra tout ça, on analyse tout ça avec Guillaume Roquet à la fin de cette allocution.
Tiens, Guillaume, est-ce que ce soir, il peut donner, en attendant, je me meuble un petit peu, en attendant que les images nous arrivent, évidemment, est-ce qu'il peut nommer précisément, vous me parliez de ça, ça m'intéresse, Elisabeth Borne ? Ah, le président de la République, il est là , et on l'écoute.
Il y aurait la forte abstention qui nous oblige tous à redonner davantage de sens à nos actions collectives, de lisibilité au grand rendez-vous démocratique. Voter est essentiel pour l'avis de la nation, pour ses grands choix, et très clairement, ce n'est plus ressenti par tous. Je ne peux pas davantage ignorer les fractures, les divisions profondes qui traversent notre pays et se reflètent dans la composition de la nouvelle Assemblée. Elles expriment des inquiétudes, le sentiment d'avoir des vies bloquées, pas de perspectives dans nombre de nos quartiers populaires comme dans nos villages.
Ces élections législatives ont fait de la majorité présidentielle la première force politique de l'Assemblée nationale. Toutefois, et c'est un fait nouveau, et comme dans la plupart des démocraties occidentales, qu'il s'agisse de l'Allemagne, de l'Italie, de beaucoup d'autres, aucune force politique ne peut aujourd'hui faire les lois seule. Il a manqué une trentaine de députés sur 577, et la majorité présidentielle est en effet relative. Sa responsabilité est donc de s'élargir, soit en bâtissant un contrat de coalition, soit en construisant des majorités texte par texte.
Oui, pour agir dans votre intérêt et dans celui de la nation, nous devons collectivement apprendre à gouverner et légiférer différemment. Bâtir avec les formations politiques constituant la nouvelle Assemblée des compromis nouveaux dans le dialogue, l'écoute, le respect. C'est ce que vous avez souhaité, et j'en prends acte. Cela ne doit pas vouloir dire l'immobilisme, cela doit signifier des accords, en prenant le temps de les faire, par le dialogue, le respect, l'exigence. J'entends et suis décidé à prendre en charge la volonté de changement que le pays a clairement exprimé.
Parce que c'est mon rôle comme garant de nos institutions, j'ai échangé hier et aujourd'hui avec les dirigeants de l'ensemble des formations politiques qui sont en capacité de constituer un groupe à l'Assemblée nationale. Je crois retranscrire avec justesse la teneur de nos entretiens, en soulignant d'abord que tous ont fait part de leur respect pour nos institutions et de leur volonté d'éviter un blocage pour notre pays. Je salue cet esprit de responsabilité et je souhaite qu'ils s'inscrivent dans la durée. La plupart des dirigeants que j'ai reçus ont exclu l'hypothèse d'un gouvernement d'Union nationale, laquelle d'ailleurs n'est à mes yeux pas justifiée à ce jour.
Beaucoup ont aussi fait part de leur disponibilité pour avancer sur des sujets majeurs et urgents pour votre quotidien, le pouvoir d'achat, le travail, les moyens d'atteindre le plein emploi, la transition écologique, la sécurité. Je crois qu'il est donc possible, dans le moment crucial que nous vivons, de trouver une majorité plus large et plus claire pour agir. Vous le savez, je suis convaincu de la nécessité du dépassement politique depuis le premier jour. Je l'ai largement pratiqué et il répond, je le sais, à l'aspiration de nombreux d'entre vous de sortir au fond des querelles et des postures politiciennes, de bâtir par le dialogue, le compromis, le travail collectif.
Je souhaite donc dans les prochaines semaines que ce dépassement politique se poursuive avec clarté et responsabilité. D'abord la clarté. Cela veut dire ne jamais perdre la cohérence du projet que vous avez choisi en avril dernier.
C'est un projet d'indépendance pour notre pays, la France, et dans notre Europe, que nous devons rendre plus forte, qui passe par une défense forte et ambitieuse, une recherche d'excellence, une industrie et une agriculture plus puissantes, par des investissements d'avenir, un projet de progrès sociaux, en particulier pour notre école et notre santé, qu'il faut refonder, sur lesquels nous devons réinvestir, un projet de progrès écologique, par une planification et des investissements assumés, un projet de sécurité et de justice, mais aussi un projet responsable, c'est-à -dire crédible et financé.
Pour ce faire, dès cet été, il nous faudra prendre, nous le savons, des mesures d'urgence pour répondre aux besoins du pays et de votre quotidien, une loi pour le pouvoir d'achat et pour que le travail paie mieux, des premières décisions pour aller vers le plein emploi, des choix forts sur l'énergie et le climat, des mesures d'urgence pour notre santé, qu'il s'agisse de notre hôpital ou de l'épidémie. Tous ces progrès ne sauraient être financés ni par plus d'impôts, ni par plus de dettes budgétaires et écologiques. C'est pourquoi notre pays, plus que jamais, a besoin de réformes ambitieuses pour continuer de créer plus de richesses, plus de travail et innover davantage.
Ça, c'est la clarté, la responsabilité ensuite. Il faudra bâtir, comme je l'expliquais, des compromis, des enrichissements, des amendements, mais le faire en toute transparence, à ciel ouvert, si je puis dire, dans une volonté d'union et d'action pour la nation, qui concerne toutes les forces politiques, à commencer par la majorité présidentielle, mais toutes les autres, mais aussi les forces vives, les partenaires sociaux, les élus, les associations, nous tous. Pour cela, il faudra clarifier dans les prochains jours la part de responsabilité et de coopération que les différentes formations de l'Assemblée nationale sont prêtes à prendre.
Entrer dans une coalition de gouvernement et d'action ? S'engager à voter simplement certains textes ? Notre budget ? Lesquels ? Pour avancer utilement, il revient maintenant au groupe politique de dire en toute transparence jusqu'où ils sont prêts à aller. Demain et vendredi, je vous représenterai au Conseil européen, où nous allons examiner en particulier la question décisive de la candidature à l'adhésion de l'Ukraine à notre Union européenne et du contexte géopolitique. Dès mon retour, à la lumière des premiers choix, des premières expressions des groupes politiques de notre Assemblée nationale, nous commencerons à bâtir cette méthode et cette configuration nouvelle.
Voilà , mes chers compatriotes, ce que ce soir je voulais vous dire. J'ai confiance dans l'esprit de responsabilité de tous. J'ai surtout confiance en vous, en nous. Vous avez en avril et en juin fait deux choix clairs et j'en prends acte. Ma responsabilité, c'est de les faire vivre et de les faire vivre à votre service pour que la France soit plus forte et que les réponses soient plus adaptées, construites différemment, mais plus adaptées aux défis de votre quotidien et du pays. Je n'aurai qu'une boussole que nous avancions au service de l'intérêt général.
Et j'ai confiance parce qu'ensemble nous avons traversé tant de crises, tant de difficultés ces dernières années, que je sais que tous ensemble nous trouverons le chemin de la réussite collective. Je vous remercie. Vive la République et vive la France.
Voilà pour cette allocution du président de la République. Huit minutes, huit petites minutes. C'était court, Guillaume Roquette. Première impression ?
On a le sentiment que le président de la République a suivi la feuille de route qu'on imaginait avant de l'entendre parler. C'est-à -dire que dans une première partie de son intervention, il a expliqué qu'il avait entendu le message. En n'omettant pas, il a eu raison de dire à quel point le niveau d'abstention, il y a quasiment un Français sur deux qui ne vote pas ou qui ne vote plus, était important. Il a compris qu'aucune force politique ne pouvait plus gouverner seule, ne pouvait plus faire voter les lois seule. Et ensuite, très vite, Emmanuel Macron est parti dans une phase de proposition, une phase constructive, en disant... Oui, il a refait un petit programme, là . Voilà , c'est ça.
Il a dit... Surtout, il a dit... Puisque nous ne pouvons plus, nous, la majorité, faire passer des lois tout seul, eh bien nous allons tendre la main aux différentes représentations de l'Assemblée nationale. Alors, il ne cite pas de parti. Il ne dit pas « Je fais des propositions à LR ou au Parti socialiste ou au Rassemblement national ou à la NUP. Pourquoi pas ? » Non, il dit... En gros, c'est une sorte d'appel aux bonnes volontés. Il attend que tous les groupes de l'Assemblée nationale disent un petit peu ce qu'ils sont prêts à faire, jusqu'à quel niveau de coopération ils sont prêts à aller. Ce qui est intéressant, c'est qu'il dit « Il ne faut pas perdre de vue la cohérence du projet ».
C'est-à -dire, en gros... — Oui, vous m'avez quand même élu il y a un mois et demi. Exactement. Vous m'avez élu président de la République. Alors, il commence par dire des phrases un peu générales avec lesquelles tout le monde est d'accord. Le progrès social, ben oui, ça, forcément. Le progrès écologique, qui serait contre ? Le progrès économique, naturellement. Ensuite, ça devient un petit peu plus précis parce qu'il dit « Il faut distribuer du pouvoir d'achat. Il faut prendre des mesures pour le climat et pour la santé, mais sans augmenter les impôts et sans augmenter la dette. » Donc ça veut dire qu'il va falloir trouver de l'argent ailleurs.
Et évidemment, c'est là que ça va devenir compliqué.
— Si on l'écoute, je sais pas ce que vous en pensez, mais il l'a presque voulu, en fait. Non ? Cette forme de système à l'allemande, à l'italienne, il a donné les exemples de ces deux pays. C'est presque mieux. Ben pourquoi pas ? Allons-y. Travaillons comme ça. Enthousiaste, presque.
— Oui, parce que d'abord, il faut bien qu'il fasse contre mauvaise sortie de bon cœur. En plus, parce qu'il sait que c'est une attente des Français. Il dit d'ailleurs, et c'est assez juste... — Oui, deux choix clairs. — Voilà . C'est ça. Alors il dit « Vous voulez qu'on travaille autrement. Vous voulez du compromis. Vous voulez du dialogue. Vous voulez du respect. C'est cette forme d'union à laquelle je faisais allusion tout à l'heure. » Et en même temps, il dit « Je n'oublie pas que vous m'avez élu président de la République.
Et c'est pour ça que la France ne peut pas fonctionner comme l'Italie ou comme l'Allemagne, où effectivement, les partis forment ensemble des coalitions, mais parce qu'ils sont libres de le faire. En France, vous avez une autre légitimité qui est celle du président de la République. Et c'est quand même lui qui mène le jeu.
— Le ton, il n'est pas abattu, là , le président de la République, presque enthousiaste ? On avait l'habitude dans ses allocutions de le voir le ton grave. Alors évidemment, pendant la pandémie, c'était somme toute normal. Mais là , je le trouvais enthousiaste, non ?
— Oui. Il a l'air assez serein. Peut-être qu'il se dit que ça peut être une période intéressante parce que... Vous savez, le président de la République, c'est un homme très intelligent. C'est un homme qui a eu plusieurs vies, notamment celle de banquier d'affaires. Et quand vous êtes banquier d'affaires, vous imaginez des deals. Vous vous dites « Tiens, il y a un chemin étroit pour rapprocher deux entreprises. Il faut réussir à faire des propositions qui peuvent convenir aux deux parties ». Et on a le sentiment que oui, il a déjà une forme de satisfaction à imaginer une autre façon de gouverner. Maintenant, il n'ignore pas que ça va être très compliqué.
— Oufu sur Twitch qui nous dit « C'était très flou, son discours. Je me demande s'il n'a pas pris la parole juste pour le symbole de dire qu'il est dans l'action. Oui. C'est ce qu'on disait au début. Il était un peu obligé, là , le président, quand même. »
— Oui. Parce qu'il dit « Je m'absente pour quelques jours ». Et en fait, il a renvoyé la balle aux parties qui sont minoritaires à l'Assemblée nationale en disant « Quand je rentrerai, je verrai bien quel est le degré de coopération dont ils font preuve ». Et c'est assez intelligent. C'est ce qu'on pouvait pressentir. — Oui. Alors il a dit « Bâtir en toute transparence à ciel ouvert ».
Sous-entendu, les Français vont vous regarder, mes chers amis de l'opposition. Ne faites pas n'importe quoi parce que je me priverai pas de vous montrer du dos en disant que c'est vous qui bloquez le pays.
— Exactement. Et les Français, ils veulent qu'on dialogue. Ils veulent du compromis. Ils veulent du respect. Donc si vous êtes dans une opposition trop franche, si vous êtes dans une volonté d'obstruction, alors je pourrais peut-être retourner la situation en ma faveur en disant « Moi, j'ai tendu la main et on n'y a pas répondu ».
— Pas de propos autour d'un gouvernement du non-national. Ça... — Non. D'ailleurs, il a dit...
Ce qui était un peu bizarre. Il a dit « On a parlé d'un gouvernement du non-national, mais en gros, ce n'est pas le moment ». Sauf qu'il n'y a pas de raison de pas croire Fabien Roussel quand il dit que c'est précisément ce que le président lui a proposé.
— Oui. Mais alors c'est très particulier parce qu'il l'aurait proposé à Fabien Roussel qui lui est sorti en disant « Oui, oui, il m'en a parlé. Pas à Olivier Faure ». Alors que bon, pourquoi Fabien Roussel et pas à Olivier Faure ? C'est toujours très compliqué.
— Eh ben écoutez, peut-être... — Ce qui s'est dit dans l'intimité de ces rendez-vous. — Oui. Et puis vous savez, on est dans une période assez compliquée. Donc qu'est-ce que fait le président de la République ? Il teste. Il teste des scénarios. Il fait des propositions qui ne sont pas complètement abouties.
— C'est-à -dire que par exemple, il est en train de discuter. Et il se dit « Tiens, si j'essayais ça, ça peut être comme ça au fil de la discussion ».
— Et puis si vous êtes intelligent, et Dieu sait que c'est son cas, vous pouvez laisser entendre à votre interlocuteur des choses que lui peut avoir comprises de façon très affirmative, alors même que vous ne les avez que suggérées. On est là . On le voit bien. On entre dans une période de tâtonnement. En gros, Emmanuel Macron dit « OK, on ne peut pas continuer comme avant. Il faut qu'on trouve des nouvelles solutions. Je ne peux plus gouverner tout seul. Donc qui même me suive et qui a présent à l'esprit l'intérêt des Français me suivra ». Évidemment, ça va devenir compliqué quand on va en arriver au concret.
— Oui. On va rentrer dans le dur. Rappelez-nous les prochaines échéances parce qu'il va falloir d'abord nommer un président de l'Assemblée nationale. Et puis après, on aura le 5 juillet le discours de politique générale d'Élisabeth Borne.
— Absolument. Alors le président de l'Assemblée nationale, il va être élu par les députés. Il y a des postes importants aussi qui doivent être pourvus, notamment la présidence de la commission des finances. Et vous savez que c'est un poste qui désormais échoua. C'est dans le règlement intérieur de l'Assemblée à un membre de l'opposition. Mais on ne dit pas à qui. — Et oui, quelle opposition ? Parce que tout le monde le veut et tout le monde semble pouvoir l'avoir, ou presque. — Exactement. Et puis il va y avoir effectivement ce moment important qui sera la déclaration de politique générale du Premier ministre, a priori d'Élisabeth Borne, puisqu'il ne l'a pas citée. — Ah non, pas du tout.
— On laisse entendre qu'elle est toujours dans le circuit. Mais vous remarquez quand même que sous la Ve République, c'est le Premier ministre qui est le chef de la majorité. Or, n'en ayant pas citée, on voit qu'il ne lui donne pas un rôle central. Donc en gros, elle est là , mais c'est pas elle qui est moteur. — Ah oui, oui, oui, oui, j'entends.
C'est-à -dire que la citée aurait été lui mettre une forme de pression, mais ne pas la citer, c'est dire « Bon, elle n'est pas si importante que ça ».
— En tout cas, il n'a pas dit « J'ai chargé madame la Première ministre de contacter les différents groupes parlementaires en vue d'imaginer une éventuelle coalition ». Et d'ailleurs, c'est lui-même. qui reçoit les responsables de partis depuis lundi. Et il l'a fait. Par exemple, quand il a reçu Christian Jacob, il l'a fait seul. Elisabeth Borne n'était pas là . C'est dire l'importance qu'elle a ou qu'elle n'a pas dans le dispositif.
— Connaissant un petit peu Emmanuel Macron, et vous le connaissez mieux que moi, il a envie de prendre les choses en main. Voilà . Ça doit presque stimuler, l'exciter politiquement de pouvoir vivre une nouvelle page comme ça de sa politique et tenter autre chose. Et prendre les choses en main, il ne va pas déléguer.
— Alors en tout cas, ce qui est certain, c'est qu'il occupe pleinement, depuis le début de son premier quinquennat, le fauteuil du président de la République. C'est vrai que, même s'il n'a jamais dit, comme Nicolas Sarkozy, que le premier ministre était un collaborateur, on va dire qu'il n'en pensait pas moins. Et donc le paradoxe, c'est qu'il est peut-être le premier responsable de ce qui se passe, puisque c'est à lui que les Français n'ont pas voulu donner une majorité claire et solide, celle qu'il a appelée de ses voeux. Et en même temps, effectivement, la solution ne peut venir que de lui, parce que c'est l'interlocuteur des Français.
Dès qu'en France, il se passe quelque chose d'important, y compris d'un point de vue institutionnel, c'est vers le chef de l'État qu'on se tourne.
— Et d'ailleurs sur YouTube, Wapwap qui nous dit « À quoi sert Borne ? ». Et oui, on va peut-être se poser la question à terme. Les spécialistes de la communication politique s'en chargeront. Mais un mot quand même, Guillaume Roquet, sur ce cadre-là , le jardin, le bleu autour. Est-ce que vous y voyez quelque chose ? Ou pas forcément. On n'est pas obligé de voir des symboles partout.
— Écoutez, oui, quand vous faites des choix, ça a toujours un sens. Le président de la République aurait pu être assis à son bureau. Ça aurait été plus solennel. Là , il est dans un cadre presque champêtre, celui du jardin, comme si on était dans un moment important, mais qui n'était pas forcément un moment dramatique. Je ne dis pas que ça relativise la crise que nous traversons, mais on va dire que ce n'est pas le degré maximum de solennité.
— Maintenant qu'attendre d'Emmanuel Macron dans les jours à venir. Alors on sait qu'il a cette tournée européenne, cette séquence internationale. Mais il va devoir remettre les mains dans le cambouis très vite. Quel est le programme ? Comment il va devoir agir ?
— Alors il l'a dit. Il a dit « Je pars pour quelques jours vous représenter à la fois au niveau européen, puis au sommet de l'OTAN à Madrid. Et ensuite, quand je rentrerai, je ferai le point pour savoir si les principaux groupes politiques de l'Assemblée nationale ont reçu mon message, s'ils acceptent de saisir la main que je leur tends ». Et on peut imaginer que le discours, quand il rentrera, sera déjà un petit peu moins consensuel, qui dira « Regardez ». — Ah, il est plus dans le combat. — Ben, c'est pas exclu. Parce que là , évidemment, c'est quand même lui qui a été mis en échec. Donc il peut pas apparaître comme « l'agresseur ».
Mais son idée, c'est qu'une fois que ce principe de coopération, voire peut-être de coalition, aura infusé dans l'opinion publique, s'il y a un refus des autres partis, il pourra le leur reprocher et prendre les Français à témoin.
— Adeline qui me dit sur lefiguro.fr « Macron n'a plus de réélection, n'a plus de mandat après celui-ci. Il n'est obligé à rien, finalement ». Est-ce qu'il peut se dire « Eh ben, je ne respecte rien », au sens un peu supérieur. Mais vous voyez ce que je veux dire. Bon ben, je fais ce que je veux. Et puis on verra bien. Et puis après, moi, le désert. Et puis j'y vais, quoi.
— Alors il pourrait effectivement se contenter d'être un président qui inaugure les chrysanthèmes, comme sous la 4e République, d'avoir un simple rôle à la fois de représentation institutionnelle et d'un rôle international, puisque c'est traditionnellement la mission du chef de l'État. Sauf que, comme il l'a dit au début de son intervention, le pouvoir, la responsabilité d'une majorité, ça consiste à faire passer des lois. Il y a, il l'a dit, les urgences dans le pays. Donc il ne peut pas rester comme une sorte de roi fédérant à dire « Bon ben, puisque vous ne m'avez pas donné de majorité, ben voilà , on ne fait plus rien, on reste comme ça ». Ce serait incompréhensible pour les Français.
— Merci beaucoup, Guillaume Roquette. Je crois qu'on a fait le tour de ce débrief, comme on dit, de cette allocution courte. Vous attendiez cela. Est-ce qu'il a été assez clair ? Allez, tiens, le mot de la fin. On s'attendait. Des fois, on le trouve un peu vague, un peu long. Est-ce que là , il a été clair, précis, concis ?
— Alors oui, je pense qu'il a été assez clair. Je tends la main et j'attends de voir si on l'a saisi. Il me semble que c'est un message qui, à la fois, est relativement concis et qui correspond à l'état d'esprit des Français aujourd'hui. Je trouve que, politiquement, c'est une séquence qui est plutôt bien jouée.
— Sans prendre trop de risques. Et on attend de voir. Merci beaucoup, Guillaume Roquette. Évidemment, on continue à parler de cette allocution. On en parlera demain. On aura d'autres lives sur Figaro Live sur cette allocution, sur la politique, sur les jeux politiques et sur les déplacements d'Emmanuel Macron, évidemment, qui est à Bruxelles demain. Merci de nous avoir suivis. Excellente soirée sur Figaro Live.
Emmanuel Macron