FIN DU CONFINEMENT, DÉBUT DE LA RÉVOLTE ?
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Chapitres
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« Maintenir la pression dans la rue, c'est aussi une manière de préparer les discussions qui s'annoncent houleuses avec Emmanuel Macron et l'exécutif. »
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« Un plan massif d'investissements et de revalorisation de l'ensemble des carrières sera construit pour notre hôpital. »
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« Chaque député va avoir sa grande idée pour faire parler de lui cinq minutes à la télé le soir, ça suffit. »
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« Un décret sur les primes, c'était le premier engagement, et là on a parlé des choses sérieuses c'est à dire la refondation de l'hôpital et des systèmes de santé. »
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« Nicole Notat est rentrée dans l'histoire pour avoir trahi le mouvement social lors des grandes grèves de 1995. »
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« Presstalis, la société de distribution des journaux, a déposé le bilan et se bat pour ne pas être complètement liquidée. »
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Un module diffusé les lundis et les vendredis. Aujourd’hui, nous allons parler...
Du déconfinement des colères qui est enfin là en France, et de la solidarité envers les soignants qui se manifeste dans les rues. Des solutions ou des non-solutions d’Emmanuel Macron face au malaise de l’hôpital public. Du fichage de salariés à la RATP, et de ce qu’il nous dit sur l’atmosphère détestable qui règne dans les entreprises publiques de transports en commun.
Nous allons aussi nous poser une grande question philosophique : faut-il laisser mourir la presse française qui est dans le coma après le confinement et ses conséquences ? C’est parti. Je ne sais pas pour vous, mais moi j’ai envie de danser.
Gilet jaune ! Gilet jaune ! Ben quoi ?
On a quand même le droit de célébrer le déconfinement des colères, non ? La manif-symbole de ce top départ a eu lieu à l’intérieur et devant l’hôpital Robert Debré de Paris. On visualise bien la convergence entre les soignants, les gilets jaunes et autres militants.
On sent aussi le désir d’écrire ensemble, mais de manière très pratique, une sorte d’agenda des luttes à venir, et en creux une sorte de programme politique. Devant tous les hôpitaux de France, les rassemblements se multiplient et comportent tous la même exigence : une rupture avec tout ce qui a été fait sur les 30 dernières années toutes les politiques publiques, une vraie redistribution des richesses et un financement pérenne des hôpitaux publics. Maintenir la pression dans la rue, c’est aussi une manière de préparer les discussions qui s’annoncent houleuses avec Emmanuel Macron et l’exécutif, qui étaient tout sucre tout miel au plus fort de l’épidémie.
Nos soignants qui se battent aujourd’hui pour sauver des vies se sont hier battus, souvent pour sauver l’hôpital, notre médecine. Beaucoup a été fait, sans doute pas suffisamment vite, pas suffisamment fort. L’engagement que je prends ce soir pour eux, et pour la nation toute entière, c’est qu’à l’issue de cette crise un plan massif d’investissements et de revalorisation de l’ensemble des carrières sera construit pour notre hôpital.
C’est ce que nous leur devons. Le temps de tenir les promesses est venu, et on ne peut pas vraiment dire que la confiance règne. Surtout quand le gouvernement envoie des signaux plutôt curieux à l’opinion.
On a d’abord eu la grande idée du don de congés payés aux soignants. Faire don de ses congés payés pour remercier la mobilisation des soignants. L’initiative proposée par une centaine de députés de la majorité est accueillie favorablement par la ministre du Travail mais ne réjouit pas forcément les principaux intéressés.
Chaque député va avoir sa grande idée pour faire parler de lui cinq minutes à la télé le soir, ça suffit. Et puis, il y a eu la grande idée des médailles de l’engagement. Des médailles qui énerve bon nombre de soignants.
Et leur énervement énerve notre bien-aimé président. Vous pensez qu’on a vraiment besoin d’une médaille ? La fameuse médaille qui a été annoncée.
Si vous n’en voulez pas vous ne la prenez pas. Ah oui c’est sûr mais aujourd’hui c’est surtout pour le personnel...
Aujourd’hui vous savez ce qui est sorti ? Un décret sur les primes, c’était le premier engagement, et là on a parlé des choses sérieuses c’est à dire la refondation de l’hôpital et des systèmes de santé. Je viens de voir votre représentant pendant un petit moment...
Ouhlala… Le langage non-verbal de notre premier de cordée… Wow… Fermons les yeux et imaginons le à son retour à l’Elysée Mais il m’énerve ce peuple, il ménerve ! Ahlala… quel génie incompris… Tenez, avec son ministre Olivier Véran, il a choisi Nicole Notat, l’ancienne patronne de la CFDT, pour diriger le “Ségur de la santé”. Le grand raout qui doit en finir avec, et je cite, la paupérisation des personnels soignants...
Pourquoi y a-t-il toujours des esprits mal tournés pour rappeler que Nicole Notat est rentrée dans l’histoire pour avoir trahi le mouvement social lors des grandes grèves de 1995 ? Dire que madame Notat va être chargée de ça c’est comme si on demandait à Poutine de faire un rapport sur les droits de l’homme. Oulala… la punchline… Bref, le Ségur de la santé doit commencer ce lundi au ministère de la Santé.
Qui se trouve Avenue de Ségur justement. Ils en avaient marre des “Grenelle” de tout et de rien, donc maintenant c’est le Ségur… du nom d’un général de Louis XVI entré dans l’histoire pour avoir signé un édit empêchant les roturiers d’être nommés officiers. La précision ne sert à rien mais vous pourrez faire les malins lors des repas de famille.
C’est une révélation de Mediapart qui fait froid dans le dos. Dans le centre de bus Bords-de-Marne, des responsables de la RATP ont alimenté un fichier tout à fait illégal, distinguant les salariés selon des critères comme le nom, le matricule et l’ancienneté, mais aussi les jours d’arrêt maladie et maternité, et les jours de grève. Un fichier qui remonte jusqu’en 2017.
Et qui a été utilisé pour préparer les avancements professionnels. C’est une pratique discriminatoire dès sa conception, et qui viole bien entendu la loi Informatique et libertés. La direction nationale de la RATP se désolidarise et condamne.
Mais de nombreux responsables syndicaux se demandent à haute voix si ce type de pratiques est seulement local. Alors même que la RATP est engagée dans un processus de harcèlement contre les figures de la grève de fin 2010-début 2011. Tout comme la SNCF, d’ailleurs.
Et j’en profite pour vous parler du hashtag #NonAuLicenciementDeEricBezou créé alors que la direction de la SNCF, avec l’aide des services de Muriel Pénicaud, veut se débarrasser de ce militant syndical. En parlant justement de Muriel Pénicaud… au Média, nous avons à plusieurs reprises évoqué le processus d’affaiblissement des inspecteurs du travail dans laquelle l’ancienne DRH de Danone s’est engagée. Un processus qui date d’assez longtemps, et qui est passé par une réduction des effectifs et des contrôles, avec une descente aux enfers en 2015, sous François Hollande, et une timide remontée depuis.
La Cour des comptes, qui passe un peu pour l’oncle Picsou des institutions, surprend un peu tout le monde et demande plus de moyens humains, c’est-à-dire une augmentation du personnel, surtout dans l’après COVID, alors qu’il sera important de vérifier les conditions sanitaires au travail. Un des secteurs qui va le plus souffrir de la crise économique qui s’ouvre est celui des médias. Les nouvelles ne sont pas bonnes.
Déjà, Presstalis, la société de distribution des journaux, a déposé le bilan et se bat pour ne pas être complètement liquidée. Et c’est au même moment qu’on constate que le gâteau publicitaire a énormément baissé avec le confinement. Les fragilités des entreprises de presse vivant de la pub ne peuvent plus être masquées.
Le groupe Altice de Patrick Drahi semble en pleine crise de panique. Il se débarrasse du quotidien Libération, qui va finir entre les mains d’une entreprise à but non lucratif, mais dans le cadre d’une transition contrôlée par le boss. Un schéma qui ressemble à celui qu’évoquait il y a six mois l’économiste Julia Cagé.
Si on prend le cas de Jeff Bezos et du Washington Post, il n’y a absolument aucune différence en terme d’indépendance des journalistes. Dans une situation où Jeff Bezos comme aujourd’hui est actionnaire à titre individuel du Washington Post, et une situation où il aurait créé la fondation Bezos pour les médias avec une gouvernance de la fondation qui lui appartiendrait entièrement. Pendant ce temps, dans les couloirs de BFM et RMC, on ne parle que des plans de départ, volontaires ou non.
Bon, je vous vois ricaner d’ici. Je m'en fous comme de l’an 40, tu m’entends je m’en fous ? Mais alors je m’en fous, je ne peux pas te dire à quel point je m’en fous.
Je n’en ai vraiment rien, rien, rien à foutre. Je dois vous avouer un truc : je vous comprends. Surtout depuis que j’ai vu, dans un kiosque, cette Une de L’Express.
Forcément, on se demande si c’est le gouvernement qui parle. Et c’est pareil quand on allume la télé. 63 plaintes contre des membres du gouvernement viennent d’être déposées en justice.
A chaque fois des procédures liées aux morts du Covid-19. Je suis très mal à l’aise avec ces plaintes parce que je ne crois pas du tout à la thèse de "l’exécutif savait le 15 janvier et n’a rien dit." Je pense que la judiciarisation est un processus dangereux qui relève de la recherche de bouc-émissaire.
On parle quand même d’une pandémie mondiale. On va aller des comptes aux commerçants du marché chinois de Wuhan, au président chinois dont on n’est pas très sûrs qu’il ait été d’une totale clarté dans tout ça. C’est sans fin !
Je vous comprends quand je lis une petite tweet-clash entre Jean-Louis Rocca, spécialiste de la Chine et Pierre Haski, vieux routier du journalisme, président de Reporters sans frontières depuis 2017. Tout commence par Jean-Louis Rocca qui relaie un constat. J'ai récemment discuté avec une amie qui a passé le confinement à la campagne sans beaucoup d'internet.
Elle était atterrée par ce qu'elle a appris à son retour sur les violences policières, le racisme social, l'autoritarisme triomphant, l'arbitraire conquérant. N'ayant eu accès qu'à la presse "officielle" (grands journaux), elle a découvert ce qui se passait grâce aux médias "alternatifs" ou sur twitter. Et ce matin, je me suis dit tiens finalement c'est un peu comme en Chine, pour être informé il ne faut pas lire la presse officielle.
Heureusement qu'il y a des "journalistes d'investigation", des "journalistes citoyens", des "journalistes alternatifs" pour savoir ce qui se passe en France. Merci à eux. En gros, il note que certaines infos “dérangeantes” sont peu ou pas traitées par les médias mainstream.
Qui peut nier cette évidence ? Eh ben, c’est le président de Reporters sans frontières. Juste après le vote de la loi Avia, juste après de longs mois de violences policières qui ont durement touché des journalistes de terrain justement fort peu défendus par Reporters sans frontières.
Jean-Louis, tu peux me rappeler combien d’entre eux sont en prison en France, combien de personnes travaillent pour la censure en France...
Ce parallélisme est insultant pour les journalistes, et pour l’intelligence. C’est insultant pour les journalistes, ou désagréable à entendre pour le gouvernement ? Faut-il attendre que la France ressemble strictement à un régime autoritaire typique pour relever des parallèles préoccupants ?
Jean-Louis Rocca s’énerve. C'est insultant de dire que des journalistes français se font casser la gueule, emmener en garde à vue, empêcher de travailler? Il n'y aurait donc que les journalistes mis en prison qui auraient le droit de protester ?
Les autres ma foi n'auraient eu que de petits ennuis bien véniels. Dire qu'il se passe des choses que l'on ne retrouve généralement que dans des régime comme la Chine c'est au contraire défendre la liberté d'expression, dire que ces choses n'ont pas d'importance parce que c'est pire ailleurs c'est justifier la censure et la répression. La conversation se poursuit, mais je m’arrête là.
Effectivement, on peut se dire qu’une telle presse, si conformiste, si déférente, si proche sociologiquement et affectivement de la classe dirigeante, ne mérite pas d’être sauvée. On peut aussi se dire qu’il est temps de la redéfinir, de redéfinir un contrat de confiance, un mode de financement, un type d’organisation, un statut même de l’information comme bien et service public. Si vous pensez qu’il y a là une bataille à mener ou alors qu’on s’en fout et que les réseaux sociaux suffisent, dites-le en commentaire.
Voilà, c’est fini pour aujourd’hui. Rendez-vous lundi. Pour être informés de toutes nos émissions, abonnez-vous pour ceux qui ne le sont pas, et activez la clochette pour ceux qui le sont déjà.
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