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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 19 octobre 2025 20 min

Budget 2026 : Éric Coquerel appelle à "battre ce budget" qui "n’est pas bon pour le pays"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Eric Coquerel, vous êtes président de la commission des finances à l'Assemblée nationale, on est ravis de pouvoir échanger avec vous aujourd'hui parce qu'à partir de demain vous êtes très occupé, vous avez un rôle crucial au sein de cette commission avec le début de l'examen du budget. Alors on va parler en détail de cet examen mais sur l'esprit général d'abord, faute de majorité, le gouvernement va devoir négocier, encore plus que d'habitude avec les groupes parlementaires, vous vous en réjouissez ?

0:28
Éric Coquerel

Sur le principe oui, sauf qu'il nous a prévenu qu'en réalité il n'allait pas beaucoup négocier dès le départ. De quoi parlez-vous ? Par exemple ils ont expliqué qu'ils allaient être intraitables sur les équilibres, bon les équilibres c'est en réalité la structure même du budget. Est-ce que par exemple vous diminuez le déficit en permettant qu'il y ait plus de recettes puisque vous savez que c'est ça qui explique l'explosion du déficit depuis 2017, c'est le fait que l'état s'est privé de recettes et en faveur des plus riches notamment, ou est-ce que vous allez attaquer par la face nord, c'est-à-dire la baisse des dépenses publiques, la baisse des prestations sociales, etc.

Le gouvernement a choisi cette deuxième option et il dit on ne va pas changer les équilibres donc on négociera dans ce cadre-là. Donc vous voyez qu'il n'est pas parti j'allais dire pour accepter tout ce que l'Assemblée pourrait lui imposer. Et il a notamment l'article 40 dont je suis dépositaire mais la constitution m'oblige à le respecter qui est une arme redoutable par exemple pour éviter toute dépense supplémentaire.

1:26
Présentateur

Mais il n'y aura pas de 49-3 c'est aussi ce qu'a dit Sébastien Lecornu donc ça veut dire qu'en l'état vous pouvez vous permettre de tout faire passer s'il y a une majorité.

1:32
Éric Coquerel

Eh bien non justement déjà au niveau dépense c'est ce que je viens de vous expliquer c'est très corseté et puis il y a d'autres façons de faire. Ça n'ouvre pas le jeu autant qu'on l'imagine. C'est-à-dire que ce qui se passe c'est... Alors certes le 49-3 est un vestige de la 5ème République qui est quasiment unique en Europe. Moi quand j'en parle à des géologues...

1:53
Invité

Mais là on ne l'utilisera pas donc quelque part ça permet d'adopter des...

1:57
Éric Coquerel

Oui mais sauf que vous avez d'autres méthodes. Par exemple vous avez une méthode qui consiste quand on démarre un budget deux semaines en retard comme on est là et qu'on n'a plus de marge à faire en sorte de laisser traîner les débats pour qu'au bout de 70 jours pour le budget de l'état, 50 jours pour le budget de la sécurité sociale on y reviendra sur le fameux amendement sur les retraites. Vous puissiez dépasser ces délais et dans ces cas-là le gouvernement figurez-vous applique le budget par ordonnance à le budget initial. Donc on voit bien que ça c'est par exemple une façon de faire. Il y a d'autres façons de faire. Je vous ai parlé de l'article 40.

Donc il y a tout un tas de mesures qui permettent en réalité au gouvernement d'essayer de peu changer son budget. Mais ce qui est vrai c'est que je pense que comme il n'a pas de majorité je pense qu'au final nous battrons ces budgets.

2:40
Présentateur

Mais Eric Coquel vous prêtez là des intentions au gouvernement. Aujourd'hui dans les temps on peut tenir les timings.

2:46
Éric Coquerel

Dans les temps on peut tenir ces timings mais c'est extrêmement serré. C'est ce que je suis en train de vous dire. On n'a plus un jour de marge. Avant on avait deux semaines de plus. Donc voilà. Si vous voulez je regarde comment agit depuis un an le pouvoir macroniste et un minoritaire dans les urnes minoritaires à l'Assemblée Nationale et essayant de passer coûte que coûte, quoi qu'il en coûte, ces budgets d'austérité, ces politiques antisociales. Vous me permettrez d'être méfiant.

3:10
Invité

Eric Coquel justement reprenons l'agenda de demain. C'est le début de l'examen du budget en commission. Juste sur la partie recette du budget. Les dépenses ça sera dans un second temps. Que les auditeurs nous comprennent bien. L'examen en commission c'est une première discussion avant les débats dans l'hémicycle avec des députés de tous bords mais en plus petit comité. C'est intéressant parce que ça permet souvent de voir les équilibres, les points de blocage, les points d'entente aussi. Comment ça va se passer concrètement à partir de demain en commission ?

3:35
Éric Coquerel

Ah bah concrètement on va regarder tous les amendements qui sont déposés en commission. Alors de mémoire il y en a eu à peu près 1800. On a essayé de faire des cibles. Moi j'ai essayé d'organiser par groupe.

3:44
Invité

Vous vouliez 1200. Vous aviez dit pas plus 1200 parce qu'il faut qu'on ait le temps de regarder.

3:47
Éric Coquerel

C'est une cible. Vous savez le droit d'amendement est constitutionnel. D'ailleurs le socle commun qui a débordé un peu. Oui c'est ça qui est paradoxal. Vous avez raison de le noter. C'est-à-dire qu'on a des budgets. En général qu'est-ce qui se passe dans un budget ? Les groupes gouvernementaux amendent très peu puisqu'ils sont d'accord avec le budget. Normalement c'est les groupes d'opposition. Et là c'est l'inverse. C'est-à-dire que c'est les groupes gouvernementaux, ce qui me met une petite aussi alerte sur la question des délais, qui ont le plus amendé et qui ont finalement le moins fait d'efforts par rapport aux cibles qu'on s'était fixé collectivement.

Malgré tout il y a quand même eu une... Depuis un an on a quand même réussi à baisser le nombre d'amendements qui fait que je pense qu'on devrait parvenir en commission à tous les examiner. Mais le vrai enjeu ça va être la séance.

4:29
Invité

Et concrètement vous, chez LFI, vous espérez faire passer quels amendements ? Quelles sont vos priorités ?

4:34
Éric Coquerel

Bah nous notre programme.

4:36
Invité

Alors ce ne sera pas tout le programme.

4:37
Éric Coquerel

Non mais je n'ai pas dit ça. Vous me dites qu'est-ce qu'on va essayer de faire. Donc on a un programme, c'est le programme UNFP. Nous on y reste fidèle. Et donc on a un certain nombre de mesures qui en gros va chercher du côté des recettes, notamment la taxation des plus riches, des grandes entreprises.

4:52
Invité

La fameuse taxe Zucman ou quelque chose qui ressemble.

4:55
Éric Coquerel

L'ISF climatique, un rétablissement de l'ISF avec une variante climatique. Il y a aussi des taxes sur les dividendes. En finir avec la flat tax et le bouclier social du capital. En gros on a des mesures. Si on les faisait toutes passer, on aurait au moins une centaine de milliards de recettes qui arriveraient. Et vous voyez qu'on n'aurait pas besoin d'aller baisser les dépenses publiques et on récupérerait même de l'argent pour l'investissement. Mais je ne me fais pas d'illusion, aujourd'hui dans la séance, en commission et dans la séance, il n'y aura pas de majorité pour passer beaucoup de ces mesures.

Notamment parce que le Rassemblement National me semble engager la discussion budgétaire sur un côté un peu plus libéral, néolibéral que l'an dernier.

5:32
Présentateur

L'an dernier justement vous aviez réussi à faire passer une série d'amendements pour un coût total de 50 milliards d'euros. Plus que ça, 60. 60, il n'y a pas eu d'effet parce que tout est tombé à l'eau avec la chute du gouvernement.

5:42
Éric Coquerel

Tout a été battu parce qu'il y a une alliance entre le Rassemblement National et le socle commun qui n'ont pas voté le budget qu'on avait réussi à aborder. Oui, aussi, effectivement. Mais votre objectif c'est quoi aujourd'hui ? Aujourd'hui, très clairement, je ne pense pas cette fois-ci que nous allons réussir à imposer un budget dit NFP compatible. On l'a essayé il y a un an, on était arrivé dans les amendements, on s'aperçoit qu'après il y a eu un espèce de bloc réactionnaire qui a empêché de le faire. Et puis depuis un an, on a l'habitude, c'est que ce gouvernement et le pouvoir macroiste ne veulent rien lâcher par rapport à ça.

Aussi, une autre problématique, c'est que le NFP arrive moins soudé, moins uni, puisque M. Fort a tenté d'aller négocier avec le gouvernement. Il lui-même dénonce désormais, enfin en tout cas dit qu'il n'est plus lié au problème du NFP.

6:28
Présentateur

Il dit qu'il n'y a pas eu d'accord, qu'il n'y a pas eu d'échange en tout cas.

6:30
Éric Coquerel

Bon, écoutez, ce que je constate, c'est qu'entre ce que dit le Premier ministre pour essayer d'obtenir la non-censure des socialistes et ce qui était sorti du bureau national du Parti socialiste, ça se ressemble étrangement. Mais aujourd'hui, la censure est toujours possible. Ils sont d'accord au moindre mot. Oui, oui, d'accord, mais je parle de la censure. Il y a un an, les socialistes, avec nous, avaient voté la censure de M. Michel Barnier avant qu'on engage le débat. Là, ça n'a pas été le cas. Donc, je constate, je ne sais pas si c'est de l'accord, mais ils sont entendus au moins au moins près sur les formules qui permettaient la non-censure.

Donc, on n'est pas dans le même cas de figure. Donc, très clairement, on va jouer notre travail parlementaire. Nous, on le fait toujours, France Insoumise, pour essayer de modifier ce budget. Je ne crois pas qu'on y parviendra dans le cadre d'un budget que nous pourrions du coup voter. Et donc, l'objectif, je vous le dis très clairement, ça va être de battre ce budget parce qu'il n'est pas bon pour le pays.

7:17
Invité

Éric Coquerel, depuis l'année dernière, le budget et l'état économique de la France s'est dégradé. On voulait vous faire réagir aux propos de Roland Lescure. Il s'exprimait hier matin sur France Info. Ce que je leur dis, c'est soyons responsables. C'est vraiment à nous. Et quand je dis nous, c'est à la fois le gouvernement et le Parlement de convaincre les observateurs, les agences de notation, les marchés financiers. Mais il faut continuer à rassurer les investisseurs et les agences de notation. Alors, Roland Lescure, il s'adresse à vous, les parlementaires, l'opposition également. Il réagit après la dégradation de la note de la France par S&P, de A à moins à A+, on l'a appris avant-hier.

Concrètement, est-ce que vous pouvez au moins être d'accord avec lui sur l'objectif, c'est-à-dire de maintenir la trajectoire, l'impératif de rester sous les 5% de déficit pour assurer les marchés et les agences ?

8:02
Éric Coquerel

Déjà, je l'appellerais lui et ses collègues à être responsables. Il le dit qu'il doit l'être aussi. Ceux qui sont irresponsables depuis un an, parce que c'est ce qui explique notamment toutes les notes des agences de notation quand ils dégradent. Le nôtre, c'est l'instabilité politique. C'est-à-dire que si on regarde depuis un an, par exemple, on a perdu quasiment 10 milliards d'euros cette année de croissance du fait des décisions des gouvernements de s'imposer coûte-coûte alors qu'ils sont minoritaires.

8:27
Invité

Mais sur les 5% de déficit, vous êtes d'accord ?

8:29
Éric Coquerel

Déjà, il faudrait qu'ils soient responsables et qu'ils arrêtent d'appliquer une politique qui a été minoritaire dans les urnes il y a un an. Deuxièmement, il faudrait qu'ils arrêtent de jouer les alarmes. Vous savez, comme l'avait fait M. Bérou sur le thème. M. Lesqueur le fait moins, je tiens à le dire. Mais M. Bérou sur le thème, on est près de la faillite, le FMI arrive à la porte. Enfin, toutes choses qui sont des absurdités totales et qui finissent par inquiéter, effectivement, les marchés et les agences de notation. Et puis, troisièmement, dans l'agence de notation que vous notez, ils indiquent que la réduction du déficit peut se faire de deux manières.

Elle peut se faire par la baisse des dépenses publiques. Le problème, c'est que la baisse des dépenses publiques, figurez-vous, ça a un aspect récessif sur l'économie. L'an prochain, l'OFCE vient de sortir une analyse. C'est une institution qui travaille sur l'économie qui estime que ça va avoir un effet récessif de 0,8 point sur la croissance. Ou alors, on peut le faire sur les recettes que nous proposons.

9:19
Invité

Pardonnez-moi, vous n'avez pas répondu sur l'objectif de rester sous les 5% de déficit. C'est important, c'est une trajectoire, c'est un engagement de la France ?

9:28
Éric Coquerel

Oui, c'est un engagement de la France, mais je pense que dans la situation où nous sommes aujourd'hui, c'est-à-dire une situation économique mauvaise, où la consommation intérieure baisse. Or, la consommation intérieure, c'est la moitié du PIB dans ce pays. On ne doit pas prendre des mesures récessives. Pourquoi ? Parce que si vous prenez des mesures récessives, en réalité, non seulement vous allez attaquer le pouvoir d'achat des Français, vous allez produire une politique négative, mais figurez-vous à la fin, vous n'avez pas la réduction des déficits attendus. Donc, moi, le problème n'est pas de dire, il faut respecter 0,5, etc., etc., à la virgule près.

C'est de mettre en place la bonne politique économique qui, sur 3-4 ans, nous permet à la fois de relancer l'économie, de faire une bifurcation écologique et également de réduire les déficits. Et or, la politique menée aujourd'hui et proposée aujourd'hui n'est pas une bonne politique. Elle va faire exactement l'inverse.

10:15
Présentateur

Mais vous entendez aussi ces Français qui disent qu'ils épargnent plus, ces entreprises qui investissent moins, qui embauchent moins. Il y a une crise qui se ressent, qui est là.

10:23
Éric Coquerel

Bien sûr. À partir du moment où la consommation intérieure baisse et que vous avez un pays qui est quand même très lié à cette consommation intérieure, les carnets de commande des entreprises diminuent. À partir du moment, par exemple, l'État va, cette année, diminuer tous les budgets des ministères. Les budgets des ministères, c'est aussi des commandes publiques. Quand il y a moins de commandes publiques, par exemple, dans l'écologie, puisque depuis deux ans, on baisse les budgets de l'écologie, alors qu'il faudrait les augmenter de près de 40 milliards, si on voulait respecter les accords de Paris, ça a des effets sur les carnets de commande.

Toute cette politique anémie l'économie française. C'est ça que je condamne presque le plus, en plus du caractère inégalitaire qu'elle propose.

11:00
Présentateur

Éric Coquerel, vous restez avec nous. Dans un instant, on va évoquer la suspension de la réforme des retraites. Et ses conséquences, ce sera après le fil infos à 8h45 avec Diane Ferschit sur France Info.

11:10
Invité

Une nouvelle dépouille d'otages identifiée en Israël. Il s'agit de l'un des deux corps rendus cette nuit par le Hamas qui porte à 12. Le nombre de dépouilles récupérées par Israël sur les 28 attendus au total. Le Hamas affirme que la fermeture du point de passage de Rafa entre la bande de Gaza et l'Egypte entraîne des retards dans la récupération des corps. En France, le débat parlementaire sur la fin de vie devra être tranché avant l'élection présidentielle. C'est ce qu'affirme ce matin Maude Bréjon. La porte-parole du gouvernement s'exprime dans le Parisien aujourd'hui en France. Deux propositions de loi sont concernées. Les débats avaient été interrompus par la crise politique.

Demain, l'Assemblée nationale débute en commission l'examen du budget. Un foyer de grippe aviaire détecté dans un élevage de canards. Dans le Lot-et-Garonne, les 2000 animaux vont être abattus afin d'éviter la propagation du virus. C'est ce que précise la préfecture. Une zone de protection de 3 kilomètres a été mise en place autour du site contaminé. La France affronte la Roumanie en finale du championnat d'Europe par équipe de tennis de table. Aujourd'hui, ça se passe en Croatie. Des bleus emmenés par les frères Lebrun. Cela fait 27 ans que la France n'a pas décroché le titre dans la compétition finale qui débutera à 17h.

12:17
Présentateur

Éric Coquerel, député insoumis et aussi président de la Commission des finances, vous êtes toujours avec nous.

12:32
Invité

On va parler des retraites du Parti Socialiste aussi, grâce auxquelles ce gouvernement tient. Ils n'ont pas voté votre motion de censure dans leur majorité. Elle a échoué à 18 voix près. Vous comptez les récupérer comment la prochaine fois, les socialistes ?

12:46
Éric Coquerel

Écoutez, si on les récupère, en théorie, si comme je l'espère, on bat ce budget et que le gouvernement est censuré, j'espère qu'à ce moment-là, ce sera le cas. Parce qu'ils font un retour aux urnes. On ne peut pas continuer longtemps comme ça. Et vous savez que le retour aux urnes, nous, on souhaite que ça soit une présidentielle anticipée.

13:01
Invité

On va y venir, mais ils ont quand même obtenu une sacrée victoire avec cette suspension de la réforme des retraites. Est-ce que vous leur concédez le point ?

13:09
Éric Coquerel

Non, je ne leur concède pas le point. Pourquoi ? Parce qu'ils ont obtenu un sursis. C'est-à-dire qu'en gros, pour que les gens comprennent, la réforme des retraites n'est pas remise en question. L'allongement de l'âge jusqu'à 64 ans. Ce qui se passe, c'est que les gens vont gagner trois mois par rapport à ce qui était prévu, a priori. On ne sait pas jusqu'où ça va aller d'ailleurs. Mais en tout cas, les générations 64-65, ça va être le cas. Et en face de ça, ils sont aujourd'hui dans l'obligation, parce que sinon cet amendement qui est prévu dans le projet de loi de séance de la sécurité sociale ne passe pas. Pour le faire passer, ils sont quasiment obligés de voter ce projet de loi.

Et ce projet de loi, c'est un musée des horreurs sociales. On a rarement vu un projet de loi sur la santé aussi, j'allais dire, antisocial depuis le début de la cinquième revue.

13:53
Invité

Pardon, mais qu'on le comprenne bien, s'il passe par un amendement, vous ne votez pas l'amendement de la suspension des retraites, M. Coquerel ?

13:58
Éric Coquerel

Je vous donne juste un exemple pour bien comprendre. D'un côté, on dit aux retraités, bon, on va vous accorder trois mois sur la réforme qui est prévue, qui est totalement minoritaire dans le pays. Donc, c'est pour ça que nous, on dit qu'il n'y a que la brogation qui aurait dû être faite. Mais d'un autre côté, on leur prend 3,7 milliards d'euros, soit à travers les indexations de pensions, gel de l'impôt sur le revenu, etc., qui vont condamner. Donc, d'un côté, on nous dit, pour faire passer cet amendement, il faut voter pour un projet de loi qui prend 3,7 milliards d'euros. Donc, vous ne voterez pas l'amendement ? Non, on ne votera pas le projet de loi de finances de la sécurité sociale.

On verra bien comment l'amendement est écrit pour l'instant.

14:31
Invité

L'amendement sur la suspension des retraites, vous n'êtes pas certain de le voter ?

14:35
Éric Coquerel

On verra bien comment l'amendement est écrit pour l'instant.

14:36
Invité

Comment vous justifieriez auprès de vos électeurs ? Oui, mais je cherche à comprendre, c'est important aussi.

14:42
Éric Coquerel

On ne sait pas comment est écrit l'amendement, d'accord ? Donc, nous, on a l'habitude, quand un amendement va dans le bon sens, de le voter. Donc, on va bien voir ce qu'il y a dans l'amendement, parce que, furez-vous, on ne sait pas, par exemple, je ne rentre pas en les détails, mais si c'est l'application de la réforme qui est reportée, ou est-ce que c'est la réforme globalement ? Donc, ça, ça va faire des petits changements. Et, en tout cas, on ne mettra pas le doigt dans quelque chose qui, en réalité, fige la retraite à 64 ans et ne l'abroge pas. Donc, on verra bien l'amendement.

Mais ce qu'il faut bien comprendre, ce que les gens entendent, c'est qu'en réalité, cet amendement ne servira à rien si les groupes de gauche, si les oppositions vont jusqu'au bout et s'opposent à un projet de loi de finances qui est totalement délétère vis-à-vis des retraités, vis-à-vis des pensionnés, vis-à-vis des populations les plus précarisées. Donc, tout ça, c'est un jeu de dupe. Vous avez le sentiment que les socialistes se sont fait piéger ? En tout cas, si je suis aimable, je dirais qu'ils se sont fait piéger. Peut-être le savaient-ils, mais comme je suis aimable, je vais dire qu'ils se sont fait piéger.

15:41
Présentateur

Il y a un autre scénario qui se dessine depuis hier. Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen ont demandé au gouvernement de ne pas passer par un amendement, mais d'inscrire la suspension de la réforme des retraites dans le budget de la Sécurité sociale. Et avant son examen, ça permettrait, selon vous, que la suspension, justement, ne se fasse pas retoquer par le Conseil constitutionnel ?

15:57
Éric Coquerel

C'est un peu technique, mais... Je l'ai demandé également, c'est le constitutionnaliste Benjamin Moret qui a rappelé que si vous faites une lettre rectificative avec le projet de loi de finances, vous n'avez pas le défaut, en cas de dépassement des délais de soit de 50 jours, que les ordonnances restituent le texte initial et donc annulent l'amendement sur les retraites. Donc ça, ça réglerait au moins ce problème. Donc moi, je le demande. Par contre, ça ne réglerait pas le deuxième problème que je vous signale.

C'est que pour faire voter ça, pour faire voter cette mesure, il faut voter le projet de loi de finances de la Sécurité sociale, qui, d'en plus, je vous permets d'insister, est une catastrophe, y compris pour les retraités. Donc c'est là où le piège n'est pas totalement, j'allais dire, ouvert, mais ça serait déjà mieux. Donc moi, j'ai demandé également hier, en tant que président de la Commission des Finances, que le gouvernement fasse vite, parce qu'il faut le faire maintenant, par contre.

16:43
Invité

Vous avez un retour sur cette question du véhicule législatif ?

16:46
Éric Coquerel

J'espère, puisque nous, on a fait la demande. Je l'ai faite officiellement à M. Lecornu. Donc on va voir, mais il faut que ça vienne vite, parce qu'il faut que ça soit... Dès qu'à quand, dès 6 ans ? Bah là, quasiment maintenant, parce qu'il faut que ça soit dans le débat de la première partie, qui va commencer bientôt sur le projet de loi de finances de la Sécurité sociale.

17:02
Invité

Alors, vous parliez du départ souhaité d'Emmanuel Macron. Une nouvelle procédure de destitution à l'encontre du président de la République va être déposée par la France insoumise. Pourquoi ? Parce que vous vous entêtez, alors que la précédente vient juste d'être rejetée par le bureau de la Sécurité nationale.

17:15
Éric Coquerel

Parce qu'Emmanuel Macron s'entête à imposer des gouvernements minoritaires et une politique minoritaire. Et donc, je ne vois pas comment on décoince la situation qu'en permettant aux gens de revenir aux urnes, mais de revenir aux urnes sur l'élection qui est l'élection cadre de la Ve République.

17:29
Invité

Oui, mais votre destitution n'a pas plus de chances d'aboutir la semaine prochaine que la semaine dernière.

17:33
Éric Coquerel

Excusez-moi, mais si le Rassemblement national avait voté pour cette destitution au bureau de la Sécurité nationale, la destitution aurait été déjà débattue à l'Assemblée.

17:42
Invité

Tout à fait, on a posé la question à Thomas Ménager, qui était à votre place hier, et il nous a dit qu'il ne changerait pas de position.

17:46
Éric Coquerel

Alors, pourquoi continuer ? Ils arrêtent que le Rassemblement national arrête de dire qu'il faudrait que le président Macron démissionne, ou qu'il faudrait je ne sais quoi. Il faut être cohérent avec les choix. Soit on pense que M. Macron mène une politique catastrophique pour le pays et non démocratique, parce qu'il n'a pas respecté le suffrage universel. Et dans ces cas-là, c'est normal. Je n'ai pas d'autres moyens. Qu'est-ce que vous nous donnez d'autre comme moyen que d'essayer cette voie ? Et moi, je dis une chose, c'est que je ne sais pas si la motion pourrait aller jusqu'au bout, mais déjà, le fait qu'elle soit discutée dans l'Assemblée, vous imaginez le coup de tonnerre.

Donc déjà, la pression sur Emmanuel Macron serait d'autant plus forte, surtout que d'autres, vous le savez, demandent sa destitution. En tout cas, Édouard Philippe l'a redemandé.

18:26
Invité

Il n'a pas demandé une destitution de la même façon.

18:29
Présentateur

Mais Eric Cochrane, tout à l'heure, vous avez dit, François Bayrou a affolé les instituts de notation, justement, en faisant peur. Est-ce qu'en agitant une démission, en agitant cette destitution,

18:39
Éric Coquerel

vous ne craignez pas, vous aussi, d'affoler ces agences ? Non, je ne crois pas. Je crois que pour en finir avec l'instabilité et le chaos dans le pays, il faut permettre aux gens de revenir et de voter pour qu'on ait une vision claire sur la politique que le peuple veut. Ça veut dire que pendant des mois, on n'a fait pas d'autres moyens.

18:56
Présentateur

Enfin voilà, pas de choses qui avancent non plus.

18:58
Éric Coquerel

Il y aura un budget. Que ce soit une dissolution ou autre, il y aura une loi spéciale qui sera votée avant, qui va restituer le budget de l'an dernier. Il se trouve que le budget de cette année est tellement si catastrophique que si on restitue le budget de l'an dernier, il sera quand même meilleur pour les assurés sociaux, pour tous nos concitoyens qui payent l'impôt sur le revenu, etc. Donc on aura un budget, et puis ça permettra de faire des élections et d'avoir un débat sain dans ce pays et non pas qu'on nous impose une politique minoritaire avec tous les arcanes de la Ve République.

19:28
Présentateur

On aura un budget, c'est ce que vous nous dites aujourd'hui. De toute façon, il y aura un budget, bien sûr.

19:32
Éric Coquerel

Il faudra que le faire peur aux gens, quoi. Le gouvernement fait peur aux gens et du coup, appole tout le monde.

19:36
Présentateur

De la Commission des Finances de l'Assemblée Nationale. Bon courage pour les prochaines semaines. Merci Camille, on vous lit évidemment dans les pages politiques du Nouvelle Ops. Le 8.30 est à retrouver en intégralité et en vidéo sur franceinfo.fr.