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interviewFrance Culture (sur YouTube)· 8 juin 2026 39 min

NARCOTRAFIC : l’ARCHI-VIOLENCE en FRANCE

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

C'est sous de tristes auspices que la loi de lutte contre le narcotrafic s'apprête à fêter son premier anniversaire. Promulgué en juin dernier, a prévu, outre la création du PNACO, le parquet national anticriminalité organisé, la mise en place de nouvelles mesures concernant le blanchiment d'argent, les techniques d'enquête ou encore le statut des repentis. Malgré tout ça, le narcotrafic continue de faire des ravages.

En une semaine, six personnes sont mortes, trois par balle à Nant et à Nice et trois encore dans un incendie criminel. à Dessine dans la banlieue de Lyon lors de règlement de compte liés au trafic de stupéfiant. [musique] En réponse.

Des démonstrations de force sont organisé aujourd'hui par exemple avec le déploiement d'un [musique] millier de policiers à Lyon qui a conduit à plus de 120 interpellations et la saisie de plusieurs [musique] kilos de drogue. Reste qu'au vu de l'actualité macabre, la question se pose. L'État est-il dépassé par le narcotrafic en France ?

Le narcotrafic est-il hors de contrôle ? Quels sont les effets de la lutte contre le trafic de drogue ? stratégie adoptée telle la bonne.

Pour en débattre avec nous ce soir, trois invités. Clémence Girard, bonsoir. Bonsoir.

Merci de m'avoir invité. Merci à vous d'avoir accepté notre invitation. Vous êtes vice-procureur au tribunal de Paris et chef de la section lutte contre la criminalité organisée.

À vos côtés se trouve Frédéric Plquin. Bonsoir. Vous êtes journaliste d'investigation, spécialiste du grand banditisme et du narcotrafic.

Vous aviez publié il y a quelques années les narcofrançais brisl merta mais je me dois de citer votre livre sur un autre sujet qui vient de paraître aujourd'hui c'est Epstein les secrets de la filière française aux éditions du nouveau monde. Autre forme de criminalité autre forme de criminalité. [musique] Fabrice Ritzoli.

Bonsoir. Bonsoir. Merci également à vous d'être d'être là dans question du soir.

Vous êtes enseignant à Science [musique] Po et à l'HIP. Vous êtes spécialiste de la grande criminalité et des mafias et vous avez fondé une association que vous présidez, Crime Alt. Vous nous en direz un petit peu plus au cours de l'émission.

Merci à vous trois d'avoir accepté notre invitation. Nous sommes ensemblés [musique] en direct jusqu'à 19h. [musique] Évidemment, tous ces faits ne font qu'on renforcer notre détermination pour continuer à gagner à gagner des batailles.

Nous le devons évidemment à ces victimes. Nous le devons aux habitants des quartiers qui n'en peuvent plus de ce trafic de stupéfiant. La guerre que nous demandons, elle est intraitable.

Psychologiquement, je me dis si je sors, je peux me prendre une balle ou ma fille peut se prendre une balle. Du coup, bah je me prive des choses, je me prive de sortir, je [musique] prive ma fille de parc, je prive ma fille de tout. En fait, j'ai envie et je souhaite de tout mon cœur que ça se reproduise pas, que ça touche plus d'autres familles et que vraiment l'État entende désespoir.

C'est un appel à l'aide. Je veux juste rappeler qu'hier soir, il y a quand même trois jeunes qui ont été victimes de cette barbarie, de la violence, de la narcoie. Donc oui, notre pays s'est endormi, on a fermé les yeux face à ce monstre et aujourd'hui, on se réveille avec un monstre qui s'est infiltré partout et qui fait couler le sang partout et qui assassine tout le monde et qui assassine n'importe qui.

Voilà pour le montage réalisé par Vincent Tvennet. Alors, on a entendu les voix de Laurent Nèz, le ministre de l'intérieur de Rivrin, d'une fille de victime de fusiade à Nice et enfin du militant Amine Kessassi que vous avez peut-être reconnu. Est-ce qu'il vous êtes d'accord lorsqu'il dit le pays s'est endormi ?

Est-ce que d'une certaine manière la situation est hors de contrôle ? Je voudrais faire un un tour de table. D'abord Frédéric Plin endormi, oui, il y a une forme d'anesthésie politique, moi je dirais, mais qui a duré des années parce qu'en fait le problème il date pas d'aujourd'hui, vous le savez bien.

Et même les crimes collatéraux qu'on déplore aujourd'hui et qui font la une des journaux, la raison pour laquelle on est là, c'est c'est ces morts qui dans [grognement] les quartiers qui n'ont strictement rien à voir avec le trafic de stupéfiant. Et bien si on remonte un petit peu en arrière, moi j'ai la chance de de suivre ce sujet depuis depuis au moins 30 ans. Je me souviens très bien qu'il y a 15 ans à Marseille pour la cité dans la cité de Clola La Rose, on avait eu un cas similaire, c'est-à-dire des individus qui étaient rentrés en voiture comme ça un soir et qui avaient sorti des mitraillettes, posé mitraillettes sur les sur les vitres des voitures et mitraillé à tort et à travers et fait un mort qui à l'époque euh il avait que 15 ans et ce qui avait déclenché la la visite à Marseille de tous les tous les ministres, je sais même pas si le président de la République était pas allé.

à l'époque un mort de 15 ans, il y a il y a un mort de 15 ans il y a 15 ans fait faisait venir sur place l'intégralité du gouvernement. Donc on dormait pas complètement mais néanmoins 15 ans après ces faits-là se répètent, se multiplient. Donc on peut parler moi l'anesthésie je la vois dans la manière dont pendant des années en fait on a laissé s'enquister ce trafic.

C'est-à-dire que aujourd'hui, on lutte contre les points de vie, on fait on fait du du boulot, on enferme plein, on peut s'en réjouir et cetera. Mais mais si on regarde un petit peu dans le passé comme on a on a plusieurs générations qui qui se sont installées, on a des quartiers dans lesquels ça s'est vraiment enquisté et on a des jeunes finalement une génération qui arrive aujourd'hui qui a grandi qui arrive après trois générations de trafiquants de stup je dire qui qui qui de dans ces mêmes quartiers et qui donc on sont les héritiers déjà des générations précédentes et qui à chaque fois essayent d'être plus dur plus violent que que les précédentes. Et cela cette transmission comme ça de génération en génération, je dirais qu'on l'a quand même un peu laissé faire.

Et on va y revenir. Est-ce que Clémence Gérard, vous êtes d'accord lorsqu'on dit qu'on a laissé s'enquister, le narcotrafic dans les dans les quartiers ? Est-ce que l'État aujourd' est-ce que la situation aujourd'hui est hors de contrôle parce que l'État a abandonné ces quartiers ?

Non, je partage pas cette analyse. Moi, vous l'avez indiqué, je suis chef d'un d'un parquet qu'on appelle la GIS, la juridiction interrégionale spécialisée. Il y en a H en France.

Et ces GIs, elles sont chargées de lutter contre la grande criminalité organisée et elles ont été créées en 2004. Donc ça fait désormais, vous voyez, plus de 20 ans que déjà on parle de criminalité organisée et qu'on a déployé des outils et des moyens pour lutter efficacement contre cette criminalité organisée. Ensuite de cela, en 2019, vous avez eu la création de la Junalco, donc la juridiction nationale de lit contre la criminalité organisée qui était rattachée au parquet de Paris jusqu'en janvier 2026 et désormais, vous l'avez indiqué, il y a eu la création du PNACO, donc le parquet national anticriminalité organisé.

Donc je peux pas dire qu'on a rien fait puisque effectivement ces lois-là se sont accompagnées aussi d'un arsenal législatif de la mise en place de la possibilité de mettre en place tout un tas de techniques spéciales d'enquête notamment pour pouvoir effectivement démanteler les réseaux puisqu'on a parlé de points deal mais moi mon métier c'est pas de travailler sur les points de moi mon métier c'est de travailler sur les réseaux criminels organisés les groupes criminels organisés qui vont sur le territoire importer des volumes absolument astronomiques de stupéfiant les points de évidemment ils sont traités par d'autres juridictions mais pas la mienne. Donc à mon sens, il y a pas eu d'anesthésie véritablement. Il y a une prise de conscience.

En revanche, ce qui est certain, c'est que je pense qu'on s'est laissé surprendre par l'ampleur du phénomène. C'est-à-dire [grognement] que pendant longtemps, moi j'ai entendu dire "Voyez ce qui se passe en Belgique, vous voyez ce qui se passe au Pays-Bas, on s'en prend à des journalistes, à des avocats, en France, on en est pas là." Et puis il y a quand même eu, je pense, un point de bascule effectivement hein euh ces derniers mois, ces dernières années avec euh des dossiers véritablement inquiétants, une monté en puissance de la violence associée à ces trafics de stupéfiants.

Donc je pense qu'il faut plutôt voir les choses comme ça, comme une montée en puissance des phénomènes que comme quelque chose qui nous dépasserait aujourd'hui, puisque je considère moi à la place qui est la mienne que aujourd'hui, on a tout un tas d'outils qui peuvent nous permettre de lutter efficacement contre ces réseaux criminels. Les pour pour être précis, Clémence Girard, les morts de la semaine dernière pour vous ne sont pas la démonstration d'une perte de contrôle de l'État, mais sont comment est-ce que vous les qualiferiez ? C'est la démonstration à mon sens de ce queil y a une montée en puissance de la criminalité organisée en France avec des importations de plus en plus massives de stupéfiants, des personnes euh de plus en plus impliquées dans ces dossiers. de plus en plus de dossiers.

C'est une réalité sur le terrain. C'est-à-dire que quand vous faites le bilan de l'activité notamment de la gir qui est la mienne, il y a une augmentation exponentielle du volume de dossiers en particulier des dossiers liés au trafic de stupéfiant et associé à ces dossiers de trafic de stupéfiant malheureusement des règlements de compte. Fabrice Ritzoli, comment expliquez-vous cette double dynamique ?

D'une part, le renforcement continu des institutions et des pouvoirs publics. Clémence Girard, cit à l'instant la GIR, la Junalco, la Pnaco, bon toutes ces tribunals, ces parquets, ces lois qui ont été votées tout au long de ces 20 dernières années et en même temps la montée en puissance, pourrait paraître paradoxal, non seulement du narcotrafic, des importations, mais aussi de la violence liée à ces trafics. Alors oui, faut pas exagérer.

En effet, il y a eu un moment où il y a que le terrorisme qui comptait en France et depuis 20 ans, on s'occupe un peu du crime organisé. Il y a eu un retour avec les attentats du Bataclan. Mais voilà, GIS, confiscation, à Grasque, agence de gestion des biens confisqués, usage social des biens confisqués.

On a beaucoup d'instruments aujourd'hui pour lutter contre le crime organisé. ce qu'on a pas vu venir et peut-être tant mieux, on n'est pas dans Minority Report, c'est alors que la démographie augmente, ça on le voit venir sur les 30 dernières années, une jeunesse pétrie de réseaux sociaux qui entre dans la délinquence très jeune qui utilise des kalashnikov et donc quand il tire pour impressionner sur un point deal, ça tombe sur la chambre des enfants de Sukaina et d'autres. On l'a pas vu venir.

Bon, maintenant on le sait. Ce qu'on n pas vu venir mais qu'on aurait peut-être un peu plus anticipé, c'est que depuis 10 ans, les cartels colombiens qui sont en réalité les gestionnaires des endroits de production de cocaïne dans les trois pays en Pérou, Bolivie, Colombie euh ont décidé d'inonder l'Europe, hein. On le voit très clairement dans les saisies exponentielles de cocaïne depuis 10 ans.

Alors saisi, ça pourrait vouloir dire que les services d'enquête sont beaucoup plus forts, c'est vrai, mais en fait, c'est pas ce que disent non plus les enquêtes de consommation. On consomme beaucoup plus de cocaïne. Donc je vais en venir, je vais en dire que c'est un marché beaucoup plus concurrentiel pour les trafiquants.

On peut gagner plus d'argent plus vite avec la cocaïne qu'on le gagner avec le cannabis. Et donc toute cette génération de narcobandis notamment des quartiers populaires sont en computation féroce avec ses armes de guerre, avec le recrutement. Donc là, il y a quelque chose de très nouveau où l'État dépassé, je sais pas mais en tout cas doit y faire face de manière très importante.

Notons quand même que il y a peut-être un effet ciseau. Je m'explique. Augmentation de la cocaïne, augmentation de la plus-value, augmentation des revenus pour les têtes de réseau, hein, parce que les petits en bas, ils gagnent rien du tout puis ils se font assassinés. [grognement] Euh et en même temps, alors que la démographie a augmenté, je suis désolé, mais le nombre de fonctionnaires n'augmente pas proportionnellement à la démographie en France.

Hm. On a deux fois moins de magistrats qu'en qu'en Allemagne en France deux fois moins. C'estd que malgré tous les efforts et la la mise en scène de ces efforts par les différents ministres de l'intérieur qui se sont succédés à ces postes ces dernières années à la place Bovau.

Si vous voulez faire des enquêtes patrimoniales, il vous faut des OPJ, il vous faut des magistrats et ils ne sont pas assez nombreux, ils croulent sous les dossiers. Donc cet effet ciseol est à prendre en compte. Il y a beaucoup plus de procureurs en Italie qu'en France.

Ça les gens ne savent pas ça. Ce sont des données de l'OCDE. Donc tous ces instruments juridiques que nous appelons vraiment de nos vœux, euh j'ai rédigé euh les amendements qui permettent la confiscation obligatoire des produits l'instrument du crime.

Ce n'était pas le cas avant la loi narcotrafice. Euh il faut plus de fonctionnaires dédiés à cette lutte. On va on va revenir sur tous ces points, mais je voudrais m'arrêter sur l'un d'entre eux que vous avez souligné Fabrice Ritzoli, c'est la transformation des organisations criminelles.

De quelle manière est-ce que ces organisations seont transformé ? Vous parliez de Kalashnikov, de réseaux sociaux, s'il fallait dresser un peu un paysage de ces évolutions. Frédéric Plin ?

Non, juste d'abord pour compléter effectivement il y a une prise de conscience, je suis d'accord de ce que ça représente, mais la classe politique française et assez peuout de lumière de tout ce qui touche à la criminalité organisée, assez peu renseignés, j'ai remarqué et on a très peu finalement de députés et de sénateurs qui qui sont capables de de comprendre ce qui se passe sur le terrain et c'est ça qui crée un décalage. C'estàd qu'on a quelques récemment, on a eu le moi j'ai eu le plaisir de de découvrir une une commission sénatoriale qui a enfin mis les pieds dans le plat, qui a dit les choses qu'il fallait peut-être qu'il fallait les dire, qui a reçu des magistrats qui se sont passés de de l'aval de la de la place Vendô pour dire la vérité et donc qui ont fait progresser qui ont cassé la langue de bois d'une certaine manière qu' avait sur ce sujet. Donc qui ont fait progresser un peu nos nos responsables politiques dans la connaissance du sujet, mais globalement il ne voit pas ce qui se passe.

Et sur le terrain comme ça a été dit déjà par Fabrice un petit peu, on a l'éclosion d'abord un ragenissement formidable des acteurs de cette criminalité organisée. Euh même une féminisation, ça c'est assez récent l'apparition de de femmes, une un rajonissement extraordinaire et l'apparition aussi l'usage du à tort et enfin l'usage Oui. jusqu'à l'excès, on va dire, d'une main d'œuvre bon marché qui est recruté, y compris parmi les les clandestins, les jeunes clandestins, surtout les mineurs et cetera.

Donc on a on a une une multiplication de c à la base de cette de cette main d'œuvre au bon marché qui est aussi de la chair à canon pour les barons de la drogue qui eux se mettre à l'abri un peu à l'extérieur même parfois du pays. Donc on a on a cette c'est ça moi que je trouve le plus perturbant et le plus difficile à gérer même pour l'État, c'est cette finalement est-ce qu'il va pas falloir doubler les effectifs bientôt des du tribunal des tribunaux de de mineurs, des services de mineurs dans la mesure où on a je veux dire on a l'apparition dans dans le décor d'un nombre colossal de mineurs qui sont capables de se transformer en tueur à gage, de faire de rendre tout un tas de petits services pour des sommes dérisoires et de et de et de s'exposer pour des sommes ridicules. le paysage, la criminalité organisée, c'est c'est ça en bas sur le terrain.

Et en haut, on a une autre transformation qui est récente aussi, c'est l'apparition, moi je dirais d'une sorte de de véritable cartel de la drogue à la française qui fait longtemps on a dit non non mais la drogue elle vient de la Belgique et de la et de la Hollande. Aujourd'hui, le constat et le suivant, il est complètement différent. Ce sont les cartels français qui envoient éventuellement du produit dans ces pays-là.

Il y a un renversement et il y a l'apparition, c'est constaté par les services de police sur le terrain une espèce de de cartel français ou franco-magrébin, on va dire, installé à l'étranger plus plutôt du côté de Dubaï qui gère qui gère les tarifs, qui qui eux eux eux à ce niveau-là, ils ne s'entretuent pas. Ils laissent entretuer les petits en bas sur le terrain. Mais à ce au sommet, si vous voulez, c'est important à dire eux, ils se au contraire c'est la c'est la paix est brave pour que l'argent rentre.

Je vous propose d'écouter Émile Diaz, ancienne figure de la French Connection lorsqu'il était auditionné par le Sénat en février dernier. Ce que je dit moi, c'est que nous nous avions des codes. Les vieux, ils nous éduquaient, ils nous disaient ce qu'il fais ce qu'il fallait faire et ne pas faire.

Et on faisait les voyou et on avait il y avait cette espèce de graduation, voyez. C'est-à-dire que aujourd'hui ils ont 16 ans et ils tuent des gens. Mais nous à 16 ans, on était là, on était en train de calculer comme on pouvait voler trois block.

Il y avait une graduation, c'est-à-dire qu'à 25 ans, on commençait à être connu, à parler avec d'autres gens, voyez. Et aujourd'hui, non. aujourd'hui rentre dans le banditisme directement mais il sait pas comment ça marche le banditisme.

Il a pas les codes, il a rien. C'est-à-dire que il veut devenir calif à la place du calife. Alors il est là, il prend une kalashnikov et il tire et il dit voilà moi euh c'est comme ça quoi.

Voilà aujourd'hui celui qui tue il est brave et nous celui qui tuait fallait qu'il ait une bonne raison de tuer. Clément Girard pour une réaction après ce témoignage qui peut paraître surprenant mais qui au moins pose un état d'esprit. Il y a eu 47 mineurs qui ont été mis en examen dans une affaire d'assassinat ou de tentative d'assassinat seulement pour la ville de Marseille en 2025.

Comment vous faites-vous ? Vous êtes au parquet de de Paris, mais comment est-ce que vous faites pour lutter contre ce rajunissement non seulement de l'enrôlement mais aussi des passages à l'acte des des personnes qui participent à ces trafic de drogue ? D'abord, avant de répondre à cette question, je voudrais rebondir sur ce qui a été dit sur la question des moyens parce que ça me semble évidemment extrêmement important.

Euh on fait face aujourd'hui euh à un nombre de dossiers euh évidemment de plus en plus complexes, de plus en plus volumineux avec de plus en plus de personnes mises en examen euh dans ces dossiers. Et je rejoins ce qui a été dit, c'est que non seulement il faut renforcer les moyens humains puisqueaujourd'hui on a un arsenal, comme je vous l'ai dit législatif qui à mon sens euh est suffisant, néanmoins derrière il faut des gens. C'est quand vous mettez en place des écoutes téléphoniques ou une sonorisation, il faut un enquêteur derrière qui va écouter 24 he/ 24 ce qui se dit pour pouvoir l'exploiter et être efficace.

Il faut des magistrats également. [grognement] Mais au-delà des moyens humains, moi ce sur quoi je suis extrêmement attentive, c'est à la spécialisation des magistrats et des enquêteurs qui traitent de ces affaires. C'est-à-dire que il faut aujourd'hui être expérimenté, savoir comment ces réseaux fonctionnent et savoir comment ils évoluent.

Et c'est en ça qu'à mon sens, il faut que à la fois on soit plus nombreux, mais qu'on soit également spécialisé du bout en bout de la chaîne, c'est-à-dire du procureur qui va décider de se saisir du dossier au juge d'instruction, puis au juge qui va juger ensuite le dossier au tribunal correctionnel ou à la cour d'assise. Et ensuite, et c'est ce qui a été créé avec la nouvelle loi du 13 juin 2025, la création d'un juge de l'application des peines, spécialiste de la criminalité organisée qui va pouvoir suivre comme ça les condamnés en lien avec la criminalité organisée. Et ça me paraît extrêmement important parce que évidemment il faut que tous ces magistrats puissent connaître cet environnement criminel, comment ils fonctionne, quels sont leurs ressort et qu'il puisse connaître également comment ces groupes évoluent.

Je reviens à votre question effectivement sur cette transformation quelque part des organisations criminelles. [grognement] Moi ce que j'ai pu constater effectivement de mon expérience, c'est que auparavant peut-être des personnes qui se seraient orienté vers des activités délinquantes de type braquage, vol, vol avec arme aujourd'hui ont peut-être plus tendance à se tourner vers le trafic de stupéfiant parce que ça apparaît aujourd'hui peut-être plus simple à mettre en œuvre et surtout c'est extrêmement rémunérateur. Donc on voit effectivement un changement un petit peu de paradigme et surtout de thématique vers laquelle il s'oriente plutôt vers le narco le narcotrafic.

Euh ce qui est différent aussi à mon sens et ce qu'on observe dans les dossiers qu'on ne voyait pas forcément euh auparavant, on parlait de cartel, c'est effectivement l'implantation et l'arrivée sur notre territoire national de cartels étrangers, Colombie par exemple, euh Mexique, donc deux gens qui sont projetés euh de l'étranger sur le territoire national pour gérer notamment les arrivages de cocaïne entre autres ou pour pouvoir mettre en exerg et pouvoir mettre en œuvre des modes opératoires assez sophistiqués. notamment sur la cocaïne qui serait trafiquée chimiquement. On envoie des chimistes colombiens, on envoie des chimistes euh mexicains sur le territoire national.

Donc ça c'est quand même un véritable ch. Mais l'arrivée de ces cartels sur le territoire français n'a pas de conséquence sur l'âge des primaux arrivants dans le trafic euh français. Non mais ce que je veux dire c'est que plus vous faites arriver de la cocaïne, queles que soient les routes employées, c'est-à-dire c'est les aéroports, c'est les ports, c'est la voie routière, les gaufas depuis l'Espagne et plus effectivement vous créez de la ressource et une envie pour des personnes peut-être de se retrouver impliqué dans du trafic de stupéfiant.

Ce qui fait qu'aujourd'hui, on a besoin de main d'œuvre parce qu'une fois que cette cocaïne ou que ce cannabis il arrive, il faut le vendre. Alors ça moi c'est pas ma partie du travail mais effectivement ce cette ces stupéfiants vont arriver sur le territoire, ils vont être ensuite répartis, dispatché vers des points d'al guetteteurs, il vous faut des vendeurs et généralement on va se tourner vers de jeunes mineurs qui vont pouvoir occuper ces places là. Et malheureusement ce qu'on observe ces dernières années, c'est que au-delà de cette implication dans les trafics de stupéfiants, on les retrouve aujourd'hui à la manœuvre, exécutant des contrats euh criminels puisqu'ils sont, comme ça a été dit, recrutés sur les réseaux sociaux de manière extrêmement simple.

Snapchat, Telegram, euh signal, on voit ça dans tous les dossiers euh aujourd'hui et pour quelques milliers d'euros euh on les fait venir. Ce qui est très différent aussi, c'est qu'il y a une vraie mobilité géographique maintenant euh de ces groupes criminels et en particulier de ces jeunes. Euh on le voit bien, euh on peut euh aujourd'hui euh demander à un jeune qui habiterait par exemple à Marseille de venir exécuter un contrat à Paris.

Donc il y a vraiment aujourd'hui finalement une mobilité de ces groupes criminels et une facilité à venir embaucher comme ça des jeunes mineurs dans les dossiers. Fabri Risoli, concrètement comment ça fonctionne le recrutement de ces jeunes mineurs dans les trafics ? Alors, je reste un peu convaincu que le territoire garde encore une importance très importante et que la classique cooptation de voir les gamins grandir par exemple dans une cité que de leur donner des petites missions de confiance, de voir si ils les font correctement et de les acheter, de les séduire, le fameux "vaer un sandwich, je te donne 50 € garde la monnaie".

Euh je veux dire dans les témoignages de toutes les mafias, des mafiaux italiens vous disent "Je me suis fait acheter pour un blouson en sky ou une paire de basket à 14 15 16 ans" parce qu'on dit rajonissement mais les témoignages des mafias italiennes disent que ça commençait très tôt le rajonissement dans l'embauche hein je parle donc je pense que ça existe encore maintenant la vraie différence aujourd'hui c'est que les mecs passent une annonce pardon les trafiquants sur les réseaux sociaux sur Telegram et que vous avez des gamins qui descendent donc de toute la France pour faire le chouff le guer Nous par exemple, on suit une famille, le gamin est descendu, il n'avait rien à voir avec le trafic à l'origine, mais il connaissait quelqu'un à Marseille qui avait fait une formation avec lui. Donc en savoir, il descend le matin pour faire le gay. Il est pas encore arrivé presque sur que déjà il meurt assassiné à la Kalashnikov parce que il y a eu un coup de force.

Euh, il voulait rembourser euh il voulait donner de l'argent à sa mère qui avait perdu son petit restaurant qui avait fait faillite. C'est ça la motivation des gamins. Donc vous pouvez les attirer par pour tout.

Et en même temps, il existe aussi d'autres profils hein du jeune Matthéo qui était pas complètement euh euh par exemple hors famille, sans soutien et cetera, qui est devenu un tueur et qui prenait un plaisir fou et qui se filmait et cetera. Ça aussi ça dit quelque chose. La seule chose avec lequelle je suis d'accord avec le gangster que dont vous avez donné la voix là avec un goût de pastisse mais donc à l'oreille euh c'est qu'effectivement il tuait moins jeune.

Euh ça c'est sûr. Par contre le code d'honneur j'y crois pas du tout. Puis je vais vous dire une chose.

Non, bien évidemment, on a passé cet extrait pour donner à voir le discours euh de cette ancien membre de la France. Mais vous faites bien Non, mais vous faites bien de souligner que le discours sur le code d'honneur est un évidemment un discours myé. Il tuit pas tout de suite mais je vous rappelle quand même que la majorité était à 21 ans, que Francis Lebelge était au fichier du grand banditisme à 23 et que il était il était mineur, qu'il avait déjà deux prostituées à lui.

Les grandes victimes du crime organisé systémique français qui doit sa richesse au proxénétisme industriel pour alimenter les soldats qui font la guerre d'Algérie, pour alimenter les soldats et cetera, c'est les femmes. des milliers des milliers des milliers de femmes ont été réduites en esclavage et ça a fait la richesse du crime organisé avant qu'il ne rentre dans l'héroïne dans la French Connection. Mais il y avait pas de chaîne d'information continue puis pour le coup la condition féminine était un peu moins travaillée.

Donc aujourd'hui, on voit ces gamins qui meurent, c'est nouveau, j'entends. Il y a aussi une caisse de résonance avec les chaînes d'info continu et je m'en réjouis. Je m'en réjouis qu'on soutienne les victimes innocentes un an après alors qu'elles étaient assassinées.

Mais comprenez que la violence quand même avant, ça devait être quelque chose aussi au quotidien et y compris pour les plus jeunes notamment les femmes. Frédéric Plequin, par où ça passe du coup pour éviter ces trajectoires ? plus d'état dans ces quartiers de la prévention des associations comme celle de Fabrice Ritzoli.

Et pour compléter là ce que ce qui ce que vient de dire Fabrice, moi je suis assez frappé par la manière dont ces jeunes rentrent en scène, tuent et se mettent simultanément en scène pour montrer ce qu'ils font. H c'estàd qu'on a parfois je c'est vrai que les voyou don d don parlait Fabrice à l'instant les voyou d'autrefois je c'était tout sauf se faire il se faisait jamais photographier moi quand je fais j'essaie de faire la biographie de de voyou à l'ancienne mais ils ont ils ont ils ont pas de photo d'eux jamais et on peut pas mettre dans le dans le dans le bouquin une photo d'eux parce que ça n'existe pas parce qu'ils ont toujours fui les photographes et là c'est l'exact inverse. Ça veut dire qu'il y a quand même quelque chose qu'on qu'on a raté.

C'estàd que moi je reçois régulièrement des petites vidéos comme ça où je vois alors dans des villes moyennes dernière que j'ai reçu c'était à tour deux jeunes cagoulés donc on les reconnaissait pas qui se filmaaient dans une cité HLM de cette ville des armes longues à la main en train de de tirer et de rigoler en le faisant et de se filmer en le faisant de tirer contre une fenêtre comme ça où peut-être potentiellement il y a vivait soit un de leurs rivaux soit la famille parce que Maintenant, ça déborde aussi de ça éclabousse de tous les côtés. Je On cible plus comme avant le voyou à qui à qui on veut du mal ou celui qui vous a balancer ou je ne sais quoi. C'était ça un peu leur code.

C'est on ne tue que là maintenant c'est alors absolument n'importe quoi. Il tirent à tort et à travers. Ils ont sur la sur la vidéo là, il doit avoir 17 ans et il se montrent.

Donc là, ça veut dire qu'il y a vraiment du boulot à mon avis parce que non seulement il s'agit de le de leur faire comprendre que enfin pour leur faire comprendre que c'est pas des choses qui se font, il faut déjà comprendre pourquoi ils se filment en le faisant et pourquoi ils se montrent en le faisant. Ça veut dire qu'ils n'ont strictement aucune conscience du danger que ça représente et que ils ont absolument peur de de ni de la police, ni de la je suis désolé, ni de la justice, ni de la peine, ni même de la prison. Donc on a vraiment raté quelque chose à ce niveau-là sur une génération qui s'est approprié le modèle culturel pour moi des gangs latino-américains qui fantasme là-dessus dans une gangstérisation il fantasme pas sur les côtes de l'honneur de Milancienne mais il il fantasme effectivement sur les gangs latino-américains.

Ils veulent être comme eux ils veulent leur ressembler et donc ils sont plutôt dans une j'ai presque envie de dire dans une réalité parallèle. Enfin, moi j'essaie de parler avec eux quelque fois mais c'est c'est je veux dire, ils sont pas dans mon dans on n'est pas dans le même monde hein, ils sont dans dans une d'ailleurs pour pour faire ça, pour balancer sur les réseaux sociaux là un film de soi-même en train de tirer dans les dans les vies d'un inconnu et cetera qui on a peut-être fait des blessés, faut faut être dans une autre réalité. Donc il y a un travail énorme que l'école l'école a raté quelque chose, ça c'est clair.

Enfin bon, on n' pas su les retenir dans dans les classes ces individus parce que parce que ils sont ils sont partis trop tôt. Donc le modèle républicain là doit faire aussi euh un des efforts considérables pour essayer de se rappeler à l'ordre pour essayer de de contrer en fait l'État pourrait peut-être et l'État n'ose pas faire ça pour l'instant. On n'ose pas faire de la publicité contre l'usage de stupéfiant.

On le fait à peine alors qu'on on savait le faire pour l'alcool. Et l'État ne se mouille pas pour essayer de dire ce modèle socioculturel là auquel vous adhérez que le cinéma en met en valeur, cette espèce de de mythe selon lequel vous allez être aussi riche qu'un footballeur. Si vous si vous si vous trafiquez de des barrettes de stupéfiant, alors vous pouvez hésiter entre les deux boulots mais finalement ça vous rapportera autant.

Ce mythe-là s'est installé sans que sociologiquement, politiquement personne ne soit capable de construire un contre discours susceptible d'ébranler ces jeunes. Et c'est ça que c'est ça qu'il faudrait qu'on cherche, est-ce que on prend le la chose par le mauvais bout ? Est-ce que le tout répressif entre guillemets n'est pas suffisant ?

Est-ce qu'il fallait prendre par un autre endroit la lutte contre le narcotrafic et l'enrôlement de ces jeunes mineurs dont on parle depuis tout à l'éter l'un ou l'autre ? Je pense que la répression, je veux dire, c'est si on lâche si on lâche là-dessus, je suis d'accord qu'il faut ce qui a été dit par la magistrate est extrêmement important. Il faut renforcer les services de police, il faut les spécialiser.

Quand moi je discute avec aujourd'hui des policiers spécialisés dans la lutte contre le blanchiment qui est un point essentiel et qui me disent tous les spécialistes sont en train de partir à la retraite, on forme plus personne et comme on a un peu ratiboisé la police judiciaire dans les réformes récentes, bah il va falloir recommencer à à aller chercher des spécialistes capables d'éplucher des des comptabilités et surtout de suivre les transactions qui se passent à la seconde sur les téléphones portables aujourd'hui. On est un peu largué, hein. Donc là là, c'est ce que vous appelez le taux répressif, c'est il faut il faut embaucher des policiers et les former notamment à la lutte contre le blanchiment parce que parce qu'ils savent plus faire et parce que les spécialistes aujourd'hui se comptent sur les doigts de la main et que il y a cette inondation d'affaires, ce burnout de l'État en fait, c'est ce qui cherche le burnout de l'État en nous arrosant, en nous inondant, en saturant les services de de policance, saturant les les les tribunaux pour mineurs, ils savent très bien que leurs dossiers, ils vont arriver devant le tribunal au bout de 4 5 6 ans. le mineur le temps le temps qu'il comprenne 4 5 6 ans après il a 17 ans moment je finis juste la phrase au moment des faits quand il a 25 ans lui dit tu vas être jugé ça va pas il faut accélérer je voudrais si vous le voulez bien pour les 10 minutes seulement qu'il nous reste des missions qu'on revienne sur la loi qui a été votée au printemps dernier la loi narcotrafic est-ce qu'on peut faire un premier bilan de ce qui a été mis en place Clémence Gira je rebondis déjà sur ce qui a été dit c'est que effectivement à mon sens la répression elle est elle est nécessaire C'estàd que il faut déstabiliser les organisations criminelles.

Et je considère que en tout cas dans les sanctions parfois qui peuvent être mises en œuvre notamment au parquet de Paris dans les dossiers qui sont les miens, les peines sont à la hauteur des enjeux. Et quand je dis ça, c'est que effectivement les peines sont dissuasives, qu'on incarcère les gens pendant plusieurs années et qu'on voit bien que on fait du mal quand même à ces organisations criminelles et qu'à un moment donné, elles ont besoin de se remettre en place et que c'est compliqué dès lors que les chefs de réseau sont incarcérés. fait bien de parler de guerre contre le narcotrafic, d'utiliser ce vocable militaire, c'est une lutte, c'est une lutte contre le narcotrafic.

J'aime pas effectivement parler de termes militaires mais c'est une lutte contre le narcotrafic et c'est une lutte qui est la nôtre au quotidien et effectivement les magistrats sont à la tâche tous les jours pour lutter efficacement contre ces organisations criminelles. Donc la répression évidemment ça vient pas naturellement obérer cette nécessité également de faire de la prévention mais là on est sur un autre volet qui est celle du consommateur. Vous n'êtes pas sans savoir que en France la difficulté c'est qu'on est un des pays en Europe qui consomme le plus de stupéfiant.

C'était au départ le cannabis chez les jeunes 15 25 ans, aujourd'hui c'est également la cocaïne. Donc il y a une véritable préoccupation aussi à ce niveau-là puisqueeffectivement il y a un jeu d'offre et de la demande. Sans consommateur, il y aurait peut-être moins d'arrivage de stupéfiant sur notre territoire et vice-versa.

Donc évidemment, tout ça vient se nourrir et fait que évidemment l'institution judiciaire doit faire face à une activité aujourd'hui tant du côté des consommateurs parce que comme vous le savez et notamment au parquet de Paris, les consommateurs parfois sont présentés à un procureur et on leur demande effectivement de répondre à une injonction thérapeutique, c'estàd qu'on les oblige à se soigner et parallèlement à ça, la section qui est la mienne, elle va plutôt traiter ce qu'on appelle aujourd'hui le haut du spectre, donc les importateurs et les trafiquants de stupéfiant. Donc l'un ne va pas sans l'autre et les deux évidemment sont complémentaires sur la loi narco trafic, elle est récente, c'est c'est même pas un an. PNAC été mis en place 2025, le PNACO, voilà, a été mis en place en janvier 2026.

Le Pnaco aujourd'hui, sa mission ça va être de coordonner l'action de l'autorité judiciaire sur le territoire national des différents magistrats qui vont traiter de cette criminalité organisée, c'est-à-dire d'assurer un suivi par exemple, comment est-ce que vous travaillez avec eux ? Le Pnaco doit être avisé euh et doit euh évidemment euh faire l'objet d'une remontée d'information systématique de tous les dossiers euh en France qui concernne la criminalité organisée de grande complexité. C'est-à-dire que on doit effectivement leur répercuter des informations pour pour que eux puissent derrière en faire une analyse, puissent éventuellement indiquer qu'il y a un phénomène émergent, voilà, en France qu'on a constaté et pouvoir faire bénéficier l'ensemble des acteurs de la lutte contre la criminalité organisée, de l'analyse qui sera la sienne grâce à des recoupements qu'elle pourra opérer euh par rapport à ces informations qui sont remontées.

Donc ça c'est une première chose, c'est qu'il y a un besoin évidemment de coordination. sera meilleur si les uns et les autres acteurs de la lutte contre la criminalité organisée, on vient effectivement mettre en commun nos connaissance, notre expertise pour qu'elle soit analysée. Donc ça évidemment la création du PNACO c'est une avancée dans cette loi narcotrafic mais c'est pas c'est pas la seule notamment et ça je pense que c'est effectivement une avancée aussi c'est la question d'avoir mis dans cette loi la question des informateurs.

Vous n'êtes pas sans savoir que dans la majeure partie des dossiers de trafic de stupéfiant, des informateurs, des indiques comme on dit, des tontons interviennent dans ces dossiers. Jusqu'alors tout ça était parfaitement obscur, on va dire. Il y avait rien dans la loi qui venait parler de ce qui était un informateur.

C'est aujourd'hui inscrit dans cette loi narcotrafice. Et la manière italienne un petit peu de témoins protégés. Alors ça c'est encore autre chose.

Non, les sources c'est vraiment euh les indicateurs sont des personnes qui vont vous donner des informations, des renseignements et qui vous vont permettre d'initier euh des enquête sur le territoire national. Alors évidemment euh tout cela doit être parfaitement euh encadré, doit faire l'objet de discussion, de dialogue entre service d'enquête et magistrat. Mais à mon sens, c'est une avancée que le terme d'informateur apparaisse dans cette loi et que l'article en question qui euh qui parle d'informateur prévoit que un officier de police judiciaire aujourd'hui peut débuter une enquête sur la base de renseignement fourni par un informateur parce que c'est une réalité de nos dossiers en matière de criminalité organisée.

On travaille beaucoup avec des informateurs et comme vous le disiez la protection effectivement de ce qu'on appelle les collaborateurs de justice ça aussi c'est un arsenal qui a été renforcé dans le cadre de la loi narcotrafice. Il y avait déjà des choses qui étaient prévues dans le code de procédure pénale sur les repentis, donc ce que vous indiquez sur les collaborateurs un peu à l'Italienne. Il y avait besoin d'une marge de progression à mon sens en France.

C'est aujourd'hui chose faite et ça rentre très clairement dans le sujet qui est le nôtre ce soir puisque jusqu'alors vous ne pouviez pas être repenti impliqué dans un dossier pour des faits de meurtre. ce n'était pas prévu par la loi, ce qui évidemment posait problème parce que ce sont les dossiers quand même les plus graves et les plus importants. Et on attendait que des personnes qui avaient connaissance d'un certain nombre d'informations puissent venir les répercuter à des services d'enquête.

Aujourd'hui, avec la loi narcotrafic, une personne peut venir donner des informations si elle est impliquée dans les faits de meurtre et peut bénéficier éventuellement d'une réduction de peine. Donc à mon sens, c'est évidemment une avancée majeure dans le cadre de cette loi. Fabrice Ritzoli, qu'est-ce qui manque à cette loi ?

Quel est le prochain pas nécessaire pour lutter plus efficacement encore contre le narcotrafic en France ? Effectivement, le bilan est difficile à faire. Je crois qu'on a vu que toutes les mesures d'en gros de droit administratif peuvent montrer certains résultats.

Retirer les gens de leurs logements sociaux s'ils sont impliqués dans le trafic. Il y a plein de choses qui qui se voient comme ça. Le droit administratif est pratique pour ça.

Sur à Marseille, la décision n'a pas été prise de retirer le logement des familles de trafic. Je je dis que ça on voit sur le pénal, c'est toujours plus long qu'on est quand même sur France culture. Donc allons un peu quand même dans la complexité pédagogique mais complexité.

Nous avons fait voter l'obligation de la confiscation les instruments et produits du crime. Le problème c'est que suite à une question pr prioritaire de constitutionnalité, l'article mal rédigé ne faisait pas foi quelque chose de constitutionnel qui est très important. Par exemple, que le juge puisse toujours dire "Non, je ne confisque pas." il a des motivations pour ça.

Donc là, on est en train de recommencer l'amendement H pour qu'il soit voté. Donc là, c'était un vrai progrès, mais il y a encore l'amendement. Donc, c'est que par exemple un appartement ayant été acheté par un narcotrafiquant puisse être utilisé comme un bien social.

Non, alors attendez, non, les biens sont en général saisis par les enquêteurs puis confisqués euh définitivement. Sauf qu'il arrive que le juge du siège ne fasse pas la confiscation, ce qui est totalement irrespectueux du travail des officiers de police judiciaire qui travaillent 70 heures par semaine, les magistrat pareil. Et donc nous, on veut que dans la loi, il soit obligé de prononcer la confiscation.

S'il ne le fait pas, il a deux motifs pour refuser. Il a bien raison. La proportionnalité du patrimoine.

Je ne vais pas vous prendre tout ce que vous avez eu de votre héritage de votre oncle d'Amérique. Je ne dois confisquer que l'appartement que vous avez acheté avec le trafic de drogue. Et aussi l'individualisation de la peine.

Je vous la fait courte. Moi, en matière de confiscation immobilière, j'y crois pas. Donc moi, je voudrais que ça soit sûr que le magistrat siège prononce la confiscation.

Trop souvent, il ne le fait pas. Nous l'avons fait aussi pour le délit de non justification de ressources. problème, ces confiscations pénales en France sur 100 biens euh saisis provisoirement, seul 30 % sont confisqués définitivement parce que les gens ne sont pas condamnés, parce que la procédure est complexe, parce que les les tous les trafiquants font des recours.

En Italie, sur 100 biens saisis provisoirement, 60 sont confisqués définitivement. Qu'est-ce qui nous manque ? Une confiscation sans nécessaire condamnation pénale du propriétaire.

Alors donc monsieur vous êtes un trafiquant de drogue mais les biens sont au nom d'autres personnes. Bien sûr que la magistrature peut aujourd'hui chercher le lien avec l'infraction et les personnes, mais c'est très compliqué à prouver dans l'ensein d'un tribunal. Ça demande des enquêtes patrimoniales très complexes et cetera.

En Italie, tous les complices là, il vous fréquentent doivent aller dans un euh tribunal dit civil administratif et justifier l'origine légale de leur biens. Et donc, on confisque beaucoup plus et après on peut mettre à disposition ces biens aux citoyens. Voilà pour un angle mort juridique qui mérite d'être développé.

Oui, mais il reste juste un mot sur ce qui manque, faut jamais oublier que le trafic trafic de stupéfiant est international et qu'il ne se joue pas au niveau de la France. Et donc ce qui est en train de je trouve qu'il y a des enjeux majeurs qui sont en train de de s'opérer. Le fait d'avoir réussi à dégeler les relations diplomatiques entre la France et le Maroc a on a permis l'arrestation notamment du chef présumé de du clan Yoda et son procès aujourd'hui en France et son extradition.

La visite récente du ministre de la justice en Algérie est essentielle parce que sans ce fil rouge entre la France et l'Algérie, vous imaginez bien qu'il y a un certain nombre d'individus qui vont rester bien très rapidement sur les sur les confiscations. Effectivement, il y a quand même là aussi tout un tas d'outils qui permettent quand même de confisquer les biens, notamment la présomption de Blanchiment, je vais pas rentrer dans le détail mais qui vous permet de confisquer des biens sans démontrer nécessairement le fait que la personne soit impliquée. 1 % des confiscations.

Oui, c'est compliqué. Merci bien. Le débat continuera en dehors de ce studio.

Merci à vous trois d'avoir fait le déplacement dans Studio 341, la maison de la radio. Clémence Girard, vice-prcureur au tribunal de Paris, chef de la section lutte contre la criminalité organisée. Frédéric Plequin, journaliste d'investigation.

Je cite votre livre qui vient de paraître sur un autre sujet. Epstein, les secrets de la filière française aux éditions du Nouveau monde et Fabrice Ritzoli, enseignant à science po, spécialiste de la grande criminalité et des mafias. et je rappelle le nom de votre association Crim Alt.

Merci également à l'équipe qui prépare tous les soirs cette émission à la préparation Louise Morfois, Mathias Mé Antoine Eral div la programmation. Quant à nous rester à l'écoute, on se retrouve dans quelques secondes seulement pour la deuxième partie de cette émission consacrée aux nouvelles masculinés. Oh.