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interviewBackseat· 14 juin 2025 31 min

L'Histoire de la CGT et du Syndicalisme en France

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Allez, je vous propose qu'on commence avec les 130 ans de la CGT. 130 ans d'histoire de la CGT. On va se plonger ensemble dans cette histoire avec un plateau exceptionnel.

J'ai le plaisir d'être avec et je vous demande un tonner d'applaudissement pour Maris Duma. Bonsoir. Maris Duma, tu es membre du bureau de l'Institut de l'histoire sociale de la CGT.

Est-ce que je peux te demander d'expliquer à nos spectateurs ce que c'est ? Alors, c'est un institut qui a été créé par George Segui, ancien secrétaire général de la CGT lorsqu'il a quitté le secrétariat général et qui a pour caractéristique de faire travailler ensemble sur l'histoire sociale des militants et des militantes d'un côté, des universitaires de l'autre et ce monde qui n'a ce petit monde qui n'a pas l'habitude de travailler ensemble là travaille sur des sujets historiques et nous découvrons absolument les uns des autres. C'est-à-dire que les militants et les militantes apprennent énormément de choses théoriques de la part des universitaires et je crois, j'ai la faiblesse de penser que les universitaires apprennent aussi de l'expérience militante qui est la nôtre.

Depuis combien de temps existe cet institut ? Pardon ? Depuis combien de temps il existe cet institut ?

Depuis 1982. Depuis 1982. D'accord.

Et ben, merci beaucoup d'être parmi nous. On va avoir besoin de toi Maris pour parler de l'histoire de la CGT. On va aussi d'avoir besoin un ton d'applaudissement pour Bolch geek. [Applaudissements] Bolchegek, on te connaît sous le nom Bolch geek, c'est le nom de ta chaîne YouTube qui aborde la culture populaire sous les angles artistiques, sociaux et politiques.

Toi, l'histoire de la CGT, tu la connais bien. Il paraît même que tu vas tourner une série de vidéos avec la CGT. Euh oui, cet été là.

Alors, c'est encore en cours de production, mais pour les 130 ans, on va faire une série de vidéos en même temps que le Tour de France où il y aura à chaque étape du Tour de France des luttes qui vont être mises en avant puisque de un des travaux qui avait qui a été fait pour les 130 ans, c'est de mettre en avant 130 luttes, mais pas forcément les plus connues et les plus grandes, c'est-à-dire voilà le Front Populaire au M68, mais des luttes aussi de de qui ont été menées par les gens de la CGT localement à différents endroits, dans différents types d'industrie, de services avec beaucoup de thématiques différentes. Donc on va essayer d'en mettre en valeur une vingtaine comme ça dans des vidéos cet été. Et ben merci.

Comment est-ce que le syndicalisme est représenté dans la culture populaire ? Il y a peut-être des différences entre les pays aussi non ? Euh oui.

Alors bah après c'est une vaste un petit peu question mais il y a eu en France il y a eu une tradition de représenter le syndicalisme dans dans la culture populaire. Il y a même eu une période où la la CGT elle-même coproduisait des films et puis pas des films juste en interne Jean La Marseillaise de de Jean Renoir qui est un film de la période un peu justement Front populaire. il a été coproduit par euh par la CGT euh et euh la CGT était très impliqué dans le cinéma de toute façon parce que beaucoup de gens étaient syndiqués dans le cinéma euh là-dedans, le festival de Cann en quand il a été repris en 46 à la libération, ça a été fait beaucoup avec l'aide de la CGT.

Donc il y a eu il y a eu des moments où il y a eu beaucoup de représentations. Ça a été aussi un peu le cas après 68 dans la nouvelle vague où on représenta un peu des mouvements sociaux. Moi, j'ai tendance à trouver qu'il y a un petit déficit peut-être maintenant dans la culture populaire de représentation du syndicalisme, en tout cas en France où on met assez peu en avant au cinéma soit des luttes fictives, soit des des luttes historiques.

On a les la représentation du syndicaliste un peu satirique façon caméra caméra café quoi. Mais mais il a il y a il y a pas tant que ça en France de ces dernières années. dans les pieds angloaxons et notamment aux États-Unis, il y a quand même voilà des films sur des grandes figures syndicales genre Jimmy OFA ou des choses comme ça alors qu'on a pas voilà des films où il y a Krazuki ou ou des gens comme ça dans les cinémas tous les étés quoi.

Merci beaucoup d'être avec nous B chez Geek pour parler de l'histoire de la CGT. On est également avec Emeric Mouot, mesdames et messieurs. Hric Mouot, tu es délégué syndical et ingénieur chez ST Microélectronique, le leader européen des puces électroniques.

Tu travailles sur le site de Croll près de Grenoble et ton entreprise a annoncé il y a 2 mois la suppression de 1000 emplois en France. Qu'est-ce que ça représente pour toi un événement comme celui-là et la la CGT ? Alors euh bon, moi en soit je suis élu CSE plutôt que délégué syndical, mais ça change pas grand-chose pour moi, t'inquiète.

Mais c'est on parlera un peu sûrement un peu de ça. Euh moi je suis je suis par ailleurs à la commission confédérale qui s'occupe des questions de jeunesse. Donc pour nous, c'était vraiment un énorme enjeu de se réunir entre jeunes de la CGT pour discuter un peu de qu'est-ce qu'on veut pour notre organisation, pour le futur, pour s'organiser et gagner bah beaucoup de conquête sociales.

Merci d'être avec nous Emerric. On va parler de cette histoire de la CGT en grande date. On va commencer par une date et pas la moins importante.

Le 27 septembre 1895, c'est à Limoge que la CGT naît. Marise, est-ce que tu peux nous dire quel a été le le le bain de de mobilisation de lutte qui a donné naissance à la CGT ? Alors, c'est voilà le le les syndicats ne sont autorisés qu'à partir de 1884.

Donc il commence à y avoir d'abord des syndicats de métier, des syndicats d'entreprise et assez rapidement se fait sentir le besoin de se coordonner et notamment sous l'impulsion de travailleurs, de travailleuses mais surtout de travailleurs qui ont l'envie de d'allier le syndicalisme du quotidien avec une visée de transformation de la société, une visée révolutionnaire et donc ils ont besoin de se confédérer, c'est-à-dire de s'unir entre des syndicats cas de métier ou d'entreprise d'une part. D'autre part la Fédération nationale des syndicats qui est déjà une coordination et enfin la Fédération des bourses du travail qui elle est une organisation territoriale avec des bourses du travail qui qui aident les chômeurs à trouver du boulot, qui intervient aussi qui essayent d'aider les travailleurs à se cultiver, à apprendre à lire, à écrire quelquefois pour pouvoir trouver du boulot et cetera. Et c'est cette conception totale du syndicalisme qui aboutit entre le revendicatif, se battre pour ses revendications, se battre pour changer le monde mais en même temps être solidaire pour se rendre service sans trader.

C'est tout ça qui fait la CGT en 1895. Il y a aussi différentes conceptions du syndicalisme qui se sont réunies à l'époque. C'était un vivier que j'imagine très foisonnant.

Qu'est-ce qui les a poussé à se à se réunir ? Les c'est l'idée que seul on est on est rien et qu'il faut s'unir pour faire face. Et ça ça c'est ce qu'on appelle la conception de classe, c'est-à-dire la la CGT, c'est la confédération générale du travail.

Pourquoi le travail ? C'est pour faire face au capital. Donc le capital est organisé, les employeurs sont organisés, il faut que les travailleurs s'organisent, il faut qu'ils s'organisent, il faut qu'il se cultive, il faut qu'il se donnent les armes pour y arriver.

On parlait du lien avec le cinéma tout à l'heure. Il faut savoir que les revendications dès le début de la CGT pour la loi de 8h, pour ne pas travailler plus de 8h par jour, l'argumentation c'est pour que on ait du temps pour se cultiver, pour apprendre parce que disait Fernand Peloutier, l'ouvrier doit connaître la science de son malheur, c'est-à-dire il doit savoir pourquoi il est exploité de façon à trouver les moyens de surmonter cette exploitation. Benjamin, toi tu viens de Limoge.

Qu'est-ce que qu'est-ce qui reste de cette histoire syndicale là-bas ? Alors qui reste, bon ben ça ça a bien changé quand même l'image, mais l'image effectivement historiquement c'est c'est on disait c'était la ville rouge parce que c'était je sais pas si c'est pour ça que ça a été choisi d'ailleurs pour le pour le congrès de fondation mais c'est une ville ouvrière. On connaît tous.

Bon évidemment tout le monde connaît la porte Solelaine mais il y avait aussi les chaussures et tout. Donc il y avait une histoire ouvrière qui bah malheureusement ces industriesl elles sont plus vraiment là. Donc voilà, ça reste dans la mémoire euh mais voilà donc c'est c'est la CGT mais c'est aussi une terre de résistance euh parce que c'est aussi Limousin, c'est aussi le maqui, c'est aussi des campagnes qui étaient elles-mêmes très engagées, très très résistantes.

On disait ville rouge parce que à la révolution la commune, bon l'image voilà était de était un petit peu de tous les tous les bons plans. Donc donc ça reste en fait dans l'histoire en fait du lieu et de et c'est une terre de gauche. Voilà au dernière législative c'est d'ailleurs ça prouvait encore son statut de terre de gauche.

Limoge elle-même malheureusement depuis quelques élections municipales, c'est plus le cas mais voilà c'est dans la mémoire de tous les gens qui qui militent là-bas quoi. Emeric quelques années avant la naissance de la CGT comme l'a rappelé Mardi Maris pardon le syndicalisme était tout simplement interdit et même réprimé. Mais la répression syndicale ça existe encore aujourd'hui.

Tu peux nous en témoigner toi ? Euh oui oui bien sûr. Euh la répression syndicale ça existe très clairement encore aujourd'hui.

Bon euh il y a des exemples dans énormément d'entreprises avec des des camarades qui peuvent être licenciés mais même moi dans la boîte on voit que on on se retrouve avec des cas de discrimination syndicale régulièrement et heureusement avec le collectif on arrive à contrebalancer ça. Moi je suis trésoré de mon syndicat je vois un peu quelles aides financières on fait. On a aidé plusieurs camarades à aller en justice pour démontrer la discrimination syndicale.

Là, cette année, on a gagné encore deux procès là-dessus parce que en fait, on peut le combattre la discrimination syndicale. Il faut juste être organisé et y mettre les moyens pour contrer le patron, même si c'est un patron qui est souvent est assez puissant. Et toi dans ton entreprise, tu le constates aussi cette répression syndicale ?

Ouais, ouais, ouais, totalement. Nous, bah là, j'ai encore Ouais. de camarades qui ont gagné en justice sur les questions de discrimination syndicale et la répression c'est aussi des pressions sur des combin d'action.

On était beaucoup sur le sujet de l'écologie ça à l'époque on y est toujours mais on avait un gros enjeu il y a 2 ans et la direction estimait que c'était pas du tout un sujet syndical. Ils nous ont vraiment mis des bons bâtons dans les roues ce qui nous a pas empêché de de continuer le combat. OK.

Je voudrais qu'on discute ensemble d'une autre date fondatrice, pas seulement pour la CGT et pour le syndicalisme, mais pour l'histoire des luttes sociales. C'est le 1er mai 1936, le printemps du Front populaire. Maris, je me tourne vers toi à nouveau.

C'est quoi le contexte de cette manifestation, la fameuse et mythique manifestation du 1er mai 1936 ? Alors le le 1er mai 1936, il est entre deux choses. Il est quelques mois avant, au mois de mars, c'est tenu le congrès de réunification de la CGT puisque la CGT avait eu une siss qui a duré 15 ans et il y a eu une réunification au mois de mars qui a donné un élan considérable aux luttes.

Et puis le 1er mai 1936, il se tient à l'avant-veille d'une élection dont on a su après qu'elle allait porter le Front populaire au pouvoir, c'est-à-dire l'alliance des partie de gauche. Et ces deux alliances, l'unité syndicale d'un côté, l'unité politique de l'autre, elle-même, elles viennent de 1934, le front antifasciste. C'est-à-dire que en 1934, il y a des ligues facuses qui veulent prendre le pouvoir et les travailleurs s'organisent pour l'empêcher.

Ça donne à de puissantes manifestations en février 34 et l'unité entre les syndicats et l'unité entre les partis politiques de gauche se noue à ce moment-là et ça donnera en 36 le Front populaire. Alors le 1er mai 36, il faut savoir qu' il était pas férier hein, c'est de le 1er mai n'est devenu férier qu'après la libération et donc il y avait des appels à la grève mais la CGT croyait pas trop que la grève allait être forte. Ça se voit dans les mots d'ordre. les appels aux manifestations sont tard le soir et pas dans la journée.

Et puis en fait l'élan est tel que les travailleurs bouscule tous les tout tout ce qui est prévu. Et donc 2 jours après, le Front populaire va arriver au pouvoir mais les grèves auront commencé à partir du 1er mai 36 et elles vont continuer. D'autant plus que le Front populaire est élu mais il n'est pas véritablement au pouvoir.

Il y a un temps entre les deux et c'est ce temps qu'utilisent les travailleurs pour les grèves dont nous avons tous et toutes entendu parler et qui nous font encore rêver aujourd'hui parce que ces grèves, elles vont déboucher en juin 36 sur des lois qui sont les premières grandes lois sociales de notre pays qui vont faire des salariés du salariat quelque chose d'un petit peu enviable, c'est-à-dire bien sûr la loi sur les 40 heures qui sera malheureusement remise en cause des 1938, les congés payés, les de semaines de congés payés qui ne seront jamais reprises. Il y a il y aura ils ne réussiront jamais à revenir en arrière là-dessus. contraire, on augmentera au fil du temps.

Et puis bien sûr les conventions collectives et la présence syndicale pour la première fois dans les entreprises avec tout un tas de choses. C'est-à-dire que les travailleurs pour la première fois découvrent la possibilité du temps libre et ce temps libre y compris syndicalement la CGT dit et ben on veut pas le laisser au lucratif donc on va créer nos propres structures de tourisme de culture et cetera pour que ce soit toujours cette idée d'entraide qui est dès le début d'entraide et de culture qui est présente dès le début dans l'histoire de la CGT. Donc 36 c'est ça reste un moment de bonheur hein.

Toutes les images le montrent. C'est le bonheur. Voilà, c'est le bonheur de la lutte.

C'est le bonheur de la grève parce que la grève c'est la liberté. On r pour un temps le lien de subordination qui nous soumet à l'employeur. C'est un moment de bonheur parce qu'on partage tout ça et puis c'est un bon un moment de bonheur parce qu'on a de grandes conquêtes.

Voilà. Et ça reste dans la mémoire ouvrière jusqu'à aujourd'hui. Emeric, c'est quoi ton premier souvenir de manif du 1er mai toi ?

Euh les souvenirs de manif du 1er mai, je j'en ai fait en fait, j'en ai fait après euh après commencer à m'engager parce que moi mon engagement, il vient d'une occupation d'usine de mon précédent boulot. Donc j'ai des plus gros souvenirs quand même euh déjà de d'être déjà dans le militantisme au moment où je fais le 1er mai. Donc j'ai des grands souvenirs mais aujourd'hui je m'occupe beaucoup de ce qu'on appelle l'animation des lutes et sécurité.

Donc moi c'est c'est beaucoup du travail le 1er mai et mes plus grands souvenirs de frisson par contre c'est plus lié à l'élément déterminant de 36 qui est l'occupation des usines. Et quand on occupe l'usine moi c'est vra ça me donne encore des frissons. Je l'ai fait dans du coup dans mon premier boulot et c'est ça qui m'a donné envie de faire du syndicalisme, c'est réoccuper son lieu de travail et sortir de ce rapport de de subordination qu'on a tout le temps au travail, d'obéir au chef.

Et là, d'un seul coup, euh on est avec les collègues, on fait à manger au commun dans l'usine, on regarde un film sur les luttes des anciens de l'usine. Donc ça fait le lien avec ce que disait Benjamin sur Produire des films sur les luttes locales et euh c'est vraiment des frissons et l'occupation, la grève en commun, c'est ça qui m'a qui m'a engagé dans la voie syndicale. Benjamin, le premier mai, c'est un événement qui est entré dans la culture populaire.

Ah ben oui oui mais même alors c'est vrai que maintenant c'est un côté un peu folklorique le premier parce que c'est très ancré et du coup il y a toute la tradition puis il y a le le côté les clichés qu'on a voilà Merg le canon le camion sono et tout vous conna j'adore qui est mon mon folklore que j'adore mais effectivement c'est c'est super bien de ce que vous vous rappelez de de rappeler d'où ça vient en fait tout toute tout ce tout ce qui est représenté en fait dans ce folklore là et et en fait c'est vraiment très juste ce que vous dites parce que le sur le côté ça fait partie de la culture populaire en fait on pourrait parler oui effectiv de comment s représenter dans les films voilà ou les trucs qui moi me concernent dans dans mon travail mais en réalité ce qui est important c'est que la culture populaire justement c'est les gens qui la font et une organisation comme la CGT historiquement c'est les gens qui la font c'est les gens qui sont à la CGT et du coup la culture populaire c'est pas juste des œuvres qui retraceraient des choses comme ça c'est alors les gens qui allaient filmer les luttes qui se mettaient à les artistes qui se mettaient à la disposition du des combats. Et c'est aussi en fait les événements comme ça où voilà animer un piquet de grève, une occupation d'usine ou ou une manife ou une chose comme ça, c'est la ça fait partie de la la culture populaire et ça c'est les gens qui s'en emparent et et qui font vivre en fait cette culture là et qui évite que ce soit juste un truc un peu muséifié qui est bon voilà, on manifeste le premier mai pu, c'est un peu une tradition et non derrière en fait il y a il y a un souffle qui est beaucoup plus fort et qu'il faut c'est ça qu'il faut entretenir quoi. Parlons maintenant de l'un des hivers sociaux les plus chauds depuis 60 ans.

Je parle des grandes grèves de 1995 avec la manifestation aussi du 12 décembre 95 contre la réforme de la sécurité sociale qui était portée par Alain Jupé à l'époque. Maris à l'époque c'était l'une des mobilisations les plus massives depuis mai 68. Qu'est-ce qui a mis le feu au poudre ?

Alors en fait on sentait depuis plusieurs semaines on sentait le mouvement monté. On a eu une grève de la fonction publique au mois d'octobre 95 à l'appel de l'ensemble des syndicats et c'était la grève la plus forte depuis la libération. Euh le 24 novembre 1995, il y a la manife pour les droits des femmes et là on a euh une manifestation gigantesque qu'on avait pas connu euh sur ce sujet qu'on avait pas connu du tout sur ce sujet précédemment.

Et donc on sent qu'il se passe quelque chose. Et à la SNCF, le pouvoir commet l'erreur euh de cumuler euh un plan de de restructuration de la de la SNCF dans le contrat de plan donc qui prévoyait une euh des réductions drastiques d'effectifs de moyens pour les réseaux et cetera. Et il y a un cumul entre ce plan ce contrat de plan SNCF et le plan Jupé de la sécurité sociale.

D'accord. Et donc déjà sur une situation de braise ardente où on sentait le le par exemple les médias parlé depuis plusieurs semaines de risque d'explosion sociale. On sentait que ça que ça montait là euh les fédérations CGT parce qu'il faut aussi parler de l'organisation syndicale à quoi elle sert.

Et donc au niveau de la direction de la CGT les fédérations CGT on a dit c'est le moment on met le paquet on appelle à la grève partout où on est partout où il y a des militants CGT. On appelle à la grève et donc ça donne la grève commence chez les chemineaux le jeudi 22 ou 23 novembre je crois et on essaie de prolonger. Moi à l'époque j'étais secrétaire général de la Fédération des PTT et tu as été élu au bureau confédéral à ce moment.

Je suis élu au bureau confédéral mais c'est pas lié à ça. C'était prévu avant. C'était prévu.

D'accord. Et on a donc dans le secteur public beaucoup de grèves. Ça c'est la colonne vertébrale du mouvement.

Mais le mouvement de 95, c'est pas que les grèves, c'est les manifestations. Et pour la première fois, on voit des manifestations énorme dans le pays, notamment dans des petites villes, des villes moyennes dont on parle pas d'habitude dans des départements assez reculés. Et c'est là qu'un sociologue qui s'appelle Henry Vin invente le mot de grève par procuration.

C'est-à-dire, c'est-à-dire, il dit, "La masse des salariés de France euh rejoint les manifestations. Ils ont ils se sentent pas en situation de faire grève parce qu'elle a la crainte de la des représailles patronales, il y a les histoires de évidemment de fric et cetera et cetera. Mais il manifestent, ils soutiennent les grévistes et ils manifestent avec eux pour qu'il gagnent.

Et on a un espoir immense dans le pays euh queon réussisse non seulement à à ce que Jupé renonce à son plan et au contrat de plan de la SNCF, ce qui au final arrivera, mais qu'on puisse véritablement changer les choses. Et le mouvement comme ça qui a débuté fin novembre se termine avec les fêtes de de fin d'année. Le plan Jupé est effectivement retiré, le contrat de plan aussi, mais Girak qui est le président de la République continue sa politique.

Par contre, 2 ans après, il y a les élections législatives, il est battu, la gauche revient au pouvoir. C'est la gauche plurielle, c'est Lionel Jospin, premier ministre. Ça ça montre le c'est vrai que c'est c'est un dynamisme qui a permis l'arrivée à la gauche au pouvoir.

C'est ça que tu voilà c'est ça. Il y a il y a même si les syndicats n'étaient pas n'appelaient pas enfin n'ont pas conçu leur action pour que la gauche arrive au pouvoir, il y a un effet de conséquence. Si je peux me permettre.

Oui, c'est un peu comme en 36 mais je pense que c'est la dernière fois. Ah, c'est-à-dire que aujourd'hui, compte tenu que les expériences de la gauche pouvoir n'ont pas toujours répondu aux attentes des salariés, cette mécanique où les luttes conduisaient à battre la droite, à mettre la gauche, cette mécanique est rompue et ça peut expliquer une grande part des problèmes dans lesquels nous sommes aujourd'hui. Mais ça c'est pas l'histoire, c'est une c'est un autre sujet.

Merci Marise. Benjamin, est-ce que tu gardes un un quel souvenir toi tu gardes de 1995 ? Alors bon, moi j'avais 9 ans, mais je me souviens, il y a un truc qui est resté vraiment dans la mémoire, c'est le côté vraiment le pays euh bloqué, c'est-à-dire vraiment et alors j'ai pas j'ai pas réussi à retrouver avant, je suis persuadé qu'il y a un film dont l'intrigue se passe en 95 et dont le décor du film, c'est juste le pays est bloqué, il est à l'arrêt et euh je me souviens de ce film mais je me souviens plus de son titre.

Et mais non mais je suis je désolé, j'ai pas réussi à le retrouver avant s'il y a des gens qui trouvent sur le chat ou quoi. Mais en fait, il y avait vraiment on avait moi j'étais petit donc j'ai retenu ce truc de genre voilà c'est fini mais en fait derrière il y a un truc qui est effectivement super intéressant c'est ce truc de de en fait de puissance collective c'est en fait le le fait de prendre en fait si on si la les travailleurs sont pas d'accord avec quelque chose qui se passe et ben juste le pays s'arrête en fait le le le pays repose uniquement sur sur eux et sur else donc il y a vraiment une prise un truc de prise de conscience et y compris dans le côté par procuration qui est qui est très très intéressant Et quand on pense, tu vois, le mouvement des retraites où en fait tu as je sais pas 80 ou 90 % des actifs qui sont contre la réforme que Macrin a fait passer et ben il y a eu un mouvement qui était énorme mais qui n'a pas été qui a pas fait ce niveau de blocage et de manifestation monstre un petit peu partout même s'il y avait vraiment d'énormes manifestations et on n pas réussi à le à les faire reculer mais parce que je pense justement il y a un manque, il y a une fatigue, il y a un manque d'espoir, il y a peut-être un problème aussi de de comment se coordonner. On est bon sait pas exactement comment faire tout être d'accord.

Alors que en théorie le 95 ça prouve que on peut en fait si 80 90 % des actifs disent juste non stop nous on veut pas ça et voir même on veut plus de choses comme les choses qui ont été obtenues. parlait de 36 mais on pourrait parler de 68 euh ou quoi. En fait, c'est tout à fait possible.

Mais par contre, il faut atteindre la masse critique de de où les gens se et c'est presque pas psychologique, mais c'est un truc c'est un déclic de se dire en fait si on s'y met tous euh c'est sûr que qu'on queon peut obtenir vraiment ce qu'on veut et on peut euh et on peut obtenir gain de cause quoi. Il y a il a c'est ce qu'il y a je trouve derrière cette imagerie de de on en fait on peut mettre le pays à l'arrêt si on veut parce que c'est nous qui faisons tourner le pays. Emerck, un mouvement social d'une telle ampleur que celle de 1995, est-ce que ce serait possible aujourd'hui selon toi ?

Ouais, effectivement, moi tu m'as pas posé, j'avais 3 ans. Clairement pas. Non.

Effectivement euh c'est totalement possible. Euh en fait c'est un des éléments centraux, c'est que souvent on parle des secteurs bloquants dans cette logique de la grève par procuration. En réalité, les secteurs qu'on dit bloquants, c'est les secteurs organisés.

Et ce qu'il nous faut, c'est plus de secteurs organisés, plus d'organisations pour réussir à mettre ce pays à l'arrêt. Si demain le secteur super organisé, c'est la grande distribution, la grande distribution, elle peut mettre le pays à l'arrêt tout comme l'énergie, ils ont fait eu un gros impact ou comme les chineaux, le transport, il peut avoir un grand impact. Tous les corps tous les corps professionnels peuvent être bloquants.

C'est une question d'organisation. Donc oui, c'est totalement possible s'il y a une confiance des travailleurs et travailleuses dans le fait qu'ils en sont capables. C'est vraiment cette question de confiance qu'il faut qu'on regagne et cette question d'organisation qui est vraiment centrale.

Dernière étape de notre histoire rapide de la CGT, du syndicalisme, c'est 2006, la lutte contre le CPE. Le contrat première embauche était une idée de contrat spécifique pour les moins de 26 ans avec une période d'essais de 2 ans 2 ans pendant lesquels un jeune salarié pouvait être licencié à tout moment sans motif ni justification de l'employeur. Le résultat de cette idée brillante de Dominique de Villepin des centaines de milliers pour ne pas dire des millions d'étudiants dans la rue des blocages de faces de grève et finalement l'abandon de cette réforme.

Benjamin, toi tu as participé à c à ce mouvement raconte-nous. et à Limoge et j'étais à la fac donc beaucoup plus impliqué euh évidemment mais du coup moi je l'ai fait côté étudiant parce que c'est un mouvement qui est partie euh justement plutôt des étudiants en fait de la jeunesse en fait en réalité et la jeunesse organisée et plutôt dans les fac dans les lycées euh mais ça a marché parce que c'était une question de travail et que très vite les organisations syndicales ont rejoint le mouvement et que du coup c'était un mouvement de tous les toutes les travailleuses et travailleurs que ce soit la jeunesse ou les autres secteurs organisés et c'était hyper formateur. Enfin, pour moi, genre tuas tu as 20 ans, tu fais ça, c'est en fait tu apprends en fait ta capacité d'action et à t'organiser.

Tu puis tu fais des liens aussi. C'est c'est con, hein, mais tu fais des liens avec des gens de choses que tu oublieras jamais, qui sont des liens forts et que et qui sont utiles pour la suite. Bon alors bon là on avait gagné donc moi j'ai un peu pris la confiance à ce moment-là et après les autres mouvements c'était s pas passé aussi bien mais ouais cétait c'était quand même un moment hyper fort et je pense qu'on a pas exactement j'ai peut-être c'est avec la la le truc générationnel mais j'ai pas revécu ça depuis avec le ce vraiment ce niveau d'ampleur et de coordination vraiment entre tous entre tous les secteurs et et voilà donc forc c'est des vraiment des moments fondateurs mais je pense que chaque génération en fait a ses ces moments où en fait tu découvres quoi tu dis genre mais en fait on peut faire ça et tu et tu reprends il y a une façon de prendre la vie en main parce que tu vois sur discours individualiste d'entrepreneur de dire prends ta vie en main et en fait ça c'est c'est nul à côté de dire tu fais ça collectivement avec les gens mais la puissance que tu as et la l'expérience humaine que c'est et et la capacité à améliorer aussi les conditions de vie là-dedans.

C'est c'était vraiment une découverte une des dernières fois où un gouvernement a reculé face à un mouvement qui plus un mouvement étudiant et jeune et lycéen. Maris, comment est-ce que la CGT s'est coordonnée avec les étudiants à l'époque ? Oui, alors on n pas la la CGT n'a pas rejoint le mouvement, elle a même été la première à le lancer puisque la toute première manifestation était le 31 janvier devant l'Assemblée nationale.

Il y avait très peu de monde mais l'UNEF est venu, les lycé enfin l'organisation lycéenne est venue et nous avons réuni une intersyndicale de salariés et ensuite avec les les syndicats de lycéens et d'étudiants très rapidement. En fait, nous avons considéré qu'il y avait un enjeu commun et que nous devions tous, tous les syndicats, agir ensemble et nous écouter. Comment dire ?

Pendant 4 mois, nous avons tenu une intersyndicale de avec 12 organisations. Donc c'est pas simple, organisation de salarié, organisation étudiantes et lycéenne. Et le principe était que chaque fois qu'une des organisations émettait une proposition et bien on essayait de la travailler.

Il y en a qui voulaient manifester le samedi. Bon cette fois-ci c'était pas bon mais la fois d'après on manifestait le samedi. Il y en a qui voulaient qui préféraient appeler à la grève.

Bon cette fois-ci c'était pas possible. La prochaine fois on allait appeler à la grève et cetera. et on a tenu comme ça pendant 4 mois avec des liens très étroits entre nous et on oublie on oublie l'avant et l'après toujours dans toutes les luttes.

L'avant c'est fin 2005 c'est des émotes sociales de jeunes dans les banlieu dans les banlieux. Oui. Et c'est parce que le gouvernement ne sait pas comment s'en s'en sortir que Dominique de Villepin décrète l'état d'urgence et contre lequel la CGT se bat et lance le CPE. les 4 mois, je viens d'en parler et derrière nous avons le c'était 2006 le CPE et 2008 c'est la crise financière et dans la dans l'année 2008 nous avons à nouveau en intersyndical réussi à faire trois manifestations avec plusieurs millions de personnes avec l'idée la crise c'est eux la solution c'est nous.

H donc on voit le potentiel qu'il y a lorsqu'il y a l'unité et la la les les comment dire comment on peut avancer bouleverser l'ordre des choses et sur le CPE le souvenir je pense que nous avons toutes et tous c'est cette chose extraordinaire que le CPE a été adopté à l'Assemblée nationale il a été promulgué et le président de la République une fois la loi promulguée a dit, "Je vous demande de ne pas appliquer la loi dans une vie militante. Enfin, pour moi, je me suis dit bon bah ça y est, j'ai fait j'ai avoir obtenu ça dans une vie militante, c'est extraordinaire quoi hein. Ça ça récompense, c'est c'était un peu lunaire comme ça.

Donc, c'est aussi pour donner de l'espoir ce que je dis là. C'est-à-dire que on en a jamais fini. Avec la lutte, on peut tout bouleverser.

On peut bouleverser tous les plans prévus, tout ce qui est prévu contre nous. Le problème, c'est notre unité, notre solidarité, notre confiance en nous-même et dans l'avenir. Et et c'est ça qui peut à tout moment tout changer, y compris aujourd'hui où pourtant la situation est très compliquée, mais elle dépend de nous.

Elle dépend toujours de nous. Emeric, c'est quel c'est quel souvenir que tu gardes de ces grandes manifestations ? Du CPE.

Alors moi j'étais en 4e donc autant les lycées et les universités étaient le faire de lance, nous on était un peu moins. Mais c'est quand même un moment où même mon collège a été bloqué quelques jours. Donc c'est vraiment une période pour moi d'éveil un peu aux grands enjeux politiques en pleine adolescence.

C'était vraiment les le premier moment. Après c'est pas un moment de militantisme aussi fort que pour toi. Les générations juste après moi, ça a beaucoup été 2016.

Moi, j'étais étudiant 2010 à 2015. il s'est pas passé grand-chose. Il y a eu la réforme des retraites 2010 mais après c'était très calme.

Par contre 2016, il y a beaucoup de camarades ici, c'est des premières dates et après pour d'autres moi syndicalement vraiment sur l'activité syndicale, c'est le l'hiver 2019-2020 réforme des retraites parce que là maintenant j'ai à ce moment-là, j'étais déjà syndé actif dans mon syndicat et 2023 où là on a fait vraiment plein d'actions super avec être sur les barrages hydroélectriques au fin fond des Alpes pour soutenir les car de l'énergie à faire des actions avec les chemineaux. C'était vraiment des grands moments. Merci beaucoup à Maris, Benjamin et Emer.

Je vous demande de les applaudir très fort. Merci beaucoup. Je vais vous laisser quitter le plateau les amis.

Merci beaucoup d'être venu. Merci Maris. Merci beaucoup.

Est-ce que je peux juste dire un tout petit mot très rapide parce que je serais pas un très bon syndicaliste si je disais pas un petit mot de solidarité pour notre collègue de Blast Yanis qui est actuellement emprisonné en Israël. Voilà donc ça aussi solidarité et je sais que les organisations de journalistes et cetera sont aussi derrière et voilà je tenais à le dire. Merci beaucoup Benjamin.

Merci à toutes et à tous. [Musique]