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interviewFrançois Ruffin (sur YouTube)· 5 novembre 2024 18 minAutoproduit

Après Sarah Saldmann, on met le ministre de l'Economie "Au boulot !" (ft. Gilles Perret)

Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Ceux qui travaillent beaucoup, est-ce qu'on va leur demander de travailler plus ? Est-ce qu'ils auront un jour fait rien en moins ? La question a été mise sur la table par le ministre de l'économie. La quantité de travail qu'il y a en France ne suffit plus aujourd'hui à financer notre modèle social. J'ai envie de l'emmener, M. Armand, M. le ministre de l'économie, parce qu'on a une explosion des troubles musculoskeletiques, on a une explosion des burn-out. En 10 ans, on a doublé une multitude. Aujourd'hui, il y a 100 000 personnes qui sortent du travail par inaptitude, c'est-à-dire broyées physiquement ou psychiquement par le travail.

Et ça, le gouvernement ne prend pas la moindre mesure là-dessus. Si les gens pouvaient rester dans leur travail, rester en étant en bonne santé au travail, il est évident qu'on n'aurait pas à aller se demander si les gens doivent travailler plus. Je pose le principe simplement que les Français, tous les habitants de notre pays, puissent vivre de leur travail, bien en vivre, pas en survivre, et bien le vivre. Ce que respire le film, c'est un double rapport au travail. C'est la dureté du travail, mais aussi c'est la fierté du travail. C'est les difficultés du travail, mais aussi c'est la dignité par le travail.

Moi, quand j'étais dans le mouvement des retraites, on me parlait moins des retraites en elles-mêmes que des gens qui disaient « j'aime mon métier, mais je n'aime pas comment on me fait faire mon métier ». On sait que le mal-travail en France, ça coûte au moins 4 points de PIB. Ce sont des dizaines et des dizaines de milliards d'euros. Et il n'y a aucun effort qui est fait aujourd'hui par le gouvernement pour lutter contre ce mal-travail dans notre pays qui a un mal endémique. Il faut que les Français se sentent bien au travail, que ce soit un lieu de fierté, que ce soit un lieu d'émancipation. Aucun effort en effet là-dessus.

C'est une juriste devenue chroniqueuse télé qui a fait des formules à l'emporte-pièce et des polémiques sur les chaînes d'information en continu. Ça marque de fabrique. Jusqu'au jour où le député, François Ruffin, lui propose de sortir d'un plateau télé justement et de se confronter à la réalité.

1:39
Invité

Mes impôts n'ont pas à payer la médiocrité de ceux qui ne veulent rien foutre. Un rhum, une angine et on ne va pas bosser. Mais c'est quoi ces gens qui ne foutent rien ? C'est quoi ces glandus, ces assistés, ces feignasses ?

1:49
Présentateur

Je viens ici pour une invitation amicale à Mme Salmane que vous veniez vous installer pendant un mois, deux mois avec le SMIC. Ce que je veux faire, c'est la réinsertion sociale des riches.

2:00
Invité

Ce n'est pas un gros croque-monsieur. Ça croque-monsieur rachiné à la truffe, aucun rapport.

2:05
Présentateur

Pendant une semaine, l'avocat de Sarah Salmane a donc vécu la vie d'un livreur, d'une serveuse de restaurant ou de ceux qui travaillent dans une poissonnerie à Boulogne-sur-Mer.

2:15
Invité

Comme ça ? Comme ça mais c'est moche. Oh là là. En fait, il faut tirer très vite, c'est comme la crème d'épilatoire. Il n'y a pas de rendement. Non, il n'y a pas de rendement. Là, je vous le dis franchement, emballer des poissons toute la journée, je ne vois même pas comment on peut dire que c'est un métier passion. Si on n'a pas ça, on n'a rien, nous, par ici. On a le poisson, on n'a rien d'autre.

2:49
Présentateur

Bonsoir François Ruffin, député écologiste et social de la première circonscription de la Somme. Merci de votre présence à l'occasion de la sortie au cinéma mercredi d'Auboulot, ce film documentaire social et politique que vous co-réalisez avec Gilles Perret qui est à vos côtés. Vous êtes là, Gilles Perret, mais vous n'étiez pas du tout emballé par l'idée de François Ruffin. Pourquoi ?

3:10
Invité

Tout simplement, j'étais persuadé que l'idée de travailler avec Sarah Sandman et de créer du contraste, de mettre des opposés comme ça entre classes sociales, ça allait forcément créer du rire et c'est ce qui se passe, on rit beaucoup. Que ce serait caricatural et un peu... Non, non, pas du tout. Ça, j'étais persuadé que ça allait être vraiment bien pour faire découvrir ces gens. Par contre, je ne me sentais pas capable de la supporter quand même.

3:29
Présentateur

Elle ? Pourquoi pas se caler ?

3:31
Invité

Il faut aller voir quand même ses prises de position. Donc, je ne viens pas tout à fait du même milieu. Et puis, voilà, on n'a pas forcément les mêmes comportements. Après, ça s'est plutôt bien passé, elle s'est prêtée au jeu, il faut lui reconnaître ça.

3:41
Présentateur

Et puis, François Ruffin est persuasif. Et vous étiez persuadé, François Ruffin, que les clichés, les préjugés qu'on entend dans la bouche de Sarah Sandman sur une France qui ne travaille pas, qui vivrait des allocations, on les entend régulièrement dans la bouche de Français de toutes les couches de la société, y compris les plus populaires ? C'est-à-dire que je vois très bien en quoi Sarah Sandman est folklorique. Mais en même temps, ce qu'elle dit sur les plateaux télé, c'est quelque chose que moi j'entends dans mes campagnes populaires. Donc, en fin de compte, déminer les préjugés de Sarah Sandman contribue, je pense, à déminer ce que peut penser une bonne partie du pays.

4:17
Locuteur non identifié

Vous l'entendez dans la bouche de milieu populaire ?

4:19
Présentateur

Eh bien oui, bien sûr. Sur les assistés, c'est quelque chose qui revient régulièrement. Sur ceux qui prennent des arrêts maladie, ils ne veulent pas se lever du canapé, et ainsi de suite. C'est des choses qu'on entend. Et ça, c'est nouveau ? Parce qu'on a l'impression que c'est des propos médiatiques tenus par quelqu'un qui est totalement déconnecté de la réalité de la moyenne des Français, mais qui infusent dans le pays ? C'est dans ce sens-là que ça va ? Non, non, non. Je pense que c'était déjà dans le pays, et ce n'est pas né par les médias, et ça ne s'est pas dessiné de manière poreuse, de cette manière-là.

Maintenant, nous, ce qu'on fait avec Gilles, c'est quand même d'abord, on a dit un documentaire humoristique, mais voilà, on aime mettre des rires, mettre des larmes, mettre de l'émotion, mettre les gens en mouvement par des sentiments et des affects. Et donc, ce qu'on cherche à faire, c'est un film avant tout. Comment elles se sont passées à organiser ces rencontres ? Elle est au courant de rien, Sarah Sandman ?

5:08
Invité

Non, le principe, c'est que chaque jour, on l'emmenait quelque part, et elle ne savait pas où on allait. Nous, par principe, avec François, c'est le troisième film qu'on réalise. On ne prépare rien, on ne rencontre pas les gens à l'avance, et on essaye d'avoir le plus de spontanéité possible par un procédé de cinéma qui est léger. Et donc, du coup, Sarah Sandman, elle arrive dans cette ambiance-là.

5:28
Présentateur

Rendez-vous en terrain connu pour elle.

5:29
Invité

Oui, et puis avec des gens, elle découvre un monde, qui, visiblement, ce n'est pas le cas dans son milieu, des gens qui sont plutôt bienveillants et qui l'accueillent plutôt bien. Elle découvre un monde, elle se prête au jeu plutôt correctement. Elle a découvert la vie d'un livreur, d'une sérieuse de restaurant, d'un agriculteur, et aussi la vie de Louisa Areb, auxiliaire de vie à Saint-Etienne, payée 1 000 euros par mois et fière de son travail. Alors, je m'en fous d'avoir à nettoyer des escrivains, je m'en fous, ça ne me gêne pas. Ça ne me gêne pas du tout. Leur bien-être, c'est ce qui m'apporte le plus. Ce n'est pas toujours facile, ce n'est pas toujours évident. Non, ce n'est pas facile.

Parce qu'on a cette fameuse charge émotionnelle aussi. Parce qu'il nous faut du temps, après une journée de travail, rentrer à la maison, essayer de se vider la tête, parce qu'on ne vit pas des choses faciles tous les jours. Ce n'est pas facile, mais c'est tellement enrichissant. Parce que sérieusement, moi je le dis, on devrait être reconnus d'utilité publique. Tout à fait. En vrai, ce qu'elle fait Louisa quand elle s'adresse à Sarah Salman, c'est que c'est un droit de réponse à tout ce qu'elle a dit sur les plateaux, à tous les préjugés qu'elle a véhiculés.

6:39
Présentateur

Tout à fait. Il y a quelque chose qui est de l'ordre de la revanche sociale. Là, on ne le voit pas, mais elle lui a fait faire la toilette d'une personne âgée, faire récurer les toilettes, et ainsi de suite. Donc, il y a quelque chose qui est de l'ordre de la revanche, mais aussi qui est du droit de réponse. Ce sont des gens qui sont parlés depuis, par les politiques, du haut des plateaux télé, et qui là, pour une fois, ont quelqu'un qui vient descendre de son piédestal, se mettre d'égal à égal, et on va lui répondre. Et enfin, dire que pour nous, le film, il existait déjà avant la rencontre avec Sarah Salman. Il aurait fallu que ce soit un élu ou un responsable politique qui fasse ça ?

Alors, vous savez, moi je l'avais proposé à Bruno Le Maire, je l'avais proposé à Jean-Michel Blanquer, j'avais dit au ministre de l'Education, venez d'abord dans un collège rep, j'avais dit au ministre de la Santé, allons en EHPAD ensemble. Aucun n'a voulu être filmé par vous, ou vous accompagnez sans votre caméra ? Même m'accompagne, mais donc là... Vous lui reconnaissez du courage à Sarah Salman. Oui, je lui reconnais du courage et de l'humour aussi, parce qu'il peut y avoir une forme d'autodérision, et dire qu'elle n'en sort pas de la même manière qu'elle y est entrée.

7:34
Invité

C'est-à-dire, elle a changé d'avis, les préjugés sont tombés ?

7:36
Présentateur

Très vite, en fait, dès qu'on a vu l'usine à poissons, dès qu'on passe dans l'usine à poissons, elle dit que les 64 ans, ce n'est pas possible, je me demande comment ils font pour tenir là-dedans. Et donc, ces préjugés sur les salariés qui seraient des feignasses, des glandus, des assistés, et ainsi de suite, ça tombe très vite. Ça veut dire qu'à la télévision, on va entendre un discours différent maintenant que ça parle ? Non, on va voir, justement, ça va être intéressant de voir. Elle ne parlera plus d'assistana. On va voir. Ça fait un an, en tout cas, qu'elle n'a pas entendu parler de ce thème-là. Oui, pardon, vous disiez ça ?

8:04
Invité

Non, non, pas du tout. C'est vrai que, pour l'instant, on attend de voir, mais en tout cas, c'est sûr que ces préjugés qui sont encore très, très présents dans les classes populaires et partout, nous, c'est vrai que c'est un bon outil, Sarah Salman, pour aller les déminer petit à petit. Et on construit le film comme ça. Au début, on part sur des questions sociales. Sur 1 300 euros, c'est déjà pas mal. Et puis après, on se retrouve avec des gens qui, elle leur dit, oui, mais vous, vous travaillez, c'est bien, mais il y a les assistés, il y a les profiteurs. Donc, du coup, nous, petit à petit, on va déconstruire tous ces a priori.

En allant voir ceux qu'elle traite d'assistés, en allant au secours populaire, en allant sur les territoires zéro chômeur pour déminer ça et que les gens qui vont voir le film, eh bien, finalement, s'imprègnent aussi de cette réalité sociale qui est peu présente sur les écrans.

8:42
Présentateur

Sauf que l'expérience ne va pas jusqu'au bout. À un moment donné, Sarah Salman disparaît du film. Alors, elle ne jette pas l'éponge, mais vous vous êtes fâchée. C'est-à-dire qu'à un moment donné, vous n'acceptez pas ce qu'elle dit après les attaques du 7 octobre. Est-ce que ça veut dire que la confrontation de point de vue a des limites ? Non, on peut toujours avoir de la confrontation de point de vue, mais on est passé, j'irais, d'un film qui est sur le terrain social à ce qu'elle raconte qui devient beaucoup plus marqué sur le plan identitaire. Et donc, ça crée des difficultés. C'est-à-dire quoi ? C'est-à-dire, quand je ne veux pas rentrer dans les détails, mais son incapacité...

Moi, je fais un film humaniste ici et je pense qu'on ne peut pas l'être aussi là-bas à Gaza. Et une incapacité à marquer de l'empathie à l'égard des enfants palestiniens, ça produit une limite. Donc, vous avez arrêté de tourner ?

9:28
Invité

Oui, on a arrêté de tourner, oui. Mais c'est-à-dire qu'on avait quand même déjà tourné une bonne partie du film et qu'il fallait de toute façon terminer le film. Et c'est sûr qu'il y a eu un glissement sur le personnage de Sarah Salman et qu'à un moment donné, il faut être cohérent par rapport à ce qu'on raconte. Voilà, par rapport aux gens, par rapport à l'humanité et puis des propos qu'on avait quand même du mal à soutenir. Mais en même temps, le film était déjà bien avancé.

9:47
Présentateur

Mais si ces propos n'étaient pas tenus dans le film, ça ne l'empêchait pas de continuer à rencontrer des Français dont elle pouvait partager tout le bien ?

9:52
Invité

On avait quasiment terminé le film.

9:54
Présentateur

Et pour nous, le sujet, par ailleurs... Enfin, on avait le film avant la rencontre avec Sarah Salman, je le redis. Le président du film qu'on avait fait, c'était sur le Covid avec Gilles. Et on avait le président de la République au cœur de la crise Covid qui avait déclaré, il faudra se rappeler que notre pays tout entier repose aujourd'hui sur ces femmes et ces hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal. Nous, notre enjeu, c'était que, alors que lui disait qu'il fallait s'en rappeler, mais il les a oubliés. Au contraire, il y a eu l'inflation et la retraite à 64 ans. Nous, c'était de ne pas les oublier, d'aller continuer à les montrer.

Et comment on fait, c'est un sujet pour nous, comment on fait pour rendre extraordinaire les idées des gens dont on dit ordinaire ? D'amener un biais de récit, d'amener du contraste, d'amener une avocate parisienne au milieu de ça, c'est une manière aussi de faire surgir l'extraordinaire des gens ordinaires qui tiennent le pays de vous. Justement, ceux qui travaillent beaucoup, est-ce qu'on va leur demander de travailler plus et notamment un jour de plus ? Est-ce qu'ils auront un jour férié en moins ? Ça, c'est une des questions qui a émergé ces derniers jours pour faire des économies, parce que l'objectif du gouvernement, c'est de trouver 60 milliards d'euros.

La question a été mise sur la table par le ministre de l'Économie. Ce que je dis aujourd'hui, c'est que la quantité d'heures qui est travaillée dans ce pays, la quantité de travail qu'il y a en France, ne suffit plus aujourd'hui à financer notre modèle social. Et que si on veut le conserver, il faudra travailler davantage. Chaque année, les Français travaillent globalement moins que nos voisins. Ça a comme conséquence moins de cotisations, donc moins de financement de notre modèle social, moins de recettes aussi, et puis évidemment moins d'emplois, moins de travail, moins de croissance. Or, c'est cette croissance qui se crée de la richesse.

11:24
Invité

Je sens qu'on va moins parler de cinéma, là.

11:27
Présentateur

En fait, c'est la même question. Est-ce que les Français ne travaillent pas assez ? J'ai envie de l'emmener, M. Armand, M. le ministre de l'Économie, parce qu'on a un grand sujet dans notre pays. C'est qu'on a une explosion des troubles musculoskeletiques, on a une explosion des burn-out, on a doublé les inaptitudes en 10 ans, on a doublé les inaptitudes. Aujourd'hui, il y a 100 000 personnes qui sortent du travail par inaptitude, c'est-à-dire broyées physiquement ou psychiquement par le travail. Et ça, le gouvernement, il ne prend pas la moindre mesure là-dessus.

Si les gens, ils pouvaient rester dans leur travail, rester en étant en bonne santé au travail, il est évident qu'on n'aurait pas à aller se demander si les gens doivent travailler plus. Que ceux, moi, je pose le principe simplement, que les Français, tous les habitants de notre pays, puissent vivre de leur travail, bien en vivre, pas en survivre, et bien le vivre. Ce que respire le film, c'est un double rapport au travail. C'est la dureté du travail, mais aussi c'est la fierté du travail. C'est les difficultés du travail, mais aussi c'est la dignité par le travail.

Moi, quand j'étais dans le mouvement des retraites, on me parlait moins des retraites en elles-mêmes que des gens qui disaient « J'aime mon métier, mais je n'aime pas comment on me fait faire mon métier. » Et là, il n'y a aucun effort. Malgré qu'on sait que le mal-travail en France, ça coûte au moins 4 points de PIB. Ce sont des dizaines et des dizaines de milliards d'euros. Et il n'y a aucun effort qui est fait aujourd'hui par le gouvernement pour lutter contre ce mal-travail dans notre pays qui est un mal endémique. Il faut que les Français se sentent bien au travail, que ce soit un lieu de fierté, que ce soit un lieu d'émancipation. Aucun effort n'est fait là-dessus.

12:49
Locuteur non identifié

Alors, moi, j'ai une question pour le député François Ruchard, parce qu'on vous a peu entendu depuis votre réélection dans la Somme en juillet et depuis votre rupture avec la France insoumise. Vous aviez qualifié pendant votre campagne Jean-Luc Mélenchon de boulet. Vous avez écrit à la rentrée dans un livre... Pardon ?

13:07
Invité

Non, Jean-Luc Mélenchon...

13:08
Locuteur non identifié

Vous avez écrit dans un livre que LFI avait abandonné une partie de la France et poussé à une campagne communautariste. Vous siégez aujourd'hui, on l'a rappelé tout à l'heure, parmi les écologistes. Comment est-ce que vous situez aujourd'hui à gauche ? Est-ce que vous êtes isolé, minoritaire, opposant au courant dominant du NFP ?

13:26
Présentateur

Je suis centrale à gauche. Je suis centrale mais invisible ces dernières semaines. Je suis invisible peut-être des médias parisiens ici, mais moi, j'ai fait des meetings dans 30 villes, dans des salles de cinéma. J'ai rencontré tous les médias régionaux. J'ai rencontré les élus locaux. Et dans l'hémicycle, vous y êtes de temps en temps. Oui, bien sûr, j'y suis. J'ai voté aujourd'hui sur une proposition sur la taxation des produits alimentaires pour qu'on ait du Nutri-Score sur tous les produits alimentaires. Et vous dire que... Vous avez énoncé mon livre, ainsi de suite. Moi, je considère qu'avec le film, je critique à je fais. Mais vous avez critiqué, ok. C'est fait, d'accord ?

Maintenant, mon film, je considère comme une forme de manifeste politique. À la fois sur le ton. On vient y mettre de la joie. On vient y mettre de la générosité. On vient dire que c'est important d'importer de la fantaisie aussi dans la vie politique. Je suis tout à fait d'accord.

14:20
Locuteur non identifié

Ça ne remplace pas un programme ou un projet politique.

14:22
Présentateur

Projet politique, je vais vous le dire. Projet politique. Oui, si, projet politique. Sans le dire, mais en le montrant. Qu'est-ce que vous avez dans le film ? Vous avez une France rassemblée. Vous avez une France humaine. Vous avez une France fraternelle. Vous avez une France où on va à la fois à Grigny avec Ilyas et Mohamed. Et vous avez Élie, paysan du Morvan. Et ils sont côte à côte et ils font la France ensemble. Enfin, dernier point. Vous connaissez à quel point le travail est central dans ma conception. Et je l'ai déjà dit et répété. De la même manière que le parti communiste d'après-guerre a héroïsé le mineur de fonds et les métallos en disant c'est vous qui reconstruisez le pays.

Je considère qu'aujourd'hui, la gauche, elle a pour devoir d'héroïser l'auxiliaire de vie, le charisme, le mal-intentionnaire, en disant c'est vous qui tenez le pays debout. Pas seulement en disant le SMIC à 1600 euros, mais en donnant des noms, des prénoms, des noms de lieux, des noms de métiers. Eh bien, je viens non pas seulement dire « Voilà, c'est ce qu'il aurait fallu faire, mais je viens le faire. »

15:13
Locuteur non identifié

D'accord. Avec qui autour de vous ?

15:15
Présentateur

Avec du monde autour de moi. Oui, d'accord. Avec 500 personnes dans toutes les villes où je passe, au moins, qui sont là. Et qui vous demandent quoi ? Les spectateurs du film de François Ruffin, en avant-première, ils demandent quoi ?

15:28
Invité

Déjà, il faut dire ce qu'ils vivent, c'est qu'on a quand même des spectateurs, on est dans la joie, dans la bonne humeur, ils ressortent reboostés parce que la période est quand même morose. Donc déjà, d'avoir un public qui sort avec l'envie d'en découdre, avec les injustices, des gens qui ont bien rigolé et puis qui ont pleuré, parce que c'est ce qu'ils nous disent quand même tous les soirs, eh bien, je crois qu'en ce moment, ça fait du bien. Après, il y a quand même... Et puis on a l'engagement au-delà d'un film du monde. Globalement, il y a quand même un capital sympathie autour de François. Alors, c'est mon copain, on se connaît depuis 20 ans, vous êtes bien.

Peut-être que je ne suis pas objectif. Mais qu'est-ce qu'on fait de ce capital sympathie, après ? C'est la question. Nous, qu'est-ce qu'on fait ? C'est qu'on travaille sur les affects, c'est qu'on essaye de faire du cinéma et que par les affects, par l'émotion, peut-être qu'on va pouvoir mettre les gens en mouvement.

16:06
Locuteur non identifié

Vous voulez faire des entrées et François Ruffin veut faire des...

16:08
Invité

Non, non, non, pas du tout. Mettre des gens en mouvement. Je ne vous parle pas d'entrée. Là, je vous dis que les gens... Non, parce que pour l'instant, on a un peu le premier serre qui vient voir ce film. Ils ont besoin d'essence dans le moteur et donc il faut qu'ils sortent des salles de cinéma avec l'envie d'en découdre.

16:21
Présentateur

Donc peut-être créer le mouvement des spectateurs des films de François Ruffin et Gilles Perret. En gros, ce serait le nom du mouvement politique. Mais l'élection... Cardi debout au cinéma, ça pourrait s'appeler ça. C'est la France debout, là. L'élection présidentielle, elle aura lieu dans deux ans et demi. Vous voulez la vivre en tant que documentariste ou en tant qu'acteur ? En gros, c'est ça notre question. Non, mais j'en suis un acteur. Il est évident que je suis un acteur qui veut qu'on rassemble la gauche et qu'on rassemble la France. Mais quel rôle c'est ça sur toute la question ? Je jouerai le rôle maximum possible pour rassembler la gauche et rassembler la France.

Aujourd'hui, on a besoin, face à tous les conflits, face à des déchirements qui traversent le pays, on a besoin de se demander en permanence qu'est-ce qui fédère et malgré les immenses différences qu'il puisse y avoir dans notre pays comme on le voit à l'écran. Au boulot, c'est en salle, mercredi, c'est signé François Ruffin et Gilles Perret. Et c'est vrai que, de toute façon, vous avez des talents de journaliste et de documentariste. Ce n'est pas la première fois qu'on parle de vos films ici. C'est efficace, même si c'est parfois un peu démago, mais c'est efficace. Mais est-ce que c'est drôle ? Est-ce que vous avez ri ? Oui, on rit et on pleure.

17:26
Invité

Dans les temps qu'on vit, on a le droit de se marrer aussi. Forcément, le choc des cultures... Oui, oui, mais ce n'est pas démago de faire voir des gens qu'on ne voit jamais à l'écran et de leur donner du temps. Oui, mais on voit des gens qu'on voit rarement à l'écran et qu'on ne voit pas sur votre plateau. Donc ça, c'est quand même pas chouette. Ce n'est pas démago.

17:43
Présentateur

Ce qu'est démago, c'est de ne pas les faire voir. De cette France-là qui travaille et qui souffre. Autant que possible. Merci beaucoup, François Ruffin. Gilles Perret, je rappelle qu'au boulot est en salle ce mercredi.