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Podcast / conversationFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 14 juin 2025 21 minAutoproduitActualité / polémiqueDéfenseEnvironnement & énergieInstitutions & électionsEurope & international

Iran-Israël : quel risque d'escalade ?

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:20OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'on peut prononcer le mot de guerre ?

  • 2:39OuverteRéponse directe

    Téhéran, face aux frappes, ne pouvaient pas ne pas répliquer ?

  • 4:17OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qu'on peut dire de la proportionnalité de cette réponse ?

  • 5:55OuverteRéponse directe

    Est-ce que c'est véritablement un tournant ?

  • 13:36OuverteRéponse directe

    Benyamin Netanyahou n'est-il pas en train de torpiller la politique de détente ?

  • 17:17OuverteRéponse directe

    L'attaque d'Israël sur l'Iran n'est-elle pas un détournement de l'attention sur Gaza ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:24InvitéFait
    « Oui, je pense qu'on peut prononcer ce mot, puisqu'il y a eu, vous l'avez rappelé, les attaques, la guerre qui a été menée, qui a été lancée par Israël contre des installations militaires iraniennes, des installations nucléaires, mais au-delà des installations militaires, et le haut commandement militaire de l'Iran afin de réduire ses capacités. »
  • 2:54InvitéFait
    « Clairement non. Comme l'ont dit les Iraniens, le mot « guerre » a été prononcé par les Iraniens. Ils parlent de déclaration de guerre. »
  • 3:28InvitéChiffre
    « C'est l'entier commandement militaire de l'Iran qui a été décapité, le chef d'état-major des armées, le chef des gardiens de la révolution, l'armée idéologique du régime, plusieurs sites nucléaires. »
  • 3:34InvitéChiffre
    « Il y a au moins 78 morts et 350 blessés, dont une grande partie de civils. »
  • 4:51PrésentateurFait
    « C'est-à-dire que c'est l'Iran qui est agressé, et pas l'inverse. »
  • 5:35PrésentateurFait
    « Peut-être encore une petite fenêtre pour la négociation dans les semaines ou les mois qui viennent. »
  • 8:52InvitéFait
    « Aujourd'hui, on a des responsables iraniens de second rang qui encouragent le guide suprême iranien, véritable chef d'Etat, l'Ayatollah Ali Khamenei, d'enrichir à 80% et de franchir le Rubicon pour avoir cette arme de dissuasion massive. »
  • 11:50InvitéFait
    « Netanyahou a toujours dit qu'il voulait viser ces installations nucléaires iraniennes et que, pour l'instant, Netanyahou arrive à faire absolument tout ce qu'il dit. »
  • 12:59InvitéFait
    « Cet accord fonctionnait. L'Iran respectait ses engagements lorsque l'accord sur le nucléaire avait été négocié par Obama et les Européens. »

Temps de parole

  • Invité28 %
  • Invité 224 %
  • Invité 324 %
  • Présentateur20 %
  • Invité 44 %

2,9 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Invité

Des sirènes d'alerte dans la nuit israélienne, l'aéroport de Téhéran en feu. Il y a Promesse Honnête 3 d'un côté, le lion dressé de l'autre, c'est le nom de code des opérations militaires qui se déroulent en ce moment entre Israël et le Liban. L'État hébreu a envoyé dans la nuit de jeudi à vendredi ces avions de chasse, on vous en a parlé, sur une centaine de cibles en Iran, infrastructures nucléaires aux responsables du régime. En représailles, Téhéran a envoyé des dizaines de missiles la nuit dernière, il y a quelques heures encore, les alertes anti-aériennes retentissaient en Israël. Faut-il redouter une escalade, peut-être même une troisième guerre mondiale ?

Question posée à trois spécialistes ce matin. Agnès Levallois, enseignante à Sciences Po, présidente de l'Institut de Recherche et d'Études Méditerranée, directrice de l'ouvrage Le Livre Noir de Gaza. Bonjour. Bonjour. Armin Arefi, grand reporter au Point, spécialiste du Proche et Moyen-Orient. Bonjour. Bonjour. Et Christian Chéneau, journaliste à la Direction Internationale de Radio France. Bonjour à vous. Bonjour. Merci beaucoup à tous les trois de venir décrypter pour nous les enjeux de ce qui se passe en ce moment et qui nous semble évidemment, vu d'ici, très complexe.

Alors il y a ces images qui nous parviennent d'Israël, et on l'entendait dans le reportage à 8h, le pays est frappé par les missiles venus d'Iran en réponse à l'attaque de la nuit précédente. Est-ce qu'on peut prononcer le mot de guerre, Agnès Levallois ? Oui, je pense qu'on peut prononcer ce mot, puisqu'il y a eu, vous l'avez rappelé, les attaques, la guerre qui a été menée, qui a été lancée par Israël contre des installations militaires iraniennes, des installations nucléaires, mais au-delà des installations militaires, et le haut commandement militaire de l'Iran afin de réduire ses capacités.

Et du coup, il y a en réaction, effectivement, de la part de l'Iran, un envoi de missiles, de drones, pour bien montrer que l'Iran ne compte pas se laisser attaquer sans réaction. Donc on est dans une période quand même extrêmement grave. Cela nécessite aussi de traverser des espaces aériens d'autres pays, alors qu'ils acceptent ou qu'ils refusent. Voilà, beaucoup d'espaces aériens ont été fermés là quand même. Celui de l'Irak, celui de l'Iran, celui d'Israël, etc. Mais donc, il y a quand même, là, on voit bien plusieurs acteurs qui peuvent être entraînés dans cette opération, et qu'Israël ne peut mener ces opérations qu'avec un soutien effectif américain.

En tous les cas, les armes sont les armes américaines, et donc ça implique aussi d'autres acteurs au-delà de la région. Et on vient d'apprendre que les secours israéliens annoncent deux morts dans une zone résidentielle qui a été justement touchée par un projectile qu'on imagine venir d'Iran. Armin Arefi, vous avez été correspondant en Iran, vous êtes grand reporter au Point. Téhéran, face aux frappes qui ont tué plusieurs grands dirigeants, des scientifiques, des physiciens dans la nuit de jeudi à vendredi, ne pouvaient pas ne pas répliquer ? Clairement non. Comme l'ont dit les Iraniens, le mot « guerre » a été prononcé par les Iraniens. Ils parlent de déclaration de guerre.

Je vous rappelle que l'Iran était en pleine négociation, donc la diplomatie était de mise entre l'Iran et les Etats-Unis, l'administration Trump, pour justement trouver une solution à l'épineux dossier du nucléaire iranien et éviter que l'Iran n'aille vers la bombe atomique, ce que jusqu'ici elle n'avait pas, d'après les agences internationales du renseignement. Et voilà que Benyamin Netanyahou a vu une opportunité pour frapper l'Iran en plein cœur. C'est l'entier commandement militaire de l'Iran qui a été décapité, le chef d'état-major des armées, le chef des gardiens de la révolution, l'armée idéologique du régime, plusieurs sites nucléaires.

Il y a au moins 78 morts et 350 blessés, dont une grande partie de civils. C'est une déclaration de guerre pour l'Iran. Des scientifiques aussi. Des scientifiques iraniens. Véritablement, c'est le cœur militaire du régime qui a été visé. Une grande partie des dirigeants militaires qui ont été éliminés. Et l'Iran, pour ne pas perdre la face, n'avait pas d'autre choix que de réagir. Même s'il faut rappeler qu'une centaine de drones, des dizaines de missiles balistiques ont été tirés vers Israël. Visiblement, une grande partie d'entre eux ont été interceptés par le dôme de fer, la défense antiaérienne israélienne.

Même si on n'a pas toutes les informations, comme vous l'avez dit, il y a, côté israélien, au moins de morts et des blessés aujourd'hui ce matin. Christian Cheneau, qu'est-ce qu'on peut dire de la proportionnalité de cette réponse ? En clair, est-ce qu'on peut parler d'escalade, comme le dit le secrétaire général des Nations Unies dans son message sur les réseaux sociaux ? Ou est-ce qu'on a l'impression que l'Iran essaye de contenir sa réponse ?

4:30
Présentateur

L'Iran essaie de calibrer la réponse. D'abord parce que ses moyens ont été affectés. Les Israéliens ont quand même détruit des bases de missiles, des radars, des centres opérationnels, etc. On l'a dit, décapité l'état-major. Donc l'Iran est affaibli. L'Iran, oui, n'avait pas le choix parce que d'abord l'Iran se considère en état de légitime défense. C'est-à-dire que c'est l'Iran qui est agressé, et pas l'inverse.

4:54
Invité

Ça, c'est le point de vue de Téhéran ?

4:56
Présentateur

C'est le point de vue international. C'est-à-dire que dans la charte des Nations Unies, d'ailleurs Israël a parlé d'attaques préventives. Donc ça, dans le droit international, ça n'existe pas. Mais l'Iran essaie de calibrer parce qu'il sent bien que là, c'est un peu la mer des batailles. C'est-à-dire que d'un côté, on a dit, les Américains soutiennent évidemment Israël. Vous avez des bases à Bahreïn, la cinquième flamme. Vous avez le Sankom au Qatar. Les États-Unis ont d'ailleurs annoncé qu'ils allaient participer à la défense d'Israël. Donc l'Iran doit riposter, mais c'est aussi qu'il risque le feu complètement dévastateur. Sans aller trop loin.

Voilà, et peut-être, peut-être, je dis bien peut-être, encore une petite fenêtre pour la négociation dans les semaines ou les mois qui viennent. Parce que là, on arrive dans un stade où, évidemment, les Israéliens ont frappé les centres nucléaires. En tout cas, au moins la surface. Après, on va voir si dans le deuxième, troisième, voire quatrième phase, on va frapper le cœur du nucléaire aérien avec les risques, effectivement, de contamination. Et là, le régime serait dos au mur. Et là, effectivement, on ne sait pas ce qui pourrait se passer.

5:55
Invité

Agnès Levallois, dès hier matin, beaucoup de chercheurs, de spécialistes, prononçaient le mot de tournant. Est-ce que c'est véritablement un tournant, cette attaque préventive israélienne et la réplique iranienne ? C'est un tournant où, en tous les cas, pour moi, ça met la continuité du plan qui est mené par Netanyahou depuis les attaques du 7 octobre. C'est-à-dire que la riposte israélienne dans la bande de Gaza, qui s'est poursuivie avec les bombardements au Liban, avec la décapitation du mouvement du Hezbollah qui est affilié à l'Iran.

Après, ça a été toutes les frappes préventives contre la Syrie, où l'objectif de Netanyahou, c'est de détruire absolument toutes les infrastructures militaires syriennes. Et on sait que, pour Netanyahou, l'Iran est une obsession depuis des années et des années. Et que, donc, l'objectif, c'était aussi, finalement, d'atteindre l'Iran pour mettre en place un nouveau Moyen-Orient au sein duquel Israël est vraiment la puissance dominante, en ayant éliminé, finalement, toutes les capacités des pays voisins, immédiat Liban, Syrie et au-delà avec l'Iran.

Et donc, tournant dans ce sens où c'est la poursuite, me semble-t-il, de ce plan qui est patiemment mis en œuvre par Israël depuis la réaction après ces horribles attaques du 7 octobre. On est vraiment dans cette logique d'un nouveau Moyen-Orient qu'Israël entend dessiner. Armin Arefi, c'est effectivement un Liban affaibli, en tout cas, qui n'a plus... Iran. Pardon, un Iran, excusez-moi. Affaibli, qui n'a plus ses alliés traditionnels. Je parle du Liban parce que c'est là que se trouvait le Hezbollah qui était un de ses principaux alliés et qui a été très mis à mal par Israël.

Oui, à la veille du 7 octobre, l'Iran se pavanait dans toute la région comme étant à la tête de quatre capitales arabes, c'est-à-dire Bagdad avec l'influence iranienne en Irak, Damas avec la Syrie et son allié Bachar el-Assad, le Liban avec le Hezbollah et même le Yémen, Sana avec les Houthis. Donc ils sont tout seuls ? Et aujourd'hui, ils sont pratiquement tout seuls, à savoir que le Hezbollah était considérablement affaibli, de même que le Hamas que j'ai oublié à Gaza. Bachar el-Assad n'est plus et les Houthis sont peut-être les seuls avec les milices chiites irakiennes qui continuent en tout cas à menacer Israël. C'est le cas des Houthis.

Donc effectivement, Israël depuis quelques mois voit une fenêtre de tir unique pour se débarrasser, disent-ils, une bonne fois pour toutes de la menace nucléaire iranienne, si tant est que ce soit possible. Beaucoup de diplomates aujourd'hui occidentaux affirment que Israël est en mesure de retarder l'évolution du programme nucléaire iranien. Mais l'Iran était de fait déjà une puissance du seuil, enrichissait de l'uranium à 60%, était proche de l'obtention de la bombe atomique, il n'avait pas la décision politique, n'avait pas été prise. Et aujourd'hui, le risque, c'est quoi ?

C'est comme le menace les Iraniens, que l'Iran, se voyant dos au mur, ayant perdu ses défenses dans toute la région, comme vous l'avez dit, ses défenses même en Iran qui sont éliminées encore, à l'heure où je vous parle, par l'armée israélienne, que l'Iran accélère le cheminement vers l'obtention de la bombe atomique. Aujourd'hui, on a des responsables iraniens de second rang qui encouragent le guide suprême iranien, véritable chef d'Etat, l'Ayatollah Ali Khamenei, d'enrichir à 80% et de franchir le Rubicon pour avoir cette arme de dissuasion massive et, bien sûr, également de destruction massive.

Donc, il faut voir dans quelle mesure, aujourd'hui, les sites nucléaires ont véritablement été visés. Mais comme le disait mon voisin Christian Chénault, il est possible et même probable que les opérations israéliennes se poursuivent et qu'on n'en soit qu'à la première voire deuxième salve. C'est ce qu'a dit Benyamin Netanyahou, il a dit que ça va continuer. Effectivement, voilà pourquoi, aujourd'hui, quand on voit Israël a le champ libre, il a le soutien américain, Israël a rendu l'Iran nu, qui n'a plus ses défenses aériennes, et peut se promener, comme bon lui semble, sur le territoire iranien pour éliminer qui il le souhaite.

Donc, il est pensable que cela continue et qu'Israël aille jusqu'à bombarder les sites nucléaires de centrifugeuses iraniennes qui sont enfouis à quelques centaines de mètres, voire un kilomètre en profondeur, que ce soit à Ispahan ou à Nathans, là où les centrifugeuses iraniennes tournent à plein fond. Christian Chénaud, Armin Arefi a prononcé le mot de nucléaire. Effectivement, si on regarde la carte des sites qui ont été touchés dans ces attaques de la nuit de jeudi à vendredi, il y a les sites d'enrichissement d'uranium de Nathans, notamment, dont il parlait, un site de lancement de missiles à Kermansha. On visait le nucléaire, on visait les capacités militaires, mais aussi le nucléaire.

Est-ce que les frappes, elles ont atteint leur but ?

10:19
Présentateur

Encore une fois, c'est la première vague. Donc, on ne peut pas détruire un programme nucléaire comme ça sur trois vagues de frappes. Encore une fois, l'Iran, c'est un grand pays. Les sites sont disséminés. Alors, Nathans sous terre, Fordo sous terre.

10:33
Invité

Oui, c'est ça, il y en a qui sont à plusieurs centaines de mètres sous terre.

10:36
Présentateur

Ispahan en surface, Arak, le craqueur est gelé. Donc, c'est très profond, c'est montagneux. Et apparemment, mais c'est ce que disent les experts militaires, pour frapper tellement en profondeur, il faudrait des fameuses bombes américaines qui percent vraiment la croûte terrestre, pratiquement. Donc là, pour l'instant, Israël n'a peut-être pas ses bombes. Mais en tout cas, il y a un travail de sape qui va continuer. On tape toutes les infrastructures en surface. Et puis après, il y aura certainement, peut-être, au sol. Mais là, Raphaël Grossi, le patron de la IUA, a dit normalement, on ne frappe pas les installations nucléaires. C'est une nion rouge.

Donc là, évidemment, ça pose aussi des problèmes à l'international. C'est-à-dire que quand on commence à frapper des sites nucléaires avec les risques de contamination, c'est-à-dire que là, on ouvre la boîte de Pandore. C'est-à-dire qu'après, on peut imaginer que l'Iran d'hésite de frapper la centrale nucléaire de Dimona en Israël, que les Russes frappent... Là, c'est vraiment quelque chose de vertigineux qui s'ouvre devant nous.

11:33
Invité

On n'en est pas là à avoir des frappes avec des bombes américaines, pour l'instant.

11:38
Présentateur

Sauf qu'on en est là où les sites nucléaires iraniens sont visés. L'AEA, vous savez que l'AEA est encore présente en Iran. Il y a des inspecteurs qui sont sur place et qui ont dit, pour l'instant, il n'y a pas de contamination, il y a simplement des dégâts en surface. Mais on ne sait pas où ça peut aller.

11:50
Invité

Ce qu'il ne faut pas oublier, quand même, c'est que Netanyahou a toujours dit qu'il voulait viser ces installations nucléaires iraniennes et que, pour l'instant, Netanyahou arrive à faire absolument tout ce qu'il dit. Donc, je ne dis pas qu'il va le faire. Mais il y a quand même une inquiétude à avoir, puisque le discours, en tous les cas tenu par Netanyahou, est que là, il a réussi à resserrer les rangs derrière lui. La communauté internationale considère qu'Israël a le droit de se protéger, alors que c'est comme Israël qui a attaqué l'Iran.

Et donc, à partir de là, il peut peut-être obtenir, de la part de Trump, les fameuses bombes qui lui permettraient d'aller au-delà et donc de toucher ces infrastructures. Là, il y a un point d'inquiétude, me semble-t-il, qui est réel. Alors, c'est là que ça pose, justement, Agnès Levallois, la question du rôle des États-Unis. Parce qu'eux avaient dit, Trump avait dit, je ne veux pas qu'Israël frappe. Et puis, finalement, ils ont pris leur distance juste au lendemain des frappes. Et puis là, il se dit prêt à se joindre à Israël, qui est son allié naturel, son allié traditionnel. Quel rôle il joue, exactement ? Est-ce que Trump est en train de se faire dépasser ? Qu'est-ce qui se passe ?

C'est vrai que c'est toujours la question que l'on se pose avec Trump, qui, d'un côté, lance la négociation avec l'Iran, alors que c'était lui-même qui était sorti de l'accord sur le nucléaire, qui fonctionnait. Rappelons-le, quand même, c'est important. Cet accord fonctionnait. L'Iran respectait ses engagements lorsque l'accord sur le nucléaire avait été négocié par Obama et les Européens. Donc, Trump l'a défait. Maintenant, il a voulu reprendre les négociations pratiquement dans les mêmes conditions. Et là-dessus, Netanyahou prend les devants et attaque l'Iran. De toute façon, les Américains étaient forcément au courant et ont forcément donné leur accord.

Israël ne peut pas se permettre de mener une opération de cette nature sans avoir le soutien des Américains. Mais il y a des tensions aussi au sein de l'administration américaine pour savoir s'il faut attaquer ou s'il faut privilégier la négociation. Et c'est ce à quoi on assiste. Valéry est au Standard de France Inter. Bonjour Valéry. Oui, bonjour à vous tous. Ma question est la suivante. Benyamin Netanyahou, dans son hubris militariste et également géopolitique rappelé par Agnès Levallois, n'est-il pas précisément en train de torpiller sciemment la politique balbutiante de détente entre l'Iran et les Etats-Unis ? Et ce, sans grand risque de remontrance américaine ?

Rappelons qu'en avril, une réunion avait eu lieu à Mascate, sous les auspices du sultanat Omane, entre Sivitkov et Abbas Arachie, le brillant et finalement conciliant ministre des Affaires étrangères de l'Iran, qui avait déjà en son temps tenté de sauver l'accord de Vienne du JCPOA en 2015. Et est-ce qu'Israël n'a pas intérêt à torpiller ces... On a compris la question, Valéry, en tout cas sur les négociations qui étaient en cours. Il devait y avoir une réunion demain d'ailleurs, Armin Arefi, entre les Etats-Unis et l'Iran sur le nucléaire. Est-ce que le gouvernement israélien n'est pas en train sciemment de torpiller ça ? Je pense que c'est assez clair.

Les Israéliens, de toute façon, n'ont jamais fait mystère du fait qu'ils ne voyaient pas d'un bon oeil ces négociations et qu'ils voulaient tout bonnement le démantèlement du programme nucléaire iranien sur le modèle libyen de Kadhafi. On sait ce qu'il est devenu du dictateur libyen. Donc oui, il y a clairement eu... Il faut d'ailleurs rappeler, comme l'a dit ma voisine Agnès Levallois, que les Israéliens ont fait pression en 2015 pour que les Etats-Unis de Donald Trump, pardon, en 2018, se retirent de l'accord sur le nucléaire iranien qui avait signé Obama en 2015 et qui a respecté l'Iran. Donc clairement, oui, il y a une volonté israélienne, comme je l'ai dit, une fenêtre de tir.

Il y a un double jeu américain qui, d'un côté négocie, mais de l'autre ferme les yeux et apporte une aide à minima logistique aux Israéliens pour frapper l'Iran. Donc clairement, oui, il y a une volonté aujourd'hui de Benyamin Netanyahou, qui est le maître du jeu dans la région et qui n'a aucun obstacle devant lui, ni Trump, ni le droit international, encore moins Emmanuel Macron, de faire ce que bon lui semble et d'éliminer à son sens, encore une fois, le programme nucléaire iranien. Il voit une fenêtre de tir inoubliable, pardon, indéniable, pardon.

Mais la question est de savoir s'il va véritablement arriver à son but ou si, au contraire, ça ne va pas pousser l'Iran à aller véritablement vers la bombe pour sanctuariser son territoire. C'est la question du moment. Je vous voyais hocher la tête, Christian Chénaud, vous n'êtes pas convaincu par ce que dit Hermen Haïf ?

16:02
Présentateur

Complètement, mais c'est vrai que, comment dire, on a, comme le disait, Netanyahou, presque un boulevard devant lui parce que les Européens maintenant font bloc avec lui pour défendre Israël.

16:14
Invité

Ils ont parlé du droit à Israël de se défendre, c'est ce qu'a dit Emmanuel Macron, tout en appelant quand même au calme, évidemment.

16:19
Présentateur

Sauf que le paradoxe, c'est que c'est l'Israël qui a attaqué l'Iran. Donc c'est un peu à front renversement. En tout cas, c'est vrai que pour Israël, il y a un moment opportun. Demain, il devait y avoir des négociations avec les Américains et les Iraniens à Mascate. C'est vrai qu'il y avait peut-être une fenêtre. Alors c'est vrai qu'il y avait déjà eu six réunions. On est sur maintenant une impasse parce que, évidemment, les Iraniens viennent de dire qu'on ne peut pas discuter dans ces conditions. C'est-à-dire qu'on nous bombarde et on nous demande de négocier. Donc ça, ce n'est pas possible.

Accessoirement, la conférence sur la Palestine qui devait avoir lieu la semaine prochaine n'aurait pas lieu en reporter.

16:54
Invité

Alors ça devait ouvrir la voie à la reconnaissance d'un État palestinien. En tout cas, c'est ce que souhaitait Emmanuel Macron.

16:58
Présentateur

Exactement. Donc pour Benjamin Netanyahou, c'est une pierre de coup. C'est-à-dire qu'à la fois, il détruit les négociations sur le nucléaire et il détruit aussi les négociations sur l'État palestinien. Donc pour lui, c'est gagnant-gagnant.

17:10
Invité

Même s'il faut rappeler que la menace iranienne fait quand même l'unanimité au sein de la société israélienne, contrairement à la situation à Gaza qui divise beaucoup plus le pays. Alors justement, Agnès Levallois, on a beaucoup de questions sur l'application Radio France de personnes qui demandent si l'attaque d'Israël sur l'Iran n'est pas un détournement de l'attention internationale justement sur la situation à Gaza et les questions sur le fait qu'il y a un génocide dans la bande de Gaza. C'est évident que ça a été la réaction de beaucoup lorsqu'on a entendu ces frappes qui ont été lancées par Netanyahou contre l'Iran.

On voit bien que le timing n'est pas du tout un hasard dans cela puisque ça fait, je l'ai dit tout à l'heure, ça fait des années, des années que Netanyahou rêve de détruire les infrastructures militaires iraniennes. Donc s'il a choisi ce moment, c'est qu'il y avait quand même une pression de plus en plus forte qui s'est exercée sur lui pour arrêter ce blocus, laisser rentrer l'aide humanitaire et toutes ces négociations diplomatiques qui allaient normalement vers la reconnaissance d'un État palestinien.

Et ça, on sait que Netanyahou ne supporte pas cette idée parce que pour lui, il est hors de question de permettre la création d'un État palestinien, de reconnaître un État palestinien par la France. Vous avez vu tous ces échanges entre la France et Netanyahou qui ont été très très vifs. Donc le rapport de l'AEA, je rappelle simplement que jeudi, il y a eu un rapport de l'AEA qui est sorti, donc l'Agence internationale de l'énergie atomique, et qui faisait effectivement un constat inquiétant sur l'avancée par l'Iran dans son programme.

Et donc c'était un prétexte tout trouvé, me semble-t-il, par Netanyahou, pour profiter de cela, attaquer, détourner les regards de Gaza, et empêcher finalement la reconnaissance de l'État palestinien tel qu'envisagé par Macron lors de la conférence de New York. Mais alors pourquoi est-ce que, ça c'est la suite de cette question, pourquoi est-ce que Israël a le droit à l'arme nucléaire et pas l'Iran armé narifié ? C'est la question de nos auditeurs. Je vais répondre, j'irai encore plus loin, Israël n'est pas signatière du traité de non-prolifération nucléaire, à l'instar de l'Inde et du Pakistan, ces trois pays qui ont la bombe.

L'Iran est signatière du traité de non-prolifération nucléaire, n'a pas pour l'instant la bombe atomique, et se voit bombardée. Pour répondre à votre question, la réponse est simple, il s'agit de l'allié des Occidentaux, et le droit international, à l'époque où il a été fixé, a été fixé par les Occidentaux. Christian Chénaud, juste une chose, sur le régime iranien, il est affaibli par les sanctions internationales, par sa population, les citoyens qui militent notamment pour le droit des femmes. Ce régime des Mollah, est-ce que cette attaque et cette contre-attaque, ça peut être le dernier clou sur le cercueil, si j'ose dire ? Est-ce que ça peut faire tomber le régime ?

19:45
Présentateur

Peut-être pas encore, parce qu'il peut y avoir aussi le réflexe nationaliste. Il faut savoir, les Iraniens sont très nationalistes, même s'ils sont souvent opposants au régime, et c'est vrai que le régime a perdu toute sa crédibilité, mais les Iraniens sont d'abord Iraniens, et donc une attaque venue de l'extérieur, de l'étranger, ça a toujours été mal perçu.

20:02
Invité

Ça pourrait resserrer, au contraire, la population.

20:05
Présentateur

Je ne dirais pas une union sacrée, mais en tout cas, il ne faut pas imaginer qu'après les frappes israéliennes, vous allez avoir des millions d'Iraniens qui vont aller prendre la maison du guide pour faire une révolution. Là, les gens sont un peu tétanisés, ils sont dans une situation économique dramatique, vous avez des durs du régime qui sont à peu près 15-20%, et puis aussi les opposants.

20:23
Invité

Ils ne sont pas entre deux feux aujourd'hui, les Iraniens. Entre justement un régime qu'ils détestent et des frappes qui sont en train de tuer des civils. Et c'est là le grand problème, même s'il faut rappeler que parmi les dignitaires qui ont été éliminés par Israël, figuraient des auteurs de la répression gouvernementale qui sévit en Iran depuis maintenant 15 ans au minimum.

Merci à vous, Armé Narefi, grand reporter au point, spécialiste du Proche et Moyen-Orient, Agnès Levallois, enseignante à Sciences Po, présidente de l'Institut de Recherche et d'Études Méditerranée, et directrice de l'ouvrage Le Livre Noir de Gaza, et Christian Chéneau, journaliste à la Direction Internationale de Radio France. Merci beaucoup pour votre décryptage ce matin.