David Lisnard
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
L'invité de Guillaume Durand, avec le Figaro.
Sujets ne m'ont pas manqué, David Lissnard, bonjour, vous êtes le maire de Cannes, mais je vous sentais bouillir en écoutant le président de la République.
Je pensais à ce que disait Guillaume Tabard aussi, c'est-à-dire qu'il y a les drames humains de ceux qui affrontent la maladie, des familles endeuillées, il y a le drame économique et social, il y a tous ceux qui sont face à l'incertitude, à la détresse psychologique, mais aussi, regardons le recul de la raison critique sur le continent européen qui a inventé la raison critique.
Regardons comment, à travers cette théâtralisation de la vie politique, on a entendu le président de la République, c'est très dur de gérer le pays en général, et en particulier en période de crise, mais tout de même, le retour des vours heureux, ce langage paternaliste, le fait qu'on ne délibère plus autour d'objets rationnels, c'est-à-dire de critères dont on connaît l'effectivité et la pertinence sur le plan sanitaire depuis mai 2020, le taux d'incidence, le taux de positivité, les données hospitalières, et que l'on n'ait pas, non seulement la délibération au Parlement autour des mesures à prendre, mais également des données objectives, scientifiques, partagées, pour créer du civisme, et que l'on sache qu'à partir de tel taux, de telle conjonction de taux, il y aura tel scénario de restriction de liberté.
Ce serait beaucoup plus motivant que d'avoir ces discours hystérisés, soit d'encouragement, soit de réprimande, d'attendre l'annonce théâtrale, soit d'un relâchement, soit d'un nouveau confinement.
Donc il n'aurait jamais lui fallu faire une sorte de stop and go, il aurait fallu faire comme les Anglais, si je vous écoute, bien que vous soyez un Méditerranéen, il aurait fallu faire comme les Anglais, c'est-à-dire foncer, foncer, foncer, et obtenir donc ce qu'ils ont obtenu, c'est-à-dire plus de 20 millions de vaccinés.
Ce qui est sûr, c'est que des erreurs, il est normal d'en faire quand on décide, mais de se tromper à chaque phase, il faut qu'on analyse quand même le problème de leadership en France, il y a un double problème, il y a un problème de compétence de l'exécutif, je le pense, et il y a un problème structurel de mise en œuvre de l'appareil d'État. Mais ce qui est certain, c'est que comment se fait-il qu'au mois de mars 2021, on n'ait toujours pas des indicateurs de notoriété publique, scientifique qui permettent d'anticiper les différents scénarios, et donc de responsabiliser tout le monde.
Vous savez qu'il y a eu des différences entre ce que le conseil scientifique a dit au président de la République et ce qu'il a décidé. En gros, eux, ils disent, voilà, on est au bord de la rupture, et de l'autre côté, le président de la République, on se souvient de l'interview de Delphrécy, le lendemain, il prend une décision inverse, puisque Delphrécy recommandait le confinement, et il dit, ben non, c'est impossible à tenir pour la société française, parce que les restaurateurs n'en peuvent plus, les jeunes ont les hormones en feu, une grande partie de la population n'a plus de travail.
Je me souviens parfaitement. On aurait eu un exposé scientifique, partagé au Parlement, un processus de délibération mature, de démocratie. On crée quand même plus d'acceptation des mesures. Et si la mise en scène du président de la République, résistant à la technostructure il y a un mois et demi, consistait simplement à gagner un mois pour reconfiner maintenant, je pense qu'on est précisément dans ce qui détruit la confiance.
Est-ce qu'on est mal gouverné, David Disner ?
Vous avez compris ? Je le pense, oui, je pense qu'on est mal gouverné.
Je pense qu'il y a des problèmes structurels qui font que la France, avec son record de prélèvement obligatoire d'impôts et de charges de toute l'OCDE, et son record de dépenses publiques, et une dégradation parallèle de la qualité des services publics, a un problème structurel depuis 40 ans, donc il y a un problème de gouvernement depuis une quarantaine d'années, mais qu'aujourd'hui, on est au bout du bout du conformisme technocratique, et avec cette dialectique totalement mortifère, entre un exécutif qui alimente le théâtre politique, qui crée de l'hystérie dans l'opinion, et en face, du coup, la démagogie, c'est très compliqué.
Il faut absolument que l'on arrive à retrouver un véritable dialogue politique fait d'opposition, de projets alternatifs, mais autour d'éléments rationnels. Moi, ce qui me frappe, dans la période que l'on vit, on ne peut pas faire de philosophie de bas étage, mais c'est le déclin de l'expression rationnelle. Question.
Est-ce que vous êtes, parmi ceux, qui souhaitaient être candidat à la présidence de la République ? Je le disais. Et si c'était lui ? Il y a de plus en plus de papiers dans les journaux qui parlent de David Lissnard. C'est pour poser sur la campagne que le maire de Cannes s'exprime beaucoup actuellement, puisque vous êtes plutôt plus libéral que le sont tous ceux qui sont dans votre famille politique, Libertram, Pécresse, Barnier et autres. Ou est-ce que c'est David Lissnard qui se dit, finalement, si la porte est étroite, comme disait André Gide, eh bien, je me faufilerai.
Moi, je n'avance masqué que face à la maladie, à l'épidémie. C'est-à-dire que ce que je crois, c'est qu'aujourd'hui, un projet de gouvernement avec un agenda très précis de redressement du pays autour de la liberté de création pour que la société soit plus prospère, avec des propositions très concrètes, autour du retour de l'autorité de l'État, d'un État recentré sur ses missions régaliennes et stratégiques, en particulier d'autorité, mais aussi de recherche et développement, mais aussi de souveraineté industrielle. Et troisièmement, une nation soudée par sa culture. C'est ce que j'essaie de faire dans ma ville, d'ailleurs, à mon petit niveau.
C'est-à-dire qu'on a réduit la dette de 60 millions d'euros en 6 ans, on a réduit le nombre de véhicules, on a fait un plan pour transformer les dépenses de fonctionnement en dépenses d'investissement, un plan CAPEX, ce qu'il faut faire dans la fonction publique d'État. Un candidat ou pesé ? Et l'éducation... J'ai envie qu'on écoute le contenu et de proposer avec une programmation, un agenda programmatique à la rentrée, comme d'autres pays ont su le faire, et qu'une personnalité émerge. Je suis très lucide sur le fait que je n'ai pas de notoriété, sur le fait que je n'ai pas été formé pour ça.
Et donc, je suis père de famille, j'aime mon pays, je le vois décliner, je pense que l'on va dans le mur, soit un mur électoral, soit un mur dans la rue, et qu'un projet qui soit à la fois conservateur et sur la liberté de création, a toute sa place dans notre pays, et même majoritaire. Donc, vous y songez ? Vous y songez ? Ce n'est pas une honte ! Mais moi, j'ai toujours assumé, j'ai voulu être maire de Cannes, je l'avais dit avant, je me suis préparé pendant des années, pour gérer une ville qui n'est pas que la ville du showbiz, comme vous le disiez, mais qui a un taux de pauvreté.
Tout à fait, qui a un taux de pauvreté très élevé, et on arrive, on a établi de la confiance en tenant les finances, en mettant de l'éducation artistique et culturelle pour tous les gamins. Moi, il faut l'égalité des chances. Donc, pourquoi je ne vous réponds pas à cette question ? Si je vous dis que je suis candidat à la présidentielle, c'est une prétention absolue, je n'ai pas le poids politique pour être candidat à la présidentielle. Si je vous dis que je ne le suis pas, vous ne m'écouterez plus, et vous n'écouterez plus le fond.
Ce n'est pas du tout. Je pense qu'il est très important d'écouter les arguments, mais en même temps, d'entendre les candidatures, les prises de position, car nous sommes, vous le voyez, et vous le savez, donc maintenant... Merci de m'offrir cette fenêtre. Voilà. 15-16 mois des présidentielles. Je disais que Cannes est une ville particulière. Je ne veux pas résumer Cannes à la ville du showbiz, mais pour les Français, Cannes, c'est une ville particulière à cause du festival de Cannes, qui est une tradition fondamentale, qui est quand même la plus grande manifestation culturelle du monde entier, une sorte de Jeux olympiques.
Il y a aussi des dizaines et des dizaines d'autres manifestations qui ont lieu dans le palais des festivals, dans les nouveaux palais des festivals. Est-ce qu'on peut évaluer la catastrophe que ça représente en termes, justement, de manque à gagner après cette année épouvantable ?
Le palais des festivals et des congrès est un des premiers centres de congrès d'Europe, voire du monde. On a eu une perte de chiffre d'affaires en business réel de 90% sur l'exercice 2020. Les effets directs, indirects et induits du palais des festivals et des congrès sont évalués sur le plan social à à peu près 12 000 emplois et sur le plan économique à à peu près 850 millions d'euros. Donc, vous faites une règle de 3, vous appliquez 90% à ces ratios et vous voyez l'impact pour l'économie locale.
Alors, ceci étant, par les systèmes de soutien keynésien et donc mis en place, à juste titre, en l'occurrence par le gouvernement, si l'activité reprend, on espère qu'on aura sauvé notre outil de production. Avec un festival en juillet, c'est ça ? Avec un festival en juillet et puis il y a le MIPIM, il y a le MIPTV, le MIPCOM, il y a le CanLions. Sur les 57 manifestations professionnelles de grande ampleur qu'on accueille, on en a 10 qui sont des leaders mondiaux. Et derrière tout cela, il y a un savoir-faire français, il y a une excellence française qui est l'excellence de la filière événementielle.
On est les meilleurs au monde et il faut faire très attention parce que la concurrence s'organise. Non seulement la concurrence asiatique a repris son activité, mais les Allemands sont très offensifs. Et tout à l'heure, je parlais de critères rationnels. On doit aujourd'hui changer totalement d'approche. L'approche doit être de dire qu'on doit tenir nos activités. Il est beaucoup moins dangereux d'organiser un congrès, un salon professionnel dans un beau centre de congrès en France, bien maîtrisé par des organisateurs, face à la maladie que d'aller dans n'importe quelle super-être.
Donc vous le demandez ce matin officiellement ?
Oui, comme pour les musées. Vous le demandez à Castex ? Je le demande à ceux qui prennent les décisions, c'est-à-dire à l'exécutif, au président de la République et à son Premier ministre. Donc c'est officiel. Vous avez des souvenirs,
nous avons des souvenirs. Le cinéma, les Césars, ça a été une catastrophe. Espérons que le Festival de Cannes donnera une autre image du cinéma et de la représentation internationale. Ce souvenir, c'est quelque chose, parce que vous avez dirigé le Palais des Festivals pendant une quinzaine d'années, c'est quelque chose qui est important pour vous. Un jour, le groupe irlandais Dutu est arrivé sur les marches du Festival de Cannes et ils ont chanté ça, vous étiez là. C'était en 2007 pour le 60e Festival.
Exactement. J'ai quand même accueilli Iggy Pop et les Stoops, je vous rends compte, à l'époque où Iggy Pop était vraiment une icône punk. Et tant d'autres, les Stranglers, et tant d'autres. La direction de cette société était extrêmement captivante, on va dire. On sent que ça vous touche, c'est-à-dire que c'est pas simplement un... Non, mais pourquoi ça me touche ?
C'est pas simplement un maire qui est là. Ce qu'il faut dire... Je ne suis pas là pour vous passer la voie sans reluire, mais je vois dans vos yeux
ça me touche, pourquoi ? Parce qu'il y a tous des savoir-faire humains, d'ailleurs toute cette filière. Vous voyez, quand vous parliez du spectacle qu'ont offert certains artistes pendant les Césars, c'est calamiteux parce que ça fait tellement de mal à tous ceux qui bossent bien. La culture en France rapporte, elle ne coûte pas, contrairement à ce que l'on pense. Elle rapporte, c'est un outil de prospérité, mais c'est également un outil d'émancipation individuelle. La France peut s'écrouler ou rebondir grâce à des filières d'excellence et regardez tous les problèmes que l'on a de cohésion sociale, de cohésion nationale. Il faut retrouver la fierté d'être français.
La fierté d'être français doit se faire autour d'une culture exigeante. Marine Le Pen dit
on va faire un gouvernement d'union nationale,
vous lui répondrez quoi ? Ce matin on en termine. Je pense que ça c'est une grosse ficelle politicienne. C'est véritablement moi ce qui ne me donne pas envie de... C'est ce qui fait que je ne veux plus voir dans la politique le gouvernement... Non, ce qu'il faut c'est un gouvernement d'efficacité nationale avec des personnes qui bossent, qui sont cohérentes entre elles, avec un vrai projet fort. Un projet fort pour libérer la création entrepreneuriale, un projet fort pour retrouver l'autorité de l'Etat, un projet fort pour retrouver la cohésion nationale. Il faut la cohérence comme dans une entreprise.
La France a un potentiel inouï pour se recapitaliser, qu'on regarde le problème des retraites en face, qu'on en fasse une ressource grâce à la capitalisation. Moi je propose...
Je crois que mes yeux dit ce matin dans les journaux qu'il faut absolument que le quoi qu'il en coûte finisse par s'arrêter et qu'on fasse une réforme financière des retraites, autrement on n'en sortira jamais.
On va devenir un pays beau. Un outil de financement extraordinaire. C'est-à-dire que si on fait un deuxième étage de retraite obligatoire par capitalisation avec une concurrence des fonds d'investissement, on va capitaliser tous nos ETI et on va faire de la France véritablement à nouveau une puissance industrielle.
Il s'appelle David Lissnard, il est le maire de Cannes, son enthousiasme déborde ce matin, mais après tout, pourquoi pas, il en faut, ce qui ne veut pas dire qu'il s'agisse de ma part une approbation, mais quand les gens sont enthousiastes, c'est toujours une bonne chose. D'ailleurs, Clément Beaunier a été enthousiaste dans une situation Il est 8h30, nous nous retrouvons avec David Abiquaire pour la revue de presse et tout à l'heure, c'est Christophe Barbier et Bruno Joly. Bruno Joly qui a interviewé le Premier ministre sur BFM TV hier.
Il était sur Twitch dimanche, c'était génial AstraZeneca, puis après, il a considéré, après le président de la République, AstraZeneca, ce n'était pas certain que ce soit très très bien. Et puis hier soir, il a dit que finalement, il allait se vacciner peut-être par AstraZeneca. Donc bref, c'est un embrouillabini total que nous allons essayer de décrypter avec sérénité. Bonne journée à vous, beaucoup.
David Lisnard