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ChroniqueLe Média (sur YouTube)· 11 mai 2020 12 minAutoproduitActualité / polémiqueSantéTravail & emploiÉconomie & entreprisesJustice

DÉCONFINEMENT : LES MENSONGES ET MANIPULATIONS DU GOUVERNEMENT

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Salut à toutes et à tous. Nous sommes le 11 mai 2020, c’est le Jour J du déconfinement façon Macron-Philippe. Vous regardez le cinquième épisode de notre module “L’actu confinée”, qui devient brusquement, tout à coup, subrepticement… l’actu déconfinée.

Bien entendu, c'est toujours les lundis et les vendredis. Aujourd’hui, nous allons parler...

Du premier bilan de cette journée forcément très très observée, avec un regard particulier sur les transports publics et les écoles. Du très probable déconfinement des colères, et de la manière dont l’appareil répressif de l’Etat essaie de le criminaliser à l’avance. Des dernières saloperies des gros bonnets de la banque et de la grande distribution, toujours regardés avec les yeux de l’amour par le gouvernement français.

Et de l’échec assez terrible de l’essai clinique européen Discovery. C’est parti. Aujourd’hui, c’est donc le jour J.

Que dis-je ? Le “D-Day” d’Emmanuel Macron. Souvenez-vous, c’est l’éditorialiste de L’Obs qui en parlait le 21 avril dernier.

Dans un article assez grandiloquent, il comparait alors notre situation à celle de Robinson Crusoé. Notre président a, sans nul doute, lu "Vendredi ou les limbes du Pacifique", de Michel Tournier, et suivi à la loupe la vie de rescapé de Robinson Crusoé. Confiné dans son île déserte, le naufragé, au fil des jours, perd la notion du temps, et, avec elle, ses repères mentaux.

Peu à peu, il sombre dans un état d’hébétude et de semi-folie. Comment réagir pour ne pas succomber au vide des heures sans horloge ? En inventant des D-Day, des points de repère, des rendez-vous avec le temps qui passe.

Robinson se fabrique alors un sablier, marque son territoire, avec piquets et fanions en feuilles de bananiers. Il réintroduit de la raison dans son univers de super-confiné. Il n’est plus seul.

Les minutes qui s’égrènent désormais sur sa clepsydre sont ses amies. La tête de ceux qui avaient eu le courage de lire cet édito… Y’en a plein qui se la posent, une petite question : est-ce que fumer du gazon c'est bon ? Bon.

Quelques semaines après, on a trouvé la source probable de l’inspiration du Sergio de L’Obs. Robinson, quand le naufrage est là, il ne se prend pas les mains dans la tête en essayant de faire une grande théorie du naufrage. Sinon d’ailleurs nous n’aurions jamais écrit de récit de ses miracles.

Il prend d’abord du jambon et du fromage, mais il a en lui cette capacité à réinventer une histoire unique. J’aime autant vous dire que quand le Sergio du Média a vu ça, il a posé une question. Alors, moi je ne répondrai pas à cette question parce qu’au Média on a déjà assez de problèmes comme ça.

Mais ce que je retiens, c’est que le Sergio de L’Obs est sans doute un visiteur du soir de l’Elysée. Et qu’il y a de fortes chances que la désignation de ce 11 mai comme le “D-Day” soit le fait d’Emmanuel Macron lui-même. Le “D-Day”, c’est le débarquement de l’armée américaine sur les plages de Normandie.

On sait que depuis le début de cette crise du coronavirus, le duo Macron-Philippe multiplie les métaphores guerrières. Alors, on peut fermer les yeux et imaginer notre Robinson de l’Elysée en chef de guerre façon jeu vidéo. Ça a de la gueule non ?

Oui, mais bon, le storytelling ce n’est pas la vraie vie. Et la vraie vie du premier jour du “monde d’après” ressemblait beaucoup à celle du “monde d’avant”. En tout cas, dans les transports en commun en Ile-de-France.

La distanciation sociale est tout bonnement impossible à respecter dans cette rame de métro et les stickers collés au sol paraissent bien ridicules actuellement. Ces passagers, on ne peut pas leur en vouloir, parce que nous étions avec eux à la station Saint-Denis Porte de Paris. Ils ont attendu ce métro 40 minutes.

Il a eu 40 minutes de retard. Et ils nous disent tous qu’ils n’avaient pas le choix, qu’ils sont obligés de monter dedans, parce qu’ils doivent aller travailler. Au passage, n’oublions pas que pour un grand nombre de travailleurs modestes qui ne pouvaient pas se permettre de se confiner, le 11 mai n’est pas un jour “J” du tout.

Comme vous le voyez sur ces images prises par un employé dans le secteur des services le 7 mai, ils ont emprunté les transports en commun sans aucune sorte de dispositif créé pour les protéger… En tout cas, il faut reconnaître au ministre de la Santé, Olivier Véran, sa belle capacité à relativiser… Que le premier train, il y ait eu des bugs, c’est vraiment dommage, c’est vraiment dommage, je ne dirai pas le contraire, mais regardons comment les choses se déroulent au cours de la journée. Adaptons, modifions nos comportements pour que demain les choses s’améliorent. Retenons que le problème, ce n’est pas un mauvais dispositif mal pensé, c’est “nos comportements”.

Et aussi que les pontes de la SNCF et de la RATP aiment bien mener les journalistes par le bout du nez. Reportage à Gare du Nord ce matin : se faire virer 4 fois par la sécu parce que la com de la SNCF voulait que les journalistes soient à St Lazare. Je me suis déjà fait virer 2 fois de la Gare du Nord parce que je faisais des photos dans le RER.

Est ce que je vais essayer d’y retourner une 3ème fois ? Absolument. Ridicule de devoir demander une autorisation qui est systématiquement refusée pour pouvoir shooter sur les quais RER/SNCF.

Les mêmes qui viendront quémander des photos pour leur com. Dans le monde d’après, le ministre de l’Education nationale c'est toujours Jean-Michel Blanquer. Et il a toujours un beau talent d’humoriste.

Il était ce matin sur Europe 1. Ce qu’a dit la société de pédiatrie française et de nombreux pédiatres et scientifiques, c’est qu’il y a plus de risques à rester chez soi qu’à aller à l’école. Bon, nous sommes allés sur le site de la Société française de pédiatrie.

Et tout ce que nous avons trouvé, ce sont des propositions, datant du 27 avril, pour permettre aux enfants avec des pathologies chroniques de retourner à l’école comme leurs petits camarades. Rien à voir avec l’affirmation de Jean-Michel Blanquer. Monsieur le ministre, nous vous savons très occupé, mais pouvez-vous nous passer un lien vers une revue scientifique sérieuse qui accrédite votre thèse ?

On ne voudrait pas que des opposants ou des séditieux vous disent… You are fake news. You are fake news. Bien entendu, on suivra le retour à l’école dans nos prochaines émissions.

Je ne sais pas si vous l’avez lue mais en cas de réponse négative, faites-le. Cette enquête publiée par le portail de France TV Info nous raconte l’échec terrible de l’essai clinique Discovery, qui devait nous mettre tous d’accord sur les pistes prometteuses et les pistes à abandonner au sujet du traitement du COVID 19. Mais rien n’a fonctionné comme prévu.

Déjà par manque de solidarité européenne. Seuls les Français étaient chauds. Les Espagnols et les Italiens s’étaient embarqués dans un programme avec l’OMS.

Les Anglais préféraient tester leur propre protocole. L’étude devait porter sur plus de 3000 patients, mais moins de 800 ont été enrôlés. En plus, parmi les volontaires, certains voulaient absolument faire partie du bras “hydroxycholoroquine”, rajouté en dernière minute.

Et pas tester l’efficacité des quatre autres traitements. Et toujours dans le registre des fiascos, on a appris la semaine dernière que l’AP HP avait crié trop vite victoire au sujet du tocilizumab, un antiviral tellement survendu que les membres du comité indépendant de surveillance et de suivi des données ont démissionné en bloc. Il faudra tout reprendre quasiment à zéro.

Avant, pendant et après le confinement, le capitalisme français ne perd pas le Nord. Et il ne peut pas se plaindre que l’exécutif d’Emmanuel Macron ait une autre boussole que la sienne. Un exemple.

Le soutien direct et fanatique de la Macronie au secteur bancaire, contre les Français les plus modestes. C’est une histoire de fous, qui a commencé au Sénat. Laurence Rossignol, élue socialiste, a introduit une mesure dans le projet de loi sur l’état d’urgence sanitaire.

Objectif : protéger “les ménages fragiles des frais et commissions pour incidents bancaires” pendant la durée du confinement. Logique, quand on sait que les chiffres du chômage sont arrivés à un niveau historique, que les intermittents, intérimaires, auto-entrepreneurs et autres précaires n’ont plus de quoi vivre, et que la famine revient en France. Mais non.

Le gouvernement a estimé que ce qu’on appellera la mesure Rossignol, pouvait inciter les gens à ne pas honorer leurs paiements. OK, d’accord. Le Français est véreux, et ne vit que pour ne pas payer ses factures.

Mais ce qui est dingue est que le gouvernement considère que cette mesure n’avait pas, tenez-vous bien, de rapport avec l’objet de la loi, c’est-à-dire l’état d’urgence sanitaire. Ah bon ? Sérieux ?

Bref. Vous vous souvenez qu’en fin mars dernier, la grande distribution, à qui on n’avait rien demandé, annonçait qu’elle allait couvrir de primes les travailleurs en première ligne pendant le confinement ? Ca (cédille) avait l’air tout beau, tout citoyen, etc, etc.

Mais en fait, c’était de l’enfumage. C’est ce qu’explique la journaliste Nassira El Moaddem, qui a enquêté sur le sujet. Auchan France est la première à dégainer le 22 mars 2020 avec une communication officielle.

La promesse faite : "une prime forfaitaire de 1 000 €" pour "reconnaître financièrement la mobilisation exceptionnelle de ses équipes". Il y a donc un mot à retenir ici : FORFAITAIRE. Sauf que sauf que...

Un mois plus tard, le 24 avril, Auchan France rétropédale. D'un forfait de 1 000 €, Auchan passe à une prime fonction du temps de travail effectué entre le 15 mars et le 9 mai 2020 par les salariés en CDD et en CDI. C'est tout de suite moins généreux… Le groupe Casino (qui compte Monoprix, Géant Casino, Casino) a lui aussi fait le choix d'une prime proratisée au temps de travail effectif.

Et de déduire les arrêts maladie comme l'y autorise la loi...

Cela signifie que que les salariés contaminés par le COVID19 vont voir leur prime déduite de tous leurs jours d'absence liée à cette maladie qu'ils ont peut-être contractée sur leur lieu de travail… Ce n'est pas tout. Le choix de versement d'une prime aux salariés des magasins comme U les commerçants, Leclerc ou Intermarché dépend de la volonté des directeurs indépendants. Les directions de magasins Intermarché ont, en guise de primes, distribué des bons d’achats.

Comme à l'Intermarché de Miramas avec des bons d’achat alimentaires allant de 20 à 50 euros par semaine. En voici un… Vous avez remarqué que la prime bon d'achat n'est valable que dans ce seul Intermarché, uniquement sur l'alimentaire, qu'il n'y a pas de rendu de monnaie et qu'il y une date d'expiration assez courte...

Un bon "strike" en termes de dégueulasserie… Et le mot “dégueulasserie” est gentil. Nassira El Moaddem a publié l’intégralité de son enquête sur Mediapart. Quand on a des trucs à se reprocher, on se tient sur ses gardes, c’est la base.

Du coup, on comprend la littérature complotiste produite par les services de renseignement de la République. Ils ont fait fuiter sur France Info et dans le Parisien le contenu d’une note de 15 pages qui nous révèle que... eh ben que plein de gens risquent d’être super énervés après le déconfinement.

Sans blague. Bref, le plus important est le registre de langage utilisé pour désigner l’adversaire. “Mouvance contestataire”, “Ultra gauche”, “Ultra droite”... “Ultra droite” comme Eric Zemmour, multirécidiviste des condamnations pour incitation à la haine raciale qui s’est fait agresser verbalement et a reçu un coup de fil de notre bien-aimé président ?

Il m’a d’abord tout simplement demandé comment ça allait quoi, tout bêtement, et puis la discussion s’est engagée. En fait, on s’est rendu compte que nos désaccords étaient profonds et qu’il fallait un peu de temps pour les élucider. Donc nous avons parlé longtemps.

Je dois rendre hommage à l’élégance du geste. Je fus et je suis journaliste politique donc je vois les arrière-pensées politiques. Mais enfin, il y a aussi une élégance qu’il faut reconnaître.

Si vous trouvez que ceci relève de l’amour sincère, des bons usages républicains ou de la crasse politicienne, dites-le en commentaires. Voilà, c’est fini pour aujourd’hui. Pour être informé de nos prochaines émissions, abonnez-vous pour ceux qui ne le sont pas, et activez la clochette pour ceux qui le sont déjà.

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