Alliance LR-LREM pour les régionales : "Une erreur qui pourrait coûter cher" juge Michel Barnier
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien celui qui fut pendant 4 ans le négociateur en chef du Brexit, ancien commissaire européen, ancien ministre de la République. Il publie chez Gallimard la grande illusion, journal secret du Brexit 2016-2020, qui sera en librairie le 6 mai. Il dialoguera avec vous évidemment dans quelques instants au 01 45 24 7000. Bonjour Michel Barnier. Bonjour et bonjour aux auditeurs de France Inter. Bonjour. Ce livre est donc un journal qui retrace 4 ans de négociations du vote pour le livre le 23 juin 2016 au deal entre Londres et Bruxelles le 24 décembre 2020.
C'est presque un thriller, un thriller politique, 500 pages de rebondissement, d'avancée, de recul, de coup tordu dans les coulisses d'une négociation hors normes dont les personnages sont entre autres David Cameron, Theresa May, Boris Johnson, du côté européen Jean-Claude Juncker, Ursula von der Leyen. Vous écrivez, tout au long de ces 4 années et demie, j'ai cherché à comprendre les raisons qui ont poussé 17 410 742 citoyens britanniques à voter contre l'Union Européenne. Est-ce que vous avez fini par les comprendre ? Je pense que oui.
Mais c'est vrai que j'ai cherché à comprendre, en me disant aussi comme l'homme politique français que je suis, qu'il y a dans ce vote du Brexit, il y a maintenant presque 5 ans, des raisons, des colères, des signaux qu'il faut aussi entendre de notre côté de la Manche. Bien sûr, il y a des raisons britanniques, une certaine nostalgie, on a aussi des nostalgiques de notre côté, les marchés financiers qui n'aiment pas les règles européennes parce qu'ils sont contraints ou surveillés.
Mais il y a des raisons plus profondes dans beaucoup de régions pauvres, comme chez nous, où on proteste contre Bruxelles, en mettant tout sur le dos de Bruxelles, on proteste contre la désindustrialisation, il n'y a plus d'avenir pour les enfants, on proteste contre l'absence de services publics, bref, une protestation contre la mondialisation que l'Europe n'aurait pas maîtrisée.
Donc ça peut arriver ailleurs ?
Oui, et je viens de gérer pendant 4 ans et demi un événement improbable qui s'est produit, et je pense que d'autres événements improbables, ici chez nous, l'élection de Mme Le Pen, on en reparlera peut-être tout à l'heure, dans d'autres pays, peuvent se produire de la même manière. Voilà pourquoi il ne faut pas confondre le sentiment populaire que je viens de dire et qui s'est exprimé avec le Brexit avec le populisme. C'est autre chose. Il faut écouter le sentiment populaire, il faut le comprendre, il faut lui répondre, par une politique européenne, par des politiques nationales, tout n'est pas... Toutes les réponses ne sont pas à chercher à Bruxelles, et puis localement.
Mais ce besoin d'être protégé, ce besoin de sécurité, ce besoin de considération, de respect, il existe partout. J'ai écrit dans ce livre que j'ai rédigé au fil du temps, pendant 4 ans, l'histoire de cette aventure humaine que j'ai eu l'honneur de conduire, avec une équipe exceptionnelle de 70 personnes, paritaires, hommes-femmes à égalité, 22 nationalités, et puis en utilisant ce que je suis, ce que je sais faire.
Vous n'imaginez pas, je le dis à vos auditeurs, à quel point ce que j'ai appris avant, en étant élu de Savoie avec les agriculteurs, avec les chefs d'entreprise, en étant ministre de la Pêche, la Pêche a été un sujet jusqu'au dernier moment, un sujet très très grave de la négociation, ce que j'ai appris en régulant les services financiers comme commissaire européen, ce que j'ai appris en recevant des syndicats, des chefs d'entreprise, tout ça m'a été utile, toute cette expérience-là m'a été utile, parce que je n'ai pas été surpris par les sujets de la négociation.
Vous titrez votre livre La Grande Illusion, en référence au film de Jean Renoir, mais aussi à un essai de Norman Angel, qui démontre que la guerre est un affaiblissement dont tous les protagonistes, qu'ils soient proclamés vainqueurs ou vaincus, sont perdants. Et c'est un peu la thèse de votre livre, c'est qu'en fait, dans cette histoire du Brexit, il n'y a que des perdants, il n'y a pas un vainqueur ou un vaincu, il n'y a que des perdants. Et pourtant, vous racontez dans le livre, un jour vous voyagez, vous vous rencontrez un conseiller de la présidente estonienne qui vous pose cette question que je vous pose ce matin.
Est-ce que d'un point de vue philosophique, quelque chose de positif a découlé du Brexit ? Réponse.
Ce qui peut être positif, c'est ce signal d'alerte que ça constitue le Brexit. Cet avertissement, comme je l'ai dit au tout début du livre, en essayant de tirer les leçons pour l'Europe et pour la France aussi de ce vote. Mais franchement, le Brexit, c'est lose-lose, c'est un divorce. Personne n'est capable de dire qu'un divorce est positif. C'est toujours un affaiblissement. Et dans le cas présent, nous perdons un pays de 60 millions d'habitants qui est un grand pays, avec une diplomatie, une défense, une capacité d'exportation. Et donc, c'est un affaiblissement pour nous, qui nous voyons amputés de ce pays.
Et c'est un affaiblissement pour le Royaume-Uni, qui se retrouve tout seul, tout seul, au grand large, face aux Etats-Unis, à la Chine ou à la Russie.
Tout seul, mais efficace.
Et efficace, parce que quand on fait un tout petit bilan, rapidement, après le divorce, on a vu, début 2021, que la campagne vaccinale engagée par l'Union Européenne a été plus que poussive, avec un sérieux retard à l'allumage. Cette campagne, elle a encore accru la défiance, l'incompréhension, parfois la colère à l'égard de l'Europe. Et pendant ce temps-là, le divorcé, Boris Johnson, lui, vacciné à tour de bras. Cette campagne de vaccination, Michel Barnier, n'a-t-elle pas été, grandeur nature et sous les yeux de tout le monde, une pub extraordinaire pour le Brexit ? Non, je comprends votre analyse, mais ce n'est pas comme ça que les choses se présentent.
Et moi, je ne vais pas me lancer, à propos du Covid, qui est d'une violence inouïe, une grande agressivité, je peux en témoigner personnellement, et qui touche tellement de familles, qui a provoqué tellement de morts, partout, au Royaume-Uni, comme chez nous. Je ne vais pas me lancer dans une sorte de surenchère ou de compétition entre l'Union Européenne et le Royaume-Uni. Tant mieux si les Britanniques ont été plus vite vaccinés.
Quand vous ferez l'évaluation de cette crise, et nous ne sommes pas encore à ce point, pour l'instant, le moment n'est pas de donner des leçons, peut-être de tirer des leçons, on verra le bilan global pour le Royaume-Uni, pour nous, la mortalité, les malades, la capacité de vaccination, il faudra voir ça dans quelques semaines, et l'Union Européenne accélère. Mais c'est vrai, c'est vrai qu'il y a eu des défauts au départ. Pourquoi ? Parce qu'on a voulu décider pour 27 et pas tout seul. C'est plus facile de décider tout seul qu'à 27, surtout quand on n'est pas dans une compétence européenne. C'est une des leçons à tirer.
Peut-être y a-t-il des sujets, à propos de l'Europe, où il faudra rendre des compétences aux pays, aux régions, faire de la subsidiarité, pour employer un mot un peu techno. Dans d'autres domaines, il faudra sans doute consolider les compétences actuelles.
Mais sur la santé, par exemple, pour la poser clairement sans faire des grands mots, est-ce qu'on n'aurait pas été plus efficace nationalement ? Si on l'avait fait de manière, chacun chez soi, Dieu pour tous.
Oui, mais avec quel vaccin, Léa Salamé ?
On aurait négocié avec Pfizer, on aurait négocié avec Moderna.
Par ma réponse, je veux dire que le patriotisme vaccinal n'a pas de sens, puisque nous n'avons pas été capables, ni dans le public, ni dans le privé, d'avoir un vaccin français. Donc on dépendait des autres. Alors après, comment on négociait avec les autres ? C'est sûr qu'on aurait pu, comme les Britanniques, décider tout seuls. Mais ce n'est pas, de mon point de vue, la philosophie de l'Union européenne. Et on aurait laissé de côté des pays plus petits, qui auraient été incapables de négocier. Donc je reconnais qu'il y a eu des problèmes administratifs, de la bureaucratie. En cherchant bien, on trouvait de la bureaucratie, d'ailleurs, ailleurs qu'à Bruxelles.
Il y a eu une sorte de méfiance, un peu presque idéologique, à l'égard du partenariat privé-public. On ne sait pas prendre des risques. Les Britanniques ont pris des risques en finançant le secteur privé. Les Américains ont pris des risques, nous ne savons pas encore faire cela. Et puis, il y a des leçons à tirer sur l'autonomie, l'indépendance industrielle. Nous devons regarder tous les domaines, celui de la santé, des biotechnologies, mais aussi de la défense, de l'industrie, du numérique, où nous devons construire une autonomie européenne, être capables d'être par nous-mêmes, autonomes, indépendants, libres. Voilà ce que je pense.
Avec ce livre, on a donc le plaisir d'entrer dans les coulisses d'une négociation colossale par sa taille et par sa durée. Il y a mille anecdotes, des portraits des grands leaders européens. Keep calm and negotiate, c'était votre mantra. Reste calme et négocie. Comment avez-vous fait, Michel Barnier, pendant 4 ans, pour garder votre calme face aux jeux de poker menteurs des Britanniques et face aux torrents de fake news qui vous ont rattrapé ? On parlait du Covid. Le Mail on Sunday, un tabloïd britannique, a titré « Est-ce que Barnier a infecté Bojo ? » Puisque Boris Johnson est tombé malade deux semaines après vous.
Même ça, vous avez dû faire face personnellement à des accusations comme ça, à des fake news comme ça.
Oui, on connaît les tabloïds britanniques, donc il ne faut pas se laisser impressionner. Comment j'ai fait ? J'ai mon tempérament. Je suis habitué aux longues randonnées. Vous savez que je suis savoyard et fier de l'être montagnard. Et j'ai l'habitude des grandes randonnées en montagne, de faire attention aux marches. Une randonnée, ça peut être toujours dangereux. Et puis, il faut regarder le sommet parce que ça aide de lever les yeux et de voir quelque chose à l'horizon. Et moi, je voyais à l'horizon trois choses. Un, de préserver les intérêts de l'Union Européenne, des entreprises, des pêcheurs, des agriculteurs, des citoyens.
Des citoyens dont nous avons protégé les droits pour 4,5 millions de personnes. 4,5 millions de personnes, j'ai toujours eu le souci de la paix en Irlande. J'ai de l'attachement pour ce pays. Et en Irlande, ce n'est pas une question de commerce, de marchandises. C'est une question d'hommes et de femmes. J'ai le souvenir, et la salamée, d'une rencontre à Don Gannon, que je raconte dans les livres, où un certain nombre de femmes qui travaillent à la frontière au sud de Londonderry, ont pleuré devant moi. C'était une région privée. Il n'y avait pas de journaliste. Nous étions entre nous. Et elle pleurait en me disant que ça ne recommence pas.
Il y a 20 ans, s'est terminé un conflit en Irlande du Nord, où il y a eu 4 000 morts. Et c'est chez nous, en Europe. Et puis le troisième sujet que j'ai eu en tête, la troisième perspective d'horizon, c'est la coopération que nous devons garder avec ce grand pays. Parce que le Royaume-Uni est un grand pays allié, ami, partenaire. Et on doit, pour d'autres pandémies qui vont arriver, animales ou humaines, pour d'autres risques comme le terrorisme, pour la maîtrise des marchés financiers, nous prenons garde à des risques de nouvelles crises financières.
Donc vous n'avez jamais craqué ?
Non, je n'ai pas craqué, mais j'avais une formidable équipe, je vous l'ai dit tout à l'heure. La confiance des 27 chefs d'État et de gouvernement, l'appui des fonctionnaires exemplaires, et puis mon propre tempérament. Et vous racontez également une rencontre avec Nigel Farage du parti UKIP. Il a voulu, il a défendu, il s'est battu pour le Brexit. L'entretien, dites-vous, est courtois. En partant, il vous dit, là j'ai traduit et vous le dit en anglais, M. Barnier, après le Brexit, l'Union Européenne n'existera plus. Et vous écrivez, je savais que Nigel Farage et tous ses amis d'extrême droite voulaient détruire l'Union de l'intérieur. J'en ai aujourd'hui la confirmation.
C'est ça le plan, selon vous, de l'extrême droite, détruire l'Union ? Mais évidemment, évidemment, d'ailleurs ces gens sont en réseau. M. Farage avec Mme Le Pen, M. Salvini d'ailleurs, qui vient de rejoindre un gouvernement pro-européen. Ces gens ont une volonté de détruire, au-delà de ce qu'ils veulent nous détruire de l'extérieur, ils veulent la détruire de l'intérieur. Donc il faut faire attention et bien savoir qui on a en face de nous. J'ai moi qui ai posé cette question à M. Farage. Quelle est votre idée, après le Brexit, que vous venez de gagner, de nos futures relations ? Et il me répond « After the Brexit, the EU will no longer exist ». L'Union européenne va disparaître.
On n'est pas obligé de donner ce point à M. Farage, et moi je ne suis pas décidé à le donner. Je veux qu'on change ce qui doit être changé au niveau européen. Il y a plein de choses à changer. Il y a plein de choses à changer pour moins de bureaucratie, plus de démocratie, plus de vraies politiques qui intéressent les gens. La valeur ajoutée de l'Europe qui doit être démontrée chaque jour. Il y a aussi plein de choses à changer dans d'autres pays. Mais pas de renoncer au projet européen qui est, je le dis gravement, pour nous, vitale, si l'on veut ne pas être dépendant et sous-traitant des Chinois et des Américains.
Je n'ai pas envie que l'avenir de mes enfants se décide à Washington ou à Pékin.
Avant d'aller au standard, encore une ou deux petites questions. Beaucoup de choses ont été dites, écrites sur Boris Johnson, insaisissables, populistes pour les uns, populaires pour les autres, opportunistes. Vous, qu'en dites-vous, pour finir, qu'en dépit de ses défauts, de son caractère, c'est un homme d'État ?
C'est un homme de gouvernement. Il a clairement de l'intelligence. Il est assez cordial, chaleureux, très pragmatique. Voilà ce que je dirais de lui. Je crois qu'il lui faut un peu plus de temps pour démontrer des qualités d'homme d'État. Mais il a de l'intelligence de gouvernement. Et il a du pragmatisme. Voilà ce que je peux dire. Même si j'ai trouvé curieux ou baroque un certain nombre de ses déclarations dans le passé, comme quand il était ministre des Affaires étrangères. Alors lui, ce n'est pas un personnage de la négociation. Mais tout de même, un mot, on note en France une certaine Biden-mania depuis l'élection de Joe Biden à la Maison-Blanche.
Quel regard portez-vous sur ces 100 premiers jours ? C'était la semaine dernière à la Maison-Blanche. Quel type d'homme d'État vous semble-t-il être ? Et surtout, ces 100 jours-là disent quoi, selon vous ? Ils disent d'abord que Joe Biden fait ce qu'il a dit avec son parti, le parti démocrate. Et il le fait vite. Je pense qu'au Royaume-Uni, en France, comme aux États-Unis, il faut agir vite quand on gouverne. Deuxièmement, il se rapproche, je me permets de le rappeler, avec toutes les mesures qu'il vient d'annoncer, d'un modèle qui est plutôt le modèle européen en termes de protection sociale ou de fiscalité. Troisièmement, c'est quelqu'un de persévérant.
Et ça prouve que quelqu'un qui a de l'expérience et qui est persévérant peut ramener dans son pays qui en avait besoin après la tempête de M. Trump, du calme, du respect et de la sérénité. Allez, on file au standard. On nous attend Héloïse. Bonjour et bienvenue. Oui, bonjour. On vous écoute.
Alors, tout d'abord, je voulais préciser que je suis étudiante sur les sujets européens. Donc, j'ai suivi les négociations et l'énergie que vous y avez mis. Donc, déjà, merci pour l'Europe et pour la France. Une petite question. À votre avis, quelles sont les leçons à tirer de ce Brexit pour que, justement, ce Brexit ne se transforme pas en Frexit ? Brexit en France.
Merci, Héloïse, pour cette question. Michel Barnier vous répond. Bonjour, madame, d'abord, et merci pour votre appréciation. Les leçons, c'est que ça peut se produire ailleurs si on ne fait pas attention. Et donc, dans les raisons qui ont provoqué le vote contre l'Europe, il y a des raisons qui existent chez nous, et notamment cette colère sociale. Donc, il est urgent qu'au niveau de Bruxelles, comme à Paris, on démontre la valeur ajoutée du projet européen, la valeur ajoutée d'être ensemble dans certains domaines.
Peut-être faudra-t-il, d'ailleurs, c'est une suggestion que je fais pour la présidence française qui va débuter l'année prochaine, évaluer chacune des compétences et des politiques européennes pour voir celles qui ont encore une valeur ajoutée, celles qui n'en ont plus, où il faut rendre des compétences, ce qu'on appelle la subsidiarité, aux États. Et puis, peut-être dans des domaines comme la défense où la santé agit mieux ensemble. En tout cas, ma première réponse serait moins de bureaucratie à Bruxelles. Vous savez, à Bruxelles, comme à Paris, quand les bureaucrates prennent le pouvoir, c'est que les hommes politiques leur ont laissé le pouvoir.
Ah ben, ils rasent les murs, dites-vous, à un moment, dans le livre. Moi, je ne veux pas qu'on rase les murs. Hommes et femmes politiques ont l'Europe honteuse. Je continuerai à marcher au milieu de la route en étant passionnément patriote et en même temps engagé sur le plan européen. Mais la principale leçon, c'est qu'il faut que l'Union européenne n'ait plus l'idée que la politique industrielle, par exemple, est un gros mot. Nous devons avoir une stratégie d'autonomie et d'indépendance industrielle et en même temps démontrer la valeur ajoutée d'être ensemble. Bernard est au standard. Bonjour, bienvenue. Bonjour. Bonjour Michel Barnier.
Bonjour à l'équipe de France Inter.
Bonjour.
Michel Barnier, pour moi, c'est l'organisateur d'Albertville. Avec d'autres, bien sûr, mais un travail collectif. C'est aussi, quand il était ministre, le plan Loire. Le magnifique plan Loire. Et puis, c'est quelqu'un pour moi qui est porteur de projet, qui a une vision. Alors, je vous dis, je suis de gauche. J'ai milité avec Chevènement il y a un moment déjà. Et ces qualités de montagnère me vont bien. Alors, est-ce que ce sera notre Joy Bidden s'il se présente ? Voilà. Donc, ce que je veux vous dire, c'est que lors des élections, si Michel Barnier est au deuxième tour, et je suis de gauche, j'insiste, je voterai Michel Barnier. Michel Biden. Je ne voterai pas Macron.
Bon, bien reçu, Bernard. La ligne a été coupée. Je crois, Michel Barnier, Biden, vous répond. La France n'est pas les Etats-Unis. Merci beaucoup de votre appréciation et d'avoir rappelé aussi ce grand projet des Jeux Olympiques que nous avions avec tant d'autres, et notamment Jean-Claude Killy, réalisé pendant dix ans. Dix ans pour seize jours. Ça a été une leçon de ténacité qui m'a été utile pour le Brexit. Dans cette question de la présidentielle, je l'entends, j'écoute beaucoup ce que les gens me disent. C'est une question grave d'être candidat à une élection aussi importante que l'élection du président de la République. Et donc, il faut que la réponse soit grave et réfléchie.
Est-ce qu'elle l'est chez vous ? Ce n'est pas le moment pour moi d'apporter cette réponse, parce que les Français ont franchement, actuellement, avec la crise du Covid, bien d'autres angoisses et bien d'autres préoccupations. Mais ce que je peux vous dire, c'est que je serai acteur de ce débat présidentiel, parce que j'écoute. Je pense que le moment, dans ma famille politique, les Républicains, dont on parle beaucoup ces jours-ci, qu'il y a besoin de travailler ensemble, de s'écouter, de se respecter. Je veux participer à un jeu collectif. Je veux apporter une réponse qui soit celle de toute ma famille. Et cette unité-là, elle ne se décrète pas, elle ne tombe pas du ciel.
Il faut la construire avec du respect, de l'écoute.
Est-ce que vous êtes en train de la construire ? Le point disait cette semaine en une que vous vous préparez pour 2022. Est-ce que vous admettez que vous vous préparez à cela ?
Bien sûr que je me prépare pour être présent et acteur dans ce débat présidentiel, parce que je pense que je peux y apporter quelque chose, qu'on a décrit tout au long de cet entretien depuis le début de cette interview. Mais encore une fois, pour apporter cette réponse, il faut que je continue à rencontrer et à construire ce jeu collectif avec tous ceux, le président du Sénat, mais tous ceux dont on parle. et je trouve que cette famille politique est riche de beaucoup de talents en son sein et juste à côté.
Juste à côté, c'est-à-dire Xavier Bertrand et Valérie Pécresse ?
Oui, qui sont dans cette famille, mais que nous n'arrivons pas à construire une force collective. Et donc, c'est ça qu'il faut construire et ça ne se décrète pas. Et je continue à travailler, à me préparer pour être acteur de ce débat et de cette unité parce que, je vous le dis au passage, je suis sûr qu'il y aura un candidat et un seul de cette famille et qu'il faut qu'il y ait un candidat en dépit des manœuvres, des tentatives d'effacer ou de dynamité d'un droit républicain.
Par exemple, on en parlait à 7h50 avec Christophe Castagnard, il y aura donc une alliance pour les régionales entre La République En Marche et Renaud Muselier en PACA. Cette alliance, vous la comprenez ? Vous la condamnez ? Vous en pensez quoi ?
Non, je ne la comprends pas vraiment. D'abord, je trouve étonnant que le Premier ministre qui a autre chose à faire, sans doute lui-même annonce cette mesure, ce qui prouve que tout ça est décidé au plus haut sommet de l'État. Je ne comprends pas pourquoi Renaud Muselier, que je connais bien, nous avons été ministre ensemble aux Affaires étrangères, n'a pas fait le choix de présenter lui-même son offre politique. C'est un bon président de région. Il avait la capacité, avec ses alliés centristes, de présenter une offre bien identifiée, claire et nette. Les électeurs ont besoin de clarté.
Moi, je pense que, franchement, les Français en ont marre des divisions, des querelles, des postures, des incantations. Et donc, il faut que les choses soient claires. J'espère que ça se finira bien en région PACA. Je n'en suis pas sûr. Ça veut dire quoi ? Je pense qu'il faut faire attention. Que l'idée de, comme Thomas Legrand le disait sur votre antenne tout à l'heure, de camoufler la faiblesse du parti présidentiel en cherchant à dynamiter les autres partis, c'est une erreur. Et c'est une erreur qui peut coûter cher. Je pense que ce pays a besoin d'un parti socialiste, quel que soit le nom, à gauche, qui soit solide et a besoin d'une droite républicaine qui soit également solide.
Ça veut dire quoi, écoutez, cher Michel Barnier ?
Je pense qu'en voulant effacer ou dynamiter tout ce qui existe entre l'exécutif actuel et le Front National ou le Rassemblement National, on ouvre la voie à quelque chose d'improbable qui est l'élection de Mme Le Pen. Donc, il faut faire attention. LR a retiré son investiture à Renaud Muselier. Faut-il aller plus loin, selon vous, Michel Barnier ? Faut-il que LR, lui, oppose une nouvelle liste ? Écoutez, ça, c'est une affaire qui sera décidée sur place localement et puis aussi au Conseil stratégique dont je fais partie des Républicains. Notre famille sera unie. Elle a d'ailleurs une réponse unie à cette crise ou à cette manœuvre et elle sera unie.
Je ne souhaite pas qu'on ajoute des anathèmes aux anathèmes. Je dis simplement, en conscience et gravement, qu'il ne faut pas jouer avec le feu. Et que ce pays, je le sens, je l'écoute parmi les électeurs, ont besoin de clarté et qu'il y a besoin d'une droite républicaine. C'est à quoi je veux travailler,
qu'il soit fort. Vous dites ce matin Emmanuel Macron jouer avec le feu.
Je dis que ceux qui essayent de dynamiter ou d'effacer tout ce qui existe entre l'exécutif actuel et le Front National prennent des risques d'ouvrir la voie à quelque chose d'improbable et que je ne veux pas voir se produire dans mon pays. Vos portraits soulignent toujours Michel Barnier, votre droiture, votre sens de la mesure, votre politesse. Certains disent plutôt que vous êtes lisse, d'autres que vous êtes tiède. Or, l'époque n'aime pas les tièdes. Est-ce que vous êtes prêt à la violence d'une campagne politique ? Est-ce que vous êtes prêt à affronter les réseaux sociaux, l'info en continu, le dégagisme ? Bref, ce qui fait aussi la politique en 2021-2022.
Vous venez de le rappeler, je suis engagé en politique depuis quelques années quand même. J'ai vécu beaucoup d'élections, y compris d'ailleurs des élections parfois improbables, comme le moment où j'étais tête de liste aux élections européennes avec Nicolas Sarkozy qui a montré qu'on pouvait d'ailleurs dans ce pays concilier le patriotisme et l'engagement européen en 2007 et 2008. Oui, je connais la politique. Je n'ai pas d'état d'âme de ce côté-là et je suis ce que je suis. Je ne vais pas me changer, Nicolas Demorand. J'ai une idée de la politique assez claire depuis le début de mon engagement quand j'avais 14 ans et que je me suis engagé derrière le général de Gaulle.
Ça restera ma principale fierté. Je pense qu'il faut être digne, qu'il faut dire la vérité, qu'il faut être sérieux, qu'il faut respecter les gens. Les Français ont envie de respect et qu'on remette du respect dans le débat collectif, qu'on remette du collectif, qu'on remette de l'intelligence collective. Voilà le besoin.
Mais elle a changé la politique par rapport aux années où vous étiez élu avec Jacques Chirac. Il y a les réseaux sociaux aujourd'hui, il y a les chaînes d'infos en continu. Elle est vraiment drastiquement différente. Une campagne aujourd'hui n'est pas du tout une campagne il y a 15 ou 20 ans.
Écoutez, je n'ai pas... Même si j'étais à Bruxelles, pendant quelques années, je suis resté passionnément attaché à ce pays. Je l'ai écouté, je vois, je suis sur les réseaux sociaux, j'ai un compte Twitter, d'ailleurs, auquel vos auditeurs peuvent s'abonner. Et donc, non, je connais cette politique, je connais cette violence. Mais ça n'empêche pas qu'on doit marcher au milieu de la route, être digne et dire ce qu'on pense.
Et juste la dernière question, c'est un problème de notoriété aussi dans votre cas. Beaucoup de Français ne vous connaissent pas, ne savent pas qui vous êtes.
Eh bien, grâce à vous et à votre invitation ce matin et à quelques autres, Merci Michel Barnier d'avoir été à notre micro ce matin. Merci pour ce livre, La Grande Illusion, journal secret du Brexit, pardon, 2016-2020.
Vous avez deux auditeurs qui réagissent à l'instant sur l'appli Inter. Cara, M. Barnier, serez-vous président de la République ? Laurence, pourriez-vous envisager de vous présenter la présidence ? Erso, il fera quoi Barnier en 2022 ? Vous voyez, ça réagit.
On vous transmet les messages. C'est publié chez Gallimard et en librairie le 6 mai prochain. Merci encore. Merci.
France Inter C'est parti.
C'est parti. C'est parti. C'est parti.
Michel Barnier