Tensions internationales : "Il faudra que nous soyons à la hauteur, sinon nous serons les faibles du monde", prévient le général Pierre de Villiers
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France Info Bonjour Pierre Devilliers. Bonjour Madame. Général, ancien chef d'état-major des armées, merci d'être avec nous sur France Info. Bonjour Paul. Bonjour Agathe. On va parler de l'état de nos armées, de la situation en Iran. Mais d'abord, face aux menaces d'annexion de Donald Trump, on a appris dans la nuit que la France allait participer à une mission militaire européenne au Groenland. Les premiers militaires français sont arrivés sur l'île. Olivier Poitre d'Arvor, ambassadeur pour les pôles et les océans, était l'invité de France Info ce matin. C'est un signe politique fort. On disait que l'Europe prenait son temps, pas tant que ça.
Il y a une quinzaine de soldats, mais l'ensemble de l'opération fera... Ce n'est pas des soldats, c'est de la préparation d'un exercice. Donc on est actuellement avec, notamment, je pense, des spécialistes de la haute montagne. Pierre Devilliers, une mission de reconnaissance, ça veut dire quoi ?
Je pense que je n'ai pas plus d'informations que ce qu'il y a dans la presse, mais je pense que c'est pour donner un signal à la communauté internationale que l'Europe réagit. La France envoie une mission d'évaluation, en quelque sorte, pour voir ce que l'on peut faire. Ce sont des chasseurs alpins, si j'ai bien compris. Ce sont des spécialistes de ce genre de territoire.
C'est-à-dire qu'ils vont observer la situation sur le terrain pour voir ce qui est possible ensuite ?
Alors, probablement, s'il advenait qu'on envoyait des troupes, des troupes combattantes cette fois-ci, pour protéger ce territoire, ou les installer, comment faire ? Quelques opérations entre les différents pays européens, avec le Danemark, c'est ce qu'on appelle une mission d'évaluation. Chaque fois que l'on fait un exercice ou une opération, on envoie des gens en avant pour évaluer. Je pense qu'il s'agit de ça, tout simplement. Et plus globalement, c'est une opération, en termes de communication, pour montrer que nous faisons quelque chose face aux déclarations du président Trump.
Il y aura des Suédois, des Norvégiens, 15 soldats français, on l'a dit, 13 soldats allemands. Mais est-ce que ça sert vraiment à quelque chose ? Il y a un Conseil de défense actuellement à l'Elysée, n'est-ce pas dérisoire ?
Écoutez, je ne suis plus en responsabilité, et c'est à ceux qui dirigent, de prendre les bonnes décisions. Non, simplement, moi j'ai écrit mon livre pour le succès des armes de la France, précisément parce que je sens bien que nous ne sommes plus dans le même monde, et c'est ce que j'ai voulu décrire, et qu'il faut donc réagir en réarmant notre pays, en le réarmant, en donnant les moyens des missions données aux armées. Évidemment, ce n'est pas le cas aujourd'hui. Nous avons une belle armée capable de faire des opérations de guerre, mais pas une guerre. La guerre, c'est dur, et ça dure.
Et puis ensuite, en réarmant notre pays dans ses forces morales et civiques, de façon à ce que nous soyons capables d'être prêts à nous défendre si nous sommes attaqués, car le monde a changé.
Le monde a changé, et on a un président américain qui a réitéré ses menaces sur le Groenland hier, on l'écoute.
On en a besoin pour des raisons de sécurité nationale. On en a besoin, je ne suis pas le premier. Ça fait 100 ans qu'on parle de ce projet, il n'y a rien de nouveau sous le soleil.
Envoyer cette mission de reconnaissance, est-ce que c'est de nature à empêcher Donald Trump de s'emparer de ce territoire ? De ce que vous voyez, de ce que vous comprenez de Donald Trump, est-ce que vous pensez que ça peut le dissuader ?
Plus globalement, c'est sûr que nous avions un monde qui était régulé par la force du droit. Et aujourd'hui, c'est le droit de la force. Tout simplement, c'est un changement énorme. Depuis 1945, les organisations internationales, ces stabilisateurs automatiques, régulaient les relations internationales. Ce n'est plus le cas, car nous avons affaire à deux types de menaces qui ne répondent plus. Le retour des États-puissances, la Chine, la Russie, les États-Unis, la Turquie, bien sûr, l'Inde, l'Iran, on le voit bien. Et puis, le terrorisme islamiste radical qui continue à frapper de par le monde chaque jour. Et face à ces deux menaces, le droit ne régule plus.
Mais qu'est-ce qu'il faut faire ? Alors, il ne faut pas respecter le droit ? C'est la loi du fort ? Vous dites que les Européens aussi doivent adopter les mêmes méthodes que Donald Trump ?
C'est ce que j'explique dans mon livre. Il faut s'adapter à cette nouvelle donne, et on aurait pu le faire depuis 2017 un peu plus fortement que ce qu'on a fait. Je salue l'effort qui a été fait, mais ce n'est pas suffisant. Il faut accélérer, parce que seule la force fait reculer la violence, et dans les rapports de force, il faudra que nous soyons à la hauteur, sinon nous serons les faibles du monde.
Est-ce qu'il n'y a pas un énorme problème ? Ce sont des soldats de l'OTAN qui vont se retrouver au Groenland face à des soldats de l'OTAN. Est-ce que ce n'est pas la mort de l'OTAN ?
Bien sûr. Le pacte de Varsovie passait son temps à attaquer ses propres alliés, et nous sommes dans un cas de figure analogue, en l'occurrence, puisque les États-Unis financent plus de 50% de l'organisation, de l'OTAN, et nous serions contraints d'attaquer les États-Unis. Non, cette situation, je pense, n'aura pas lieu, il n'y aura pas d'action militaire contre les États-Unis. C'est absolument impensable. Ces soldats ne vont jamais se battre ? Non, mais c'est...
Ils n'y vont pas pour se battre ? Ce ne sont pas des soldats qui sont prêts à affronter les soldats américains ?
C'est impensable.
Nous sommes dans les rapports de force, précisément, et c'est pour cela que nous devons absolument, en Europe, dans nos démocraties européennes, prendre conscience de la nouvelle situation, et c'est ce que j'ai fait dans mon livre pour le succès des armes de la France, pour que nos dirigeants qui vont être élus, en particulier en France, puisque nous avons des élections multiples dans les mois qui viennent, puissent être conscients de la gravité de la situation, et que, enfin, dans la Ve République, pour une présidentielle, le sujet de la protection de la France et des Français, à l'extérieur et à l'intérieur, soit au premier rang, au même titre que les sujets qui mobilisent les énergies politiques aujourd'hui.
J'ai peur que, comme d'habitude, le soufflet retombe.
Ce n'est pas le cas aujourd'hui ? Il n'y a pas assez de prise de conscience, selon vous ?
Cette prise de conscience n'est pas suffisante. En tout cas, c'est mon avis.
C'est l'Iran. Au dernier bilan de l'ONG Iran Human Rights, 3428 manifestants tués, plus de 10 000 arrestations. Il y a aussi la contestation, comme on le sait, qui fragilise le régime. Hier, les États-Unis ont évacué en partie leur base militaire au Qatar, une base ciblée en juin dernier par l'Iran. Qu'est-ce que ça signifie tout ça ? Est-ce que vous pensez ce matin que Trump va vraiment taper l'Iran ?
Ça signifie que le monde est très fracturé et qu'il est en évolution, en ébullition, j'allais dire, sous tension. Si on évacue une partie de la base d'Al-Doudaï, c'est probablement parce qu'on a peur des mesures de rétorsion, évidemment, puisque c'est à proximité de l'Iran. Et on voit bien ce pays, l'Iran, qui est fragilisé, qui martyrisse sa population et sa population qui, actuellement, ne le supporte plus. Et donc, quand vous touchez à l'Iran, vous touchez à ses alliés, la Russie, la Chine.
Vous vous souvenez de cette réunion, début septembre, en Chine, où tout ce groupe de pays qui n'a en commun qu'une seule chose, la haine de l'Occident et du grand Satan américain, était réunie sur notre dos, si je puis dire. Donc, nous sommes dans un monde en ébullition et il serait temps de prendre, non pas des réunions, non pas des paroles, non pas des réunions de la parlotte. C'est ce que font les Européens, ils font de la parlotte ? Il faut cesser les postures, il faut prendre des mesures concrètes.
Mais c'est-à-dire, pardon, Général, les Européens, ils font de la parlotte ? C'est ça que vous dites aujourd'hui ?
Je dis qu'ils ne rèment pas à la hauteur de ce qu'il faudrait faire, en particulier dans les coopérations européennes, en matière industrielle, en matière de formation, de logistique, dans des tas de projets que l'on pourrait construire en commun inter-étatiques, à géométrie variable, parce qu'on ne peut pas tout faire à 27 pays. Eh bien, c'est ce mouvement que j'attends.
Pardon, Regat, vous qui êtes, Général, 5 étoiles, je le rappelle qu'il avait été et qu'il y avait encore un large réseau, qu'est-ce que ça signifie ? Comment il faut le comprendre ? Quand Donald Trump-Pierre affirme que les tueries en Iran ont pris fin, est-ce que ça veut dire pour vous qu'ils renoncent à intervenir, que c'est un leurre ?
Ça veut dire qu'il n'interviendra pas demain matin. En tout cas, c'est ce qu'il semble faire passer comme message. Mais nous sommes dans la guerre informationnelle. La communication fait partie des armements aujourd'hui. Donc, la veille de l'invasion en Ukraine, le président Poutine jurait que ce n'était qu'un exercice. Donc, on voit bien que les uns et les autres articulent leur manœuvre en fonction de la communication. Aujourd'hui, il semblerait qu'il diffère une éventuelle intervention, puisque les Iraniens ont fait passer qu'ils arrêtaient de martyriser leur population. Nous verrons bien dans les jours qui viennent.
Plus globalement, il faut prendre de la hauteur et de la largeur dans les raisonnements par rapport à cette situation que nous connaissons aujourd'hui, avec ce monde sous tension, et en tirer les conclusions.
On a beaucoup parlé aussi de la menace russe ces derniers mois, mais il y a un débat dans la classe politique française. Certains critiquent l'alarmisme du président. Qu'en est-il pour vous ? Elle est à prendre au sérieux, cette menace russe ? Elle est concrète ?
On voit bien que les Russes ne s'arrêtent pas, et que leur objectif stratégique, c'est au moins, au minimum, de conquérir le Donbass, qu'il leur reste encore une partie à conquérir, et qu'ils continuent. Le processus de paix, moi j'ai beaucoup d'espérance dans ce processus de paix, qui devrait commencer par un cessez-le-feu, pour le moment, n'avance pas. Et les Russes ont cet objectif stratégique, et pour le moment, ils refusent la porte ouverte par le président Trump. Je déplore cette situation, parce que la guerre, vous savez, c'est absolument terrifiant. On n'est plus habitués, nous, les Européens. 80 ans de paix, rendez-vous compte, ça a changé notre état d'esprit, notre culture.
On oublie, l'homme oublie facilement. Il y a des journées à 1000 morts, et c'est fréquent dans cet affrontement meurtrier entre ces deux pays slaves. Il faut aller vers la paix impérativement.
Il y a une question qu'on se pose en lisant votre livre avec Agathe. On ne comprend pas bien si, dans votre esprit, le principal risque pour la France est aujourd'hui extérieur, on vient en parler notamment de la Russie, ou intérieur ?
Les deux, mon général, malheureusement. Pour faire la guerre, il faut avoir une cohésion nationale, il faut avoir une unité nationale, pour que l'arrière tienne quand les soldats se battent à l'avant. C'est un vieux classique, on a connu ça en 70, en 14, en 39. Aujourd'hui, notre société est fracturée. La fracture sociale, Philippe Seguin, l'archipel français, ce livre remarquable de Fourquet, il a déjà quelques années. Et ce sont ces fractures qui nous affaiblissent, et qu'il faut à tout prix résoudre, par une unité nationale grandissante, par l'éducation nationale, par les familles, par la société, et réapprendre à notre jeunesse à aimer leur pays.
Dans ce contexte, Emmanuel Macron présente ses voeux aux armées. Vous allez nous dire ce que vous attendez de ses voeux du président dans un instant. Mais tout de suite, il est 8h45, et c'est l'Info en une minute avec Philippine Thibaudot.
Un conseil de défense d'urgence en ce moment à l'Elysée. Pour parler de l'Iran et du Groenland, Emmanuel Macron réunit les ministres concernés, ainsi que les chefs militaires. La France a annoncé le déploiement de troupes sur l'île Arctique, alors que Donald Trump lorgne son territoire. Une quinzaine de militaires spécialisés de haute montagne, déjà sur place à Nouc, la capitale. 52 militants de la Confédération Paysanne, placés en garde à vue hier, accusés d'avoir pénétré une annexe du ministère de l'Agriculture. Le syndicat demande leur libération immédiate. Ailleurs, des actions se poursuivent, toujours contre l'accord avec le Mercosur.
Et malgré les annonces du Premier ministre pour le Monde Agricole, notamment aux dépôts pétroliers d'Albin, Sans-Savoie ou de Vatry dans la Marne, le taux du Livret A va baisser légèrement au 1er février. C'est ce que confirme le ministre de l'Economie. Actuellement de 1,7%, il va moins rapporter. Roland l'escurre table sur 1,4%. Il indiquera le taux exact dans la journée. Et puis le Finistère en orange sur la carte de France. Le département est placé en vigilance pluie et inondation. Localement, les cumuls pourront atteindre 60 millimètres, voire 70 millimètres. France Info
Le 8.30 France Info Agathe Lambret, Paul Larouturou Avec le général Pierre Devilliers, ancien chef d'état-major des armées, Paul, Emmanuel Macron présente ses voeux aujourd'hui.
Oui, sur la base aérienne d'Istre, dans les Bouches-du-Rhône. Général, qu'attendez-vous dans un contexte budgétaire aussi complexe ? Je crois que vous lui demandez carrément 50 milliards.
Oui, j'attends que le Président fasse part de son analyse et de sa stratégie, de sa vision par rapport à la nouvelle situation du monde dans lequel nous sommes, qui n'est pas la même situation qu'il y a encore quelques mois. Ensuite, qu'il décrive le modèle d'armée, les grandes lignes du modèle d'armée qui en découlent, menaces, missions, moyens, c'est toujours le triptyque. Et puis, peut-être qu'il articule effectivement cette montée en charge du réarmement financier. Moi, je propose 5 milliards par an pendant 10 ans jusqu'en 2035. C'est d'ailleurs la proposition de l'ancien ministre Sébastien Lecornu dans son livre « Vers la guerre ».
Évidemment, et puis peut-être qu'il précise ce dont il a déjà parlé, mais pour le moment, on n'est pas dans la réalité, comment il voit cette économie de guerre. Parce que notre base industrielle et technologique de défense attend les commandes et attend qu'on simplifie les procédures.
Vous voulez dire qu'il faut passer en économie de guerre ?
Et qu'est-ce que ça signifie ? Eh bien, ça signifie par exemple que l'état-major qui exprime ses besoins en matière d'équipement, l'industriel qui fabrique et les ingénieurs de la délégation générale de l'armement qui sont au milieu pour traduire et coordonner, on allège les procédures. On a les mêmes procédures qu'il y a encore quelques décennies. Et vous connaissez la puissance de l'administration et de la bureaucratie française. Entre le moment où le ministre décide un programme et le moment où il arrive dans les forces, ce sont des mois, voire des années. On ne peut plus continuer comme ça, compte tenu de la situation dont nous parlons depuis quelques minutes.
Vous demandez donc 5 milliards sur 10 ans, ce que j'ai résumé en 50 milliards, sauf que là aujourd'hui, il y a 6,7 milliards gelés pour l'armée, avec un débat budgétaire qui n'en finit plus. Qu'est-ce que vous demandez ce matin au micro de France Info ? Comment ? Quelle doit être la méthode pour faire adopter ce budget selon vous ?
Vous décrivez parfaitement la situation. C'est-à-dire que d'un côté, le président annonce 6,7 milliards pour l'année prochaine, ce qui est un effort tout à fait substantiel et qui correspond à l'ordre de grandeur que moi je propose. Et de l'autre côté, ces 6,7 milliards pour le moment n'existent pas puisqu'on ne peut pas passer les commandes aux industriels. Et vous savez, le processus est long. Et du coup, ces 6,7 milliards, ils ont toute chance pour une grande partie de ne pas pouvoir être dépensés, si toutefois on a un budget un jour pour qu'on puisse les obtenir. C'est cette situation de crise politique majeure qui nous affaiblit encore un peu plus.
Et moi, j'appelle de mes voeux dans mon livre qu'on résolve cette situation. Quant au fait que la situation budgétaire est très difficile pour que nous fassions cet effort de défense. Moi, j'attends des hommes politiques qu'ils résolvent cette situation dans laquelle ils nous ont mis. Ce n'est pas moi qui suis responsable de cette situation.
Mais vous reconnaissez que l'effort décidé par Emmanuel Macron pour le budget 2026 pour les armées est substantiel. Emmanuel Macron avec qui vous avez une relation compliquée. Vous étiez son chef d'état-major des armées. Vous aviez démissionné avec fracas le 17 juillet 2017 sur fond de demande d'économie à la défense que vous aviez contesté. Vous l'aviez dit en langage fleuri. Et le président vous avait recadré publiquement.
Il ne m'a pas échappé que ces derniers jours ont été marqués par de nombreux débats sur le sujet du budget de la défense. Je considère, pour ma part, qu'il n'est pas digne d'étaler certains débats sur la place publique. J'ai pris des engagements. Je suis votre chef.
Vous écrivez dans votre livre « Pour le succès des armes de la France » édition Fayard « L'offense publique était un bois que je ne pouvais avaler ». C'était quoi, selon vous ? C'était une tentative de vous humilier, de vous intimider ?
C'est tout simplement très simple à comprendre. En réalité, le chef des armées, c'est le président de la République. Et le chef d'état-major des armées met en œuvre les décisions du président de la République à partir du moment où la confiance entre ces deux personnes est rompue. Eh bien, celui qui est le subordonné en prend les conséquences, en assume les conséquences et démissionne.
Ça va rarement aussi loin, c'est l'éthiné.
C'est la première fois depuis la Ve République, donc effectivement. Mais il y avait ce désaccord de forme que vous venez de reparler, de remontrer, mais c'était beaucoup plus profond. Non, j'avais un désaccord sur le rythme de réarmement. Et je considérais que la situation mondiale, avec les États-puissances, le terrorisme islamiste radical, devait conduire à un réarmement beaucoup plus rapide que ce que nous avons connu. Et je préconisais plus 3 milliards par an à l'époque. Nous avons eu plus 1,8 milliard.
Nous sommes toujours en retard, de mon point de vue, alors que nous avons la chance d'avoir une base industrielle de défense magnifique, avec des grands groupes et un tissu de PME magnifique. Nous sommes les seuls en Europe à avoir ça. Et simplement, il faut passer les commandes et débloquer les crédits.
Et vous considérez que l'histoire vous a donné raison, c'est ce qu'on comprend en lisant votre livre, mais quelles sont aujourd'hui vos relations avec le Président de la République ?
Aucune.
Rien ?
Aucune.
Vous n'avez pas reparlé depuis ?
Aucune, aucune relation, mais je n'ai pas de relation à avoir avec le Président de la République. Plus que ça, il a beaucoup de choses à faire, probablement. Il est en Conseil de défense, actuellement.
Actuellement, il est en Conseil de défense. Et quel est votre regard sur son action actuelle ?
Mon regard, c'est ce que j'écris dans mon livre. Mon regard, c'est qu'il y a urgence et qu'il faut accélérer, quelles que puissent être les difficultés budgétaires du pays. Parce que les rapports de force ne nous attendront pas.
Pierre Devilliers, ce jour-là, en juillet 2017, Emmanuel Macron a ajouté autre chose dans son discours. Il a dit, j'aime le sens du devoir, j'aime le sens de la réserve qui a tenu nos armées où elles sont aujourd'hui. Ce devoir de réserve dont vous vous êtes affranchis à l'époque, pour vous, c'est un boulet pour les armées ?
Ce n'est pas un boulet, ça fait partie des conditions d'exercice du métier et de la vocation d'officier. Et ça me semble tout à fait normal. Et dans notre société, d'ailleurs, le devoir de réserve, la confidentialité, sont des notions qui ont un petit peu disparu, à mon sens. Je crois que c'est une très bonne chose. Et le devoir de réserve, ce n'est pas l'absence totale d'expression orale ou écrite. Au contraire, et la véritable obéissance, la vraie loyauté, c'est de dire la vérité. Ça a toujours été ma position. Ça ne m'a pas nuit dans mon parcours, puisque j'ai terminé chef d'état-major des armées. Et c'est l'honneur de nos armées que de fonctionner comme cela.
Donc vous n'avez pas manqué au devoir de réserve, selon vous, à l'époque ? Non. Les expressions qui ont été utilisées étaient dans une confidentialité totale face à la commission de la défense, mais qui était jeune et qui n'avait peut-être pas encore pris en compte la nécessité du huis clos.
Emmanuel Macron a confirmé dimanche la construction d'un nouveau porte-avions pour remplacer Charles Le Gaulle. On sait qu'il va coûter au moins 10 milliards et être livré en 2038. Pour l'instant, son petit nom est P-A-N-G, porte-avions nouvelle génération. Est-ce que c'est indispensable et est-ce que vous avez une idée de non ?
Alors je n'ai pas d'idée de non et je laisse ça à ceux qui sont au pouvoir actuellement. C'est indispensable, bien évidemment. Et dès cette époque, dans les années 2015, nous avons amorcé ce programme. Bien sûr, il faut que le Charles Le Gaulle soit remplacé. C'est indispensable pour la crédibilité de notre pays dans ce monde de rapports de force. Évidemment, c'est une capacité de peser sur les événements importants. C'est un signal politique important. Et je me réjouis que le président de la République ait fait cette annonce et que ce programme se poursuive. Mais il ne faudra pas prendre de retard parce que nous en aurons besoin.
La marge du monde étant tellement intense que je vous ai interrogé tout à l'heure sur l'Iran, alors que j'aurais aimé bien comprendre le sens de votre réponse sur le Groenland, pour bien comprendre, alors qu'il y a une mission actuellement, et qu'il y a des soldats de l'OTAN face à d'autres soldats de l'OTAN, est-ce que vous, aujourd'hui, vous estimez que l'OTAN est morte ?
Si l'affrontement avec les Etats-Unis se poursuit jusqu'à une action militaire quelconque, l'OTAN sera morte, évidemment, puisque les Etats-Unis, c'est la colonne de l'OTAN. Il n'y a pas d'OTAN sans les Etats-Unis. Et je reste confiant. Je pense que nous resterons dans des rapports de force diplomatiques et qu'une solution sera trouvée.
Derrière ce problème du Groenland, il y a, il ne faut pas se méprendre, il y a un double problème qui est l'axe stratégique qui permet de réduire les délais, par exemple, pour le trajet depuis la Chine, l'axe stratégique qui est évidemment contesté par tous les Etats-puissances, la Russie, la Chine et les Etats-Unis en premier, et puis les ressources rares sur ce territoire du Groenland. Et beaucoup d'explications de rapports de force aujourd'hui sont dans la recherche d'hydrocarbures et de métaux rares. Donc, sur cet aspect économique, évidemment, tout est lié. Le monde est un peu.
Pierre Devilliers, il y a ce nouveau porte-avions. Il y a aussi la ministre des Armées, Catherine Nouveautrin, un souhait du Président qui a annoncé une campagne de recrutement pour le nouveau service national, un service volontaire de 10 mois pour les jeunes qui veulent s'engager. Est-ce que c'est suffisant, selon vous ?
Alors, c'est une bonne mesure d'avoir mis fin au service national universel, qui a duré pendant 8 ans, et qui était les gentilles ou les jolies colonies de vacances, si vous voulez, quelques jours pour des mineurs. Tout ça n'est pas sérieux. De quoi s'agit-il ? Il s'agit de renforcer la cohésion nationale, de retisser le lien social, le lien armée-nation, l'amour de la France. Il faut un dispositif sérieux. Et je me réjouis de cette annonce. Simplement, 3 000 pour aujourd'hui, pour cette année, 10 000 en 2030, 50 000 en 2035, sur une classe d'âge de 800 000, on pourrait peut-être aller plus vite, parce que, là encore, il y a urgence. Mais je me réjouis de cette annonce.
Il faut réapprendre à nos jeunes à aimer notre pays.
Et justement, vous nous offrez une transition magnifique, parce qu'il est 8h57 sur France Info, l'heure de la question qui a retrouvé sur les réseaux sociaux de France Info. Aujourd'hui, la question qui rajeunit. Général, vous auriez 20 ans aujourd'hui. Qu'est-ce que vous feriez ? Comment combatteriez-vous pour la France ? Où vous engageriez-vous ?
Je ferai ce que j'ai fait. Exactement. Je ferai ma préparation à la flèche pour rentrer à Saint-Cyr. Et je rentrerai à Saint-Cyr pour servir mon pays du mieux que possible. L'école militaire. Voilà. Et ensuite, je ferai mon parcours militaire avec les différentes étapes. C'est ça, en fait. Et quand je vois les jeunes de 20 ans, vous savez, on leur parle de procédure, on leur parle de matériel, on leur parle de bien-être, on leur parle de 35 heures. Ils veulent de grandes choses. Ils veulent du sens. Ils veulent du souffle.
Qu'est-ce qu'ils peuvent apprendre, ces jeunes, au contact des militaires ? Ces jeunes qui vont s'engager, notamment dans le nouveau service national ? Ou les jeunes, en général ?
Qu'est-ce qu'ils peuvent apprendre de vous ? Ils vont apprendre le lien social, la communauté, la vie en collectivité. C'est autre chose que les réseaux sociaux et l'individualisme actuel. Ils vont apprendre le sens de l'effort, se dépasser soi-même. Ils vont apprendre que servir quelque chose de plus grand que soi, ça rend heureux. On a plus de plaisir à donner qu'à recevoir. Voilà tout ce qu'ils vont apprendre. Des valeurs fondatrices d'une vie heureuse. Réussir sa vie plutôt que réussir dans sa vie. Voilà ce qu'ils vont apprendre.
Merci beaucoup Général Pierre Desvilliers d'avoir répondu aux questions de France Info. Merci à vous de m'avoir invité. Avec plaisir. Merci Paul. Merci à Gathe. Restez avec nous tout de suite les informés avec Aurélie Herbemont. Merci à vous de m'avoir regardé cette vidéo.
Merci à vous de m'avoir regardé cette vidéo.
Philippe de Villiers