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interviewC à vous (sur YouTube)· 14 avril 2026 10 min

Procès libyen : la défense de Sarkozy percutée par celle de Guéant - L’édito de Patrick Cohen

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

On démarre avec l'Edito de P.Cohen. Au procès du financement libyen de sa campagne de 2007, la défense de N.Sarkozy percutée par celle de C.Guéant. - P.Cohen: Il était le cardinal dans l'ombre de N.Sarkozy, un préfet, ancien directeur de la police nationale, devenu son plus proche collaborateur, infatigable et omniprésent.

Il fut tour à tour son directeur de cabinet, son directeur de campagne, son secrétaire général à l'Elysée puis son ministre de l'Intérieur. En 2007, "Le Point" l'affiche comme "l'homme le plus puissant de France". Aujourd'hui âgé de 81 ans, déjà condamné et incarcéré pour des atteintes à la probité dans d'autres dossiers, gravement malade au point de ne plus pouvoir se déplacer au tribunal, C.Guéant est le maillon faible, celui sur qui N.Sarkozy a commencé à se défausser la semaine dernière.

L'ancien président pourrait-il se sauver en incriminant ceux qui étaient censés le servir? Pendant des années, N.Sarkozy a répété que le dossier était vide, que les juges s'étaient fourvoyés.

L'ancien président parlait d'une théorie née d'un claquement de doigts. 2 procès plus tard, plus personne ne peut prétendre que le dossier est vide. De l'argent, 6,5 millions d'euros, a bien été versé à la Libye de Kadhafi. 2 de ses plus proches, C.Guéant et B.Hortefeux, sont allés rencontrer à Tripoli le plus infréquentable des proches de Kadhafi et son terroriste en chef, A.Senoussi, organisateur de l'attentat d'UTA.

Son beau-frère réclamait sa grâce. 2 rendez-vous injustifiables demeurent la charge la plus lourde de l'accusation, y compris pour N.Sarkozy, qui prétend n'avoir rien su des manigances de ses collaborateurs.

Le chef d'association de malfaiteurs pour lequel il a été condamné en première instance le rend comptable de ce qu'ont fait ses proches. L'ancien président est conduit à affirmer que si de l'argent a circulé, si le régime Kadhafi a voulu financer sa campagne, même si l'argent a atterri dans une autre poche, tout cela s'est fait à son insu. - A.-E.Lemoine: C.Guéant s'est donc défendu aujourd'hui. - P.Cohen: Par une attestation de 3 pages et en 9 points.

Je vais au point numéro 9, le coup le plus dur porté à la défense de l'ancien président. C.Guéant soutient que lors d'un dîner officiel en juillet 2007 à Tripoli, Kadhafi a évoqué le sort de son beau-frère devant N.Sarkozy.

N.Sarkozy a toujours contesté avoir été mêlé à quoi que ce soit dans ces discussions confidentielles avec le régime libyen, encore plus concernant le sort de Senoussi. - A.-E.Lemoine: Rien ne va plus entre ces 2 hommes.

En décembre dernier, pourtant, L.Valdiguié, vous racontez que C.Guéant ne pouvait pas croire que N.Sarkozy pourrait le charger lors du procès en appel.

Il vous a confié avoir été médusé de voir N.Sarkozy oser? - L.Valdiguié: En décembre, je discutais avec lui.

Il y a un contre-récit possible. C'était que N.Sarkozy explique qu'au fond, il y a eu de l'argent, mais dans son dos et pour le compte d'autres.

Les 2 autres qui sont susceptibles d'avoir récupéré cet argent, au-delà de Takieddine, c'est C.Guéant et B.Hortefeux.

J'ai évoqué avec C.Guéant l'hypothèse que N.Sarkozy le charge et suggère que tout cet argent était dans son dos.

C.Guéant a un petit côté Bourvil. Il est un peu normand...

Il m'avait dit cette phrase: "Oh non, il n'ira quand même pas jusque-là." L'autre jour, il est allé jusque-là, N.Sarkozy, et pas seulement une fois.

Il explique aujourd'hui que c'est les questions du président Giron. En réalité, il y est allé une seconde fois avec l'avocat général. - P.Cohen: Plus sous forme d'insinuations? - L.Valdiguié: Il y est allé franchement.

Il a expliqué qu'il y avait deux C.Guéant. Il a expliqué que le C.Guéant qu'il connaissait depuis toujours n'était pas celui du dossier.

C'est le malentendu de cette histoire. On lui met sur le dos, à C.Guéant, des carottes et des navets.

L'argent liquide a déjà été condamné. Ca n'a rien à voir avec le procès libyen. Il a déjà été condamné pour des primes de cabinet.

Il était payé en espèces quand il était directeur de cabinet. On lui met sur le dos que, tout d'un coup, N.Sarkozy vienne expliquer qu'il a découvert tout cela...

Je l'ai eu hier au téléphone. Il m'a expliqué...

Il est malade aujourd'hui. Il m'a expliqué qu'il avait été très choqué. "Je lis tous vos articles, tous les comptes-rendus de mon avocat, qu'il me fait tous les soirs.

J'étais très choqué." Il a fait une attestation. Son avocat l'a utilisée aujourd'hui.

Il a fait une attestation terrible. Il dit, pour la première fois dans cette affaire et pour la première fois dans toutes les affaires de N.Sarkozy depuis 2007, qu'un de ses collaborateurs dit qu'il ment.

Il s'avère qu'ils avaient discuté avec Senoussi. Toute l'association de malfaiteurs est par terre. - A.-E.Lemoine: Il n'avait pas le choix, N.Sarkozy, de lâcher C.Guéant? - N.Schulz: Quand il est condamné en septembre, il est relaxé de 3 des 4 chefs d'accusation: la corruption passive, le recel de financement public et les financements de campagne.

Dans la motivation, le tribunal avait expliqué pourquoi il avait été reconnu coupable d'association de malfaiteurs. C'était un élément décisif, ces rencontres entre C.Guéant, B.Hortefeux et A.Senoussi, le beau-frère de Kadhafi.

N.Sarkozy, s'il veut espérer ne pas être condamné ce coup-ci pour association de malfaiteurs...

C.Guéant et lui s'en sont expliqués. Le tribunal avait dit qu'aucune explication crédible n'avait été apportée et que ces rencontres n'avaient de sens que par la nécessité d'obtenir des fonds pour le financement de la campagne.

N.Sarkozy a une brèche très étroite. Ce qu'il essaie d'expliquer, c'est que ces rencontres ont eu lieu, mais que ceux qui ont rencontré A.Senoussi n'ont pas agi dans son intérêt à lui mais pour des intérêts personnels. - A.-E.Lemoine: D'un côté, il affirme que le dossier est vide, mais il affirme que ses proches collaborateurs ont été manipulés... - L.Valdiguié: Il a dit qu'il n'était pas au courant pour Senoussi.

D'ailleurs, il dit qu'il aurait viré C.Guéant et que B.Hortefeux aurait perdu son portefeuille de ministre.

Toutes les familles des victimes de l'attentat sont là. C'est Senoussi qui a commandé la bombe. Il a été condamné à perpétuité par une cour d'assises à Paris.

Les Libyens, qu'est-ce qu'ils veulent? Que la France libère Senoussi, lève le mandat d'arrêt. C'est l'association de malfaiteurs qui lui est reprochée, d'avoir discuté avec Senoussi, d'avoir payé la campagne de 2007.

C'est ça le pacte qui se serait noué avec B.Hortefeux. Jusqu'à présent, il n'y avait rien qui, formellement, pouvait établir qu'il était au courant.

Ce chaînon manquant, c'est C.Guéant qui dit "je l'ai informé". Dans sa lettre, il dit qu'il l'a informé 2 fois: en 2005 et en 2007, en marge d'un dîner de gala à Tripoli.

C'est assassin. C'est ce qui lui reste, de dire qu'il n'était pas au courant. Il s'effondre aujourd'hui...

C'est la cour d'appel qui le dira. C'est un élément-clé que la cour d'appel pourra utiliser si elle veut juste motiver une association de malfaiteurs. - P.Cohen: Et le fait que Kadhafi lui en ait parlé directement? - N.Schulz: Dans la foulée de la libération des infirmières bulgares, où M.Kadhafi aurait parlé du cas de Senoussi à N.Sarkozy qui aurait fait venir C.Guéant... "Voyez ça avec Claude." Ce serait la fameuse contrepartie, d'obtenir un assouplissement du régime. - A.-E.Lemoine: Comment s'en défend N.Sarkozy?

Il dément? - N.Schulz: Il dément.

Il dit qu'il n'a aucun souvenir de ça et qu'il se souvient que ça ne s'est pas passé,