Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewRMC· 5 septembre 2023 23 min

L'interview politique intégrale de Gabriel Attal sur RMC

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Gabriel Attal. Bonjour Apolline de Malherbe. Vous êtes le nouveau ministre de l'Éducation nationale. Il y a beaucoup de choses à voir avec vous sur tout ce que vous avez annoncé pour cette rentrée scolaire, sur les changements que ça va entraîner pour les élèves, pour les professeurs. On va d'ailleurs faire le bilan de cette rentrée d'hier. Mais est-ce que vous avez réalisé au fond, et j'y réfléchissais en préparant cette interview, que vous avez comme flingué en vol le « et » en même temps ? C'est-à-dire ?

C'est-à-dire que jusqu'alors, et vous n'êtes pas le premier ministre de l'Éducation que j'ai en face de moi et que je l'ai interviewé, j'ai interviewé vos deux prédécesseurs, c'est-à-dire Jean-Michel Blanquer et Pape Ndiaye. Et sur des questions comme la baïa, honnêtement, ça a louvoyé. On a compris que Jean-Michel Blanquer n'était pas pour, mais il ne l'a jamais complètement 100% assumé. Pape Ndiaye, quand je l'interrogeais, avait l'air presque d'ironiser et de ne pas comprendre pourquoi on lui posait la question. En tout cas, il estimait que ça n'était pas son rôle de trancher. Et vous, vous êtes arrivé, et ce « et » en même temps, vous avez dit « non, ça suffit ».

1:02
Gabriel Attal

Moi, je crois que la laïcité, elle doit s'appliquer de manière pleine et entière. Et la laïcité, je pense, rassemble beaucoup de Français. L'école, elle est gratuite, elle est pour tout le monde et elle est laïque. Et moi, je ne veux pas d'une école où on pourrait identifier la religion des élèves en les regardant. Je ne veux pas d'une école où il y aurait une forme de pression sur certains, ou certaines en l'occurrence, pour s'habiller d'une certaine façon, parce qu'on verrait tout d'un coup un vêtement qui manifeste une appartenance religieuse se développer dans cette école. Donc oui, j'assume d'avoir pris cette décision et de faire appliquer cette règle.

Mais encore une fois, qui n'est que l'application, à mon sens, et au sens de beaucoup que je vois sur les plateaux, beaucoup d'experts, beaucoup de juristes, de la loi de 2004, qui proscrit dans l'enceinte des établissements scolaires des signes manifestant ostensiblement une appartenance religieuse.

1:50
Présentateur

Et de fait, les Français vous donnent plutôt raison. Dans tous les sondages qui ont été faits depuis votre annonce, c'est un succès d'opinion. Les Français sont d'accord avec vous. Plus de 70% des Français se disent favorables à cette interdiction de la BAYA, y compris parmi les électeurs de la France Insoumise, y compris parmi les professeurs. Mais arrivé à vous, après Papendiaï, après Jean-Michel Blanquer, moi j'ai quand même une question, c'est qu'il pense quoi le président ?

2:14
Gabriel Attal

– Il a eu l'occasion de le dire, il l'a dit la semaine dernière, il l'a redit hier soir, et surtout, il a fait un discours très important sur la question de la laïcité au Mureau, vous vous en souvenez, il y a quelques années ?

2:25
Présentateur

– Oui, mais ensuite, il a nommé Papendiaï, avant de vous nommer vous. Enfin, j'aimerais savoir quel est le fil rouge ?

2:31
Gabriel Attal

– Écoutez, moi ce que je peux vous dire, c'est que je crois que tous mes prédécesseurs étaient attachés évidemment au respect de la laïcité. Ensuite, il y a un sujet qui est compliqué sur la question de la BAYA, qui est un phénomène, on va dire, plutôt récent, qui a quelques années, qui s'est développé assez rapidement dans nos établissements scolaires, 120% d'augmentation sur un an.

Et voilà, moi j'ai été nommé à ce poste, je ne suis pas là pour donner des leçons à mes prédécesseurs, j'ai été nommé à ce poste, et j'ai considéré qu'avant cette première rentrée dans mes nouvelles fonctions de ministre de l'Éducation nationale et de la jeunesse, je devais à l'École de la République, mais aussi aux chefs d'établissement, aux principaux, aux principaux adjoints, proviseurs, proviseurs adjoints, CPE, une clarté sur la règle pour qu'ils puissent…

3:10
Présentateur

– Et vous allez nous donner dans un instant d'ailleurs le bilan de la journée d'hier, précisément sur ce point, mais finalement si je relis effectivement depuis le début d'Emmanuel Macron à l'Élysée, je me dis au fond, qu'est-ce qui nous dit que le prochain ministre ne sera pas à nouveau pour la BAYA ? C'est-à-dire qu'il y a eu quand même beaucoup de changements de doctrine.

3:29
Gabriel Attal

– Personne n'a été pour la BAYA, et mon prédécesseur…

3:32
Présentateur

– Ou en tout cas, Estimex n'était pas un sujet.

3:33
Gabriel Attal

– Non, je ne crois pas que c'est ça. Je pense que ce qui avait été décidé, c'est de renvoyer l'appréciation de la situation et de la règle au niveau local, au chef d'établissement.

3:43
Présentateur

– En tout cas, pour le ministre, ce n'était pas un sujet.

3:45
Gabriel Attal

– Voilà, très sincèrement, moi je ne jette la pierre à personne, c'est un sujet qui est difficile. Moi, je suis comptable de ce que je décide moi et de ce que je fais appliquer moi, et donc j'ai pris cette décision et je l'assume encore une fois.

3:55
Présentateur

– Et je vous pose une dernière question, est-ce que le président de la République lui-même en a l'intime conviction, ou est-ce que c'est vous qui êtes arrivé et qui lui avez tordu le bras ?

4:02
Gabriel Attal

– Non, non, bien sûr, il en a l'intime conviction, on a échangé à plusieurs reprises sur ce sujet, et évidemment, vous l'avez vu dans ses déclarations, il est tout à fait en soutien de cette décision, mais encore une fois, vous l'avez dit, qui rassemble aussi beaucoup de Français, et y compris politiquement. J'ai entendu Fabien Roussel, le chef du Parti communiste, j'ai entendu des responsables socialistes, Jérôme Gage, le maire de Montpellier, Michael Delafosse, Carole Delga, qui se sont exprimés aussi en faveur de la décision que j'ai prise. Donc, on voit bien que la laïcité, c'est une valeur fondatrice de l'école de la République, et elle rassemble très largement les Français.

4:33
Présentateur

– Comment ça s'est passé hier, concrètement, à l'entrée des établissements ?

4:36
Gabriel Attal

– Vous savez que la grande priorité que j'avais donnée, elle était au dialogue et à la pédagogie. Moi, je suis pour, évidemment, l'application des règles dans l'école, mais une règle, elle doit être expliquée. Et je n'oublie pas que derrière la baïa, le camis, il y a des jeunes filles et il y a des jeunes garçons à qui il faut parler, comme des jeunes adultes, à qui il faut expliquer les choses, il y a des familles aussi. Donc, ce que j'avais demandé à mes équipes, aux chefs d'établissement, à leurs adjoints, c'est d'être dans une explication de la règle pour celles et ceux, celles surtout, qui ne l'auraient pas forcément comprise et qui se seraient présentées à l'école.

5:06
Présentateur

– Est-ce que ces situations se sont, en effet, présentées ? Ou est-ce que d'elles-mêmes, les jeunes filles l'avaient enlevée avant même de se présenter à l'entrée de l'école ?

5:12
Gabriel Attal

– Il y a un certain nombre de personnes, de jeunes filles, qui se sont présentées en disant, « Moi, j'avais l'habitude de porter la baïa l'année dernière, là, j'ai entendu la nouvelle règle, donc je ne me présente pas en abaya ». Ça s'est présenté beaucoup. Et puis ensuite, il y a des jeunes filles qui se sont présentées en abaya dans leur établissement scolaire. – Hier, je crois que c'est un peu moins de 300, 298 personnes. Il y a eu ensuite toute cette phase d'explication, de pédagogie, de dialogue, et une très grande majorité se sont conformées à la règle. Et c'est ça, pour moi, qui est très important. Une règle, quand elle est expliquée, elle est appliquée.

5:44
Présentateur

– Vous avez des chiffres très précis, donc j'imagine que vous en avez aussi sur ceux qui ont refusé cette règle. 298 personnes, nous annoncez-vous ce matin, qui se sont présentées malgré tout en abaya hier. Combien ont accepté de l'enlever ? Combien ont refusé ?

5:57
Gabriel Attal

– Je disais qu'une grande majorité avait accepté de l'enlever. Je crois que c'est 67 personnes qui n'ont pas accepté de se conformer à la règle. Elles sont rentrées chez elles. Et ensuite, dans les prochains jours, elles reviendront puisqu'elles doivent être scolarisées. Et puis on verra si elles se sont conformées à la règle ou pas. Et sinon, il y aura un nouveau dialogue. Et c'est comme ça qu'on va continuer à avancer. Je précise à Pauline de Malherbe qu'hier, pour les lycées, dans la plupart des cas, c'est essentiellement les secondes qui faisaient leur rentrée. Donc aujourd'hui, demain, il va y avoir les premières, les terminales.

Il peut y avoir d'autres situations qui se présenteront, surtout pour des personnes qui étaient déjà scolarisées au lycée l'année dernière et qui donc avaient pu prendre cette habitude. Parce qu'en secondes, c'est des personnes qui étaient au collège l'an dernier. Donc évidemment, mes services vont rester mobilisés pour encore une fois expliquer les choses. On a envoyé, dans les établissements pour lesquels on sait que ces situations se présentent, des personnels formés, les équipes-valeurs de la République, des rectorats, des formateurs laïcités qui sont formés en question de laïcité.

6:53
Présentateur

Malgré ce dialogue, vous nous dites qu'il y a donc 67 jeunes filles qui ne sont pas rentrées à l'école hier, au collège en l'occurrence. Elles seront convoquées dans les jours qui viennent. Quelle est la procédure ?

7:03
Gabriel Attal

Elles se sont vues remettre leur emploi du temps. Elles se sont rentrées chez elles. Elles se représenteront au lycée pour aller en cours. Et on verra si, entre-temps, elles se sont conformées ou pas à la règle. On leur a remis aussi une lettre que j'ai adressée moi-même, que j'ai signée moi-même à destination de leur famille pour expliquer les choses, pour expliquer que la laïcité, ce n'est pas une contrainte, c'est une liberté.

7:21
Présentateur

Vous vous êtes engagé personnellement. Gabriel Attal, vous avez signé ces lettres. Ces lettres sont entre leurs mains. Elles les ont rapportées à la maison. Elles les ont fait liens à leurs parents.

7:29
Gabriel Attal

Moi, je pense que ma responsabilité, c'est d'être aux côtés de mes agents et d'assumer la responsabilité de la décision que j'ai prise. Donc oui, j'ai souhaité qu'il y ait une lettre signée de ma main, celle du ministre, à destination des familles pour leur expliquer les choses, leur expliquer que l'école, elle ne stigmatise personne, que leur enfant a sa place dans l'école de la République et que précisément, pour que chacun puisse avoir sa place dans l'école de la République, il faut que les règles soient appliquées et notamment les règles de la laïcité.

7:53
Présentateur

– Gabriel Attal, vous personnellement, vous vous engagez effectivement sur ce sujet. Vous en faites quasiment un combat personnel. En tout cas, vous vous engagez, y compris jusqu'à signer de votre main ces courriers. Est-ce que ça vous coûte ? Est-ce que vous vous sentez aujourd'hui la cible quand vous entendez, mais on stigmatise, mais c'est islamophobe ? Est-ce que vous vous êtes senti ciblé par ces critiques ?

8:15
Gabriel Attal

– Moi, je ne fais pas… Je pense que ceux qui sont en première ligne, c'est avant tout mes équipes sur le terrain. C'est les chefs d'établissement, c'est leurs adjoints, c'est leurs équipes. C'est les enseignants qui eux-mêmes, évidemment, sont confrontés à ces situations et doivent expliquer les choses, faire de la pédagogie.

8:30
Présentateur

– Vous n'avez pas été ciblé ?

8:31
Gabriel Attal

– Non, mais je ne suis pas là pour parler de moi. Encore une fois, l'important, c'est d'expliquer les choses, d'expliquer la règle et surtout d'être toujours aux côtés de mes personnels, d'être aux côtés des enseignants, d'être aux côtés de celles et ceux qui font vivre l'école et qui transmettent les valeurs de la République.

8:45
Présentateur

– Un dernier mot encore là-dessus. Vous avez une précision géographique à nous apporter. C'est-à-dire que ces 67, d'abord ces 298 personnes qui se sont présentées avec un amaya et ces 67 qui ont refusé de l'enlever, c'est où ?

8:59
Gabriel Attal

– Non, il n'y a pas de concentration spécifique sur certains territoires.

9:03
Présentateur

– Il n'y a pas de territoire particulier, c'est partout ?

9:04
Gabriel Attal

– Non, c'est plutôt autour de grandes agglomérations et de grandes métropoles. Mais encore une fois, il y a pu y avoir des situations dans à peu près toutes les académies l'an dernier. Vous savez, dimanche, pour préparer la rentrée…

9:13
Présentateur

– Il n'y a pas d'académie qui a été épargnée par ces questions-là ?

9:15
Gabriel Attal

– Pour préparer la rentrée dimanche, j'ai fait un point en visioconférence avec l'ensemble de mes rectrices et mes recteurs. Et on a parlé de ce qui s'était passé l'année dernière. Et dans toutes les académies, à des degrés différents…

9:26
Présentateur

– Mais ça représente combien d'établissements ? Les 67, c'est dans… 67, c'est une par établissement ?

9:30
Gabriel Attal

– Non, non, c'est, je pense, moins d'une centaine d'établissements.

9:35
Présentateur

– Gabriel Attal, l'uniforme ou la tenue unique ? Emmanuel Macron, hier, s'est dit favorable à des expérimentations sur la tenue unique. D'abord, c'est quoi la différence entre uniforme et tenue unique ?

9:46
Gabriel Attal

– Uniforme, c'est quand vous avez un vêtement ad hoc qui est produit pour l'école. Tenue unique, c'est quand vous avez des règles qui sont fixées. Ça existe dans certains établissements outre-mer, notamment aux Antilles ou en Guyane. Vous avez, par exemple, des règles qui disent « votre enfant doit venir vêtu, je donne un exemple, d'un jean et d'un t-shirt de telle couleur ».

10:09
Présentateur

– C'est le même exemple qu'a utilisé, d'ailleurs, le président de la unique hier. – Oui, parce que ça existe dans quelques établissements outre-mer. – Jean, t-shirt, ça pourrait être l'idée ?

10:15
Gabriel Attal

– Moi, ce que j'ai dit sur ce sujet-là, c'est que je ne sais pas si l'uniforme est une solution un peu miracle qui permettrait de régler les problèmes de harcèlement, d'inégalité sociale, de laïcité et autres. Ce que je sais, c'est que c'est un débat qui est présent dans le pays depuis un certain temps. Et moi, je pense qu'un débat, il faut toujours le faire progresser. – Là encore, je précise d'ailleurs que votre prédécesseur n'y était pas favorable. Là aussi, c'est un changement de doctrine. – En tout cas, moi, je suis comptable, encore une fois, de ma ligne.

Je pense que ce qui permet de faire progresser un débat, c'est de passer par des expérimentations, de tester les choses et de regarder ensuite si ça a un impact ou pas. Et donc, ce que j'ai annoncé, c'est qu'il y a un certain nombre d'élus ou d'établissements qui ont manifesté ces dernières semaines leur souhait de pouvoir expérimenter l'uniforme ou la tenue scolaire unique. Je les invite à se rapprocher de mes services.

11:02
Présentateur

– Il y a un certain nombre. Vous avez d'ailleurs eu au téléphone Éric Ciotti, qui a dit qu'il y était favorable. Vous avez eu peut-être aussi Robert Ménard, non ? – Non, je n'ai pas eu directement. – Parce que lui, il s'est dit très vite favorable pour Béziers. Et il y a Martine Vassal, la présidente du département des Bouches-du-Rhône, qui demande à ce qu'éventuellement son département puisse être un département pilote.

11:22
Gabriel Attal

– Il y a aussi des maires d'autres communes en France qui se sont déjà… – C'est que des gens de droite. – Non, mais je ne pense pas qu'il n'y ait que des gens de droite, comme vous dites, qui soient…

11:29
Présentateur

– Enfin là, en l'occurrence, ceux-là sont tous étiqués à droite.

11:31
Gabriel Attal

– Il y a un certain nombre de maires qui se sont déjà manifestés auprès de mes services. Moi, ce que je dis, manifestez-vous auprès de mes services. Et ensuite, à l'automne, je présenterai des modalités et un calendrier d'expérimentation dans un certain nombre d'établissements. Il faut qu'on se fixe un calendrier. Il faut qu'on fixe aussi une méthode d'évaluation. C'est très important quand on expérimente d'être d'accord sur la manière dont on va évaluer les effets de l'expérimentation pour se poser ensuite la question de savoir si on généralise ou pas.

11:53
Présentateur

– Et ça reste la question aussi de qui paye. C'est-à-dire que si c'est jean, t-shirt, c'est les parents. Si c'est uniforme, ça peut aussi être avec l'aide de l'établissement ou de l'éducation nationale.

12:01
Gabriel Attal

– C'est pour ça que je pense qu'il faut tester différentes organisations et regarder ce qui fonctionne ou pas.

12:05
Présentateur

– Jean, t-shirt, ça pourrait être pour garçons et filles ?

12:07
Gabriel Attal

– Encore une fois, moi, je ne préempte pas l'expérimentation qui sera faite. Je pense qu'on peut tester un certain nombre de solutions.

12:13
Présentateur

– Quand je vous pose la question et quand je vous dis que votre prédécesseur n'y était pas favorable, ce n'est pas pour dire que vous êtes différent, c'est pour poser la question de la colonne vertébrale du président de la République. – Non, mais par ailleurs, moi, c'est ça qui m'intéresse.

12:21
Gabriel Attal

– Non, mais je pense que c'est un sujet sur l'uniforme. Je pense qu'il y a beaucoup de personnes qui sont partagées. Moi-même, à titre personnel, j'avoue être partagé sur cette question. Donc moi, je suis favorable à l'expérimentation. Et j'y suis favorable, notamment parce que je pense que ça me permettra et nous permettra aussi, pour un certain nombre, de nous forger une opinion. – Le choc des savoirs, c'est quoi ? – Le choc des savoirs, c'est dire qu'on a besoin de renforcer dans notre pays ce qu'on appelle les savoirs fondamentaux. Les savoirs fondamentaux, c'est les savoirs qui permettent tous les autres. C'est le français et les mathématiques.

Si vous ne maîtrisez pas la lecture, l'écriture, vous aurez du mal en histoire, géographie ou dans d'autres matières. Si vous ne maîtrisez pas les mathématiques, si vous ne savez pas compter, vous aurez du mal en physique, chimie et dans d'autres matières. Qu'est-ce qu'on constate aujourd'hui ? Un élève sur trois qui rentre en sixième ne maîtrise pas pleinement les fondamentaux. Un élève sur trois qui rentre en sixième a des difficultés de lecture, d'écriture ou de calcul. Et donc oui, j'ai dit que je voulais un choc des savoirs, un choc des savoirs fondamentaux, c'est-à-dire mettre le paquet, renforcer notre action sur ces savoirs fondamentaux, notamment en primaire.

13:23
Présentateur

– Il y a cette tribune signée aujourd'hui dans le journal Le Monde par un grand nombre de personnalités, il y a Jamel Debbouze, il y a Agnès Jaoui, il y a des acteurs qui disent « attention, nos enfants ne savent plus lire et ne savent plus écrire » au sens enchaîné des mots avec une réflexion. Il vous alerte, il vous demande notamment qu'il y ait une demi-heure d'écriture par jour pour les enfants. Est-ce que vous y êtes favorable ?

13:48
Gabriel Attal

– Alors d'abord, moi je suis évidemment favorable à ce qu'on renforce l'apprentissage de la lecture et de l'écriture en primaire. Je vous le disais, qu'est-ce qu'on fait en cette rentrée ? D'abord, on a un nouveau plan de formation pour les institutrices, les instituteurs en maternelle, pour l'initiation à la lecture et à l'écriture.

14:04
Présentateur

– Ça veut dire initier avant le CP ?

14:05
Gabriel Attal

– Exactement, donner les premières bases qui vont permettre ensuite au CP d'apprendre. Ensuite au CP, ce qu'on dit, c'est qu'il faut au moins deux heures par jour d'activité autour de la lecture. Ce qu'on dit ensuite, c'est qu'en CM1 et en CM2, il faudra qu'il y ait chaque semaine deux textes longs, autour de 1000 mots, qui seront lus chaque semaine au moins par les élèves. Et on va continuer à renforcer ces actions, encore une fois, en faveur de la lecture et de l'écriture. Donc ils ont tout à fait raison de faire cette tribune. D'ailleurs, je les mobiliserai comme ils sont engagés sur cette question-là, pour qu'ils puissent eux aussi se faire les ambassadeurs de cette question-là.

14:39
Présentateur

– Vous dites qu'un Jamel Debouz, par exemple, s'il peut s'adresser directement aux élèves ?

14:43
Gabriel Attal

– Bien sûr, dans les établissements scolaires. Et d'ailleurs, parce que je le disais à l'instant, on a encore aujourd'hui au collège, beaucoup d'élèves qui ne maîtrisent pas ces fondamentaux. Je pense que c'est important de pouvoir aussi aller intervenir dans nos établissements.

14:52
Présentateur

– Il y a aussi cette question du numérique. Est-ce que ce n'est pas un gadget dont aujourd'hui, on s'aperçoit qu'il a éloigné les enfants de la lecture ? Je pense à l'exemple de la Suède. La Suède qui fait machine arrière, qui remet des bons vieux manuels scolaires, parce qu'elle dit que finalement, derrière le côté ludique de l'écran, on les a éloignés de la lecture à proprement parler. Est-ce que vous vous dites, tiens, c'est un exemple peut-être dont il faut s'inspirer, ou en tout cas, c'est une alerte à prendre en compte ?

15:16
Gabriel Attal

– Moi, je pense que le numérique, il est utile dès lors qu'il est au service de la transmission et de la pédagogie. Pour moi, ce n'est pas un outil, enfin, c'est un outil, mais qui doit être toujours au service de la transmission. Et donc, à chaque fois qu'on développe des initiatives en lien avec le numérique, on doit toujours se poser la question, est-ce que ça permet de renforcer l'apprentissage des fondamentaux, la transmission en direction des élèves ? Il y a une stratégie sur le numérique éducatif qui avait été bâtie par mon prédécesseur au début de l'année 2023. J'ai souhaité, avec mes équipes, réinterroger sa stratégie. On va regarder si on fait évoluer certaines choses.

Mais en tout cas, moi, ma priorité, c'est ça. C'est moins l'outil que de savoir ce qui est le plus utile pour l'apprentissage des élèves.

15:51
Présentateur

– Le harcèlement, le harcèlement à l'école. Il y a cette décision de pouvoir bannir des réseaux sociaux un enfant qui serait harcèleur. Il y a aussi l'option de les renvoyer des établissements. Vous allez rencontrer la famille de l'INSEI, je crois ?

16:06
Gabriel Attal

– Oui, absolument, demain. – Demain ? – Oui, j'ai déjà rencontré la maman de l'INSEI et Maëlys, qui était la meilleure amie de l'INSEI, qui elle-même a fait l'objet et a été victime de harcèlement à la suite du drame tragique qui s'est noué avec le suicide de l'INSEI. Et je pense que c'est très important de tirer toujours les enseignements de ces drames.

16:29
Présentateur

– Mais très concrètement, quand on dit par exemple que l'on va bannir un enfant des réseaux sociaux, qui va vérifier, comment est-ce que vous allez les priver de téléphones portables ? Est-ce que vous allez être derrière chaque pseudo qu'il va pouvoir prendre pour renaître de ses cendres ? Comment vous allez faire ?

16:46
Gabriel Attal

– On aura besoin des plateformes. D'ailleurs, je vais les convoquer à mon ministère pour travailler avec elle sur cette question. C'est une mesure qui figure dans le projet de loi sur le numérique qui est portée par mon collègue Jean-Noël Barraud. On va préciser tout le processus pour lequel on pourra arriver à cette peine complémentaire de bannissement des réseaux sociaux pour une durée de six mois à un an, notamment quand il y a du harcèlement, quand il y a des deepfakes, quand il y a du revenge porn. On sait que c'est un vrai problème aussi.

Souvent, des jeunes garçons qui demandent, des jeunes filles, des photos des nudés qui ensuite les font circuler sur les réseaux sociaux, ce qui produit là aussi des drames. Bref, on sait que le numérique a une place aujourd'hui majeure dans le harcèlement et dans ce que subissent beaucoup d'élèves. Donc on doit toujours continuer à renforcer nos actions en la matière. Moi, je crois aussi beaucoup à la prévention. Il y a les mesures répressives comme celles que je viens d'évoquer, mais je pense que l'école, elle a aussi un rôle en matière de prévention. En matière de prévention sur une culture de l'empathie à l'école.

En matière de prévention aussi sur les comportements de harcèlement qu'on peut repérer en matière de signaux faibles très tôt. Il faut qu'on développe vraiment cette culture-là à l'école. Vous en prenez une priorité ? C'est ma priorité absolue, oui, évidemment. C'est insupportable d'avoir des élèves, et quand vous écoutez les témoignages, qui sont maltraités à l'école. Et c'est des élèves ensuite qui peuvent se retrouver en échec scolaire, parce qu'évidemment, quand vous êtes harcelé à l'école, quand vous êtes maltraité à l'école, vous ne pouvez pas apprendre dans de bonnes conditions. C'est profondément injuste.

18:06
Présentateur

Et les harceleurs, ils seront renvoyés, j'allais dire, jusqu'où ? C'est-à-dire que s'ils sont renvoyés, ça veut dire qu'on va les déplacer d'une école à une autre ? Ça veut dire qu'ils vont arriver dans une autre école, avec peut-être d'autres cibles ?

18:17
Gabriel Attal

Vous faites référence à une règle qui est issue d'un décret que j'ai signé cet été, où effectivement, on dit désormais que c'est à l'élève harceleur de changer d'établissement, et non à sa victime harcelée. On comprend parfaitement.

18:28
Présentateur

Et évidemment, ça paraît presque une évidence. Sauf que si on tire le fil malgré tout, ça veut dire que vous allez déplacer le problème, et que vous allez potentiellement mettre ces enfants harceleurs face à d'autres enfants, face à de nouveaux camarades.

18:40
Gabriel Attal

Je n'en suis pas certain, mais ce qui est sûr, c'est qu'il y aura besoin d'un vrai suivi. Pourquoi j'en suis pas certain ? D'abord parce qu'il y aura un suivi, y compris dans l'établissement nouveau. Ensuite, parce qu'on sait que c'est des phénomènes, et ça les experts le disent, qui peuvent souvent être des phénomènes de meute. Vous avez un élève qui est harceleur, mais qui parfois est le fait dans un contexte, dans un environnement où il peut être encouragé, soutenu par d'autres élèves. Donc voilà, isoler le harceleur, l'élément perturbateur, en le changeant d'établissement, ça peut être une solution. Mais c'est pas la seule. Moi, je veux qu'on aille beaucoup plus loin.

On aille beaucoup plus loin sur la formation d'un certain nombre de référents dans les établissements. On a développé le programme phare qui fonctionne très bien. On le développe dans les lycées à partir de cette année.

19:17
Présentateur

Beaucoup plus rapide. Pourquoi vous, Gabriel Attal ? Pourquoi vous maintenant ? Pourquoi vous maintenant, ministre ? Qu'est-ce qui fait qu'à un moment, parce qu'on sait que ça fait quand même très longtemps que vous auriez espéré ce job, pourquoi maintenant ?

19:28
Gabriel Attal

Ça, il faut poser la question au président et à la première ministre. Moi, c'est des questions, les questions d'éducation qui me passionnent. Quand on s'engage en politique, je crois qu'on le fait quand même pour chercher à bâtir une société meilleure. Et quelle meilleure manière que de bâtir une meilleure société que d'investir sur l'école ? Parce que la réalité, c'est que ce qui permet de réduire les inégalités de destin, ce qui permet d'assurer l'égalité des chances, c'est quand même l'école de la République. Donc j'ai travaillé sur ces questions d'éducation en tant que député dès 2017, quand j'ai été élu.

J'ai été secrétaire d'État au ministère de l'Éducation nationale et de la jeunesse entre 2018 et 2020. Sous Jean-Michel Blanquer ? À l'époque de Jean-Michel Blanquer. Et donc oui, c'est des sujets qui me passionnent et qui m'animent en tant que responsable politique, mais aussi en tant que citoyen. Et donc c'est une chance immense aujourd'hui d'occuper ces responsabilités.

20:10
Présentateur

Gabriel Attal, on l'aura bien compris, nouveau ministre de l'Éducation nationale. Merci d'avoir répondu à mes questions et de nous avoir donné ce premier bilan de la rentrée. Il est 8h52 sur AMC BFM TV.

20:19
Locuteur 2

Merci Apolline de Malab. Dans quelques instants, on reviendra en effet sur les déclarations de Gabriel Attal et sur ses atteintes à la nécessité pour cette première journée, cette première rentrée scolaire sans Zabaya. On reviendra aussi sur l'un des effets pervers de l'inflation. Ce sont les industriels qui réduisent la quantité ou le poids de leurs produits, mais pas les prix. C'est juste après cette petite pause. A tout de suite.

20:57
Locuteur 6

Nous croyons en ceux qui coopèrent, ceux qui conjuguent leurs forces et unissent leurs talents. Nous sommes de ceux qui veulent changer l'immobilier pour le rendre plus collaboratif, plus profitable à tous. Nous sommes uniques et 9000. Nous sommes le premier réseau immobilier de France. Nous sommes l'esprit coopératif. Nous sommes la team Orpi. Orpi, l'esprit coopératif, ça change l'immobilier. Soyez pénible.

21:29
Locuteur 8

Soyez pas toujours fiable. Soyez sur la même longueur d'onde. Trousseux.

21:41
Gabriel Attal

Mais c'est claqué au sol votre truc.

21:42
Locuteur 8

Ou pas. Parce que vous avez besoin d'une bonne connexion partout dans la maison. Profitez de la rentrée pour vous occuper d'un wifi performant et amplifié. SFR, soyez-vous. De ouf !

21:53
Locuteur 3

Le voyage est une page blanche. Sa beauté n'est pas de savoir jusqu'où vous irez, mais ce qui vous fait avancer. DS7 Itens, le raffinement pour seul guide. DS Automobile présente sa nouvelle collection. DS7 Esprit de voyage.

22:12
Locuteur 6

Ah ouais, et pour le process de recrutement, ne me tenait pas au courant. Laissez-moi imaginer plutôt. J'adore !

22:17
Locuteur 4

Il y a des choses qu'on préfère savoir avant de prendre un nouveau départ. Avec Hello Work, trouvez votre nouveau job et toutes les informations qui comptent. Process de recrutement, salaire, futur environnement de travail. Hello Work, notre job, vous aider à choisir le vôtre.

22:37
Locuteur 1

Ma reine d'amour pour toujours. Mauboussin, ma reine d'amour numéro 1. 745 euros.

22:50
Locuteur 8

Ne visitez pas simplement le Nord, vivez-le. Sous-titrage Société Radio-Canada,