"Madame Hoffmann" : Sébastien Lifshitz, réalisateur expose la réalité de l'hôpital public
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jusqu'à 13h30 les midis de culture Nicolas herbaau Géraldine mosn savoir place à la rencontre aujourd'hui notre invité est réalisateur enfance adolescence vieillesse il filme tous les âges de la vie tous ces tournants de l'existence comment grandit-on comment vieillit-on comment se produit ces transformations et comment les saisir question d' d'autant plus brûlante pour un cinéast qu'il s'agit de les saisir sans les f ni les essentialiser qu'il s'agit aussi d'en voir la portée universelle sans oublier la singularité de chacun car à l'écran ces films sont avant tout des portraits il et elle s'appellent ainsi Anaïs Emma Pierro Sacha thérè Jacques ou Sylvie Sylvie Sylvie Hofman c'est l'héroïne de son nouveau documentaire infirmière cadre qui a Dédé 40 ans de sa vie à l'hôpital public sa vie tout court aux autres sébastienitz bonjour bonjour et bienvenue dans les midi de culture vous souvenez- vous Sébastien lifchit de votre toute première rencontre avec Sylvie Hoffman oui je me souviens c'était devant une boulangerie pendant la pause d'IgE on lui avait donné rendez-vous là parce qu'au départ en fait Sylvie nous a appelé pour nous proposer les infirmières de son service suite à l'annonce qu'on avait passé dans tous les hôpitaux de Marseille parce qu'on cherchait une infirmière et je me souviens qu'elle est arrivée elle était comme on dit chargée quoi elle avait des bagages parce qu'elle venait traverser la première vague du covid elle venait aussi d'avoir un un AVC à cause du stress et puis il y avait ces 40 ans de vie à l'hôpital et tout ça ça comment dire elle elle est arrivée elle était dans une sorte de mélange de colère et en même temps d'humour comme elle est c'est quelqu'un qui est très franc qui est vraiment sans filtre comme beaucoup de gens d'ailleurs à Marseille et j'ai été complètement saisie par cette femme quoi j'ai j'ai vraiment flashé parce que ça faisait quand même pas mal de temps que je rencontrit beaucoup d'infirmières mais il y avait pas de déclic et tout d'un coup quand j'ai vu Sylvie comme ça arriver avec euh bah tout ce qu'elle est j'ai commencé je pense qu'il y a eu une sorte de déclic en fait en moi en me disant et pourquoi pas HM pourquoi au départ Sylvie n'a pas pensé à se présenter finalement elle-même à ce casting là ah ben parce que Sylvie d'ailleurs je lu ai dit parce que après je suis allé la voir au travail dans son service et là il y a eu pour moi vraiment l'évidence d'un film donc le le redéclic en fait d'une certaine manière la confirmation quoi ou et je lui dis je lui dis je lui dis tu sais en fait cette femme que je cherche depuis des mois je pense que c'est toi et là elle a failli tomber de sa chaise quoi elle me disait mais moi mais je il y a pas plus banal que que moi elle comprenait pas et je lui ai dis mais non tu es tout sauf une femme banale et et justement c'est tout ce parcours qu'elle a eu euh et puis je pense son caractère sa personnalité elle a quelque chose pour moi que je trouve assez unique et qui est vraiment enfin pour moi c'était mon héroïne quoi c'était une héroïne possible pour moi on va écouter tout de suite la bande annonce Sébastien parce que comme ça ça va nous donner aussi une idée de qui est Sylvie il faut savoir qu'une infirmière elle tient 7 ans maximum sur les statistiques 7 ans j'ai tenu 40 ans il vaait mieux que la carapace elle soit [Musique] dure je me dis que j'ai vécu des milliards de vies dans une vie j'ai vu des choses que personne naura vu dans une vie et ça m'a complètement changé et là comment vous vous sentez aujourd'hui là ça va beaucoup [Musique] mieux toi tu en as fait des horsupes à l'hôpital et avec mon père qui t'aidit pas beaucoup je me retrouve avec deux infirmiers des fois qu'une a de soignante au lieu d'en avoir deux j'ai plus de place j'ai plus de place non mais je sais jamais à l'avance la température elle se prend dès la première seconde que tu rentres dans le service elle qui est encore en elle en arrêt donc je n'ai plus personne je le vois qu'elle est tout le temps à votre dame vous la voyez et oui je la vois non mais ce qu'il faut surtout c'est arrêter n'importe qui prendra ta place et on fer pas de cinéma j'ai envoyé ma lettre de départ à la retraite ça y est très mauvaise nouvelle C et concernant vre successeur qui te remplace personne vous allez réfléchir voir si vous pouvez paser un peu ma mère elle a dit qu'elle allait venir prendre un thé avec noususs laissz-moi votre mère mais ma deè mère ne me faites pas le coup d'embrouille de dans un mois de me rappeler de me dire que c'est pas bon parce que je crois que je fais une dépression nerveuse je crois que mon cerveau pendant 40 ans il n' jamais été au repos je pense que ça va être ça le plus dur vivre quoi vivre le monde demandait si je comptais pas faire autre chose pendant la retraite c'est reste tranquille repose-toi madame Hoffman c'est elle c'est Sylvie Hoffman qu'on vient d'entendre dans cette bande annonce de votre film Sébastien lichit qui sort le mercredi 10 avril donc mercredi prochain vous l'avez dit sylvie est cadre infirmière depuis 40 ans à l'hôpital Nord de Marseille sa vie elle a été entièrement consacrée aux autres ses patients son service sa mère ses enfants son mari mais comme on l'entend se profile la retraite est-ce que vous aviez envie Sébastien lit est-ce que vous saviez en fait qu'au moment où vous allait commencer le tournage qui allait avoir justement ce tournant dans son existence la fin d'une période pour elle la fin d'une de 40 ans quand même non pas du tout en fait quand j'ai commencé le tournage Sylvie comptait pas du tout s'arrêter elle était on gros elle envisagé d'aller au moins jusqu'à ses 64 ans et puis voilà les événements se sont je dirais accumulés et et je crois que la coupe a été pleine et elle a vraiment craqué à ce moment-là ce qui a été compliqué pour elle c'était en fait de prendre cette décision elle avait un sentiment de culpabilité d'abandonner toute sa famille comme elle dit euh toute son équipe c'était elle est très attachée elle elle a une manière quand même de de travailler avec son équipe qui était que je trouvit c'est c'est une femme très maternelle en fait et elle a toujours considéré ses ses filles comme elle dit un peu comme ses enfants et donc pour elle partir c'était ça a vraiment pas été évident mais c'était voilà c'était trop donc à un moment elle m'a annoncé je me souviens j'étais au téléphone elle me dit bon ça y est en fait je vais partir donc moi j'étais un peu en panique parce que vous aviez déjà commencé le tournage bien sûr et c'était au bout de combien de temps de tournage ça a dû être au bout de peut-être de 4 mois 4 ouais au bout de 4 5 mois en fait de tournage donc déjà assez avancé ouais oua oua ouais mais je pense que le truc devait maturé en elle c'était elle elle est elle devait réfléchir elle peut-être qu'elle aosait pas m'en parler à ce moment-là probablement le fait qu'elle en ait parlé aussi à sa mère sa mère a été êre soignante comme elle on l'a entendu oui dans la bande annonce ouais et elle et je pense que ces deux générations de femmes qui ont tellement connu l'hôpital et sa mère un moment lui dit mais écoute arrête ton cinéma ça suffit quoi ouais l'hôpital va pas tout d'un coup s'arrêter parce que tu parce que tu vas partir t'inquiète pas tu vois moi je suis parti de la Timone et bon voilà et et la timon continue d'exister et tout va bien en fait mais je sais pas c'est vous savez c'est une génération de de soignants qui ont tellement donné vraiment sans compter qui ont eu un rapport passionnel à leur métier euh et pour Sylvie aussi tout d'un coup se quitter cette profession quitter ce monde son équipe c'était bah c'était énorme quoi bah déjà partir à la retraite c'est quand même quelque chose et vous avez eu presque la chance je dirais Sébastien lchit de de saisir vous qui êtes attaché quand même à à à filmer les tournants de l'existence là il y a quelque chose une question non seulement d'actualité il y a eu la loi pour les retraites enfin sur les retraites euh donc là c'est vraiment quelque chose en plus les les la population vieillit cette question-là de qu'est-ce qu'on fait euh pour arrêter de travailler quand est-ce qu'on s'arrête et qu'est-ce qu'on va en faire vous vous vous le proposez dans ce documentaire là on le voit à l'écran bah c'est sûr que la pébilité du travail est est énorme à l'hôpital la charge à la fois physique et mentale surtout euh est importante et Sylvie elle a une sorte d'accumulation c'est quand même 40 ans d'hôpital et en plus elle est passée dans des services qui sont qui sont chargés qui sont qui sont vraiment pas évidents elle a commencé aux urgences et notamment aux urgences enfants elle a vu défiler tellement de choses elle en parle un peu c'est c'est assez c'est des moments d'entretien face caméra avec vous c'est assez troublant on a l'impression que ça s'est passé la veille ce qu'elle raconte ouais elle oublie rien mais parce que je pense que c'est ce sont des choses qui sont indélibiles en vous euh parce que l'hôpital c'est quand même un lieu c'est un lieu de vie mais c'est c'est c'est aussi le lieu de tous les traumas euh donc vous voyez absolument tout passer tous les individus tout les types de situations tout ce queun corps peut endurer et et forcément ça vous marque en fait comme elle dit on a l'impression que les infirmières elles sont toujours en contrôle comme ça elles assurent elles ont tellement de responsabilité elles ont une vie quand même au bout des mains mais à l'intérieur il se passe autre chose quand même euh et et comme elle dit aussi souvent elle dit j'avais l'impression au bout d'un moment d'être un peu en autodestruction on on pense que tout ça finalement glisse sur nous mais pas du tout en fait ça elle est extrêmement imprégnée de tout ce qu'elle a évidemment vécu et c'est ça aussi pour moi l'hôpital était ça c'est quand même un lieu fantastique pour pouvoir aussi raconter à la société d'aujourd'hui passé un an comme ça à Marseille à l'hôpital Nord a été une sorte de plongée à la fois dans la période covid mais pas que parce que il y a aussi on commence au moment de la deuxième vague et puis après il y a il y a la sortie du covid B on voit la guerre en Ukraine ouis on voit les élections présidentielles il y a des repères temporelles comme ça que vous distiez qui nous permettent de voir que c'est effectivement un documentaire au long cours bah oui 1 an un non ça c'est une vraie chance parce que vous pouvez rentrer vraiment dans le dans le détail de je dirais de toutes ces vies de toutes ces situation et c'est d'ailleurs probablement pour ça que le service et elle ont ont accepté il avent le sentiment que j'allais justement prendre le temps que que j'allais pas survoler les choses et et que j'allais être avec eux pendant un moment pour essayer de comprendre pourquoi vous aviez envie de de faire un documentaire sur l'hôpital Sébastien lifchit ou en tout cas à travers le regard d'une infirmière à travers la vie d'une infirmière pour moi c'est pas tellement un documentaire sur Hôpital c'est vraiment un portrait de femme parce que je aussi je mais vous vouliez une infirmière quand même non je voulais une infirmière c'est sûr mais je je je repasse un peu en revue aussi sa vie à elle c'est que je suis pas qu'à l'hôpital je la filme aussi dans sa vie privée et c'était très important pour moi c'est vraiment un portrait d'elle après tout ça c'est venu à la fin du tournage d'adolescente Anaïs qui est une une des deux ados fait un stage à l'hôpital en tant qu'ête soignante et je l'ai vu tout d'un coup avec ses infirmières ce passage de relais comme ça cette espèce de transmission ça m'a énormément touché et tout d'un coup je me suis imaginé Anaïs 20 ans après je suis dit mais quelle femme elle va devenir quelle infirmière et le et le fantasme je dirais de du film il est il est vraiment né à ce moment-là en fait tout simplement de d'essayer d'imaginer quelle femme allait devenir Anaïs ça a commencé comme ça vous dites portrait d'une femme Sébastien livchit on pourrait aussi dire une femme donc qui craque h dans un endroit qui craque prendre l'hôpital aujourd'hui c'est pas un lieu anodin c'est un lieu qui a vécu énormément de réformes qui a été énormément bousculé par le covid la plupart en fait des des des des questionnements actuels politiques portent sur le service public comme l'école comme l'hôpital et l'école justement mais comme l'hôpital en tout cas donc vous ne pouviez qu'être aussi témoin vous faire le témoin de de de ce lieu qui craque aussi ben l'hôpital c'est un lieu qui est très politique en fait c'est vraiment le lieu de la République parce que c'est il y a une forme d'utopie à la fois sociale et politique à l'hôpital on a essayé de construire cet État providence en amenant cette santé cette santé pour tous et on voit à quel point euh je dirais que que cette utopie est fragile et qu' a dans le fond la présence de cette crise à l'hôpital elle est elle est permanente depuis des décennies et elle le sera probablement encore après l'hôpital est un lieu qui est je dirais sans arrêt en train de faire une sorte de révolution sur lui-même vous avez des nouvelles machines qui coûtent des millions d'euros puis tout d'un coup 2 ans après vous en avez une nouvelle génération donc tout d'un coup bah l'hôpital a pas les moyens de changer en permanent toutes ces machines vous avez des nouvelles molécules qui amènent de nouveaux traitements toutes nos vies sont de plus en plus médicalisées rallongé et tout ça coûte une fortune en fait donc forcément vous voyez bien qu'il y a une espèce de tension permanente sur l'hôpital du fait de toute je dirais ces ces innovations qui sont à la fois fantastiques mais qui ont un coût en fait mais surtout le coup humain à l'hôpital et est énorme parce que vous avez un personnel soignant qui est en manque de reconnaissance et et tout simplement en manque aussi de de de moyens de salaire de moyens de salaire décent à la hauteur des responsabilités qu'ils ont en fait donc on a l'impression que c'est que c'est une crise sans fin et surtout vous avez une nouvelle génération qui arrive et qui n'a rien à voir avec la génération de Sylvie c'était ça qui était beau pour moi aussi d'observer dans le film c'est de voir cette espèce de passage d'une génération à l'autre et Syvie voit bien que tous ces jeunes qui arrivent les interes ne pensent pas comme elle en fait ils ont le souci vraiment de de la qualité de leur vie il est pas question pour eux de je dirais de d'être dans une posture sacrificielle quoi et donc ils ne veulent pas se laisser avoir par le système et on voit bien que là du coup je dirais que il va y avoir un vrai problème parce que comment l'hôpital public va pouvoir négocier je dirais avec cette nouvelle génération qui ne pense pas le travail de la même manière Sylvie c'est quelqu'un qui qui a donné sans compter mais jusqu'à se mettre en danger elle-même d'ailleurs elle en a fait un AVC et toute cette génération que j'ai pu voir à l'hôpital et est vraiment comme ça et et ils ont eu cette espèce de de de de de de de métier passion et où ils ne se sont jamais protégés eux-mêmes et voilà et et cette nouvelle génération qui arrive est différent il s'agit pas de les juger de dire c'est bien c'est mal c'est pas la question ils sont différents ils pensent autrement et le rapport au travail va être de toute manière complètement à repenser voilà avec avec cette nouvelle génération mais le problème aussi qui à l'hôpital c'est que les jeunes en gros qui sont études de médecine ne veulent plus aller à l'hôpital public oui il y a la concurrence du secteur privé ah bah ça c'est sûr ça c'est sûr et c'est évoqué d'ailleurs à un moment donné une infirmière dit parce qu'il y a des moments très importants entre le travail c'est le moment du café des repas entre les infirmières où là en fait et d'ailleurs syvio hman le dit il faut tout vider à ce moment-là parce que sinon on emporte les problèmes chez soi et donc chacune s'interroge ça revient beaucoup sur qu'est-ce que tu veux faire après depuis combien de temps tu es là est-ce que tu vas tenir est-ce que tu vas rester et une des infirmières dit j'envisage peut-être de venir à Paris de monter à Paris peut-être dans le privé j'aimerais bien travailler bah c'est sûr que tout change là par exemple moi le tournage je l'ai fait il y a un an maintenant depuis un an la cade qui a remplacé sylvie est partie h euh le service euh du coup il n'arrive pas à trouver quelqu'un donc ils vivent sans infirmière cadre c'est c'est c'est quand même fa se le dire la moitié des infirmières du service là sont en train de partir ouais donc voilà c'est-à-dire que ce qui est fou quand vous faites un documentaire c'est que vous filmez une situation à momenté comme ça et vous revenez un an après tout a changé mais pas vraiment non plus Sébastien que tout ce que vous dites là c'est c'est contenus en germe c'est ce mouvement là on le perçoit vous faites pas un film ou où tout à coup chacune d'entre elles dit ça ne va pas je vais partir mais il y a à travers des conversations à travers les corps qui sont fatigués à travers des regards ou voilà des poses de café qui qui qui s'éternisent on voit bien que que que ça se profile cette désertion du moins cette volonté de faire autre chose non c'est sûr mais ce qu'il y a c'est que Sylvie est quelqu'un qui avait vraiment construit un service je dirais à son image elle a construit un collectif et il y avait quand même dans ce service une une ambiance assez incroyable une complicité une solidarité entre eux que vous trouvez dans certains services mais ce que j'ai remarqué c'est que en fait la cadre c'est vraiment la clé de voûte d'un d'un service à l'hôpital si vous avez une cadre qui est dysfonctionnelle tout le service est dysfonctionnel ça vraiment ça ne marche pas et et dans le cas de Sylvie ce qui a été assez exceptionnel pour moi et j'ai eu cette chance c'est que j'ai vraiment filmé un service où il y avait où ça fonctionne si vous voulez mais c'est vrai que Sylv avait du mal embauché dès qu'il y avait des euh comment dire dans le personnel des gens qui tout d'un coup se chopaient le covid ou avaient des problèmes personnels et cetera donc dès qu'il fallait remplacer là c'était l'enfer intégral et c'est là où elle voit que enfin c'est là où elle a vu qu'il y avait un un un vrai problème avec justement le la nouvelle génération qui ne veut pas aller à l'hôpital les entretiens d'embauche qu'elle fait là-base on lui pose direct les questions euh est-ce qu'on travaille le weekend c'est quoi le salaire et cetera elle me disait moi je me souviens quand j'ai quand j'ai voulu travailler à l'hôpital elle avait 20 ans elle avait 20 ans j'ai même pas posé ces questions je sais même pas combimenten j'alla être payé ell s'en foutait en fait elle était tellement fière tout d'un coup d'intégrer l'hôpital public que pour elle tout ça c'était secondaire elle me dit bon je ferai avec je m'adapterai et C c'était même pas une question vous vous avez dit Sébastien livchit que l'hôpital c'est vraiment un lieu politique même une utopie politique est-ce que au-delà du portrait de femme vous avez aussi voulu faire un film politique et j'entends presque militant sur l'hôpital alors oui et non c'estàdire oui bien sûr mais mais je voulais pas rentrer dans le discours pour moi le film est-ce que c'est toujours de faire dans les documentaires je parle du réel je parle des situations je parle des individus et et d'essayer de faire comprendre un certain nombre de choses à travers leur vie tout simplement et et ce qu'ils peuvent se dire entre eux mais je veux pas util disait si vous voulait Sylvie comme une sorte de de de porte étendard comme ça qui et qui viendrait faire un commentaire sur l'hôpital et il s'agit pas de ça en fait j'essaie vraiment de faire un film de cinéma donc mais le cinéma et militantiste c'est pas opposé hein non mais en tout cas dans la forme je je voudrais pas tout d'un coup que que le film soit comme une sorte de tribune fasse caméra vous voyez et où tout d'un coup on on ouvre un dossier et on va vous expliquer et on fait une thèse et on a quelque chose à défendre ah ben non non ça c'était non c'est ça c'est vraiment le le repoussoir pour vous ouais non pour moi ben non ça en tout cas ça m'intéresse pas je veux je veux pas ce qui m'intéresse c'est de c'est de vivre avec les gens que je filme de les regarder en fait et d'être au plus près d'eux de faire un film vraiment avec eux et donc c'est à partir de le de de leur vie de leur de leurs émotions je dirais de de des événements tout d'un coup qui leur arrivve bah d'essayer de construire une histoire et et de faire sens on s'est rencontré dans un rétroviseur et je me suis donné un furtif comme ça sur la glace avec beaucoup d'amour moi il me faut un copain plus possible est où avec Flori il m'a pas répondu t génial Tavis dit quoi déjà de lui envoyer salut ça Vaas cette vision là où tu as découvert ton homosex à 40 ans à peu près bah l'homosexualité est une partie de la vérité des féministes parce que moi je suis pas du tout homosexuelle et je suis tout à fait féministe et j'ai pas l'impression d'être une F féministe tu verras tu verras arrivera un moment où l'interrogation du choix se sera ça tu peux pas le savoir qu'est-ce que tu es toi tu es qui une fille tu es né fille ou tu es né garçon garçon sinon tu regarde tu as vu comment B avec mon un truc on vit dans mon château on se rejo dans le château les invisibles Bambi adolescente lvie de Thérèse et peti F voici un échantillon de quelquesuns de vos documentaires Sébastien livchit vous l'avez dit Sébastien livchit qui vous intéresse c'est de vivre au côté des personnes que vous filmez c'est aussi le cas avec Madame Hoffman mais qu'est-ce qui vous intéresse dans le fait de filmer comme ça des des individus des des personnes des personnalités qu'est-ce que vous cherchez à saisir ou à comprendre c'est difficile comment dire de d'en faire une sorte de généralité mais souvent le documentaire c'est quand même des histoires de rencontres et et ces rencontres tout d'un coup elles font naître un désir de film de raconter des histoires je trouve ça magnifique quand vous tout d'un coup vous intéressez à des anonymes des invisible justement des gens dont on ne raconte pas la vie la plupart du temps par exemple sur toute la question cuir qui pour moi est une question très importante il y a une invisibilité qui a existé et qui existe encore d'ailleurs depuis si longtemps alors qu'il y a des histoires absolument incroyables à raconter et j'ai été très attaché à essayer justement de bah de mettre en récit tout ça et de donner vraiment une place euh à tous ces gens qui sont pour moi aussi intéressants et passionnants que n'importe quelle personne illustre en fait l'histoire se raconte quand même très souvent à travers des des figures connues très identifié alors je trouve que dans le fond pour pouvoir raconter des époques que ce soit le présent d'aujourd'hui ou ou le passé pour moi les anonymes sont sont des gens beaucoup plus intéressants à faire parler à à regarder pour pouvoir justement retraverser ces époques et et puis j'ai eu quand même cette chance incroyable de bah de faire des rencontres quoi quand je rencontre Bambi c'est une femme exceptionnelle j'ai jamais vu qui a un esprit une drôlerie qui a traversé des choses une artiste trans genre que vous avez filmé même de ENF il y a eu en 2013 ce documentaire Bambi et il y a eu aussi une ressortie de ce documentaire augmenté j'ai fait une version longue du film en fait qui était la version que je voulais faire depuis le début et et Bambi c'est quand même quelqu'un qui est né en 1935 en Algérie dans un Blade total et qui tout d'un coup né garçon se sent une petite fille et à une époque où où c'est juste impossible mais même le mot il y a pas de mot on peut on ne peut rien dire on ne peut rien exprimer par rapport à ça et ben n'empêche que elle arrive à trouver une voix aussi fragile soit-elle elle voit une brèche elle fonce dedans et elle construit sa vie vaille que vaille et j'ai une sorte mais vraiment d'admiration et d'amour voilà pour pour elle je la vois encore on se parle souvent au téléphone c'est des gens qui rentrent dans dans ma vie vous savez c'est pas juste faire des films avec eux c'est c'est c'est des gens qui comptent pour moi c'est des rencontres qui ont été déterminantes dans ma vie mais vous avez ça avec tous les gens que vous avez filmé ouais tous et si ça marche pas je sais pas est-ce que c'est possible d'ailleurs que ça marche pas avec c'est un drôle de mot pour moi si ça marche pas oui j'ai l'impression que ça marche tout le temps ben que pour vous il y a toujours une rencontre ouais qui fait que que alors que la rencontre parfois n'a pas lieu je sais pas si vous aimez les gens si je trouve que chaque individu du tous ses passons croisés dans la rue il y a une vie à raconter avec chacun quoi qu'il arrive en fait et il faut juste être patience et après c'est vrai que tout ça c'est ce sont des intuitions ce sont des paris que vous faites ça c'est sûr mais en tout cas comme vous dites ça a marché à chaque fois c'est vrai ou alors il y a pas de mauvaise rencontre peut-être il y a toujours quelque chose à dire c'est vous non j'ai eu une mauvaise rencontre ça m' arrivé une fois je me souviens sur les invisibles j'ai une rencontre qui a été vraiment problématique parce que il y a dans dans le film il y a SEP portraits qui sont montés mais en fait j'en ai tourné 10 et un des portraits non montés dans le film a été quelque chose a été une sorte de déconvenue terrible pour moi parce que en fait cet homme ne m'avait pas raconté toute une partie secrète un peu de sa vie en gros j'étais tombé avec quelqu'un qui était un vraiment à FCHO euh et et ça a été une vraie question pour moi de me dire est-ce que je continue à tourner c'est difficile de filmer quelqu'un euh dans le fond dont vous ne partagez pas les idées et c'était c'était c'était un truc assez douloureux mais j'ai pas voulu rentrer dans une sorte de de de jugement et donc je suis allée au bout du tournage avec lui et puis il m'a envoyé une lettre d'avocat en m'interdisant d'utiliser les rush et d'une certaine manière j'avais déjà pris moi-même en fait cette décision AR ça' voilà ça m'a ça m'a arrangé finalement ça ça a bien fait les choses mais donc ça arrive des fois vous avez alors que le type une part de lui était vraiment fantastique il avait ça avait été un des premers contaminés par le sida il avait traversé mais vraiment comme une sorte de de survivant euh il avait une connaissance du Paris homosexuel des années 50 assez incroyable donc il était un témoin je dirais qui était très précieux mais en même temps il avait aussi tout ce parcours fasciste euh l'OAS grand amis de Jean-Marie Le Pen et cetera et et tout d'un coup il y avait pour moi dans dans dans cette espèce de Ju position quelque chose qui qui était vraiment problématique c'est une rupture de confiance parce que ce que vous raconter c'est c'est tout tout est une question de confiance vous vous avez une rencontre avec un personnage quelqu'un qui va devenir un personnage mais comment vous faites pour lui dire voilà ton histoire elle est intéressante et le fait de la montrer à d'autres c'est aussi intéressant parce que effectivement vous vous en avz parlé avec avec Sylvie tout à l'heure de primabord on considère pas que notre histoire est intéressante bah il vous disent tout ça d'ailleurs la plupart du temps en disant ah bon vous ils sont ils sont souvent stupéfait quand quand je leur dis que j'ai envie de faire un film avec eux mais j'ai pas forcément envie qu' qu' conscientise aussi trop les choses je veux vraiment le comment dire les accompagner et et qui reste vraiment eux-mêmes j'ai pas envie tout d'un coup qui se regardent si vous voulez en train d'être filmé et de et de commencer à à jouer avec la caméra presque ouais après ça arrive toujours un peu parce que les gens ont quand même toujours une conscience de la caméra je me souviens Anaïs entre les tournages dans adolescente c'est une des c'est justement celle qui s'est lancé dans dans la carrière d'ê soignante exactement Anaïs si elle regardait une série américaine la veille du du tournage et j'arrivais et tout d'un coup elle m'en faisait mais des tonnes euh c'était c'était un show comme ça et mais je disais rien en fait parce que je me disais toujours il faut qu'elle se défoule de toute façon elle arrivera pas à tenir sur la longueur chassé de naturel il revient au Galot et donc pendant 2 Hees elle me faisait une espèce de cheveux avec des mouvements enfin elle mait des tonnes avec des mouvements de cheveux comme ça et et des tirades pas possible et et puis voilà et puis au bout d'un moment bah elle craquait d'une certaine manière et puis la réalité revenait h tout d'un coup faut faire cette voix votre mère vous demande de de vider le lave-vaisselle tout vous gonfle et voilà et tout d'un coup j'avais Anaïs de nouveau avec moi puis après vous nettoyez au montage justement comment vous vous choisissez ces moments là Sébastien lifchit c'estàdire que dans Madame Hoffman il y a ce moment moi qui m'a énormément surpris c'est le moment où la filmez en train de dormir h HM alors pourquoi qu'est-ce que vous à quel moment vous vous dites ce ce ce moment-là je saisis quelque chose euh du de la réalité de cette personne de la vérité de cette personne là il y a pas de jeu ben c'était important de de montrer l'épuisement euh et à un moment l'épuisement bah comment vous l'incarnez quoi mieux de de montrer quelqu'un qui tout d'un coup est sur un lit et juste dort et puis il y a rien de plus beau aussi pour moi en en tant que cinéaste de filmer un visage endormi parce qu'un visage endormi ça vous pose une question à quoi rêve-t-il à quoi pense-t-il vous voyez c'est c'est comme une sorte de ça vous permet comme de faire un passage tout d'un coup on se ça pose une question et voilà et donc regardez le visage endormi de Sylvie pour moi c'était tout aussi beau à regarder que de la filmer en pleine action dans un peu dans la folie du service et ouis je je voulais pas que le film si vous voulez soit comme une sorte de de de compilation des moments les plus spectaculaires ou pas du tout le film c'est vraiment essaie de retranscrire cette année que j'ai passé avec elle euh avec les pleins les creux voilà ces moments où elle est complètement à bout et juste épuisé en fait mais ça c'est ce que vous faites c'est presque votre style je sais pas si ça se fait dans dans tous les documentaires mais c'est presque votre style c'est de presque de d'avoir de saisir à travers des moments qui nous vous semblerait banal quelque chose d'essentiel qui est en train de se jouer en dessous de manière souterraine benah je me souviens par exemple quand Thérèse m'a m'a demandé de l'accompagner ouais thérè claire euh pour pour les vie Thérèse m'a demandé de l'accompagner dans les dernières semaines de sa vie alors qu'elle se savait malade et qu'elle voulait absolument inventer un dernier geste politique en faisant ce film en gros montrer qu'est-ce que c'est que d'apprendre à mourir et moi au départ je voulais pas faire ce film je l'ai vraiment fait parce qu'elle me l'a demandé pourquoi vous trouviez ça trop voyur impudique c'est juste très difficile quoi de de filmer un tel moment quand même et ça me serait même pas venu à l'idée en fait mais je voyais bien aussi ce que Thérèse voulait faire et et je voyais à quel point c'était important pour elle et je pouvais pas lui dire non donc donc je me suis mis je dirais dans son désir et j'ai essayé du faire du du mieux que j'ai pu mais concrètement je me suis dit mais qu'est-ce que je vais filmer en fait quelqu'un qui malade comme ça et qui qui essaie d'apprendre d'apprivoiser cette maladie et aussi de commencer à faire ce travail intérieur pour domestiquer la mort d'une certaine manière et et thérèe était très fatiguée à ce moment-là et elle dormait beaucoup et juste de la filmer comme ça endormie je sais pas c'était quelque chose c'était des moments assez merveilleux parce que c'est des moments où elle était apaisées il y avait comme une sorte de rêverie qui se mettait tout de suite en place et je pouvais tout d'un coup reparcourir euh sa vie euh à travers ce visage comme ça endormi et ça c'était une oui c'est comme une sorte de figure de cinéma on pourrait dire tout d'un coup il y a il y a un élément de collage comme ça que vous faites possible à travers un visage endormi et et je trouvais ça très poétique on va écouter la voix d'une réalisatrice à laquelle vous avez consacré votre premier documentaire jusqu'à 13h30 les midi de culture Nicola herbau Géraldine mosnvois quand j'étais adolescente j'étais quelqu'un de de d'assez malheureux en déf enfin je sais pas je comprenais pas très bien vers quoi j'allais j'étais mal dans ma peau et j'avais l'impression que la [Musique] vie c'est pas que la vie prenait un sens devant certains films quand j'allais au cinéma voir certains films c'est qu'il y avait la faire un film me paraissait être la chose la la plus juste par rapport à à l'époque que je vivais je me disais oui si on doit dire quelque chose si on doit s'exprimer d'une façon ou d'une autre le cinéma est est sûrement la façon la plus la plus subtile la la plus approprié à à l'époque dans laquelle je vis et et aussi c'est le cinéma qui témoigne le mieux je trouve mieux que la musique j'aimais beaucoup la musique mais je trouvais que le cinéma témoignait mieux encore je pense que les les frontières entre le documentaire et la fiction elles sont extrêmement poreuses la réalisatrice Claire Denis en 1996 dans l'émission un jour au singulier sur France Culture et c'est aussi en 198 16 que vous avez réalisé votre premier documentaire Sébastien livchit consacré à Claire Denis donc Claire Denis la vagabonde est-ce que vous êtes d'accord avec ce que Claire Denis dit du cinéma Sébastien à savoir le médium le plus juste et un témoin le plus juste oui euh j'adore écouter la voix de CLA j'adore ouais bien sûr je me sens très proche de ce qu'elle dit et c'est vrai que finalement entre fiction et documentaire euh il y a il y a il y a un lien qui est extrêmement tenu mais moi je l'ai je l'ai expérimenté quand quand je faisais de la fiction parce que j'ai commencé par la fiction quand même et mais il y a quelque chose qui me souvent qui ne me satisfaisait pas parce que j'étais tout le temps ramené au scénario que j'avais écrit à à mon à mon pauvre labeur je dirais et j'avais besoin de ramener du réel là-dedans et c'est vrai que en en choisissant des des nonacteurs tout d'un coup ça apporté de l'oxygène ça ça ramenait de la vie et et et le et le film était comme dynamité par la présence en fait euh de ces gens qui n'avaient aucune technique de jeu qui ne pouvaient se remettre qu'à eux-mêmes et j'adorais ça parce que tout d'un coup mon scénario était comme dépassé euh et le film était pas seulement ma chose en fait c'est quelque chose qu'on faisait ensemble et il y avait cette part documentaire en fait qui tout d'un coup arriv débarquer en fait dans la fiction et ça c'était essentiel et c'est là où c'est à ce moment-là où j'ai vraiment compris que le documentaire était probablement beaucoup plus mon territoire que celui peut-être d'un film de fiction pure et dure dans lequel je me retrouvais pas vous dites j'adoris mais vous adorez toujours le documentaire bien sûr est-ce que comme aussi le le dit Claire Denis c'est peut-être elle dit c'est la manière la plus juste de parler mais par là elle veut aussi dire que c'est la manière la plus juste aussi d'être entendu de de toucher est-ce que vous pensez que de ce point de vue-là le documentaire euh touche et et est vu à la juste enfin à sa juste mesure en fait qu'il a quand même la capacité bah de dévoiler des vies anonymes qu'il a la capacité de montrer la la singularité de de certaines existences après moi j'ai une passion pour la photographie ouais et vous êtes collectionneur aussi voilà très collectionneur je la photo au départ est vraiment mon premier amour en fait et je trouve qu'elle permet et la photographie pour moi est un art populaire accessible à tous et le cinéma a longtemps été pour moi quelque chose qui était inaccessible au départ je me destinais à être plutôt photographe et euh tout simplement parce que le cinéma me me semblait comment dire tellement lointain d'une certaine manière vraiment inaccessible et j'ai eu beaucoup de chance vraiment de de pouvoir réussir à un moment à faire un premier court-métrage et petit à petit finalement à à à enchaîner mais c'est vrai que le cinéma est un art populaire il embrasse comme ça une un monde absolument incroyable une sorte de communion Sylvie Hoffman elle va être vue là elle va être découverte j'espère j'espère donc donc je comprends ce que ce que Claire veut dire mais la photo aussi d'une certaine manière nous permet de vraiment témoigner du monde tout autant que le cinéma je pense merci beaucoup Sébastien Liv shit de vous on peut donc voir dès mercredi prochain au cinéma madame Hofman allez-y et c'est un documentaire en partenariat avec France Culture j'en profite aussi pour signaler que votre documentaire précédant l'excellent casa suousanna disponible en DVD sébastienit nous terminons cette émission en chanson et nous avons choisi deux chansons pour vous l'une sur l'enfance l'autre sur la vieillesse laquelle souhaitez-vous écouter la colle enfance ou vieillesse allez [Musique] l'enfance be a beautiful girl I'll grow and I'll be beautiful woman one day I'll grow and I'll be a beautiful girl but for today I am child for today I am a boy [Musique] anon for to am BO merci beaucoup sbastienit et un grand merci à l'équipe mid de culture qui sont préparé par cy marchand Z VI Laura du PZ et Manon de la S réalisation Daphné le blond prise de son jean Guilin pour écouter cette émission rendez-vous sur le site de France Culture et sur l'application Radio France merci Nicolas et à lundi li bon weekend
Xavier Bertrand