Meloni et Trump
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Merci pour ces précisions et ce récit. "L'équilibriste"...
La presse italienne lui a trouvé un surnom. On parle de G.Meloni.
La ligne de crête est dure à tenir quand le chef de la Maison-Blanche menace l'intégrité territoriale du Groenland et amorce une nouvelle guerre commerciale. - Tapis rouge, serrages de main et amabilités à Séoul pour la présidente du Conseil italien, G.Meloni.
Mais quand il s'agit de commenter la nouvelle menace de D.Trump contre les Européens, le visage se crispe. - G.Meloni: La perspective d'une augmentation des droits de douane contre les pays ayant choisi de contribuer à la sécurité du Groenland est, selon moi, une erreur.
Evidemment, je ne la partage pas. J'en ai parlé à D.Trump il y a quelques heures.
Je lui ai dit ce que je pensais. - Plutôt surprenant de la part de celle qui n'a cessé d'afficher sa proximité avec le président américain depuis sa réélection. Le 20 janvier 2025, G.Meloni est la seule dirigeante européenne invitée à l'investiture de D.Trump.
La présidente du Conseil et sa devise "Dieu, famille, patrie" ont tout pour plaire à l'homme d'affaires, a priori. Simple députée lors du 1er mandat de Trump, elle se fait très vite le porte-voix des Européens. Quand le président américain annonce la mise en place de vastes droits de douane en février 2025... - D.Trump: L'UE a été conçue pour emmerder les Etats-Unis. - C'est elle qui se rend à Washington au nom de l'Italie d'abord, mais aussi pour le reste de l'Europe. - G.Meloni: Je suis sûre que nous pouvons trouver un accord et je suis là pour y contribuer.
Bien que je ne puisse pas négocier au nom de l'UE, je pense que la meilleure façon de faire est de parler franchement des besoins de chacun pour trouver un juste milieu. C'est utile pour tout le monde. - Le lendemain, retour à Rome pour accueillir cette fois-ci le vice-président, J.D.Vance. - J.D.Vance: Je suis ravi d'être dans un lieu magnifique entouré de personnes formidables. - Des échanges d'amabilité qui ne font pas vraiment bouger les lignes.
L'Europe n'échappe pas aux droits de douane. Certaines marques de pâtes italiennes se retrouvent même en fin d'année sous la menace d'une taxe américaine de 107 %. Le ministre de l'Agriculture italien s'indigne et G.Meloni se fait discrète sur le sujet.
Que pense la présidente du Conseil face au président américain? Une séquence captée lors du sommet pour la paix à Gaza en dit long. - D.Trump: Aux Etats-Unis, employer le mot "belle" à propos d'une femme peut mettre fin à une carrière politique, mais je vais prendre le risque.
Ca ne vous dérange pas si je dis que vous êtes belle? Vous l'êtes. - Sourire embarrassé après cette remarque sexiste prononcée devant le monde entier.
Malgré tout, G.Meloni reste convaincue qu'elle a une carte à jouer ne serait-ce qu'envers les Européens. Durcissement de la politique migratoire, garantie obtenue sur le Mercosur...
La présidente du Conseil fait bouger les lignes et s'en vante devant le patronat italien. - G.Meloni: S'agissant de l'action gouvernementale, notre priorité a été de rendre à cette nation la place centrale qui est la sienne sur la scène internationale. - Un rôle central aussi dans la guerre en Ukraine.
En décembre dernier, alors que V.Zelensky est en visite à Rome, G.Meloni insiste sur l'importance de maintenir le lien entre l'Europe et les Etats-Unis et assure ne jamais vouloir rompre avec D.Trump.
Une garantie précieuse pour le président ukrainien. ...
La menace de nouvelles taxes brandie par D.Trump changera-t-elle la donne pour la dirigeante italienne? G.Meloni devrait plutôt continuer à jouer les équilibristes.
Il y a quelques jours, comme un gage envers l'administration américaine, son ministre de la Défense s'est ouvertement moqué de l'envoi de militaires européens au Groenland. - C.Roux: Pas facile, la position de G.Meloni. - P.Haroche: Elle a incarné l'idée de ne pas faire de concessions face à D.Trump.
Elle avait des bonnes relations avec l'administration américaine. Au moment où U.von der Leyen essayait d'obtenir un accès pour pouvoir discuter avec D.Trump...
Ca a fait partie de ce crédit politique, de ce capital politique de G.Meloni, de pouvoir dire: "J'ai un rôle dans l'UE qui va pouvoir compter plus, parce que lorsque l'UE veut parler avec D.Trump, c'est par moi que ça passe." Cette politique où U.von der Leyen a réussi à signer l'accord, c'était un peu grâce à elle.
En tuant cet accord, d'une certaine manière, il dévalorise le rôle d'intermédiaire de G.Meloni. A quoi ça sert d'avoir un intermédiaire avec quelqu'un qui n'a aucune parole et qui va faire le contraire de ce qu'il va signer?
J'ajouterais aussi, d'un point de vue symbolique...
C'est quand même de la droite populiste. Les slogans...
Elle avait dit en avril 2025 qu'elle voulait mettre "the West great again". Elle voulait mettre en avant cette idée d'un nouvel Occident, un Occident uni par les valeurs de la droite populiste. Pour ça, elle a besoin de l'idée qu'on peut être soudés dans une nouvelle communauté transatlantique.
Mais cette communauté transatlantique, c'est 2 camps qui se tournent le dos et se font la guerre commerciale, elle est un peu en difficulté...
Ca peut être à la fois quelque chose qui la valorise mais qui la tiraille. - C.Roux: Ca peut faire imploser l'Europe et l'Otan? - Gal J.-P.Paloméros: Euh... - C.Roux: A la faveur de cette crise au Groenland? - L.Mandeville: Rien n'est encore joué.
G.Meloni garde encore un certain rôle. On ne sait pas ce qui va se passer à Davos.
Les Européens viennent de bouger leur dame sur l'échiquier. Maintenant, on attend ce que va faire Trump. C'est pas fini.
Il peut y avoir aussi...
Trump, ce n'est pas J.D.Vance.
C'est un joueur transactionnel qui teste les limites mais qui peut reculer. Il trouvera une formule, une pirouette... "G.Meloni est une femme géniale.
Elle nous a réconciliés." Il peut très bien trouver... - C.Roux: Mais il veut le Groenland! - L.Mandeville: C'est vrai.
Est-ce qu'il sera obligé de s'asseoir là-dessus et de trouver une forme de compromis? C'est vrai qu'il y a une vraie collision possible, mais est ce qu'il veut, malgré tout, casser l'Alliance atlantique pour avoir le Groenland? C'est toute la question.
Mais il y a aussi d'autres acteurs. Il y a d'autres limites. Il y a des limites internes...
Je crois que les Européens peuvent aussi essayer de gagner du temps. Après, il y a les midterms. L'allié américain n'est pas complètement parti. - C.Roux: La question qu'on pose tous, c'est: jusqu'où sommes-nous prêts à aller collectivement?
Qui sera derrière les 8? Jusqu'où est-il prêt à aller? - Gal J.-P.Paloméros: Oui, il peut déstabiliser l'Europe.
C'est vrai. Il y a des arguments stratégiques. C'est le jeu du grand écart.
C'est maintenant qu'on voit l'Europe au pied du mur, en quelque sorte. Bon...
Dont acte. Il faut montrer une certaine force. On n'en montre pas beaucoup encore, mais ça peut venir des instances européennes.
Qui va aller négocier, au bout du compte? C'est une question...
J'aimerais bien entendre madame von der Leyen. Elle va sans doute s'exprimer à Davos. Concernant l'Otan, il peut la dévaluer.
Il peut en faire une organisation transactionnelle, c'est-à-dire déconstruire complètement l'Otan dans son esprit tel que les pères fondateurs ont voulu la créer, un outil de paix et de prospérité, et la dévaloriser pour en faire simplement un enjeu économique et de tractations. C'est un objectif, à mon sens, très clair. Gouverner, diviser pour régner...
Il rejoint Poutine en la matière. - G.Fenwick: On a un cas très concret, qui suscite vos questions.
Le Groenland, les Américains l'attaquent, le menacent. Est-ce qu'on déclenche l'article 5? Ca nécessite que nous nous rendions aux côtés du Danemark pour défendre un territoire.
Pareillement côté européen. Est-ce qu'on déclenche l'article 42-7 du traité de Lisbonne? Il est plus contraignant que l'article 5, mais nous sommes dépendants de la structure otanienne pour défendre ce territoire.
Vous avez souligné la proximité d'expression et de modus operandi entre Poutine et Trump. C'est ça qui est particulièrement troublant pour nous. Dans la structure otanienne, il y a cette impensée, quelque part.
C'est prévu comme une structure défensive face à la menace russe, mais qu'est-ce qui se passe quand on a ce géant au sein de la structure qui commence à menacer les autres? Pour moi, l'Otan est en état de mort cérébrale très avancée. En revanche, l'Europe est au menu.
C'est pour ça que je parlais de transformation, tout à l'heure. Est-ce qu'elle arrive à se remettre à la table pour faire valoir la solidité du projet? C'est ça qui est en jeu.
Si nous n'y arrivons pas...
Vous demandiez jusqu'où il pouvait aller.
Annick Billon