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DébatFrance Inter (sur YouTube)· 1 janvier 2025 24 minContradictoireActualité / polémiqueInstitutions & électionsSolidarités & familleÉconomie & entreprisesÉducation & recherche

Voeux pour 2025 d'Emmanuel Macron : "Un vrai mea culpa, extrêmement rare"

Source d'origine 3 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 20 %Attaque 30 %Défensif 50 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:32OuverteRéponse directe

    L'année 2025 sera-t-elle moins pire, si j'ose dire, que 2024 ?

  • 0:48OuverteRéponse directe

    Qu'avez-vous pensé de ce mea culpa, Chloé Morin ?

  • 1:31RelanceRéponse directe

    Frédéric Dhabi, il n'était jamais allé aussi loin, sans doute, le président dans la contrition.

  • 2:38RelanceRéponse directe

    Ce que dit Emmanuel Macron et Chloé Morin l'a évoqué aussi, Bruno Cotteresse, c'est que l'Assemblée nationale est légitime et représentative.

  • 4:23FerméeRéponse directe

    Cette tripartition ?

  • 5:06RelanceRéponse directe

    Ce que dit Emmanuel Macron aussi et que l'on peut retenir de ses voeux, c'est une annonce. Je consulterai les Français, je vous demanderai de trancher certains sujets déterminants.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:51InvitéFait
    « beaucoup de gens pensaient qu'ils ne pouvaient pas aller jusque-là »
  • 0:56InvitéFait
    « l'image d'Emmanuel Macron, c'est d'être quelqu'un de très orgueilleux, qui ne reconnaît jamais ses erreurs »
  • 1:15InvitéFait
    « la répartition des sièges à l'Assemblée nationale ne sont pas le fruit de son bon vouloir, mais du vote des Français »
  • 1:23InvitéFait
    « la raison pour laquelle les parlementaires aujourd'hui ne s'entendent pas n'est pas uniquement liée à lui et à sa dissolution, mais aussi au fait que les Français aujourd'hui sont divisés et profondément divisés »
  • 1:41InvitéFait
    « Il avait commencé au lendemain de la censure de Michel Barnier dans son intervention télévisée. Il avait fait un petit acte de contrition, là c'est un... »
  • 1:47PrésentateurFait
    « il avait dit à l'époque, je n'assumerais pas l'irresponsabilité des autres »
  • 1:53InvitéFait
    « s'agissant de l'exercice rituel du 31 décembre, j'ai relu les voeux de Jacques Chirac du 31 décembre 1997. Le mot dissolution n'est absolument pas prononcé »
  • 2:04InvitéFait
    « un nouveau gouvernement met sa politique en place et qu'il sera le garant de la liberté et de la solidarité »
  • 2:13InvitéFait
    « les Français nous disaient mais on vient de s'exprimer lors des élections européennes de manière très nette, où les Français sont allés voter assez fortement et les résultats étaient nets »
  • 2:29InvitéFait
    « c'est ce mea culpa, même si je doute que ça suffise aujourd'hui, ici et maintenant, pour retisser un lien absolument distendu entre les Français et le Président »
  • 2:54InvitéFait
    « l'Assemblée nationale est légitime et représentative. Il a acté, en quelque sorte, une perte d'une bonne partie de son pouvoir »
  • 3:01InvitéFait
    « il assume sa part de responsabilité, ça veut dire qu'il y en a une part chez les autres »
  • 3:10InvitéFait
    « pour le moment, comme s'il laissait un petit peu la porte entre-ouverte. À l'heure qu'il est, elle a produit plus d'instabilité »
  • 3:20InvitéFait
    « l'Assemblée nationale est légitime, qu'elle représente la diversité des courants d'opinion dans le pays »
  • 4:23InvitéFait
    « Jamais nous n'avons eu une Assemblée qui était à ce point représentative de ce que sont les Français dans leur diversité »

Temps de parole

  • Invité28 %
  • Présentateur26 %
  • Invité 225 %
  • Invité 319 %
  • Auditeur3 %

0,8 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistralai/mistral-small-3.2-24b-instruct:floor · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

L'année 2025 sera-t-elle moins pire, si j'ose dire, que 2024 ? Sur le plan politique, trois invités pour en parler ce matin, Chloé Morin, Bruno Cotteresse et Frédéric Dhabi. Bonjour à tous les trois. Bonjour. Et bonne année à vous. Chloé Morin, vous êtes politologue, Bruno Cotteresse, politiste, chercheur CNRS au CIVIPOF, le centre de recherche politique de Sciences Po, et Frédéric Dhabi, directeur général opinion du groupe IFOP. Le standard est ouvert pour vous, auditeurs d'Inter, 0145 24 7000. Et vous pouvez aussi, vous le savez, nous écrire sur l'application de France Inter.

Avant de se projeter vers 2025, encore faut-il digérer 2024, cette dissolution en particulier, qui a apporté, a dit Emmanuel Macron hier soir, plus de division que de solution et produit plus d'instabilité que de sérénité. Qu'avez-vous pensé de ce mea culpa, Chloé Morin ?

0:51
Invité

Je pense que déjà, beaucoup de gens pensaient qu'ils ne pouvaient pas aller jusque-là, parce que c'est vrai que l'image d'Emmanuel Macron, c'est d'être quelqu'un de très orgueilleux, qui ne reconnaît jamais ses erreurs. Donc, il est allé assez loin par rapport à ses standards personnels dans le mea culpa. Et ensuite, il ne manque pas de souligner le fait que la répartition des sièges à l'Assemblée nationale ne sont pas le fruit de son bon vouloir, mais du vote des Français. Et que la raison pour laquelle les parlementaires aujourd'hui ne s'entendent pas n'est pas uniquement liée à lui et à sa dissolution, mais aussi au fait que les Français aujourd'hui sont divisés et profondément divisés.

1:31
Présentateur

Frédéric Dhabi, il n'était jamais allé aussi loin, sans doute, le président dans la contrition.

1:36
Invité

Il avait commencé au lendemain de la censure de Michel Barnier dans son intervention télévisée. Il avait fait un petit acte de contrition, là c'est un...

1:43
Présentateur

Mais il avait dit à l'époque, je n'assumerais pas l'irresponsabilité des autres.

1:47
Invité

Tout à fait, là il est allé encore plus loin, c'est extrêmement rare. En plus, s'agissant de l'exercice rituel du 31 décembre, j'ai relu les voeux de Jacques Chirac du 31 décembre 1997. Le mot dissolution n'est absolument pas prononcé, il dit seulement qu'un nouveau gouvernement met sa politique en place et qu'il sera le garant de la liberté et de la solidarité.

Rien à voir avec ça, c'est un vrai, mais à coup de pas, même si quand on regarde le fond, quand il dit, si j'ai dissous, c'était pour vous redonner la parole, justement, dans les enquêtes qualitatives, là où le bas blessait, c'est que les Français nous disaient mais on vient de s'exprimer lors des élections européennes de manière très nette, où les Français sont allés voter assez fortement et les résultats étaient nets. Mais c'est vrai que c'est vraiment le fait majeur de cette allocution du 31 décembre, c'est ce mea culpa, même si je doute que ça suffise aujourd'hui, ici et maintenant, pour retisser un lien absolument distendu entre les Français et le Président.

2:38
Présentateur

Ce que dit Emmanuel Macron et Chloé Morin l'a évoqué aussi, Bruno Cotteres, c'est que l'Assemblée nationale est légitime et représentative. Il a acté, en quelque sorte, une perte d'une bonne partie de son pouvoir. C'est aussi une façon de dire cela ?

2:54
Invité

Je n'irais peut-être pas jusque-là qu'il n'a qu'une perte d'une partie de son pouvoir. C'est vrai qu'il reconnaît, Léon de la dissolution a quand même deux bémols. Il dit, il assume sa part de responsabilité, ça veut dire qu'il y en a une part chez les autres. Et puis, il dit, pour le moment, comme s'il laissait un petit peu la porte entre-ouverte. À l'heure qu'il est, elle a produit plus d'instabilité. Voilà, qu'éventuellement, à un moment donné, ça va produire. Alors, effectivement, derrière, il enchaîne sur l'idée que l'Assemblée nationale est légitime, qu'elle représente la diversité des courants d'opinion dans le pays. On peut lire différemment, on peut lire de différentes manières.

C'est peut-être une manière de dire qu'il n'entre pas dans son projet. Il l'avait déjà dit, de dissoudre à nouveau l'Assemblée nationale, puisque celle-ci représente la diversité politique du pays et elle est légitime. Est-ce que ça veut dire qu'il va jusqu'à reconnaître qu'il n'est plus aujourd'hui, lui, autant le maître du jeu qu'avant ? C'est peut-être aller vite en besogne, connaissant le chef de l'État. En tout cas, c'est vraiment un paradoxe. C'est-à-dire que, d'habitude, quand on appelle les Français aux urnes, dans les moments de crise, ça permet de dégonfler la pression et d'apaiser les choses. Là, c'est tout l'inverse qui s'est produit. C'est quand même très particulier.

Et c'est d'autant plus bizarre qu'en réalité, la dissolution et donc les élections législatives ont produit une Assemblée qui peut-être n'a jamais été aussi bien représentative de la réalité politique du pays.

4:22
Présentateur

Cette tripartition ?

4:23
Invité

Jamais nous n'avons eu une Assemblée qui était à ce point représentative de ce que sont les Français dans leur diversité. Et pour autant, jamais nous n'avons été aussi frustrés par une élection. La façon dont je l'explique, c'est que justement, vu que la France est divisée en trois blocs, les trois blocs sont insatisfaits de ne pas avoir gagné les élections. Le RN pense qu'il s'est fait voler sa victoire et la gauche pense qu'elle s'est fait voler sa victoire puisqu'elle est arrivée en tête et qu'elle n'a pas...

4:54
Présentateur

Le RN à cause du Front Républicain, la gauche parce qu'Emmanuel Macron n'a pas nommé de Premier ministre,

5:00
Invité

et puis le bloc central, bien bien parce qu'ils perdent des députés en cours de route et que donc forcément, pour eux, c'est une défaite.

5:06
Présentateur

Ce que dit Emmanuel Macron aussi et que l'on peut retenir de ses voeux, c'est une annonce. Je consulterai les Français, je vous demanderai de trancher certains sujets déterminants. Alors, on pense tout de suite au référendum, mais l'Elysée dit que ce sera peut-être une convention citoyenne. Il ne dit pas le mot, justement. Tout est là, Frédéric Dami ?

5:23
Invité

Alors oui, tout est là, c'est la fin de son intervention, c'est une sorte de tripartition. Cette intervention, il revient sur l'année 2024, on est en continuité avec ses voeux du 31 décembre 2023, mais avec des images, un clip, et là, de ce point de vue-là, il faut reconnaître que ses voeux étaient très innovants. Le mea culpa sur la dissolution, qu'est l'acte de rupture absolue entre les Français, lui. Et il finit par, effectivement, ses modes de consultation. Alors, soyons prudents, c'est intéressant de dire ça pour 2025, 20 ans après le dernier référendum, le fameux référendum du 29 mai 2005 sur le traité européen. Mais il l'a fait à de très nombreuses reprises, la promesse de référendum.

Il l'a fait au moment des Gilets jaunes, après le grand débat, lors de la campagne présidentielle de 2022, et la dernière fois au moment des rencontres de Saint-Denis. Donc, c'est vrai que c'est une manière peut-être pour lui de relâcher la pression, de dire « je vais vous consulter », mais on sait ce que c'est qu'un référendum en France. On ne semble pas en confédération helvétique. Souvent, l'émetteur, celui qui met en avant, qui organise ce référendum, peut se le prendre de manière boomerang et faire de ce scrutin un référendum contre le président. Bruno Cotteres. Deux points. D'abord, une convention citoyenne, ce n'est pas fait pour trancher.

Ce n'est pas fait pour trancher, c'est fait pour délibérer, c'est fait pour faire apparaître des éléments, la richesse de la délibération, la confrontation de différents points de vue, éventuellement des points de consensus. Mais ce n'est pas fait pour trancher. Les conventionnels de la Convention citoyenne sur le climat, d'ailleurs, n'entendaient pas à la fin dire « c'est nous, le législateur, qui allons trancher pour le pays ». Donc, je ne suis pas sûr que le verbe « trancher » corresponde bien à la situation de la Convention citoyenne.

Et deuxième point, la procédure de référendum, effectivement, il en a parlé plusieurs fois, mais s'il fallait aller sur des sujets de société, il faut rappeler que ça passe par une révision de la Constitution, car l'article 11 ne prévoit pas les sujets de société.

7:03
Présentateur

On ne peut pas demander aux Français de voter sur l'immigration, par exemple, comme le demandent la droite et l'extrême droite.

7:10
Invité

Voilà, ça passe par l'immigration. Il y a un sujet de discussion qui tout dépendrait du texte, de la question, parce que l'article 11 prévoit qu'on puisse faire un référendum sur des questions économiques, sociales, donc tout dépendrait du contenu de la question, mais la fin de vie, c'est clairement hors champ.

7:24
Présentateur

Oui. Emmanuel Macron cherche-t-il à se donner de l'air, se donner un peu de champ, comme vous le disiez, Frédéric Dhabi, en évoquant cette piste de référendum ou de convention citoyenne ? On verra cela. Mais en l'état actuel du paysage politique, on pressent que 2025 sera rythmé par trois mots. Censure, dissolution, démission. On va les passer en revue. Censure d'abord. Le gouvernement Bayrou peut-il tenir ? Comment ?

7:51
Invité

En tout cas, il a les mêmes atouts et les mêmes faiblesses que le gouvernement de Michel Barnier, c'est-à-dire que François Bayrou n'a pas réussi à élargir son assise à gauche en ouvrant des discussions franches avec les socialistes pour aboutir à un accord de non-censure. Ça ne veut pas dire que ces discussions-là n'auront jamais lieu.

C'est-à-dire que s'il arrive un jour en disant « bon, on va vraiment renégocier la réforme des retraites » et par ailleurs « j'ouvre la possibilité d'alourdir la fiscalité sur les plus riches », par exemple, on peut imaginer que les socialistes tendent à nouveau la main, mais pour l'instant, son assise est exactement la même que Michel Barnier et donc il est tributaire du bon vouloir de Marine Le Pen, exactement de la même manière.

8:37
Présentateur

La question de la censure, c'est aussi celle du budget, ce n'est pas seulement celle de la survie du gouvernement. Est-ce que les partis, aujourd'hui, le parti socialiste en particulier, peuvent se permettre, vis-à-vis de leurs électeurs, de laisser une France, non pas sans budget, mais en tout cas avec un budget 2024 reconduit sur 2025 ?

9:00
Invité

C'est vrai que cette crise politique que nous vivons, qui est complètement inédite sous la Vème République, c'est le reflet aussi de l'éclipse du politique. Les Français n'attendent plus grand-chose des élus à l'échelle nationale, puisqu'ils voient que rien ne bouge que la promesse du politique, c'est-à-dire, en contrepartie d'un vote, le pouvoir contribue à faire voter des lois, changer la vie, transformer le quotidien. Le PS est un parti de gouvernement, peut-être c'est lui qui a la clé de la sortie de cette crise. Maintenant... A condition que François Bayrou accède à certaines demandes.

Mais vous avez tout à fait raison, et c'est vrai qu'entre le gouvernement Barnier et le gouvernement Bayrou, il y a une vraie différence, et plus de poids lourds dans le gouvernement Bayrou, ou plus d'incarnation, mais la vraie, Chloé Morin l'a très bien dit, le vrai point commun, c'est que c'est la même assise parlementaire, minoritaire, qui fait que deux tiers des Français, en catifop JDD, ont intériorisé que ce gouvernement risquerait d'être touché par émotion de censure. C'était trois quarts pour le gouvernement Barnier.

10:01
Présentateur

Justement, une question à ce sujet de Didier, Didier au standard de France Inter. Bonne année à vous, Didier, on vous écoute.

10:08
Auditeur

Oui, merci, bonjour à tous, et on va se souhaiter un bonjour de l'an, avant une bonne année, parce qu'on ne sait pas trop. Écoutez, tout vient d'être dit, en fait, M. Macron a réussi une chose, c'est que les Français soient en perte totale de confiance dans leurs élus. On a eu des scènes épouvantables, et ça, c'est dramatique, parce que ça va faire le bonheur d'extrêmes qui sont quand même dangereux. Voilà, c'est ça le plus grave, parce que l'avenir du président, on s'en fout, mais c'est surtout cette perte de confiance dans les élus qui est quand même dramatique, parce que ça va se solder par de l'abstention de massif, ou un vote dont on connaît bien le résultat.

10:48
Présentateur

Didier, merci beaucoup. C'est le principal danger qui guette la politique, la démocratie française. Bruno Cotteret se désintéresse cette rupture ?

10:58
Invité

C'est plus qu'un danger, au fond, les parents que vient de prononcer Didier montrent que c'est là, effectivement, déjà, le regard que portent les Français, les Françaises sur la politique est un regard extrêmement négatif, aujourd'hui, et on est peut-être passé du regard négatif à un regard totalement désabusé.

11:15
Présentateur

On entend de plus en plus, effectivement, de Français qui votent, qui n'auraient jamais imaginé ne pas se déplacer pour des élections, dire la prochaine fois, vous faites 100 mois, c'est terminé.

11:23
Invité

Voilà, avec mon collègue et ami Luc Rouban, on a publié récemment un article et on disait que les Français les regardaient comme une caste gesticulatoire. Le mot peut être un peu excessif, mais c'est vrai que dans nos enquêtes, c'est un peu ça qui ressort. Les gens voient le politique comme une espèce de club fermé, de gens qui font de très beaux discours, etc., mais au fond, avec un impact sur leurs difficultés à eux extrêmement réduit. Je note que dans les voeux du chef de l'État hier, il y a tout un répertoire qui manque, le mot social, zéro fois, le mot inégalité, zéro fois, le mot peuple, zéro fois, le mot travail, quatre fois, mais c'est vrai sous un angle très macronien.

12:01
Présentateur

Vous parliez de ce sentiment que l'action politique n'a plus d'effet sur le quotidien des Français. Je voudrais qu'on parle quand même de ce qui marche, notamment l'action des élus locaux, on va en parler un tout petit peu plus tard, mais Frédéric Dhabi, vous voulez intervenir ?

12:13
Invité

Oui, c'était ça, oui, ce qui vient d'être dit sur la défiance, elle n'a jamais été aussi forte, mais effectivement, dans ce contexte d'étanchéité absolue entre sa politique locale et nationale, il y a d'un côté cette crise du politique à l'échelle nationale, et localement, jamais les Français n'ont eu une telle confiance, un tel crédit vis-à-vis notamment du maire. L'IFOP réalise beaucoup d'enquêtes à mi-mandat dans la perspective de mars 2026, qui doit être en principe la prochaine élection, mais personne ne peut être sûr de ça avec le risque d'une dissolution, mais la question de la confiance à l'égard des élus locaux est absolument tranchée.

On a des élus locaux qui sont perçus à l'écoute, sur le terrain, connectés, et qui, eux, parviennent à réenchanter la promesse du politique, à changer la vie, à transformer le quotidien des Français. D'un côté, il y a l'éclipse du politique à l'échelle nationale, de l'autre, il y a un vrai plébiscite pour les maires, même si la contrepartie, c'est un niveau d'exigence des Français sur le terrain, jamais vu.

13:07
Présentateur

Et le service politique de France Inter, je le signale, s'efforce de mettre en lumière, de mettre en valeur ces actions du quotidien, qui peuvent être parfois vues comme insignifiantes au niveau national, mais qui changent réellement la vie des Français, et on essaye de le faire entendre à l'antenne de France Inter, jour après jour. On a parlé de censure, Chloé Morin, je reviens à l'Assemblée nationale. On a parlé de censure, parlons de dissolution, Emmanuel Macron va-t-il être contraint et forcé, quoi qu'il en dise, de dissoudre à nouveau à l'été prochain ?

13:40
Invité

Je pense qu'il voudra absolument éviter cette option-là, pour une raison simple, c'est que je ne sais pas ce qu'il fera, s'il perd à nouveau cette élection-là. Et donc, c'est très compliqué, derrière, de dire... Il se mettrait en danger, une fois, deux fois, trois fois. Donc, il se mettrait personnellement en danger, et il enclencherait sans doute une dynamique assez dangereuse. Et donc, pour cette raison-là, je pense qu'il va essayer de jouer la stabilité. Je pense qu'en plus, essayer de dire aux députés, il n'y aura pas de dissolution, donc vous n'allez pas rentrer en campagne dans les mois qui viennent.

C'est aussi une manière, peut-être, de les aider à avoir un peu de courage dans le vote du budget, parce que je pense que c'est aussi la perspective de la dissolution qui nous empêche de voter un budget qui rentre dans les clous de ce qu'on a promis à Bruxelles. Un député qui est en campagne n'a pas envie de voter des mesures impopulaires. Et donc, si on se dit qu'il n'y aura pas de dissolution avant 2027, ça peut aussi, peut-être, essayer de nous permettre de régler nos problèmes... Enfin, de régler, non, mais en tout cas, de voter un budget raisonnable, on va dire.

14:53
Présentateur

C'est cette perspective, effectivement, de nouvelles élections. L'obsession de la présidentielle aussi, Frédéric Dhabi, qui empêche tout compromis pour l'instant ?

15:03
Invité

Oui, sans doute. Alors, c'est vrai que la dissolution, ça a été bien dit, ça serait une catastrophe pour Emmanuel Macron, parce que ça le mettrait plus que jamais en première ligne. Alors, autant les Français, dans les enquêtes qualitatives de l'IFOP, ne parlent quasiment jamais, je dis bien jamais, spontanément, d'une démission, d'un départ du chef de l'État. Ils sont dans une logique d'agenda qui est l'agenda de 2022-2027. Autant l'idée qu'on ne pourra pas ne pas, j'utilise une double négation à dessein, éviter une nouvelle dissolution, émerge des propos. Parce que que nous disent les Français ? Qu'est-il sorti de la Chambre du 7 juillet, des résultats du 7 juillet ?

Un RN qui a été battu nettement au second tour par le Fonds républicain, un bloc central qui a été sanctionné, comme classiquement un pouvoir est sanctionné à une élection intermédiaire, mais également une gauche qui est certes arrivée en tête, mais qui est à 100 sièges de la majorité absolue. C'est ces résultats, si je puis dire, introuvables, qui sont au cœur de la crise du pays, avec comme acte lourd, bien sûr, cette dissolution. Bruno Cotteres ? Oui, c'est le sentiment que beaucoup ont dans le pays, d'une sorte d'impasse presque totale. Presque totale. On ne voit pas la voie de sortie. Effectivement, ça vient d'être rappelé.

Le nouveau Front populaire gagne les législatives en siège au terme d'un Front républicain. Mais si on prend les trois grands enseignements des élections législatives, un, le Rassemblement national, certes, perd en siège, mais gagne en voie les deux tours. Les deux tours, il arrive en tête, en voie les deux tours, il ne gouverne pas. Le nouveau Front populaire arrive en tête, en siège, au deuxième tour, ne gouverne pas. Et le Front républicain, qui est au fond le périmètre fondamental du deuxième tour, ne gouverne pas non plus.

Et non seulement le Front républicain ne gouverne pas, mais un des acteurs du Front républicain, la France insoumise, on dit régulièrement dans le discours politique qu'il n'appartiendrait pas à l'arc républicain, alors même qu'il a fait partie du Front républicain. Donc plus personne ne comprend rien.

16:55
Présentateur

Il y avait d'ailleurs un article très intéressant dans le journal L'Opinion, hier, sur ces mots, l'arc républicain et autres, ces mots du vocabulaire politique qu'on a énormément utilisé cette année nous-mêmes, pour tenter d'expliquer la situation et que les Français, qui ne parlent absolument pas aux Français, que personne ne comprend. Vous évoquiez, Chloé Morin, le risque pour le chef de l'État de la dissolution, en cas de défaite, à nouveau aux législatives, qui l'amènerait à la menace de la démission. C'est le troisième mot que je voulais évoquer. Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon sont déjà en embuscade pour une présidentielle anticipée.

Est-ce que la question de la démission va se poser avec de plus en plus d'insistance pour Emmanuel Macron, en 2025 ?

17:36
Invité

Déjà, je pense qu'il ne faut jamais oublier que la démission, c'est d'abord un terme qui a été introduit dans nos débats politiques par des opposants à Emmanuel Macron, et notamment la France insoumise, qui ont parlé de destitution, qui ont même enclenché une procédure destitution. Donc, le mot démission s'est répandu comme un poison lent dans notre débat public, alors que, comme le disait Frédéric à l'instant, ça ne correspond pas, en dépit du fait qu'Emmanuel Macron est très impopulaire, ça ne correspond pas spontanément à l'issue que les Français souhaitent donner à la situation actuelle.

Et donc, c'est un peu une prophétie autoréalisatrice que les insoumis ont enclenché, donc on en parle de plus en plus, on sonde les Français dessus, on en débat, et ce qui est assez intéressant, c'est de voir à quel point ce mot est une arme politique faite pour accélérer la décrédibilisation du président de la République. Ce qui est paradoxal, c'est que ce mot soit utilisé pour certains par ceux-là même qui souhaitent accéder à l'Élysée. C'est une manière, quelque part, de scier par avance la branche sur laquelle il souhaite s'asseoir.

C'est-à-dire qu'un président de la République qui aurait comme prédécesseur, un président de la République qui a démissionné, serait immanquablement poussé lui aussi par ses opposants à la démission. Donc on enclencherait un cercle vicieux qui me semble assez terrifiant. Un jeu dangereux, Frédéric Dhabi ? Je ne vais pas dire s'il est dangereux ou pas, mais ce que dit Chloé est absolument implacable. C'est vrai que moi je suis frappé par le décalage entre effectivement la destitution, la démission qui a été avancée surtout dans le champ politique par les insoumis. En même temps, jusque dans l'entourage d'Emmanuel Macron,

19:26
Présentateur

certains disent qu'il s'est mis lui-même dans cette situation.

19:28
Invité

C'est clair que quand on a provoqué cet acte de rupture absolue, l'IFOB suit la popularité présidentielle depuis le début de la Vème République avec le baromètre JDD, jamais un acte présidentiel a été, je ne dis pas aussi rejeté, aussi incompris. La dissolution de Jacques Chirac avait finalement échoué, mais elle avait été comprise aussi. Ça n'a pas été un acte de rupture absolue, au contraire. Mais c'est vrai que les Français ne sont pas sur ce terrain-là. Les Français sont sur un terrain utilitariste vis-à-vis du politique qui doit transformer le quotidien, changer la vie. Et c'est vrai que j'ai rarement vu un ton des Français, des mots aussi virulents vis-à-vis d'un chef de l'État.

On se souvient du rejet de Nicolas Sarkozy, mais il avait des soutiens très forts, il avait du rebond. François Hollande, il y avait une sympathie pour l'homme qui restait quasiment jusqu'à la fin de son mandat, en plus avec sa non-candidature. Emmanuel Macron ne voit pas les conditions du rebond loin de là. On reste vraiment sur un terrain très plein en termes de rebond, mais le fait de dire « il doit partir » n'est évoqué que très marginalement dans les enquêtes qualitatives.

20:30
Présentateur

Alors justement, parlons des motifs d'espoir et de ce qui intéresse les Français au quotidien. Vous dites, Frédéric Dhabi, que la société française est moins fracturée qu'il n'y paraît. En tout cas, que les Français se retrouvent sur leurs besoins, leurs attentes du quotidien. On parlait de l'action des élus locaux, des maires. Il y a la société civile aussi, des vérités un peu partout, de s'investir de plus en plus en dehors du champ politique institué, classique. C'est ça qui peut nous donner l'espoir pour 2025, Bruno Cotteres ?

21:00
Invité

Sans doute, il faut l'espérer. C'est clair que toutes les études sociologiques faites sur le sujet montrent qu'il y a des réservoirs dans la société française, du côté de la société civile, et du point de vue des capacités de s'engager sur des causes spécifiques. Peut-être qu'on est aujourd'hui moins idéologues, moins partisans, qu'il y a 20, 30, 40 ans, sans aucun doute. Par contre, le réservoir, la possibilité de s'engager, de manière peut-être plus court-termiste, qui ne s'engage pas forcément sur des années, existe vraiment, par exemple... Sans prendre une carte, quoi.

J'en veux pour preuve, par exemple, l'ampleur au niveau du terrain, de l'écologie, de tout ce qui se passe dans la société civile. Il y a une multitude absolument incroyable d'associations de la société civile qui s'en occupent. J'en veux pour preuve aussi le rebond d'adhésion qu'on a eu dans les syndicats au lendemain des grèves et des manifestations sur la réforme des retraites. Reste à voir si c'est quelque chose qui est pérenne. Et puis le rebond de confiance, effectivement, par exemple, dans les acteurs syndicaux qu'on a eu dans nos enquêtes d'opinion.

22:06
Présentateur

Chloé Morin, j'en reviens à la question telle que je la posais, de manière un peu simpliste, forcément, au début du débat. Mais est-ce que l'année 2024 peut être moins pire... L'année 2025, pardon, peut être moins pire que l'année 2024 ? Vaste question. Et grâce à cela, justement...

22:25
Invité

Mais ce qui est fascinant dans le paysage politique actuel, c'est qu'on repousse sans cesse les limites du vraisemblable. Et on a l'impression, de plus en plus, de vivre dans une série télévisée, une fiction politique. Et d'ailleurs, on a dépassé, je veux dire, ce que nous vivons depuis quelques mois n'aurait pas été jugé crédible dans une série politique. Donc je pense qu'on peut continuer à repousser ces limites-là, si on en croit Emmanuel Macron, impossible, n'est pas français. Et donc je serais assez prudente sur notre capacité à retourner dans les bornes du raisonnable pour l'année qui vient.

23:06
Présentateur

Une question rapidement, Frédérique Dhabi, même si elle nécessiterait un grand entretien entier. Sur la Ve République, est-ce que cette année peut être celle d'un sursaut ou au contraire le début d'un processus qui nous amène à autre chose, d'une autre organisation de notre vie démocratique ?

23:23
Invité

Alors c'est une question que les Français ne se posent pas dans les enquêtes qualitatives. Je reste sur le discours spontané. L'idée d'un changement de République n'émerge pas, quasiment jamais. Mais c'est vrai que pour la première fois, on a une cinquième République qui a résisté à tout, à la cohabitation, à des majorités relatives. On est, pour reprendre ce que vous dites, Bruno Cotteres, sur un blocage, une impasse. Mais je le répète, les Français attendent que le politique bouge sur la santé, l'éducation, sur les services publics, sur les vraies questions qui les intéressent.

23:53
Présentateur

Merci à tous les trois. Frédéric Dhabi, directeur général d'opinion du groupe IFOP, co-auteur avec Bruno Socol de Parlons-nous la même langue ? Comment les imaginaires transforment la France ? Aux éditions de l'Aube. Bruno Cotteres, merci également. Chercheur CNRS au Cévi-Pof et Chloé Morin, politologue. Votre prochain essai, La broyeuse les coulisses de la décomposition médiatique, va apparaître à la fin du mois, fin janvier, aux éditions de l'Observatoire. Merci à tous les trois. Très bonne journée et très bonne année.