ART & MARCHÉ - Comment construire sa collection ?
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Comment devient-on collectionneur et comment faire vivre une collection à l'heure du numérique ?
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Qu'est-ce qui a provoqué ce déclic, cette passion, donc en 2005 ?
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Comment est-ce que vous avez vu cette progression par où elle est passée ?
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Quel a été ce choix de moderniser tout cet ensemble pour la présenter aussi aux autres ?
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Vous remarquez quoi en 20 secondes ?
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« En 2005, un voyage en Chine marque un tournant pour Sylvain Lévy et Dominique Lévy »
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« Vingt ans plus tard, ce que le couple a appelé la DSL Collection rassemble plusieurs centaines d'oeuvres »
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« On est parti sur le design il y a 30 ans, quand personne ne construisait des designs »
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« Collectionner, c'est une façon élégante de brûler une fortune »
- 11:01InvitéFait
« 2005, c'est le début de YouTube »
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Comment
devient-on collectionneur et comment faire vivre une collection à l'heure du numérique ? En 2005, un voyage en Chine marque un tournant pour Sylvain Lévy et Dominique Lévy qui décident de consacrer leur collection à l'art contemporain chinois. Vingt ans plus tard, ce que le couple a appelé la DSL Collection rassemble plusieurs centaines d'oeuvres et explore les nouvelles façons de les partager avec le public, notamment grâce aux technologies numériques. Alors que le rapport Art Basel-UBS sur les manières de collectionner vient d'être publié, je reçois Sylvain Lévy, collectionneur. Bonjour Sylvain. Bonjour. Merci beaucoup d'être avec nous dans Art et Marché.
Alors vous avez commencé à collectionner l'art contemporain, puis du design, avant de vous passionner pour la scène artistique chinoise. Qu'est-ce qui a provoqué ce déclic, cette passion, donc en 2005 ?
Qu'est
-ce
qui a provoqué cette passion ? D'abord, collectionner est une
passion, est
une addiction.
C
'est une addiction.
C
'est beaucoup de choses. D'ailleurs, je vous fais une parenthèse parce que je suis fasciné. J'ai un petit fils qui a cinq ans, qui collectionne les Pokémon.
Déjà, il a la collectionnite.
Il a déjà la collectionnite. Et c'est intéressant parce qu'il n'y
a
pas du tout de notion de marché. Et il collectionne, il échange avec ses amis. Donc collectionner peut commencer très tôt.
Sans forcément de
l
'aspect financier derrière. C
'est juste
le fait de ramasser, d'amasser.
Non, d'amasser et de se créer une histoire.
Parce
qu'il se crée une histoire avec sa collection. Alors, on va peut-être dire quelques mots de notre histoire. Alors, notre histoire a commencé il y
a
40 ans. Il y a 40 ans, on est un jour... On n
'est
pas de famille de collectionneurs. Oui. Mais le hasard de la vie a fait que ma belle-sœur
était
mariée avec
un
monsieur qui était très collectionneur.
Il
nous a fait découvrir les galeries, il nous a fait découvrir les collections.
On
a commencé par
ce
qui avait de facile, si je puis dire. Facile ne veut pas dire pas intéressant. Facile, on a commencé par Dupuis Godot, qui est un peintre de Pont-Avenne.
Et
puis,
au
fur et
à
mesure que vous avancez dans une collection,
d
'une certaine façon, enfin,
je
parle pour nous,
vous
devenez un peu plus exilisant et vous voulez vous challenger un peu plus. Donc,
vous
passez de
l
'impressionnisme au contemporain, au contemporain plus dur, plus complexe, plus conceptuel.
Puis
après, à un moment,
on
en avait... On voulait changer complètement.
Ce
qu'on considère aussi un parcours de collectionneur, c'est aussi un chapitre différent.
Et
on est parti sur le design. On est parti sur le design il y a 30 ans, quand personne ne construisait des designs.
Et
c'était extra, parce que globalement, on était très peu de collectionneurs. Il y avait quelques galeries seulement.
En fait, ce qui vous guidait à chaque fois, c'était de découvrir un nouveau monde.
Ce
qui nous guidait, c'est les rencontres avec des rencontres, avec des objets, des idées, des nouveaux personnages. D'accord. Et puis, ces rencontres, à un moment, elles s'épuisent. On a l'impression de tourner un peu en rond. Et là,
on
part sur autre chose.
Et
le virage sur la Chine, c'est vrai que ça a été un virage
à
180 degrés. C'est un virage parce qu'en 2005, on est parti en Chine.
Alors,
quand vous arrivez d'une ville comme Paris, qui est une belle endormie, une ville
qui
est Red Bull City.
Il y a toujours un temps d'avance.
Et puis surtout, il y
a
une énergie à l'époque qui était absolument incroyable. Mon épouse et moi, on s'est dit,
l
'art est un des miroirs d'une société.
La
Chine est dans une transformation absolument incroyable
de
sa société. Essayons de découvrir à travers les yeux des artistes, comment cette société, puisque l'art est un miroir d'une société, comment cette société se métamorphose et aussi s'est miroitée
dans
l'art. Et puis, ça a été le début d'un parcours qui nous a amenés. Alors, c'est intéressant parce que
ça
a amené d'abord mes enfants à partir en Chine. Et pas à cause de ça. Ma fille est partie en Chine à cause de l'art, parce qu'elle a été très, très rapidement dans l'art. Dans le secteur. Et mon fils est parti en Chine parce qu'après ses études, il a voulu vivre en Chine. Mon fils parle quoi ? Mon chinois. Il avait appris à l'école asiatienne. Et ma fille aussi.
Et
donc, mes enfants partent en Chine. Ils ont vécu trois ans en Chine chacun.
Donc,
ça nous a amené en plus à...
Encore
développé...
Mais on avait quand même l'impression d'être Tintin au pied du milieu.
C
'est-à
-dire
que quand vous désirez de faire une collection qui concerne une culture qui n'est pas la vôtre, qui est à 10 000 kilomètres de là, vous ne parlez pas la langue, le marché est à peu près,
je
dirais, inconnu ou irrégulé ou inexistant. Du moins en Europe. En Europe. Ça ouvre quand même...
C
'est un peu un challenge.
Mais justement, alors de vos yeux de collectionneur, vous avez une visibilité de 20 ans de développement de l'art chinois sur la scène internationale. Comment est-ce que vous avez vu cette progression par où elle est passée ? Et aujourd'hui, justement, si vous pouvez faire les avant-après
? C
'est intéressant parce
que... D
'abord, quand on a commencé à collectionner l'art contemporain chinois, les gens nous ont dit, mais attendez, c'est quoi ?
La
Chine, c'est exotique. Pour eux, l'art contemporain chinois,
c
'était... On est dans l'exotisme. En
tout
cas, c'est quelque chose qui ne se connaissait pas. Qui ne se connaissait pas. Et franchement, ils nous disaient,
c
'est un marché, c'est une niche, c'est quoi
? Je
dis, vous savez, une niche, c'est un pays qui fait un milliard et demi d'habitants, qui a 3 millions de cultures, ce n
'est
pas tout à fait une niche, c'est une grosse niche. Bon. Et puis, petit à petit,
ça
a été extrêmement intéressant. Il y a eu
le
marché, comme d'habitude, qui
s
'est emparé de l'art contemporain chinois
à
partir de 2008.
Et
on a vu arriver des ventes.
Des
ventes à New York, des ventes, puis après, des ventes à Hong Kong.
Et
on a vu se monter
un
marché très spéculatif
sur
l'art contemporain chinois. Comme
il y a
d'autres marchés qui sont montés sur l'ultra contemporain à
un
moment. Enfin, on a eu cette impression que l'art contemporain devenait quelque chose qui attirait les foules,
parce
qu'il y avait un côté nouveau, un côté où on rêvait de ce qu'était la Chine.
Et
puis, très, très clairement, le soufflet est tombé.
Le
soufflet est tombé, pour deux raisons.
D
'abord, les relations entre,
je
dirais, l'Occident et la Chine,
c
'est « je t'aime, moi non plus
».
Pas seulement au niveau culturel, c'est au
niveau général. C
'est « je t'aime, moi non plus
». La
deuxième chose, c'est que, globalement aussi,
les
musées
n'étaient
pas prêts
à,
si je puis dire, rentrer dans une étude
de
l'histoire de l'art contemporain chinois. Déjà, ils ont du mal à prononcer les noms. Donc,
c
'était déjà une deuxième phrase.
La
troisième phrase, c'était aussi
que
la Chine bougeait,
avec
l'arrivée de Zenzhouping,
que
la scène artistique chinoise était en train de changer,
et
qu'elle était peut-être moins intéressante
pour
les Occidentes que ce qu'elle avait été.
En tout cas, aujourd'hui, elle a quand même une place très importante.
C
'est quand même une place de marché fondamentale.
Oui, mais vous savez, ce n
'est
pas une place de marché seulement.
Ce
qui est extraordinairement important, c'est là où il faut…
Je
crois qu'il faut apprendre à discerner
ce qui
est la valeur culturelle de la valeur
monétaire.
Et de plus en plus,
on
est passé d'une période où c'était la valeur monétaire
qui
avait le devant de la scène.
On
est en train de changer
nos
modes
de
fonctionnement, nos modes de pensée, nos modes même de consommation,
vers
des choses qui sont beaucoup
moins
liées au marché.
C'est-à
-dire
qu'est-ce qu'il
y aura
de la valeur sur la scène, si ce n
'est
pas une valeur pécuniaire ? Ce serait une valeur émotionnelle, de sens ? Vous savez,
pour
moi, je vais être peut-être très direct et trop direct.
Et
je mets toujours deux phrases, mais ce que je dis, ça me concerne à moi. Collectionner, c'est une façon élégante de brûler une fortune,
mais
collectionner permet à une personne ordinaire d'avoir une vie extraordinaire.
Alors,
une fois que vous avez su ça, c
'est
-à
-dire
que le marché
ne
vous permet pas de vous enrichir,
mais
vous permet de vous enrichir en tant que vie,
vous
faites un choix dans une collection
qui
n'est pas uniquement liée à un choix monétaire.
C'est là
où la collection devient quelque chose d'important.
Et
justement, vous avez ces choix, parce que votre collection, c'est à peu près 250-300 oeufs. Vous avez choisi d'apporter un petit renouvellement chaque année, justement pour la faire évoluer, mais de manière
pas
forcément grandiloquente. C'est toujours retravailler vraiment sur cette nouvelle oeuvre qui va rentrer dans la collection.
Vous
savez,
on
est passé par la case design. Dans la case design,
il
y a une phrase qui est très importante, c'est « less is more
».
Et vous savez, finalement, lorsque vous décidez
de...
Mais encore, c'est chacun ses propres règles. On n'a pas inventé
l
'étape de la loi de la collectionnite.
Mais on
s'est dit que globalement, ce qui était intéressant, ce n'était pas d'obtenir une collection comme quelque chose qui grandisse, mais quelque chose qui a plutôt
la
forme d'un bonsaï.
où
plus vous la taillez, plus vous lui donnez une forme forte,
une
forme cohérente.
Et
le plus important, c'est la taille.
Et
dans une collection, l'idée de faire rentrer des oeuvres, faire sortir des oeuvres,
vous
oblige à regarder la collection d'une façon totalement différente. C'est encore une...
Je
parlais justement en introduction de la manière dont vous mettez en avant... Vous utilisez le numérique pour mettre en avant votre collection. Justement, quel a été ce choix de moderniser tout cet ensemble pour la présenter aussi aux autres, qu
'elle
soit accessible, en fait
?
D'abord, comme vous dites, les jeunes générations veulent découvrir une nouvelle façon de partager. Vous savez, même les anciennes générations
ont
s'y été mis aussi un petit peu. Non. Ce qui nous a poussés à nous mettre dans le numérique, ce n
'est
pas le numérique pour le numérique. Globalement, on s'est retrouvés
devant un
dilemme.
On
voulait que cette collection devienne publique.
Parce
qu'on pensait que c'était intéressant de partager,
surtout
avec les Occidentaux, un petit peu ce qui se passait sur la Chine et passionnément au niveau du marché.
Mais
on ne voulait pas entrer dans le cycle du
musée
traditionnel. Parce que, d'abord, j'ai beaucoup de respect pour ceux qui ouvrent des musées. Ça nécessite beaucoup d
'engagement
et financier et personnel. Et je pense qu'il faut absolument les remercier. Quand vous ouvrez des musées en Chine ou ailleurs, il faut vraiment les remercier. Mais ce n'était pas notre histoire. Et 2005, c'est le début de YouTube.
Et
on s'est dit, pourquoi ne pas adopter
une
vision qui soit figitale
? Avec, au
début, un site Internet.
Mais
très, très vite, on est passé du site Internet à Second Life, Second Life à l'iPad, l'iPad à la VR, la VR au Metaverse. Metaverse, c
'est
l'intelligence artificielle et aux jeux vidéo.
Mais
surtout, ce qu'on s'est dit, on va faire un partage physique en prêtant les œuvres.
Et
on fera aussi un partage digital.
Il
ne nous reste que quelques secondes, justement, cette transmission, la vision que vous avez des jeunes qui collectionnent aujourd'hui. Vous remarquez quoi en 20 secondes ?
En 20
secondes, on a la chance d'avoir des jeunes qui, aujourd'hui, puisque la collection appartient
à
mes enfants et à moi, je pense que c'est extrêmement important d'avoir cette nouvelle vision d'une génération qui n'est absolument pas modelée comme nous
et
qui a une expérience dans l'art qui n'est pas forcément seulement l'expérience physique.
Je
pense qu'aujourd'hui, ce que l'art a besoin, c'est d'étendre ses
champs,
son audience, ses champs d'expérimentation. Et tout cela va passer aussi par le numérique.
Merci beaucoup, Sylvain Lévy. Je rappelle que vous êtes donc collectionneur, fondateur de DSL Collection, de vos initiales et de celles de votre épouse. Merci à vous toutes et tous de nous avoir suivis. C'était Arrémarché.