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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 7 février 2025 24 min

Droit du sol à Mayotte, défense européenne... Le 8h30 franceinfo de François-Xavier Bellamy

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
François-Xavier Bellamy

Bonjour François-Xavier Bellamy, hier la proposition de loi sur la restriction du droit du sol à Mayotte déposée par les députés LR a été adoptée à l'Assemblée Nationale, les deux parents doivent désormais être sur le sol français depuis au moins un an, avant c'était un seul des parents présent depuis au moins trois mois, la gauche s'y opposait mais vous avez eu le soutien du gouvernement, ça vous a surpris ?

0:23
Invité

Non, parce que le ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau qui vient lui aussi de nos rangs a été favorable évidemment à cette proposition, nous la portons depuis très longtemps, c'était une urgence vitale pour les Mahorais qui aujourd'hui vivent dans leur chair les conséquences d'une situation d'immigration irrégulière, incontrôlée, qui a déstabilisé toute la vie de Mayotte.

Pour ceux qui ne connaissent pas assez bien ce département français aujourd'hui, Mayotte c'est un territoire sur lequel les habitants sont soumis à des tours d'eau de manière quotidienne, bien avant le cyclone Chido, c'est un territoire sur lequel les enfants vont à l'école par demi-journée parce qu'il y a trop d'enfants pour qu'on puisse tous les scolariser.

C'est un territoire sur lequel on manque de tout et la reconstruction qui est en cours aujourd'hui, évidemment elle suppose qu'on commence par mettre fin à cette immigration irrégulière et la proposition qui était portée par les députés et les républicains, elle était absolument nécessaire pour sortir notamment de cet appel d'air que constitue le fait que le droit du sol était pour beaucoup aux Comores l'occasion d'aller garantir à son enfant la naturalisation française en accouchant à Mayotte. C'est la première maternité d'Europe Mayotte, la première d'une naissance par an.

1:35
François-Xavier Bellamy

La gauche vous accuse de vouloir faire de Mayotte un laboratoire pour ensuite étendre cette restriction du droit du sol à toute la France. D'ailleurs Gérald Darmanin l'a dit hier, il veut ouvrir ce débat, c'est ce que vous souhaitez vous aussi ?

1:46
Invité

Mais oui, là encore on le dit depuis longtemps, mais écoutez la gauche montre à quel point elle se moque de la souffrance des gens, elle se moque de la souffrance des français les plus modestes, les plus vulnérables. Allez parler aux Mahorais, aux Mahoraises, allez écouter ce qu'ils vous disent de leur vie de tous les jours. L'immigration illégale qui est aujourd'hui la manière par laquelle le dictateur comorien M. Azali utilise en réalité une espèce de situation de crise permanente qui l'impose à ce département français, le punit d'avoir voulu rester français, et bien cette situation d'immigration illégale, elle est aujourd'hui un drame quotidien pour les français les plus modestes.

À Mayotte, c'est ce que vivent les Mahorais, c'est ce que vivent tous les français, et la gauche refuse d'écouter ces français qui souffrent.

2:31
Présentateur

La question est d'en faire un laboratoire pour le reste de la France. Est-ce que clairement vous voulez déroger au droit du sol, désormais sur le territoire métropolitain ?

2:48
Invité

Oui, moi j'assume de le dire, je pense que le droit du sol, aujourd'hui, dans la situation migratoire que nous vivons, le droit du sol n'est pas tenable. Mais c'est d'ailleurs en réalité une situation, la France, qui est singulière en Europe. Tous les pays européens n'ont pas le droit du sol, ça n'empêche pas que ce sont de grandes démocraties et des pays qui respectent les droits de l'homme. Vous parlez d'immigration... Je veux juste revenir sur un mot que vous avez envoyé. Madame, Mayotte n'est pas un laboratoire. Mayotte, c'est un endroit, c'est un territoire de notre gauche.

Oui, mais je les reprends à dessein parce que je suis absolument révolté de la manière avec laquelle les élus de gauche méprisent, je le redis, la souffrance des Mahorais et la souffrance des français.

3:27
Présentateur

Quand vous parlez d'immigration incontrôlée, les chiffres ne disent pas tout à fait ça. Selon l'INSEE, la part des immigrants en France est passée de 7,4% en 1990 à 10,7% en 2023 en 33 ans. C'est quand même très loin d'être une hausse spectaculaire.

3:44
Invité

Mais c'est parce qu'on intègre toutes les naturalisations. C'est parce que par définition, des gens arrivent qui deviennent français par le droit du sol qu'on évoquait à l'instant. La difficulté, c'est que...

3:53
Présentateur

Aujourd'hui, une personne née en France de parents étrangers est automatiquement française à 18 ans après 5 ans de résidence.

4:00
Invité

Donc elle n'est plus comptée dans la population immigrée en France. Mais moi, je vais vous raconter, madame, ce que j'ai vécu comme professeur, ce que vivent tant de gens qui aujourd'hui sont au contact de cette réalité de l'immigration qui a déstabilisé notre pays. Vous avez dans notre pays des dizaines de milliers de jeunes qui grandissent et qui n'ont pas reçu les conditions nécessaires pour se sentir vraiment appartenir à la France. Et dans cette situation-là, dans cette situation de fracture profonde qui traverse la société, mais comment ne pas le voir ? Dans cette situation, l'urgence, c'est de mettre fin à ces flux. Or, ils sont restés massifs l'année dernière.

4:33
Présentateur

Massifs ? Aujourd'hui, il y a 5,6 millions d'étrangers en France sur près de 69 millions de Français.

4:38
Invité

L'année dernière, nous avons...

4:40
Présentateur

Ces chiffres, ce n'est pas non plus spectaculaire.

4:41
Invité

L'année dernière, nous avons accueilli sur le sol français un nombre record d'étrangers. Record. On n'avait jamais délivré autant de titres de séjour que l'an dernier. Et c'était déjà le cas. Le record est battu par rapport à des années précédentes qui étaient déjà des années majeures. Et donc, évidemment, ça pose un problème manifeste pour reconstruire l'unité d'un pays. Parce que c'est ça, le défi aujourd'hui. C'est faire en sorte que nous soyons capables de reconstruire l'unité de la communauté nationale. Or, le problème, je le redis...

5:08
François-Xavier Bellamy

L'unité peut se créer dans la diversité aussi.

5:11
Invité

Mais la diversité, vous savez, aujourd'hui, est-ce qu'elle existe vraiment ? Quand, en réalité, dans des quartiers de notre pays, vous avez, je le répète, une majorité écrasante de jeunes. Je le redis comme professeurs. Qui sont issus de cette immigration récente. Et à qui nous n'avons pas transmis les conditions essentielles pour devenir vraiment français.

5:28
François-Xavier Bellamy

Mais vous savez aussi que ces immigrés, ils travaillent dans des métiers, dans des secteurs en tension. On les a listés ici régulièrement. Le BTP, la restauration, le nettoyage. La France a besoin de cette main d'oeuvre-là aussi.

5:38
Invité

C'est là où, de manière extraordinaire, les belles intentions qui sont proclamées par la gauche deviennent en réalité le masque des calculs cyniques. Et notamment des calculs économiques. Qu'ils déguisent, en réalité. Est-ce que vous croyez que c'est normal qu'on assume de justifier la situation d'impuissance migratoire dans laquelle nous nous trouvons par le fait que nous confions à des gens qui viennent du bout du monde des métiers que, soi-disant, nous ne voulons plus faire ou que nous ne pouvons plus faire ? Est-ce que c'est normal, par exemple, que la France ne forme pas ses propres médecins ? Qu'elle décourage des vocations médicales par le numerus clausus ?

Que nous n'ayons plus assez de médecins et qu'ensuite nous allions chercher, par exemple, sur le continent africain, les médecins qui vont venir soigner nos propres patients.

6:19
Présentateur

Vous savez très bien qu'il y a des Français, il y a des métiers qu'ils ne veulent plus faire. Le nettoyage, le BTP, les soins, il n'y a pas assez de monde.

6:31
Invité

Et donc, Madame, on va chercher...

6:32
Présentateur

Mais donc, ce sont des gens qui travaillent.

6:34
Invité

Mais en fait, vous êtes en train d'expliquer qu'on va réhabiliter l'esclavage, en fait. Il y a des métiers... Pas du tout. Vous avez dit, pardon, je vous rappelle ce que vous venez de dire. Il y a des métiers que les Français...

6:44
Présentateur

On peut dire que c'est une immigration économique.

6:45
Invité

Il y a des métiers que les Français ne veulent plus faire. Ça voudrait dire qu'il y aurait des métiers qui seraient...

6:49
Présentateur

S'ils sont en tension, de fait, oui, ça veut dire qu'on ne trouve plus la main-d'oeuvre.

6:53
Invité

Non, mais ça voudrait dire qu'il y aurait des métiers qui seraient indignes des Français. Non, je ne dis pas ça du tout. Mais il faudrait aller chercher des gens ailleurs pour les faire.

6:59
Présentateur

Je dis juste qu'il y a des métiers que les Français ne veulent plus faire.

7:02
Invité

On a un problème de marché du travail. Mais le problème du marché du travail, ça ne se résout pas forcément en allant chercher à l'extérieur de nos frontières des gens pour travailler à notre place.

7:10
François-Xavier Bellamy

On n'est pas forcément allé les chercher. Ils sont arrivés en France, on leur a donné un travail et certains ont envie de rester en France pour vivre, tout simplement.

7:16
Invité

Les problèmes de notre marché du travail, ils se résoudront d'abord par le fait que nous retrouverons le sens de la valeur du travail, que nous arriverons à mieux payer ceux qui travaillent. Ça veut dire faire baisser enfin les charges qui pèsent sur le travail, qu'on arrivera à rendre du salaire à ceux qui bossent et qui font vivre notre pays. Pourquoi est-ce que les gens ont effectivement aujourd'hui du mal à recruter dans des secteurs entiers ? Parce que quand vous êtes dans le pays où le travail est le plus chargé d'Europe, quand vous êtes dans le pays où les charges sociales sont les plus lourdes de l'OCDE, évidemment que c'est difficile de rendre vos métiers attractifs.

Ça, ça fait partie du problème. Quand vous êtes dans le pays des 35 heures, le pays qui a collectivement d'une certaine manière renoncer au travail, un pays dans lequel il est parfois plus facile de s'en sortir par d'autres moyens que par le travail normal rémunéré dans un cadre légal, eh bien évidemment qu'on fait d'énormes problèmes sur le marché du travail. Mais la solution ne sera pas l'immigration. Et la meilleure preuve de ça, je vais vous dire, c'est que ça fait des années qu'on accueille des dizaines de milliers et maintenant des centaines de milliers d'étrangers sur le sol français chaque année. Ça, c'est l'immigration légale.

Ça fait des années que des dizaines de milliers de personnes rentrent illégalement sur le sol français. Et malgré ces arrivées massives, nous avons toujours des problèmes de tension sur le marché du travail. Vous voyez bien que ce n'est pas la solution.

8:31
Présentateur

Ça vous a étonné d'entendre parler, François Bayrou, de sentiments de submersion venant de sa part.

8:39
Invité

Mais ce qui est étonnant, c'est que ça étonne des gens. Mais enfin, mais est-ce que vous parlez aux Français ? Et moi, j'ai envie de demander à ces élus de gauche qui s'indignaient hier de cette proposition de loi sur Mayotte. Depuis quand avez-vous été à Mayotte ? Quand est-ce que vous avez parlé aux Mahorais, aux Mahoraises, qui sont bien sûr des Français ? Est-ce que, moi, ce que je trouve sidérant, c'est qu'on en soit encore à ce déni de réalité qui, je le répète, est infiniment coupable parce qu'il laisse dans la souffrance des milliers de Français qui, aujourd'hui, sont en première ligne dans la réalité des conséquences de ce chaos migratoire ?

9:19
Présentateur

Hier, le tribunal administratif de Melun a annulé l'obligation de quitter le territoire français de l'influenceur algérien Doualem. Il avait été expulsé, je le rappelle, le 9 janvier vers l'Algérie, qu'il avait aussitôt renvoyé à Paris où il était depuis placé en centre des rentations. Il devrait donc être remis en liberté. Pour vous, c'est quoi ? C'est un camouflet pour Bruno Retailleau, le ministre de l'Intérieur ?

9:45
Invité

Non, c'est un révélateur de la situation actuelle de la France, d'une situation d'impuissance.

9:52
Présentateur

L'impuissance de l'État français qui prend des décisions qui ne sont pas suivies des faits ?

9:56
Invité

Et d'abord, d'une impuissance qui est aussi l'occasion, Bruno Retailleau l'a dit en ses termes, d'une forme d'humiliation sur la scène internationale. Parce que l'État qui se comporte comme un hors-la-loi dans cette affaire, c'est l'Algérie. L'Algérie refuse de reprendre l'un de ses ressortissants qui est identifié comme tel par un passeport biométrique. Elle déroge en cela, elle transgresse les conventions internationales les plus fondamentales qui stipulent que vous avez le devoir de recevoir vos ressortissants. C'est un devoir international. Et la justice française, par sa jurisprudence, bien plus d'ailleurs que par la loi, la justice française donne raison à cet État voyou aujourd'hui.

Et je crois que cette situation, elle montre à quel point nous avons devant nous le chantier majeur de la reconstruction d'un droit, d'une loi française qui permettra de garantir nos principes fondamentaux. De qui parle-t-on en fait dans cette affaire ? Il faut quand même le rappeler. On parle d'une personne, cet influenceur que vous évoquiez, qui a été condamnée à plusieurs reprises sur le sol français, après y être rentrée illégalement, qui a ensuite régularisé sa situation, mais qui a commencé par violer nos lois et nos frontières. Mais justement, c'est un cas d'école.

11:06
Présentateur

Bruno Retailleau, il dit avec lui, plus fort que fort, la fermeté, l'autorité, ben non en fait.

11:12
Invité

Oui, c'est un révélateur. C'est le révélateur du fait qu'aujourd'hui, la volonté politique devra nécessairement se traduire par une transformation de nos lois, pour retrouver la capacité d'agir sur le sujet migratoire.

11:26
Présentateur

Il faut bouger sur quoi ?

11:27
Invité

Il faut évidemment rompre avec ces années de jurisprudence qui ont interprété le droit dans le sens de cette impuissance publique. Moi, je ne condamne pas la Cour qui rend cette décision, elle ne fait qu'appliquer cette jurisprudence. Mais ça montre qu'en bonne démocratie, la loi, c'est ce qui est le résultat de la volonté du peuple, il faudra que l'alternance, et nous ne croyons pas, et Bruno Retailleau le premier, que nous soyons aujourd'hui dans une situation d'alternance.

Nous n'avons pas encore à droite une majorité pour changer la loi, mais il faudra que cette majorité se construise pour que, comme les députés LR l'ont fait hier sur Mayotte, on puisse, pour toute la France demain, retrouver la capacité d'agir sur le sujet migratoire.

12:05
François-Xavier Bellamy

Est-ce que cette décision ne montre pas aussi un peu de précipitation, de communication pour montrer les bras très clairement face à l'Algérie ?

12:11
Invité

Bien sûr que non, et moi je remercie Bruno Retailleau d'avoir décidé d'expulser cet influenceur. Il fallait le faire. La volonté politique ne doit pas abdiquer devant l'impuissance. Et moi je crois que pour une fois, on a un ministre de l'Intérieur qui refuse de se résigner, il a évidemment le soutien de tous les parlementaires de notre famille politique, et moi je voudrais lui dire ma reconnaissance, parce qu'aujourd'hui il fait la démonstration qu'on peut reprendre le cap de principes clairs. Ce sont ces principes que les Français attendent sur la question migratoire. Le 8.30 France Info, Alix Bouillaguet, Benjamin Fontaine.

12:47
Présentateur

Nous sommes toujours avec François-Xavier Bellamy, député européen, chef de file Les Républicains au Parlement européen. Laurent Wauquiez a annoncé avant l'été un congrès dit de la refondation avec un nouveau président. Sauf que vous n'êtes déjà pas d'accord sur la date. Bruno Retailleau, Michel Barnier plaident pour un congrès très rapide, quasiment fin mars. Laurent Wauquiez, lui, veut du temps, ça commence quand même pas très bien cette refondation.

13:13
Invité

Non, c'est écoutez des détails absolument sans importance d'organisation.

13:18
Présentateur

Vous, vous voulez aller vite plutôt ? Vous êtes dans quel camp ?

13:21
Invité

Moi je pense que oui, ce congrès il est nécessaire parce que d'abord nous devons redonner un président, une présidente à notre famille politique. Nous devons pouvoir reconstruire. La droite aujourd'hui traverse une crise profonde et cette crise elle est inquiétante pour le pays parce que je crois que la France a plus que jamais besoin d'une famille politique de droite qui assume des convictions claires et qui de manière courageuse, sérieuse, solide se reconstruise. C'est cette droite là qui aujourd'hui gagne partout en Europe. J'étais hier en Suède, à Stockholm où une tuerie terrible a eu lieu.

Nous voyons que l'insécurité gagne partout dans nos pays, c'est un sujet de préoccupation pour tous les Européens et en Suède comme dans bien d'autres pays, c'est la droite aujourd'hui qui revient aux responsabilités pour résoudre ces problèmes. On a besoin que ce soit le cas en France aussi.

14:06
Présentateur

Il y a plein de choses qui vont être tranchées, vous voulez changer le nom du parti, retrouver un président, mais pourquoi est-ce que vous ne tranchez pas l'essentiel, c'est-à-dire la question de la sélection du candidat à la présidentielle, c'est dans deux ans et demi.

14:18
Invité

Parce que c'est dans deux ans et demi.

14:19
Présentateur

Mais attendez, vous savez très bien que, surtout à droite, le patron, le leader, c'est extrêmement important, c'est ça qui règle souvent beaucoup de choses.

14:32
Invité

Mais bien sûr, il faut un patron, c'est pour ça qu'on a besoin d'avoir un président pour que ce parti se reconstruise.

14:36
Présentateur

Ce que vous nous dites, c'est que le président du parti sera forcément le candidat à la présidentielle ?

14:40
Invité

Nécessairement. Mais vous savez, avant 2027, il va y avoir bien d'autres rendez-vous importants. Il va y avoir les élections municipales de 2026 qui vont être fondamentales. Il y aura peut-être des élections législatives anticipées, personne ne peut l'exclure. Il y aura peut-être des scrutins référendaires. On parle de tout ça aujourd'hui. Et donc, il va falloir mener des campagnes, il va falloir s'engager, il va falloir agir tous les jours et reconstruire ce parti politique pour qu'il soit près de main à porter un candidat à l'élection présidentielle. Mais pour l'instant, vous voulez une primaire, vous ? Ça n'est évidemment pas de trancher la question du candidat à la présidentielle.

15:12
Présentateur

Mais vous voulez une primaire sur le principe ?

15:14
Invité

Mais encore une fois, 2026, c'est en 2027. Pour l'instant, occupions-nous de 2025. Les Français, vous savez... Mais vous avez des envies quand même sur la gestion du parti. Vous voulez une primaire ou pas ? La primaire, ça viendra en son temps. Aujourd'hui, il faut qu'on ait un président à la tête de ce parti.

15:28
François-Xavier Bellamy

Et donc, président Bruno Retailleau ou Laurent Wauquiez ? Eh bien, on verra qui sera candidat.

15:31
Invité

Vous avez une préférence ? Moi, ce que j'aime, c'est quand, comme hier, on montre le moment de réussite collective. Bruno Retailleau, ministre de l'Intérieur, Laurent Wauquiez, patron du groupe des députés Les Républicains. C'est avec cette équipe-là qu'on a réussi à faire en sorte d'apporter la solution concrète que l'on aurait attendu depuis si longtemps. Je crois que ce dont on a besoin, c'est de retrouver le sens du collectif parce que pendant trop longtemps, la droite s'est abîmée dans des divisions inutiles. Aujourd'hui, nous avons une immense responsabilité.

15:58
François-Xavier Bellamy

Oui, vous ne voulez pas vous prononcer, clairement. François-Xavier Bédani.

16:01
Invité

Mais je ne sais même pas qui sera candidat. On voit bien les gens se dessiner.

16:04
Présentateur

Vous voyez bien ce qu'ils se dessinent, quand même. On voit bien que depuis quelques mois, Bruno Retailleau, il marque l'opinion publique. Il fait des percées dans les baromètres de popularité. Est-ce que ça peut être le champion de la droite pour 2027 ?

16:16
Invité

Laurent Wauquiez, d'ailleurs, le premier l'a dit.

16:18
Présentateur

Mais Laurent Wauquiez, il n'émerge pas, lui, dans les baromètres. Il est toujours aux abonnés absents.

16:23
Invité

Laurent Wauquiez fait un travail décisif comme patron de notre groupe à l'Assemblée nationale. Et je crois qu'aujourd'hui, encore une fois, on l'a vu hier, ce groupe joue un rôle clé pour faire en sorte que les deux ans qui viennent ne soient pas des années perdues pour le pays. Pour faire en sorte qu'on puisse avancer concrètement, même si ça n'est pas encore une alternance, même si nous n'avons pas encore de majorité, avancer sur des sujets fondamentaux.

16:45
Présentateur

Vous ne voulez pas trancher ? On sent que Laurent Wauquiez a votre préférence.

16:53
Invité

Écoutez, je vous le répète, je ne sais pas qui sont les candidats, je ne sais pas comment les choses vont s'organiser. Vous êtes peut-être mieux informé que moi, mais nous avions cette semaine un bureau politique, nous nous sommes tous retrouvés. Et moi, ce que je peux vous dire, c'est que nous avons tous conscience de notre immense responsabilité. Nous savons qu'aujourd'hui, si la France peut trouver une alternance qui lui permettra de se reconstruire demain, ce ne peut être que par la droite, que par la reconstruction d'une famille politique qui assume cet héritage politique, mais qui se renouvelle pour retrouver la confiance des Français.

Vous ne vous mouillez pas sur cette question, pour l'instant, François-Xavier. On a compris.

17:27
François-Xavier Bellamy

On va avancer, du coup. Donald Trump a sidéré encore tout le monde cette semaine en souhaitant prendre le contrôle de la bande de Gaza pour la transformer en Côte d'Azur au Moyen-Orient. Vous dites, vous, comme Dominique de Villepin, que ces déclarations sont fantasques, irréalistes, mais aussi dangereuses ?

17:43
Invité

Moi, je suis très préoccupé de la situation. On voyait le moment où le cessez-le-feu allait permettre de garantir ce qui est l'urgence absolue, l'urgence humanitaire. La fin de ces combats qui mettent en danger tant de civils à Gaza et surtout la libération des otages israéliens qui sont encore retenus depuis le 7 octobre 2023. Et il me semble qu'aujourd'hui, malheureusement, ces déclarations vont contribuer à rendre cette perspective beaucoup plus compliquée. Je me suis, et d'ailleurs, je suis frappé de voir que ceux qui s'opposent le plus fermement à ces déclarations du président Trump n'avaient pas dit un mot.

Pour ma part, je me suis révolté et j'ai alerté sur le déplacement massif des civils arméniens du Haut-Karabakh, sur le maintien indéfini des réfugiés syriens au Liban. Je crois qu'on ne résout pas une crise internationale par des déplacements forcés de populations qui sont à la fois contraires aux droits internationaux et qui sont contraires aux droits fondamentaux des personnes dont nous parlons. Les individus ne sont pas des atomes indifférenciés qu'on pourrait déplacer d'un endroit à l'autre. Et c'est aussi ce qui fait le désaccord que j'ai avec beaucoup d'élus de gauche sur les questions migratoires.

Mais aujourd'hui, il faut qu'on arrive à trouver un scénario crédible pour la fin de ce conflit. Et la première urgence pour cela, c'est d'abord, et c'est ce que ne disent pas beaucoup de ceux qui s'indignent des propos de Donald Trump, c'est d'abord la disparition du Hamas. Parce que le Hamas est une organisation terroriste qui a pris le contrôle de Gaza et c'est cette organisation terroriste qui est au cœur du problème de toute la région aujourd'hui.

19:25
Présentateur

C'est quand même le président américain qui parle. Cette idée, elle ne vient pas de nulle part parce qu'en plus, il lisait un discours. Ça veut dire que ses pensées, hier, il a même précisé sa pensée en expliquant que Gaza pourrait être remise aux États-Unis par Israël au terme des combats. Les Gazaouis, donc, redéployés dans la région. Quel est, à votre avis, son véritable objectif ?

19:47
Invité

Vous savez, je crois qu'on le voit aujourd'hui, d'ailleurs, sur d'autres sujets. Le président Trump a une technique de négociation assez singulière qui fait qu'il rentre dans un débat avec des annonces fracassantes. Ça ne veut pas nécessairement dire que ce soit le point d'arrivée auquel il se prépare.

20:05
Présentateur

La question du véritable objectif.

20:07
Invité

Mais vous savez, d'une certaine manière, le vrai sujet pour nous, comme responsables politiques en France, en Europe, ça n'est pas d'abord de commenter ce que font les États-Unis. Ce serait d'abord de retrouver les leviers pour agir nous-mêmes. Et il me semble que l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, son retour, sont un signe du réveil indispensable qui attend l'Europe. C'est comme ça qu'il faut recevoir le moment que nous vivons. Aujourd'hui, l'Europe est méprisée. Aujourd'hui, l'Europe est impuissante. Aujourd'hui, l'Europe est faible. Et pourquoi ? Parce qu'elle a perdu les moyens d'agir et elle a perdu la maîtrise de son destin.

Toute la campagne européenne que j'ai conduite il y a quelques mois était concentrée sur cette nécessité. Il faut retrouver la maîtrise de notre destin. Et ça, ça suppose de retrouver les moyens d'agir pour notre propre défense.

20:53
Présentateur

Ça veut dire que Ursula von der Leyen, la patronne de la Commission européenne, ne fait pas le boulot ?

20:57
Invité

En tous les cas, les cinq dernières années ont été, et j'ai été dans l'opposition à la plupart des textes qui auront été adoptés, notamment sur les questions environnementales. Lorsqu'on a décidé d'opter pour un agenda de décroissance, on ne peut pas s'étonner qu'on récolte cette fragilité, y compris géopolitique, dont on hérite aujourd'hui. En 2008, avant la crise financière que les Etats-Unis ont déclenché, en 2008, le PIB européen était légèrement supérieur au PIB américain. Aujourd'hui, nous sommes 80% en dessous des Etats-Unis.

Cette faiblesse dans notre prospérité, la faiblesse de nos entreprises, l'agenda réglementaire intenable que nous leur avons imposé, l'asphyxie qui paralyse tous ceux qui produisent en Europe, tout cela, aujourd'hui, et je le dénonce depuis des années, Tout cela fait que, en effet, nous avons perdu les moyens d'agir, y compris sur le plan international.

21:43
Présentateur

Si Donald Trump veut relever les droits de douane de l'Union européenne, l'Union européenne doit répondre œil pour œil, dents pour dents ?

21:50
Invité

Mais aujourd'hui, elle ne le peut pas. Pourquoi est-ce que les Européens sont si silencieux ? Parce que, notamment, ils ont fait depuis très longtemps reposer leur défense sur leur alliance avec les Etats-Unis. Pourquoi elle ne peut pas ?

22:00
Présentateur

Elle peut très bien décider sur certains secteurs de faire pareil, de relever aussi les droits de douane sur les exportations américaines.

22:07
Invité

Moi, je travaille tous les jours à Bruxelles, à Strasbourg, avec des élus de tous les pays européens. Aujourd'hui, la plupart d'entre eux se disent, que se passera-t-il si demain, Donald Trump décide de quitter l'OTAN, de quitter l'Alliance Atlantique ? S'il retire la protection américaine en matière militaire à l'Europe ? Que se passera-t-il ? Nous serons totalement démunis. Nous n'avons pas les moyens de nous défendre nous-mêmes. Et donc, on fait quoi ? Moi, ce que je dis aux Européens, c'est que c'est le moment d'assumer, de reconstruire notre capacité de garantir notre propre sécurité.

Et ça veut dire que nous puissions donner de main à nos forces armées nationales, je ne crois pas du tout à une armée européenne, à une défense européenne, mais que nous redonnions à nos armées nationales les moyens de leur mission. Ça veut dire qu'on crée un programme en commun où chaque pays individuellement doit...

22:52
Présentateur

Mais c'est des centaines de milliards, ça !

22:54
Invité

Bien sûr ! Mais c'est un effort immense !

22:56
Présentateur

Mais qui veut faire cet effort immense ?

22:57
Invité

Mais c'est aussi, à travers cette industrie de défense, de l'emploi, de la propriété...

23:00
Présentateur

Donald Trump, il ne dit pas autre chose, il dit dépensez plus pour votre défense.

23:04
Invité

Oui, mais le point de désaccord que nous aurons avec lui, et qu'il faudra affronter, c'est qu'il dit dépensez plus chez nous, en achetant américains. L'an dernier, les Européens ont acheté 78% de leurs armements à l'étranger.

23:13
Présentateur

Oui, il y a un manque de solidarité des pays européens entre eux, il y en a effectivement, qui achètent aux Etats-Unis, déjà peut-être commencer par acheter groupé...

23:21
Invité

Mais ce n'est pas tant un manque de solidarité que le pari qui a été fait depuis longtemps, le pari de la dépendance. Le pari des Européens, pendant longtemps, ça a été la dépendance à l'égard de la Russie pour l'énergie, la dépendance à l'égard de la Chine pour le commerce, la dépendance à l'égard des Etats-Unis pour la sécurité. Et on achetait américains, en tous les cas, beaucoup de pays européens, mais nous-mêmes d'ailleurs, Français, nous nous faisons croire que nous sommes totalement indépendants.

Mais la vérité, c'est que notre armée, aujourd'hui, malgré son courage, malgré son engagement, elle n'aurait pas les moyens d'affronter un conflit de haute intensité comme celui qui se vit aujourd'hui sur le sol européen en Ukraine. Et donc, la vraie question, c'est comment est-ce qu'on fait en sorte de mettre en effet les moyens qu'il faut pour que nous soyons capables de reconstruire une industrie de défense dans nos pays... Et ça passe par quoi, très rapidement ? Ça passe par le programme EDIP, par exemple, dont je suis rapporteur, un programme pour une industrie de défense européenne.

Et moi, je veux mener ce combat qui va être très rude dans les institutions européennes pour que ce soit l'occasion de regagner dans la souveraineté de nos pays et dans l'autonomie de l'Europe pour sa propre défense, plutôt que d'alimenter nos dépendances, ce qui va être la grande tentation des Européens. C'est à cette tentation qu'il faut mettre fin aujourd'hui.

24:25
François-Xavier Bellamy

Merci, François-Xavier. Merci à vous. Bien-invité du 830 France Info. Merci, Alix.

Droit du sol à Mayotte, défense européenne... Le 8h30 franceinfo de François-Xavier Bellamy — François-Xavier Bellamy · Pourquijevote