Sonia Backès : "Le phénomène sectaire a énormément évolué, et on ne le mesure pas encore bien"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:13OuverteRéponse directe
Pour la première fois en France, les sectes font l'objet d'assises nationales.
- 0:24OuverteRéponse directe
C'est vous qui gérez ce dossier au gouvernement et qui allez ouvrir ces assises ce matin.
- 0:32OuverteRéponse directe
Maintenant, c'est le moment de l'action ?
- 1:32OuverteRéponse directe
4 000 signalements, 140 000 victimes. Comment favoriser les signalements et aider ces personnes ?
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Si vous aviez tous les moyens possibles, qu'est-ce que vous auriez envie de mettre en place pour développer cette prévention ?
- 4:25OuverteRéponse directe
Pour aider les personnes déjà sous emprise, on fait comment ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Il y a 140 000 personnes qui sont victimes de dérives sectaires, d'après l'Office central contre la répression des violences aux personnes. »
- 1:57Invité politiqueChiffre
« C'est sans doute dans le rapport qui avait été fait au Sénat, autour de 500 000 il y a quelques années. »
- 6:35Invité politiqueFait
« On a eu un gourou qui se faisait appeler Zeus qui a été condamné à 18 ans de prison. »
- 6:07Invité politiqueFait
« Il y a une loi qui est la loi Abou Picard qui a été prise en 2021 qui en fait qualifie le phénomène d'emprise finalement. »
Temps de parole
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Il est 6h20. Pour la première fois en France, les sectes font l'objet d'assises nationales. Deux jours de discussion organisées aujourd'hui et demain au ministère de l'Intérieur. Bonjour Sonia Bacchès. Vous êtes la secrétaire d'Etat chargée de la Citoyenneté. C'est vous qui gérez ce dossier au gouvernement et qui allez ouvrir ces assises ce matin. On vous avait reçu en novembre dernier, au moment où la Mivilu de l'organisme anti-secte du gouvernement publiait ses derniers chiffres sur les dérives sectaires, chiffres en hausse.
Maintenant, c'est le moment de l'action ? Oui, c'est ça. On a eu une grosse alerte avec ces chiffres que j'ai eu l'occasion d'évoquer. Une explosion du nombre de signalements. Et donc maintenant, la question, c'est qu'est-ce qu'on doit faire ? C'est deux journées d'assises. C'est une première journée pour avoir un état des lieux précis. Quelle est la situation ? On sait très bien que ces signalements, c'est sans doute la partie émergée de l'iceberg. Donc comment on fait pour avoir un état des lieux le plus précis possible ? Première journée, puis deuxième journée. Maintenant, quel plan d'action on met en place ? Mais on a besoin de ces assises ? Le constat, il n'est pas connu déjà ?
Oui, on a besoin de ces assises parce qu'en fait, le phénomène sectaire a énormément évolué. Et on ne le mesure pas encore bien. On voit bien qu'il y a des nouvelles pratiques, avec notamment toutes les pratiques alternatives en matière de santé qui ont explosé suite au Covid. On le subodore, on le voit, on commence à voir quelques signalements. Mais on voit bien que, vous savez, les signalements à la mi-vilude, c'est un formulaire à remplir sur Internet. Donc on sait bien qu'on ne voit pas tout avec ces signalements-là. Et donc on a besoin d'avoir un état des lieux précis.
Alors justement, des signalements, il y en a eu 4 000 en 2021, en hausse de 33% en un an. Il y a 140 000 personnes qui sont victimes de dérives sectaires, d'après l'Office central contre la répression des violences aux personnes. 4 000 signalements, 140 000 victimes. Comment on fait pour favoriser les signalements et pour aider ces personnes ? Parce qu'il y a deux choses à régler.
Alors en fait, vous annoncez un nombre de victimes connu. On imagine que c'est beaucoup plus. C'est sans doute dans le rapport qui avait été fait au Sénat, autour de 500 000 il y a quelques années. Donc aujourd'hui, on est sans doute à bien plus. Quand on regarde dans nos entourages respectifs, souvent on connaît quelqu'un qui... Donc c'est quand même extrêmement inquiétant. Et donc, on voit bien qu'on n'a pas de visibilité. Parce qu'en fait, aujourd'hui, si vous avez quelqu'un de votre entourage qui est touché, vous ne savez pas exactement quoi faire. Et c'est ça la réponse qu'on doit apporter. En fait, il y a plusieurs parties.
Je crois que d'abord, quand on est rentré dans une organisation à caractère sectaire, c'est très difficile d'en sortir. Donc il faut qu'on essaye d'agir le plus possible en amont. Comment on fait pour que les victimes potentielles se disent, au moment où on leur promet un miracle, où on leur promet finalement de régler tous leurs problèmes, comment on se dit, non, il faut que je sois vigilant, il faut que je fasse attention, est-ce que ce n'est pas un charlatan, est-ce que ce n'est pas un gourou ?
Donc le premier objectif, c'est la prévention.
Et je crois que c'est sans doute le plus gros travail qu'on a à faire. Aujourd'hui, ce n'est pas normal que, dès qu'on voit une vidéo sur Internet nous promettant la guérison, nous promettant ça ou...
Et donc si vous aviez tous les moyens possibles, qu'est-ce que vous auriez envie de mettre en place justement pour développer cette prévention contre les sectes ?
Plein de choses. Alors d'abord, ça passe par la communication. Et d'ailleurs, je vous remercie d'abord de traiter le sujet à deux reprises et de continuer à le traiter. La communication, en quel sens ? Dans le sens où, quand on voit une vidéo comme ça, ou une annonce comme ça, on se dit « Ah bah tiens, j'ai vu à la télé, à la radio, j'ai entendu une victime dire qu'elle s'était fait avoir dans quelque chose de similaire. » Et là, il y a quelque chose qui se déclenche et qui dit « On est vigilant ». Ça, c'est évidemment la première chose. Ça veut dire que vous allez développer une campagne de communication ?
Ça fait partie des propositions qu'on fera demain puisque c'est l'objectif du plan d'action de dérouler ces actions. Il y a autre chose aussi, c'est l'éducation à l'information. Aujourd'hui, malheureusement, toute une génération un peu plus jeune que moi qui, finalement, regarde l'information quasiment exclusivement sur les réseaux sociaux et arrive de la même manière des informations vérifiées de médias traditionnels et puis n'importe quelle communication de n'importe qui. et je pense qu'il manque une éducation à l'information sans doute au niveau scolaire, au niveau éducatif. Comment on fait pour avoir une vigilance ? Enfin, il y a énormément de choses à faire en termes de confiance.
Ça veut dire qu'il faut aussi former davantage ? Oui, il faut former davantage.
Communiquer, former et donc pour aider les personnes qui sont malheureusement déjà sous emprise. On fait comment ? Il était question de créer un numéro vert pour recueillir les signalements. Est-ce que ça va être fait ?
Vous savez, les numéros verts, ce n'est pas la solution magique à tout mais là, en l'occurrence... Mais c'est plus simple que de... Vous le disiez tout à l'heure, Il faut faire les signalements, il faut un formulaire, c'est compliqué. C'est très compliqué. Il faut quand même... Quand on voit, et encore une fois, j'ai vu comment ça se passait, quand on a quelqu'un de son entourage qui est concerné, on est complètement démuni. On ne sait pas quoi faire. Je fais une petite parenthèse. Vous dites que vous étiez concerné parce que votre maman... Oui, j'ai ma maman qui était dedans et c'est vrai qu'on est complètement démuni. Donc là, l'idée, c'est comment on alerte, finalement.
Donc il y a effectivement... On va sans doute mettre en place, on va proposer de mettre en place, en lien avec France Victime, qui gère déjà d'autres victimes, une capacité d'alerte par un numéro. Mais c'est aussi, encore une fois, c'est à l'école, c'est dans l'entreprise. Quand on constate quelqu'un qui est en train de se séparer de sa famille, qui est en train de s'isoler, de faire des choix qui paraissent étranges, à qui on le signale ? Comment on le signale ? Et ça, moi, ce que j'appelle... J'appelle ça les gestes qui sauvent.
C'est les gestes qui sauvent, c'est à la fois quelqu'un qui a des difficultés à respirer, qui fait un arrêt cardiaque, mais c'est aussi quelqu'un qui s'isole, qui arrête son traitement, c'est aussi quelqu'un qui est en difficulté. Et quand c'est son entourage, comment on fait pour le signaler ? Donc ça, c'est pour l'aide aux victimes. Je crois qu'il y a un énorme tissu associatif. Il faut qu'on les aide plus. Il faut qu'on les organise mieux.
Aujourd'hui, ce sont les associations qui sont vraiment au cœur de la lutte contre les sectes.
Oui, c'est elles qui sont capables d'accompagner les victimes. Et puis après, il y a toute la partie enquête. C'est-à-dire que le but, ce n'est pas seulement d'accompagner les victimes pour qu'elles s'en sortent, c'est aussi d'arrêter les charlatans, les gourous.
Alors justement, à ce sujet, il n'y a pas de définition juridique de la notion de secte en France. S'il n'y a pas de définition, ça veut dire qu'il n'y a pas de législation spécifique anti-secte ?
S'il y a une législation, il y a une loi qui est la loi Abou Picard qui a été prise en 2021 qui en fait qualifie le phénomène d'emprise finalement. Comment finalement l'emprise psychologique se met en place et c'est ça qui permet de caractériser et donc d'avoir des sanctions sur ces personnes-là. Il y a beaucoup de gourous qui sont arrêtés, condamnés ? Il y en a pas mal, heureusement. Mais c'est encore un peu long, un peu lourd à vérifier. Le phénomène d'emprise, il n'est pas simple à vérifier. Mais il y a des gourous. On a eu un gourou qui se faisait appeler Zeus qui a été condamné à 18 ans de prison.
On en a là qui sont mis en examen parce qu'il y a des personnes qui ont jeûné pendant plusieurs jours et qui ont arrêté leur traitement qui sont décédés. Donc une personne qui est poursuivie en ce moment. On a régulièrement des affaires, heureusement, mais sans doute nous manque-t-il quelques outils. Et est-ce qu'il existe une coopération européenne
en matière de lutte contre les sectes ? Est-ce que c'est quelque chose que vous voulez développer ?
Oui, il existe des choses mais à mon sens là aussi pas assez. On a une commission spécifique qui est demain dans le cadre de l'élaboration du plan d'action. On a une commission spécifique sur la question européenne pour plusieurs raisons. D'abord parce qu'effectivement les gourous, les charlatans ne sont pas uniquement en France. Ils se positionnent un peu partout. Donc on a besoin de cette coopération. et ensuite parce qu'on a besoin de travailler avec les plateformes des réseaux sociaux parce que les plateformes, les algorithmes font que quand on commence à s'intéresser à un sujet, on ne voit plus que ce sujet-là et donc on a besoin d'alerter les personnes. Mais le problème,
c'est que tous les pays n'ont pas la même définition de ce qu'est une secte. Il y a des organismes qui sont peut-être interdits en France mais autorisés ailleurs. Ça aussi, ça fait partie du nœud du problème ?
Non, parce qu'en fait la question n'est pas une question d'interdire ou pas. Effectivement, ça c'est propre à chaque pays. Mais si on prend la question par exemple des plateformes de réseaux sociaux, si on veut que les plateformes puissent avoir un système d'alerte pour enlever des contenus quand ces contenus sont dangereux, il faut qu'on le fasse à l'échelle européenne.
Merci Sonia Bakas, secrétaire d'État chargée de la Citoyenneté et ce matin, vous allez ouvrir les assises nationales, premières assises nationales sur la lutte contre les dérives sectaires.